Les attaches françaises de James Joyce

L'art d'être grand-père : un auteur, des chats et des petits-enfants

 

Cindy's cat

L'article qui suit a été rédigé par notre fidèle contributrice, la Professeure Cynthia Hazelton (posant ici avec son chat Ike). Madame Hazelton est née et a grandi aux États-Unis. Elle est diplômée de la faculté de droit de l'Université d'Akron et membre du barreau de l'État de l'Ohio. Cynthia a un mastère en français du Middlebury College ainsi qu'un mastère en traduction de l'« Institute of Applied Linguistics » de Kent State University. Elle y enseigne la traduction juridique, commerciale et diplomatique. 

  Juliette & chat

 

L'article a été rédigé en anglais et traduit en français par Jean Leclercq, dont la petite-fille Juliette pose ici avec son chat Rebus.

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James Augustine Aloysius Joyce
, l'un des romanciers les plus influents du 20e siècle, est né à Dublin en 1882. Vingt ans plus tard, en 1902, il obtient son diplôme d'University College Dublin où il a étudié l'anglais, le français et l'italien. Il s'intalle à Paris pour faire sa médecine, mais rentre peu après au pays lorsque sa mère tombe malade et meurt. La vie est alors dure pour Joyce qui tente de gagner sa vie tout en écrivant sa première nouvelle, A Portrait of the Artist (Portrait de l'Artiste), inspiré de son enfance et de sa jeunesse à Dublin, et qui ne sera publiée qu'en 1916 sous le titre : A Portrait of the Artist as a Young Man (Portrait de l'Artiste Jeune).

James Joyce Pub

  71, bd. Gouvion St. Cyr, Paris 16e

James Joyce & Nora BarnacleEn 1904, Joyce rencontre Nora Barnacle et ils partent en Europe où ils vont finalement passer le reste de leur vie. Ils habitent d'abord à Zurich, puis à Trieste (alors autrichienne) où ils passent dix ans et où naissent leurs deux James Joyce Statue Triesteanfants.
Pendant cette période, Joyce gagne sa vie en enseignant et en écrivant, et ce sont ceux qu'il rencontre alors qui inspireront bon nombre des personnages de ses futurs romans.

statue de Joyce à Trieste

L'année 1915 marque un tournant dans sa carrière puisqu'il regagne Zurich et fait la connaissance de l'éditrice anglaise Harriet Shaw Weaver. Elle le protégera pendant 25 ans, ce qui lui permettra de cesser d'enseigner et de se consacrer à l'écriture. Au cours des cinq années qui suivent, il écrit un drame Exiles (Les Exilés), publie A Portrait of the Artist as a Young Man et entreprend l'écriture de son roman novateur, Ulysses.

James Joyce UlyssesCe qu'on sait peut-être moins, c'est que Joyce et sa famille ont vécu à Paris de 1920 à 1940. Pendant ces vingt ans, Joyce achève Ulysses, mais éprouve des difficultés à le publier par suite des accusations d'obscénité portées contre lui aux États-Unis. Finalement, le livre est publié à Paris en 1922 [1], au 12, rue de l'Odéon, par Sylvia Beach , la propriétaire de Shakespeare & Co, la librairie bien connue, aujourd'hui installée au 37, rue de la Bûcherie, près de Notre-Dame. [2]

 

James Joyce with Sylvia Beach & Adrienne_Monnier the two publishers of Ulysses Paris 1938

 

Ulysses plaque, Paris Rue de l'Odeon_12 

Joyce avec Sylvia Beach et Adrienne
Monnier, 
les deux editrices de "Ulysses"

 

Plus tard cette année-là, la bienfaitrice de Joyce, Harriet Shaw Weaver, publie le roman à Londres. Mais, aux États-Unis, l'ouvrage ne paraîtra qu'en 1933.

Ulysses contient environ 265.000 mots et un lexique de 30.030 termes. Depuis sa parution, ce livre alimente une controverse, sans parler des accusations initiales d'obscénité dont il fut l'objet.

La technique littéraire du courant de conscience utilisée dans Ulysses, de même que la structure adoptée et la prose expérimentale, fourmillant de jeux de mots, de parodies et d'allusions, joints à de riches évocations de la nature humaine et à un humour grivois, font de ce livre l'un des plus importants ouvrages de la littérature moderniste, sinon l'un des plus difficiles à lire.

