“The Paris Book” de Marian Parry
et “Stoner” de John Williams

ou

les tribulations de deux livres destinés à sortir de l'oubli

IMG_763_2_2_2_6Aujourd'hui, nous sommes heureux d'accueillir une nouvelle collaboratrice très douée en la personne de Beila Goldberg.
Madame Goldberg est diplômée en 1971 Docteur en droit de l’Université Libre de Bruxelles (ULB).
Après avoir été inscrite au Barreau de Bruxelles, elle rejoint l'entreprise familiale où elle exercera de nombreuses activités et y apportera ses connaissances juridiques.
Au Lycée Émile Jaqmain, les fameuses versions latines et grecques auront été ses premières traductions, son initiation à l’étymologie et à la structure des langues dont le néerlandais, l'anglais et l'allemand.   
Par la suite, autant par besoin que par plaisir personnel, elle apprendra également l'italien.
Devenue traductrice indépendante de l'anglais vers le français, elle se spécialisera tout naturellement dans
la traduction juridique et plus particulièrement celle des contrats.
Elle portera sur la traduction son regard rigoureux de juriste attentive aux mots les plus justes en français, confrontée à deux systèmes juridiques différents, dont les concepts diffèrent également.
Passionnée par l'histoire du droit, le droit comparé, la ou les philosophies du droit comme par la richesse et les subtilités des langues, Beila Goldberg curieuse de tout, en écrivant cet article pour « Le Mot juste en anglais » est revenue à sa raison première de s'inscrire en Faculté de Droit, une des rares voies possibles à l'époque pour faire des études en journalisme à Bruxelles.

 

The Paris Book

Marian Parry croppedIl était une fois, une petite fille qui s'appelait Marian et qui vivait à Paris.

L'histoire de « The Paris Book » de Marian Parry ressemble à un conte.

Marian Parry, auteure, illustratrice et aquarelliste américaine, raconte le Paris des années 1950 sur un carnet d'aquarelles

Un Paris où des personnages à tête d'oiseau se promènent, se croisent ou devisent assis à une terrasse de café.

Paris, une ville où elle a passé son enfance et une partie de son adolescence, Paris où elle est retournée à maintes reprises, accompagnée de son mari.

Ben-shahn-1-sizedEn 1952, son ami Ben Shahn, peintre américain connu, lui demande de réaliser le plus beau livre qu'elle ait jamais fait pour le proposer à Curt Valentin, un éditeur réputé, spécialisé dans les publications à tirage limité d'écrivains ou de poètes illustrées par des artistes contemporains… Pour Marian Parry, ce livre existe déjà : son carnet de vingt aquarelles de Paris qu'elle appelle « The Paris Book ».

 

 

Elle remet à Curt Valentin son carnet d'aquarelles, malheureusement Curt Valentin décède et ce livre n'est pas publié.

Un jour, Julie et Lisa Nemrow, Nemrow sisters à la tête du groupe Un-Gyve qui comprend également une maison d'édition indépendante, rendent visite à leur ami et conseiller littéraire Christopher Riks. Une carte postale posée sur la cheminée attire immédiatement leur attention. Une carte envoyée par Marian et son mari, une de ses aquarelles de Paris avec leurs bons vœux écrits au dos.

Les sœurs Nemrow, avec leur regard averti, reconnaissent un grand talent, demandent à faire la connaissance de Marian Parry et décident de publier son livre. Deux années seront nécessaires pour reproduire avec la plus grande précision la subtilité des couleurs d'origine sur un papier jauni par le temps.

Pour Marian Parry, l'histoire se termine cette année comme un conte de fées : après avoir fêté ses quatre-vingt-dix ans, son livre est publié en 333 exemplaires, tous numérotés et signés de sa main. Ce qui sera célébré lors de rencontres qui se tiendront pour la plupart à la Bibliothèque publique de Boston où la majeure partie des œuvres de Marian Parry est archivée.

Pour découvrir « The Paris Book », voir cette charmante vieille dame et grande artiste tremper sa plume en égrenant des souvenirs, tout comme aussi en savoir encore plus sur elle, je vous invite à regarder la video suivante :

 

Stoner

L'histoire de « Stoner » de John Williams relève plus du roman noir.

