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Shakespeare en Californie – exposition

THE BARD GOES WEST

À la bibliotèque centrale de Los Angeles
17 november 2016  -  26 février 2017

  Bard 2

« Il n'y a guère de cabane de pionnier où l'on ne rencontre quelques tomes dépareillés de Shakespeare. Je me rappelle avoir lu pour la première fois le drame féodal de Henri V dans une log-house. » [*]

Alexis de Tocqueville. De la Démocratie en Amérique  II, I, 1, ch.13

 

Bard 1Le Shakespeare de l'Amérique : Le Bard Goes West célèbre le 400e anniversaire de la mort de William Shakespeare en réfléchissant à l'incidence de son œuvre sur la vie américaine. Partant de l'exposition organisée à la Folger Shakespeare Library sur le thème «Le Shakespeare de l'Amérique», le Bard entend aider à mieux comprendre la façon dont le grand dramaturge s'est inséré dans l'histoire et la culture de la Californie. L'élément central en est un First Folio(1623) provenant du fonds Shakespeare de la collection Folger – le plus grand du genre au monde – en plus de nombreux documents et pièces illustrant la migration de Shakespeare d'Angleterre vers les colonies ; son intégration à notre rhétorique politique pendant les guerres d'Indépendance et de Sécession ; sa marche littéraire et scénique vers l'ouest ; et l'influence qu'il continue d'exercer aujourd'hui sur notre langue, notre littérature et nos médias. Pour cela, le Bard Goes West a fait appel à des collections publiques et à des moyens locaux pour attester de la présence de Shakespeare dans les théâtres de San Francisco et de Sacramento au XIXe siècle, dans les bars et les hôtels des villes minières et aux débuts de l'industrie cinématographique à Los Angeles. 



 

Note langagière sur l'origine du mot bard :

Moyen anglais : du gaélique écossais bàrd, irlandais bard, gallois bardd, d'origine celtique. En Écosse, au 16ème siècle, c'était un terme péjoratif désignant un musicien ambulant, mais Sir Walter Scott lui a donné une tonalité romantique.

Source : Oxforddictionaries

[*]  La version originale de cette citation repérée avec l'aide aimable du Professeur Jean-Louis BENOÎT, philosophe  français, spécialiste de Tocqueville. 

  

Lectures supplémentaires :

Un First folio dormait à  la Bibliothèque d'agglomération de Saint-Omer !

America's Shakespeare goes West

 

23 avril 1616 : deux géants de la littérature meurent à la même date il y a 400 ans

 

Écrire pour être lu et compris : et si l’interlocuteur était la clé ?

 

Concevoir, écrire, traduire. Nous le faisons tous dans un seul et unique but : communiquer. Et pour qu'une communication existe, elle doit impérativement atteindre son interlocuteur, l'interpeller et être comprise.

EducaloiCette approche est au cœur des activités d'Éducaloi qui a pour principale mission d'informer la population du Québec sur ses droits et ses obligations. Ce n'est pas mission facile que de communiquer clairement des informations sur la loi et tout ce qui l'entoure. Mais c'est encore plus difficile d'intéresser et de sensibiliser le citoyen à un domaine plutôt hermétique, abstrait, souvent déconnecté de la vie de tous les jours et que l'on réserve traditionnellement aux experts.

Dans une société où l'accès à la justice est un enjeu de taille, où l'information se démocratise et où « nul n'est censé ignorer la loi », il s'avère plus que jamais nécessaire de communiquer le droit de manière à être lu et compris.

Communiquer le droit pour que le citoyen s'y intéresse et le comprenne nécessite assurément de se questionner. Quels sont ses intérêts ? Son contexte de vie ? Sa façon de s'informer ? Ses codes ? Ses référents ? Les réponses à ces questions sont primordiales dans une approche communicationnelle du droit.

