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Geraldine Brodie – linguiste du mois d’août 2016

L'interview suivante a été menée en anglais par Skype entre Los Angeles et Carthagène (Espagne).

 

                                      Brodie G Photo head Aug 2016, web quality low res 2                         

 

Computer             

 

 

 

 

 

 

 

 


Geraldine Brodie
l'interviewee                     J. G. – L'intervieweur   


Traduction de Jean Leclercq,
avec l'appui terminologique de René Meertens

(Original text in English)  



LMJ :
 
Vous êtes membre de l'Institut des Comptables agréés d'Angleterre et du Pays de Galles, et membre de l'Institut des Impôts. Avez-vous étudié et pratiqué la comptabilité avant vos études de lettres ? Avez-vous abandonné la comptabilité en faveur de la traductologie ?

GB: À certains égards, j'ai fait une carrière en boucle. J'ai étudié l'anglais à Oxford, me spécialisant en langue et littérature du vieil anglais et du vieux français. Je me suis toujours intéressée aux langues, à la traduction, à l'interculturalité et à la façon dont elles influent sur la migration de la littérature. 

KpmgMon diplôme en poche, j'ai suivi une formation de comptable dans une entreprise qui s'appelle aujourd'hui la KPMG. Rien d'extraordinaire à cela après un diplôme d'anglais, puisque les comptables se doivent de savoir bien communiquer et d'être systématiques et interrogateurs. J'ai eu l'occasion d'utiliser mes compétences linguistiques, en effectuant une vérification à Paris. Je suis restée dans cette entreprise pendant 12 ans, y compris deux années passées à New York au cours desquelles j'en ai profité pour apprendre l'espagnol à ce qui s'appelle maintenant l'Instituto Cervantes.

 

Le plagiat – un travail de fourmi

Au cours des ans, nous avons traité de divers sujets liés aux langues, à la littérature et à l'histoire, notamment :

Nous vous présentons maintenant un article qui aborde tous ces éléments. Il s'agit de l'histoire de Maurice Maeterlinck (1862-1949), dramaturge, poète et Portrait Maeterlinck essayiste belge francophone, qui a remporté le prix Nobel de littérature en 1911. Maeterlinck parlait aussi le flamand et a traduit plusieurs ouvrages du français vers le flamand et du flamand vers le français.

L'afrikaans, langue issue du néerlandais en raison de l'établissement en Afrique du Sud en 1652 de la première implantation européenne par Jan van Riebeeck, est près du flamand. Les scientifiques belges de l'époque de Maeterlinck (et peut-être plus récemment) lisaient des revues scientifiques publiées en afrikaans. L'une de ces revues, Huisgenoot, comportait une série d'articles intitulée The Soul of the Eugene MaraisWhite Ant (L'Âme du termite), écrite par un poète et scientifique sud-africain appelé Eugene Marais (1871-1946). Ces articles  étaient le fruit de dix années de recherches menées dans le veld sud-africain. Maeterlinck, qui n'aurait jamais mis les pieds en Afrique ni vu les espèces de termites étudiées par Marais, a publié en 1926 un essai intitulé La Vie des termites (traduit en anglais sous le titre The Life of Termites ou The Life of White Ants). (Il a écrit par la suite des essais sur les fourmis, les araignées et les abeilles, ainsi que sur de nombreux autres sujets. Parmi ses traductions, on compte Macbeth de Shakespeare.) Marais a accusé Maeterlinck d'avoir copié des pages entières de son essai sur les termites et a lancé une poursuite internationale pour plagiat, mais l'a abandonnée avant l'étape du procès.

Maurice Maeterlinck a aussi été accusé d'avoir plagié Luria, du célèbre poète britannique Robert Browning, pour sa pièce Monna Vanna.

Ces attaques à la réputation de Maeterlinck ne l'ont pas empêché de gagner le prix Nobel et ses pièces ont été jugées comme étant un rouage important du symbolisme, un mouvement littéraire. Albert 1er, roi des Belges, lui a accordé le titre de comte. Il a été président de l'association internationale des écrivains PEN et l'Académie française lui a décerné le Prix de la langue française. Il est décédé dans son château qu'il avait acheté à Nice, appelé Orlamonde.

Qu'est devenu Eugene Marais? Il s'est suicidé. Certains ont cru que le plagiat de son travail par Maeterlick a été un facteur de son suicide. Cependant, son biographe Leon Rousseau défendait l'hypothèse contraire, que Marais appréciait et profitait de l'attention suscitée par la controverse.