Un roman publié en 1965, passé presque inaperçu et dont la vente s'est limitée à 2.000 exemplaires.

John Williams, auteur de quatre romans et de deux recueils de poèmes jamais traduits, décède en 1994 dans l'anonymat littéraire.

Colin ABCQuelques lecteurs, dont l'auteur irlandais Colum McCann, garderont le souvenir d'un très grand écrivain.

Colum McCann a recueilli une cinquantaine d'exemplaires de « Stoner » pour les offrir à ses amis avec qui il voulait partager ce roman qu'il considérait comme un grand oublié de la littérature américaine.

« Stoner » a été réédité en 2003, sans beaucoup plus de succès auprès du public même s'il a davantage retenu l'attention de quelques critiques littéraires.

En 1965, il n'avait eu droit qu'à un seul petit article…

Un jour, Anna Gavalda, romancière française à succès, lit une interview de Colum McCann dans The Guardian, ce qui lui donne la grande envie de lire « Stoner ». Elle s'aperçoit que ce roman n'a pas été traduit et persuade son éditeur « Le Dilettante » d'en acquérir les droits.

image from http://s3.amazonaws.com/hires.aviary.com/k/mr6i2hifk4wxt1dp/14070518/9732205b-ebfc-4fe0-9a99-456f7f50a99a.png

John Williams

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Anna Gavalda réalise qu'elle seule peut s'atteler à la traduction de ce roman qui lui parle tellement
.Elle sera sa voix en français.

Une voix qui portera loin.

« Stoner » de John Williams paraît en français en 2011, est salué par tous les critiques littéraires et obtient en janvier 2012 le Prix Mémorable des Libraires Initiales 2011. Un Prix qui récompense « la réédition d'un auteur malheureusement oublié, d'un auteur étranger décédé encore jamais traduit en français, ou d'un inédit ou d'une traduction révisée complète d'un auteur ».

   Anna

 

John Williams ne se faisait guère d'illusions sur le succès commercial de « Stoner » même s'il savait avoir écrit un bon roman. Il pensait également qu'un jour ce roman serait reconnu ainsi qu'en témoigne une correspondance avec son agente, Marie Rodell.

Depuis le succès de sa traduction en français, « Stoner » a déjà été traduit dans plusieurs langues, le sera prochainement dans d'autres et a été publié une nouvelle fois en Angleterre en 2013. Ce qui lui a valu l'unanimité des louanges des critiques anglophones et même des Prix !

Un destin bien étrange pour un roman écrit en 1965 et qui a tout d'un grand classique…

Ce dont John Williams avait la prémonition, mais n'en a pas reçu la reconnaissance de son vivant.

La traduction d'Anna Gavalda a sauvé « Stoner » de l'oubli.

Un roman sans vraie intrigue qui dit la vie d'un homme animé par la flamme de la lecture et la transmission du savoir. Une vie toute vécue dans la même université du Missouri, celle où, étudiant, il découvre les mots et la littérature et y devient ensuite professeur.

Un roman que j'ai découvert avec le vrai bonheur de lire, un bonheur que je souhaite partager à mon tour.

Je remercie de tout cœur mon ami Jonathan Goldberg ainsi que son co-blogueur Jean Leclercq d'avoir attiré mon attention sur ces deux livres sauvés de l'oubli après autant d'années et sur leurs tribulations où se mêle toute l'importance des passeurs de mots et du savoir.

Beila Goldberg

Lecture supplémentaire :

Stoner: the must-read novel of 2013
Julian Barnes, The Guardian, 13 December 2013

Decades Later and Across an Ocean, A Novel gets it Due (broadcast)
Listen to the Story, National Public Radio, 19 May, 2013

 

 

 


Comments

One response to ““The Paris Book” de Marian Parry
et “Stoner” de John Williams”

  1. STONER.
    Que pourrais-je ajouter qui ne fût banal après l’excellente exposition de Madame Goldberg et le compte-rendu de Julian Barnes (soit dit en passant parfait francophone passionné de Flaubert :”Flaubert’s parrot”paru en 1984.,
    Ce livre me plaît, lisez-le.