Intéresser son interlocuteur

S'interroger sur les intérêts et le contexte de vie de son interlocuteur, c'est d'abord comprendre ce dont il a besoin. L'angle de la communication et le choix de l'information à transmettre se dessinent ainsi à travers l'interlocuteur. C'est d'ailleurs par ce processus qu'Éducaloi sensibilise et conscientise la population au droit. Il va sans dire que peu de gens ont un intérêt pour les questions de droit, jusqu'au moment où ils sont eux-mêmes confrontés à une situation juridique. S'ancrer sur les situations quotidiennes de vie pour y introduire le droit, plutôt que de présenter le droit tel que conçu par les experts, sans liens directs et concrets avec la vie des gens. Éliminer toute information superflue qui détournera l'attention de son interlocuteur de l'information dont il a réellement besoin fait également partie du processus de communication claire et efficace du droit. Par exemple, dans une communication destinée au grand public, les exceptions et les inclusions d'une situation juridique ne devraient pas faire ombrage à l'information principale. L'objectif est de développer des réflexes plutôt que des connaissances pointues. C'est une approche axée sur la prévention des problèmes juridiques et qui favorise la « saine gestion juridique » de notre vie.

Créer du sens

Choisir le mot approprié pour être compris demande aussi de se mettre dans la peau de son interlocuteur et de s'intéresser aux référents qu'il utilise pour comprendre le monde. Vulgariser et simplifier le droit s'avère ainsi un défi de taille dans lequel la validité juridique, la sémantique et l'accessibilité de la langue s'unissent pour créer un concept sensé dans l'esprit de l'interlocuteur.

Utiliser le mot « prescription » dans son sens juridique avec un interlocuteur pour qui ce mot fait référence à une ordonnance médicale crée nécessairement un obstacle majeur à la communication engagée. Tout comme le fait de présenter, dans la même logique abstraite que celle de la loi, une série de recours possibles, de critères, de délais, de procédures, d'exceptions, d'exclusions… Vulgariser et simplifier, c'est d'abord et avant tout créer du sens pour son interlocuteur. Et pour créer ce sens, il faut s'accrocher à ce qu'il connaît et comprend.

Une communication vivante

Le choix des canaux de communication adéquats pour transmettre l'information est essentiel au succès d'une communication juridique. Parce qu'un contenu d'information, aussi bien conçu et vulgarisé soit-il, n'existe que s'il est consulté. Et pour être consulté, il doit nécessairement utiliser les canaux et les supports de communication reconnus et utilisés par le public à qui il est destiné.

Nous nous entendons tous pour dire qu'il s'avèrerait complètement vain de tenter d'informer une personne non voyante qui s'exprime en français au moyen d'un contenu écrit en alphabet latin et en langue italienne. Alors, pourquoi expliquer le droit avec un langage juridique soutenu, archaïque, et au moyen de documents juridiques traditionnels qui sont peu accessibles et peu utilisés par les citoyens ?

Pour Éducaloi, le défi de transmettre de l'information juridique fiable, accessible et disponible est assumé par une équipe multidisciplinaire pour qui le citoyen occupe une place centrale dans l'ensemble de ses activités. Nous décortiquons les contextes quotidiens de vie pour y exposer les dimensions juridiques latentes, nous nous adaptons continuellement aux nouvelles plateformes de diffusion, nous cherchons sans relâche à simplifier le jargon juridique et à utiliser des mots qui font du sens pour l'interlocuteur, nous veillons avec rigueur à l'exactitude juridique de nos contenus vulgarisés, nous cherchons à comprendre ce qui est incompris et pourquoi… Pour résumer simplement, nous communiquons le droit pour être lus et compris !

www.educaloi.qc.ca

Claude Simard,
Responsable communications
chez Éducaloi

Guillaume Rondeau,
avocat spécialiste en vulgarisation juridique
chez Éducaloi

que nous remercions infiniment pour avoir bien voulu rédiger l'article ci-dessus à notre intention

 

 

Vers l’école bilingue en Californie

Prop 58En Californie, les écoles publiques pourront développer davantage leurs programmes d'enseignement bilingues et multilingues maintenant que les électeurs ont approuvé une disposition (la proposition 58) tendant à abroger l'enseignement exclusivement en anglais dans tout l'État.