Après la publication d'Ulysses, Joyce écrit et publie Finnegan's Wake (La Veillée de Finnegan) en 1939. Il meurt à Zurich en 1941, laissant sa veuve, Nora, son fils Giorgio et sa fille Lucia.

Parution récente d'un conte pour enfants


JJ croppedEn août 1936, Joyce envoie un "petit chat rempli de friandises" à son petit-fils de quatre ans, Stephen, James Joyce qui habite à Paris. Le 5 septembre suivant, il lui adresse une lettre contenant un poème qu'il a intitulé The Cats of Copenhagen. (Quelques semaines plus tard, Joyce écrit un second conte intitulé
: The Cat and the Devil, le seul autre exemple connu de conte pour enfants que l'auteur ait écrit).

Par la suite, le demi-frère de Stephen Joyce fait don de la lettre (et du poème) à la Fondation James Joyce de Zurich. Toutefois, le poème n'a été publié qu'en 2012, par suite d'un différend avec la Fondation Joyce qui soutenait que le poème avait été copié sans sa permission.

 

En Europe, les œuvres publiées de Joyce sont tombées dans le domaine public le 1er janvier 2012, et le délicieux petit livre The Cats of Copenhagen Charles Dantziga finalement été publié en Angleterre par Ithys Press et, aux États-Unis, chez Scribner. Traduit et préfacé par Charles Dantzig, Les Chats de Copenhague est paru en France chez Grasset & Fasquelle, en 2013.

Le livre de 32 pages est illustré par l'artisre américain Casey Sorrow. Le poème de Joyce peut être lu à deux niveaux : celui d'un conte pour enfants et celui d'une description cynique des détenteurs de l'autorité (dépeints comme des "gros chats") dans la capitale danoise.

Cynthia Hazelton                     traduction Jean Leclercq

 

[1] À Genève, la Fondation Martin Bodmer possède un exemplaire de cette édition originale. www.FONDATIONBODMER.CH

[2] Sylvia Beach put compter sur le soutien d'Adrienne Monnier et d'admirateurs de Joyce comme Valéry Larbaud. 
 
 

Note de la Rédaction

 

Un vif différend a opposé la Fondation James Joyce de Zurich à l'éditeur irlandais qui a publié The Cats of Copenhagen. L'éditeur a soutenu que la lettre et le poème de Joyce étaient tombés dans le domaine public, ce qui posait l'intéressante question juridique de savoir si cette extinction des droits d'auteur et cette entrée dans le domaine public ne s'appliquaient qu'aux œuvres publiées, comme le soutenait la Fondation et le petit-fils de Joyce, ou si le texte de la lettre en question pouvait appartenir au domaine public, même s'il n'avait jamais été publié sous quelque forme que ce soit avant 2012. 

 

Il semble que Stephen Joyce n'ait pas hérité de l'anticonformisme de son grand-père et qu'il ait manifesté un certain penchant pour la chicane. Ainsi, lorsque la Banque centrale d'Irlande (the Central Bank of Ireland) a émis une pièce commémorative de 10€ à l'effigie de James Joyce, le 10 avril 2013, Stephen Joyce a qualifié la pièce et les circonstances entourant son émission, de “l'une des plus grandes insultes à la famille Joyce jamais proférées en Irlande”. À l'appui de cette accusation, il invoqua l'absence de concertation à propos de la pièce, une erreur dans la citation gravée sur la pièce, et enfin l'effigie de Joyce elle-même qu'il qualifia de “moins ressemblante qu'on ait jamais produite”. Enfin, Il jugea éminemment blessante la décision de faire coïncider l'émission avec l'anniversaire de la mort de sa grand-mère,  Nora Joyce, décédée en 1951.

 

Fondation James Joyce de Zurich 

 

[1] Extrait du site Web de l'éditeur

 

Lecture supplementaire

In the Footsteps of James Joyce Paris
The New York Times, January 17, 1982

Il nous ont quittés….

Deux icones littéraires ont disparu : George Whitman (98 ans) et Christopherf Hitchins (62 ans)

James Joyce Quarterly
The University of Tulsa