Jonathan Goldberg & Isabelle Pouliot

L’amicus curiae – un concept romain analysé dans un contexte juridique et langagier moderne

 

Johann-morriJohann Morri a étudié le droit en France et aux États-Unis. Juge administratif en France (actuellement en disponibilité), il a été enseignant vacataire à l’Université de Californie (Berkeley) et exerce actuellement des fonctions d'enseignement et de coordination pédagogique à UC Davis. Nous le remercions vivement de l’article que nous publions ci-après.

 

AmicusL'amicus curiae est une institution familière pour les juristes du monde entier. Signifiant littéralement « ami de la Cour », cette expression latine désigne un mémoire présenté par une personne ou organisation qui n'est pas partie au litige mais qui, soit de sa propre initiative, soit à la demande de la Cour, présente des observations sur un point utile à la solution du litige. Elle permet aussi bien de présenter des observations juridiques (par exemple, des lumières sur l'interprétation de la loi) que factuelles (telle que des données sociologiques, un éclairage sur les conséquences pratiques de la solution, etc.).

 

La grenouille sauteuse de Mark Twain

The jumping frog: in English, then in French, then clawed back into a civilized language once more by patient, unremunerated toil

(La grenouille sauteuse : en anglais, puis en français, et puis retraduite à grand-peine dans une langue civilisée au prix d'un patient effort non rémunéré)

 

Recension de livre

             

Mark Twain
l'auteur

 

Helen Oclee-Brown
la critique

La critique : Helen Oclee-Brown, traductrice commerciale du français et l'espagnol vers l'anglais. Elle est diplômée des langues modernes de l'Université de Southampton et elle a un mastère en traduction spécialisée de l'Université de Westminster. Après avoir travaillé pour une agence internationale de marketing et une jeune entreprise de traduction, Helen s'est lancée dans le monde de traduction indépendante en 2009. Elle croit fermement à l'importance des associations professionnelles. En effet, Helen est membre actif de l'ITI (Institute of Translation and Interpreting) et MET (Mediterranean Editors and Translators). Helen habite dans le comté de Kent, en Angleterre. Nous accueillons chaleureusement ses contributions à notre blog. Helen@HelenOcleeBrown.co.uk

L'auteur : Mark Twain, le célèbre écrivain, essayiste et humoriste américain, et l'auteur de Les Aventures de Tom Sawyer (1876) et de Les Aventures de Huckleberry Finn (1885).

 

                               Adventures of Huckleberry Finn   Mark_twain_468295 Aventures of Tom Sawyer
                                                                                          Salnavarro

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« Même un délinquant a le droit d'être traité équitablement ; et lorsqu'un homme qui n'a rien fait de mal a été traité injustement, il a bien sûr le droit de se défendre de son mieux. » Ainsi débute l'introduction à l'exercice de retraduction de Mark Twain. Mais qu'est-ce qui a amené ce célèbre écrivain américain à publier cette expérience curieuse? D'abord, examinons le contexte…

En 1865, « The Celebrated Jumping Frog of Calaveras County », un des premiers contes de Mark Twain, a paru dans un journal new-yorkais, The Saturday Press. Ce conte a été un succès – il y eut plusieurs reprises – et il a conduit Twain vers la reconnaissance nationale.

 

Moebius et moi

Nous sommes heureux de retrouver, John Wellington, un artiste new yorkais. John a bien voulu raconter encore une fois [1] une anecdote personnelle à l'intention de nos lecteurs et lectrices.

John puise son inspiration dans les œuvres des Vieux Maîtres, les icônes religieuses et populaires, le cinéma et la musique. Il est fasciné par la dévotion, l'idolâtrie et l'utilisation de l'imagerie féminine et masculine dans l'art et la vie. Il a exposé à New York, Los Angeles, San Francisco, Miami, Paris et Londres.  On peut voir sa peinture sur le site Web : johnwellington.com

 

  Doll
John


 

 

 

 

 

 

 

 

TOI ET MOI
Huile sur panneau d'aluminium,
173 cm x 122 cm
Voir ci-dessous l'explication  
de la legende du tableau [*]

John Wellington dans son atelier. 
Voir "Studio Visit" au-dessous [**]

 

John Wellington vient de sortir une trilogie intitulée Idols Demons Saints, une série de livres électroniques tirée de ses carnets de croquis, montrant le processus de création du premier trait de plume jusqu'à l'œuvre d'art achevée. (Voir John Wellington : Idols, Demons and Saints de la plume de James F. Cooper)

 
Dans l'article qui suit, John raconte comment il a fait la connaissance de Jean Giraud (1938-2012), auteur français de bandes dessinées,  également connu sous les pseudonymes de Mœbius et Gir.
 