La proposition 58 a rapidement fait son chemin puisque 73% des électeurs l'ont soutenue. Aboutissement du texte de 2014 rédigé par Ricardo Lara, du Parti Démocrate, la proposition réforme certains des fondements d'une loi de 1998 qui obligeait les élèves à suivre des cours uniquement en anglais, à moins que les parents en décident autrement en signant une décharge.

Mais elle sauvegarde l'obligation légale faite aux élèves d'acquérir une maîtrise de l'anglais quel que soit le programme qu'ils choisissent.

Les partisans de la réforme se félicitent de son approbation, estimant que les pesanteurs administratives qui entourent l'enseignement multilingue nuisent aux élèves dans une économie mondialisée où l'on est à la recherche de personnels parlant plus d'une langue.

Mais, des opposants à cette mesure, en particulier le multimillionnaire de la Silicon Valley Ron Unz, auteur de la proposition initiale de 1998 en faveur de l'enseignement exclusivement en anglais, ont dit que le nouveau texte ferait ressurgir les problèmes d'antan, à savoir l'incapacité des programmes bilingues à enseigner l'anglais aux élèves hispanophones.

Ce vote survient alors que moins de 5% des écoles publiques californiennes offrent des programmes multilingues bien qu'il y ait maintenant 1,4 millions d'élèves qui apprennent l'anglais – dont environ 80% ne parlent que l'espagnol.

Jean Leclercq

 

Welcome Mr. Hitchcock. Un voyage au Pays Basque

Welcome Mr. Hitchcock
Remarquablement située et jouissant d'un climat exceptionnellement doux, Saint-Sébastien (San Sebastián, en espagnol, et Donostia, en basque), capitale de la province de Guipúzcoa, est la station balnéaire la plus célèbre du littoral Nord de l'Espagne. Sa vocation s'affirma à la fin du 19e siècle, lorsque la reine Marie-Christine (1858-1929), épouse du roi Alphonse XII et régente d'Espagne de 1885 à 1902, la choisit comme lieu de villégiature. La Cour se déplaçant à Saint-Sébastien à la belle saison, les grands d'Espagne et les personnalités en vue s'y font construire des hôtels particuliers. Comme toute la ville nouvelle fut édifiée à la même époque, son architecture est remarquablement homogène. De belles et larges avenues ombragées rendent l'espace urbain particulièrement agréable. C'est pour cela que cette ville d'environ 180.000 habitants accueille chaque année de nombreuses festivités et notamment un Festival international de jazz et, depuis 1953, un Festival international du cinéma qui compte parmi les plus importants du monde. Cette intense activité culturelle a valu à la ville de Saint-Sébastien d'être désignée Capitale européenne de la Culture 2016.

Profitant de cette conjugaison du Festival international du Film et de l'Année de la Culture, Espacio 2016 a exposé une centaine de photographies, patiemment réunies par le photographe espagnol Pedro Usabiaga, qui suivent pas à pas les étapes du séjour d'Alfred Hitchcock au Pays Basque, du 21 au 24 juillet 1958. En effet, à cette époque, le grand metteur en scène anglais, accompagné de son épouse, la scénariste Alma Reville, s'était déplacé de Los Angeles pour assister à l'avant-première de Sueurs froides [1] au VIe Festival du Film de Saint-Sébastien. Le couple en profita pour visiter le Pays Basque, des deux côtés de la frontière, tant il est vrai que Zazpiak bat. [2] Arrivés à l'aéroport de Biarritz, les Hitchcock se rendent d'abord à Saint-Sébastien – le but du voyage – puis visitent Biarritz, Hendaye, Pasajes de San Juan, Bayonne et Lourdes. Est-ce le climat de Sueurs froides qui l'imprégnait encore, ou La mort aux trousses dont il allait entreprendre le tournage, Hitchcock semblait hanté par l'au-delà. À toutes les étapes, il demandait à visiter les églises et, à Saint-Sébastien, il se rendit au cimetière de Polloe et médita devant certaines des tombes monumentales. Comme on célébrait cette année-là le centième anniversaire des apparitions de Lourdes, Alfred voulut s'y rendre et observer de près la ferveur des pèlerins. Bien entendu, les époux Hitchcock étaient accompagnés de photographes professionnels qui prirent de nombreux clichés. Ce sont ces images, pour la plupart inédites, qui ont été exposées du 19 août au 14 octobre à Espace 2016.