Traduction de cette préface et du texte qui suit, redigé par John Wellington: Jean Leclercq. Original English version

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L’aérophilatélie et l’astrophilatélie – de nouveaux timbres américains et suisse

L'aérophilatélie est la partie de la philatélie qui concerne la poste aérienne. L'astrophilatélie est la partie de la philatélie qui concerne l'astronautique. Depuis l'origine, les philatélistes ont suivi l'évolution du transport du courrier dans les airs et des spécialistes ont abondamment étudié et documenté tous les aspects de la poste aérienne.

En France il existe une Association Astrophilatélique de France.

Premier satellite francais le 26 novembre 1965


Aux États-Unis plusieurs timbres ont été émis à l' occasion de voyages sur la Lune.

Stamps 3

 

Dans un article publié ici le 14 janvier 2015, (« Glacé et solitaire, Pluton va peut-être nous livrer ses secrets »), nous avons employé le mot astrophilatélie. L'article traitait d'un voyage de presque 5 milliards de kilomètres parcourus par la sonde « New Horizons ». La presse a couvert de récents développements de ce projet dans l'étude de la planète naine Pluton et de ses satellites, et nous préférons rester dans la « philatélisère ».

Le 31 mai cette année, le service philatélique de la Poste américaine a émis un set de deux timbres – Pluto & New Horizons. [1]

  Stamps 1

 

Plus tôt encore, le 14 décembre 2013, nous avons publié en article intitule «Jenny à l'envers… », l'histoire d'une planche de 100 timbres représentant le biplan Curtiss JN-4H, alias "Jenny", imprimé abusivement à l'envers ! Le défaut d'impression avait fait du « Jenny à l'envers » l'un des timbres les plus rares et les plus précieux de l'histoire de la philatélie. Aujourd'hui, le Musée national de la Poste de Washington s'enorgueillit d'en posséder deux exemplaires.

 

 

 

Auparavant, le 12 et 13 octobre 2013, la Fête du Timbre, célébrée dans toute la France les 12 et 13 octobre derniers, a été dédiée à l'histoire des montgolfières et ballons de 1783 à nos jours. À cette occasion, La Poste a émis une série de dix timbres sur « L'envol des montgolfières et ballons », articulée autour de trois thèmes : l'envol des montgolfières, les ballons utilitaires et le renouveau des montgolfières.

  Stamps 4

 

 

À la une – La poste suisse émet un timbre qui consacre l'exploit de Solar Impulse 2

  Timbre Helevtia

Dans un communiqué du 27.07.2016, la Poste suisse annonce vouloir honorer l'exploit des deux pilotes Bertrand Piccard et André Borschberg ainsi que les « ambitions visionnaires » du projet Solar Impulse qui tendait à démontrer les immenses possibilités de l'énergie solaire.

Andre & Bertrand

Le 26 juillet dernier, à 4 heures du matin, l'avion électrique Solar Impulse 2, piloté par Bertrand Piccard, a atterri sur la piste de l'aéroport d'Abu Dhabi. À l'endroit même où, piloté par André Borschberg, il avait décollé le 9 mars 2015, pour un tour du monde en 17 escales.

Au total, l'avion a parcouru 42.000 km, en traversant quatre continents, deux océans et trois mers, sans utiliser une goutte de kérosène et en ne recourant qu'à l'énergie solaire.

Pour la dernière étape, l'avion avait décollé du Caire samedi 24 juillet de très bonne heure. À son arrivée à Abou Dhabi, deux jours plus tard, Solar Impulse 2 a été accueilli par les médias du monde entier, ainsi que par la ministre suisse des transports, la sémillante conseillère fédérale, Doris Leuthard qui a dit voir dans cet exploit le signe du « sens de l'innovation » de la Suisse.

Le nouveau timbre spécial, exceptionnellement grand (80mm x 30mm), d'une valeur d'un franc (affranchissement d'une lettre prioritaire) est en vente, sous la forme de feuillets de huit vignettes, dans tous les bureaux de poste du pays depuis le mercredi 27/07.

Il reste à voir si la Russie émettra un timbre en honneur du record du tour du monde en montgolfière, battu par le Russe Fedor Konyoukhiv le 30.7.2016.

Jean L. & Jonathan G.

Pour plus de précisions sur le projet, nous renvoyons nos lecteurs aux deux liens suivants :

http://www.thelocal.ch/20160727/swiss-post-gives-stamp-of-approval-to-solar-impulse

 

[1] Voici l'explication qui parait sur le revers de ces timbres :

 

Pluto-SS-back

 

Lecture supplémentaire :

Pushing the Envelope
Nasa


A.AstrophilatelyAmerican Astrophilately:
 The First 50 Years Paperback – February 15, 2010

by David S. Ball  

 

 

 

 

 Astrophilately

 

 

Deborah Smith – linguiste du mois de juillet

 

Man bookerLe Man Booker International Prize existe depuis 2004. Il est décerné chaque année à un auteur, britannique ou étranger, pour un ouvrage en anglais ou largement diffusé en traduction anglaise. Mais, en 2016, son montant a été porté à 50.000£ et, dans le cas d'une traduction, également partagé entre l'auteur et le traducteur. [1]

 

En mai dernier, le Prix a été décerné au roman The Vegetarian, de l'écrivaine sud-coréenne Yi Chong-jun qui enseigne actuellement l'écriture créatrice à l'Institut des Beaux-Arts de Séoul.

Vegetarian

Smith & Chong-jun

 

 

 

 

 

 

 

 


Le roman a été traduit par une Britannique de 28 ans, Deborah Smith, qui n'a commencé à apprendre le coréen qu'à l'âge de 21 ans, et cela sans avoir appris de langue étrangère auparavant. C'est en fin de deuxième cycle qu'elle décida de devenir traductrice de coréen-anglais et qu'elle s'installa en Corée à cet effet. Depuis, elle a fondé sa maison d'édition à but non lucratif qui se spécialise dans la traduction d'ouvrages de littératures asiatique et africaine.

Allie L'entretien avec Deborah Smith qui vous est présenté ci-après, s'inspire d'un autre, mené par Chungwon Allie Park en 2014. Toutefois, à la suite du Prix reçu en 2016,  Deborah Smith a bien voulu répondre à quelques autres questions

L'intervieweuse, Chungwon Allie Park, est actuellement en deuxième année à l'Université Yonsei, en Corée du Sud. Depuis le lycée, elle s'est toujours intéressée à la littérature coréenne et à la traduction. Précédemment, elle a été stagiaire à Korean Literature in Translation (KTLIT.com). Yi Chong-jun est son auteur coréen préféré et elle rêve de traduire ses œuvres. Avide d'écriture et raffolant de livres, Allie fait grand cas de ceux qui aiment les lettres et le rire.

LMJ remercie l'intervieweuse, Chungwon Allie Park, et l'interviewée, Deborah Smith, de leur collaboration à la préparation du présent article, ainsi que son correspondant Jean LECLERCQ qui l'a traduit pour ses lecteurs.

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Les interprètes de Lewis et Clark

Interpreters with Lewis and Clark.
The Story of Sacagawea and Toussaint Charbonneau
, by W. Dale Nelson.

 
Lewis & C 1
Lewis & Clark  

 

 

 

 

 

 

 

Sacagawea Toussaint  

 

Sacagawea Toussaint Charbonneau  

 