À l'intention de ceux qui n'ont pas eu l'occasion de se rendre à Saint-Sébastien au cours de ces dernières semaines, nous publions trois de ces belles photos noir et blanc qui nous renvoient à l'âge d'or de l'argentique !

Hitchcock 2

Biarritz. Foto Paco Marí, Archivo Kutxateka.

 

Le 21 juillet 1958, Alfred et Alma Hitchcock, sortent de l'aéroport de Biarritz. Le trajet Los Angeles-Paris a été mouvementé car une fuite de carburant a obligé l'appareil à faire un atterrissage forcé. Arrivés à Orly, ils ont pris un petit avion pour Biarritz. Le grand cinéaste sourit. Les péripéties du voyage ne semblent pas avoir entamé son moral.

 

Hitchcock 3

Catedral de Bayona. Foto Paco Marí, Archivo Donostia Zinemaldia – Festival de San Sebastián.

 

Le 22 juillet 1958, Alfred contemple les vitraux de la cathédrale Sainte-Marie de Bayonne. Sait-il (lui a-t-on dit ?) que bon nombre d'entre eux ont été exécutés ou restaurés par Adolphe Steinheil ? Celui-ci, mari de la sulfureuse Mme Steinheil (née Marguerite Japy), mourut égorgé, le 31 mai 1908, au n°6 bis de l'impasse Ronsin. [3]. Les circonstances de ce meurtre n'ont jamais été élucidées. Tous les éléments d'un excellent suspense hitchcockien se trouvaient réunis dans ce fait divers qui montre une fois de plus que la réalité dépasse souvent la fiction. La censure franquiste interdira la publication des photos prises dans la cathédrale de Bayonne, les jugeant irrévérencieuses !        

Hitchcock 4
Cementerio de Polloe. Foto Vicente Ibaňez, Archivo particular.

Le 23 juillet 1958, Alfred se rend au cimetière de Polloe, à Saint-Sébastien. Il médite longuement devant certaines sépultures et caveaux de famille monumentaux. Certaines de ces photos paraîtront dans Gaceta et dans Paris-Match. N'oublions pas que l'héroïne de Sueurs froides, le film qui vient de sortir en avant-première, est une jeune femme de 26 ans, Madeleine, hantée par le souvenir de son arrière-grand-mère, Carlotta Valdès, suicidée au même âge qu'elle, un siècle plus tôt. Elle se rend souvent sur sa tombe ainsi qu'au musée où est exposé son portrait. Curieusement, Hitchcock fait a posteriori ce qui aurait pu être des « repérages ». Une photo prise à Bayonne montre aussi le couple Hitchcock contemplant la vitrine d'une agence des Pompes funèbres générales. Décidément, la mort obsède Alfred Hitchcock et elle apparaîtra dans le titre de la version française de son prochain film. 

————–

[1] Vertigo, en version originale. Film de 1958 dont le scénario s'inspire d'un roman de Boileau-Narcejac, D'entre les morts, avec James Stewart, Kim Novak et Barbara Bel Geddes.

[2] En basque, Zazpiak bat signifie « Sept ne font qu'un » : les sept provinces basques (quatre espagnoles et trois françaises) ne forment qu'une seule entité, unies par un idiome qui ne cesse d'intriguer les linguistes,

[3] Armand Lanoux. L'Affaire de l'Impasse Ronsin. Paris, Éditions Aillaud, Bastos & Cie, 1947.