Recension de livreCarte_Lewis-Clark_Expedition-fr.svg

Une fois acquise l'immense Louisiane par le traité de Paris (1803), le président Thomas Jefferson voulut reconnaître ce territoire qui doublait la superficie des États-Unis d'alors. Il chargea donc deux Virginiens, Merriwether Lewis et William Clark, de « trouver la voie d'eau la plus directe et la plus commode à travers le continent ». C'est la fameuse expédition de Lewis & Clark (1804-1806) qui, accompagnés de 43 militaires et de guides-interprètes, traversèrent tout l'Ouest américain jusqu'au Pacifique. Le problème des interprètes se posa d'entrée de jeu : comment faire pour communiquer et négocier avec les tribus indiennes ? Dans ces immenses étendues d'au-delà du Missouri, les seuls Blancs qui connussent les langues et les cultures locales étaient des Canadiens français. En effet, depuis les premiers temps de la Nouvelle-France, des colons français avaient noué des liens avec les Indiens en pratiquant ce qu'on appelait alors la « course des bois ». Extrêmement hardis, les « coureurs de bois » s'aventuraient très loin vers l'ouest pour commercer avec les Indiens et notamment troquer des fourrures. Lorsqu'il visitera l'Amérique du Nord, en 1831, Alexis de Tocqueville rencontrera certains de ces coureurs de bois. Ces personnages hauts en couleurs le surprendront et il remarquera que le Français naturellement casanier, « s'est senti tout à coup possédé d'un besoin insatiable d'émotions violentes, de vicissitudes et de dangers. L'Européen le plus civilisé est devenu l'adorateur de la vie sauvage. » [1] C'est un homme de cette trempe que la mission Lewis & Clark va rencontrer le 4 novembre 1804, alors qu'elle hiverne sur la rive orientale du Missouri. Il s'appelle Toussaint Charbonneau et vit depuis des années chez les Indiens Hidatsa dont il a appris la langue, très différente de celles des autres tribus de la région. Qui plus est, Charbonneau a parcouru une partie des territoires que l'expédition a pour mission de reconnaître. Enfin, le Canadien offre d'emmener avec lui l'une de ses deux compagnes indiennes, Sacagawea, qui parle la langue des Shoshone, tribu amérindienne également appelée Snakes ou Gens du Serpent. Lors d'un affrontement avec les Hidatsa, la jeune shoshone a été enlevée et emmenée en esclavage chez les Hidatsa. Elle présente l'avantage de parler le shoshone, sa langue maternelle, et l'hidatsa, sa langue d'adoption. Un peu comme la Malinche au Mexique, elle va rendre de grands services aux explorateurs. Tous les membres de l'expédition s'accordent à louer son courage et sa bienveillance. Elle donnera naissance à un fils, Jean-Baptiste, le 11 février 1805, dont Clark sera plus tard le tuteur, après la mort de Sacagawea, emportée par le typhus à Fort Manuel, en 1812. D'autres Canadiens français feront un bout de chemin avec l'expédition (R.Jusseaume, G.Drouillard, J.-B.Lepage, etc.), toujours en qualité de guides ou d'interprètes. Comme souvent en pareil cas, ces interprètes éveillent la méfiance des membres de l'expédition parce qu'ils s'entretiennent avec les Indiens dans une langue que les explorateurs ne comprennent pas et qu'ils les soupçonnent de comploter contre eux. Il n'empêche qu'ils seront bien utiles lorsqu'il faudra trouver de quoi manger et acheter des chevaux aux Indiens Shoshone. Le livre de W. Dale Nelson raconte fort bien l'expédition de Lewis et Clark en se fondant sur les journaux de marche des membres de l'expédition, mais ne dit rien des problèmes d'interprétation qui se posèrent au contact des diverses tribus indiennes rencontrées dans l'Ouest. En revanche, il relate le destin de Jean-Baptiste Charbonneau qui suivra l'exemple de son père en servant de guide aux voyageurs, d'éclaireur pendant la guerre entre les États-Unis et le Mexique, puis exercera des fonctions de maire et de juge à la mission de San Luis Rey. Dans l'épilogue, W. Dale Nelson qui travailla pendant quarante ans pour l'Associated Press, expose la thèse de Mme Grace Raymond Hebard, bibliothécaire et professeur à l'Université du Wyoming, voulant que Sacagawea ait encore vécu très longtemps et soit morte dans la réserve de la Wind River, en 1884. Car, la brave Sacagawea, la « femme-oiseau », est devenue une héroïne, à l'égale de Pocahonta ou de la Malinche (au Mexique), revendiquée par les féministes, et plusieurs localités se targuent de l'avoir vue naître ou d'abriter son tombeau.

Jean Leclercq

[1] Tocqueville, Alexis de. Œuvres complètes. Édition J.P. Mayer, tome 5, p.378.

  

    

W. Dale Nelson Jean Leclercq

Littérature anglaise d’enfance qui a résisté à l’épreuve du temps

AtuaLitté – 19.7.2016 :

« Un sondage lancé par l'agence The Reading Agency qui encourage les publics à toujours lire plus, notamment grâce à son programme Summer Reading Challenge, a permis de déterminer le personnage favori des Britanniques de la littérature jeunesse. La plupart des sondés ont répondu qu'ils affectionnaient… Winnie l'Ourson. Surprenant, surtout lorsque l'on connaît l'amour inconditionnel que les Britanniques portent à JK Rowling, l'auteure de la saga Harry Potter, dont les personnages ont pourtant accompagné des millions de lecteurs durant leur enfance – et après. »

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A.A.A.A. Milne, mort il y a 60 ans, était un écrivain et dramaturge britannique de renom dont les œuvres n'ont pas résisté à l'épreuve du temps. En revanche, ses livres de contes et de poèmes pour enfants ont enchanté des générations de jeunes lecteurs en Grande-Bretagne et dans tout l'Empire britannique.

Les quatre livres qui ont valu à Milne une renommée durable avaient pour héros Christopher Christopher Robin
Robin, un jeune garçon ainsi nommé d'après son fils, Christopher Robin Milne : Winnie-the-Pooh (Winnie le Pooh) (1926), The House at Pooh Corner (La Maison au coin de la rue de Pooh) (1928), When We Were Very Young (Lorsque nous étions très jeunes) (1924) and Now We Are Six (Maintenant nous avons six ans) (1927). Les personnages de ces livres incarnaient les animaux en peluche de son fils et notamment un ours lui-même inspiré d'un ours brun canadien du nom de Winnie, mascotte d'un régiment canadien de la Première guerre mondiale, confié à un zoo londonien pendant les hostilités [1]

E.H.ShepardE.H.Shepard illustra les ouvrages originaux, en prenant pour modèle l'ours en peluche de Christopher Robin Milne. Les autres jouets de l'enfant furent intégrés dans les histoires d'A.A. Milne, auxquels s'ajoutèrent deux autres personnages – Rabbit et Owl – sortis de l'imagination de Milne. Tous ces jouets se trouvent maintenant dans une vitrine new-yorkaise où 750.000 personnes vont les voir chaque année. Depuis 1966, Disney a sorti plusieurs films mettant en scène Winnie-the-Pooh et sa bande.

The Real WinnieVal Shushkewich, l'auteure canadienne de « The Real Winnie: A One-of-a-Kind Bear », paru chez Natural Heritage, a aimablement accepté de nous donner un texte sur A.A. Milne et un autre sur Winnie-the Pooh. Son livre narre l'histoire de l'ours canadien qui a inspiré les histoires de Pooh, ainsi que celle de son proprietaire, un soldat canadien.

 
Paddington 2

Paddington est un autre ours emblématique, héros de charmantes histoires pour enfants écrites par Michael Bond et illustrées par Peggy Fortnum, décédée cette année à l'âge de 96 ans.

 
OursonBien que les histoires de Winnie-the-Pooh (Winnie l'Ourson: Histoire d'un ours-comme-ça, Gallimard, octobre 2015) et celles de Paddington aient été traduites en français, nous publierons la trilogie A.A. Milne, Winnie the-Pooh et Paddington à l'intention de ceux de nos lecteurs qui peuvent tout ignorer de ces morceaux choisis de littérature britannique, ou de ceux qui ne s'en souviennent plus très bien. Nous commençons ci-dessous avec le texte de Mme Shushkewich sur A.A. Milne. Traduction Jean Leclercq.

[1] A. A. Milne a servi dans l'armée britannique pendant les deux guerres mondiales.

 

 

Une faute consacrée par l’usage…

Voici l'histoire d'un Anglais du 15ème siècle qui a mal traduit une locution française mais qui, ce faisant, a inventé une expression idiomatique anglaise qui s'est implantée dans la langue jusqu'à nos jours.

Caxton ProfileCe nom ne vous dit peut-être rien. Et pourtant, William Caxton (v.1422 – v. 1491) est célèbre à plus d'un titre : négociant, diplomate, traducteur, il fut aussi le premier imprimeur et libraire anglais. Ayant installé une presse à Londres, en 1476, il publia près de 80 ouvrages (rééditions comprises), presque tous en anglais, parmi lesquels de nombreuses traductions du français, du latin et du grec, souvent accompagnées de prologues et/ou d’épilogues. Il remania également plusieurs autres textes, faisant ainsi véritablement œuvre d’éditeur. Ces prologues constituent un véritable laboratoire d’analyse de la culture écrite de la fin du Moyen Âge et suggèrent que Caxton entendait participer à la constitution d’une culture anglaise et laïque, destinée à une communauté consciente d’elle-même.