Pour tous renseignements :

Espacio 2016, Easo 43, San Sebastián 20006 (Espagne).
Site : www.dss2016.eu
Courriel : info@dss2016.eu).


Lecture supplémentaire :

Saint-Sébastien 2016, sur les traces de Hitchcock

Jean Leclercq

 

Note linguistique à propos des résultats de l’élection présidentielle qui vient d’avoir lieu aux États-Unis


«
Quand j'étais petit, on me disait que n'importe qui pouvait devenir Président; je commence à le croire. » Clarence Darrow

 

 

S of LVoici quelques adjectifs qui expriment mon état d'esprit à la suite de l'élection du Président des États-Unis. Je les ai rangés en cinq groupes, allant des sentiments superficiels de déception et de surprise, aux sentiments plus profonds de choc et de dégoût. Cette classification n'a rien de scientifique, vu les différents registres, nuances et tons des termes suivants :

1) surprised, amazed, flabbergasted, stupefied, stunned, astonished, astounded, alarmed, shaken ;

2) disheartened, disappointed, crestfallen [1] , downcast, down, down in the dumps, disgruntled, depressed, downhearted ; 

3) confounded, befuddled, confused, bewildered, staggered, baffled, mystified, perplexed, flummoxed, frustrated, nonplussed [2];

4) shocked, dazed, shaken, traumatized, scandalized, taken aback, upset, fazed, disconcerted, aghast ;

5) ashamed, outraged, insulted, disgusted, sickened, aggrieved, affronted, appalled, repulsed, nauseated, distressed.

En revanche, voici des adjectifs et locutions adjectivales qui peuvent exprimer l’état d’esprit des 59 535 522 électeurs qui ont voté en faveur de Trump dont les voix ont été comptée jusqu’à maintenant :

happy, delighted, joyful, inspired, elated, cheerful, ecstatic, joyous, jubilant, thrilled, upbeat, blissful, gleeful, gratified, exultant, delirious, euphoric, rhapsodic, triumphal, enraptured, animated, excited;

in seventh heaven, pleased as punch, on cloud nine, flying high, doing handsprings, in high spirits.

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Crestfallen

crestfallen

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[1] Selon le dictionnaire Merriam-Webster :

  1. 1:  having a drooping crest or hanging head

  2. 2:  feeling shame or humiliation :

 

[2] Selon Oxford Dictionaries :

Dans l'usage courant nonplussed signifie surprised and confused (surpris et dérouté). En anglais d'Amérique du Nord, un nouvel usage est apparu ces dernières années, dans le sens de nullement déconcentré – plus ou moins le contraire de son sens traditionnel. Ce nouvel usage est probablement parti de l'idée que le préfixe non- était normalement négatif et devait donc avoir un sens négatif. On n'estime pas que cette acception fasse partie de l'anglais correct.

Jonathan G.

Les élections présidentielles aux États-Unis :

notes linguistiques et historiques


2016
Too close to call -  trop juste, trop serré pour se prononcer

Au cours des derniers mois, certains sondages d'opinion ont fait apparaître un très faible écart entre Hillary Clinton et Donald Trump, les deux candidats à l'élection présidentielle américaine. La victoire de l'un d'eux sera-t-elle remportée haut la main ou de justesse ? Quel que soit l'écart qui séparera finalement les deux champions mardi prochain, il nous a semblé qu'une analyse historique de l'expression too close to call serait de nature à intéresser nos lecteurs.

Deux exemples de résultats serrés

Prenons deux exemples de résultats serrés d'élection présidentielle, ceux de 1948 et de 2000. Dans le premier cas, le duel voyait s'affronter le président sortant, Harry Truman qui, vice-président, avait succédé à Franklin Roosevelt, à la mort de celui-ci, le 12 avril 1945. Face à lui, le candidat républicain était le gouverneur de l'État de New York, Thomas Dewey, valeur sûre mais sans grand charisme que tous les sondages donnaient gagnant : the polls and pundits left no room for doubt. Les sondages et les oracles étaient si favorables, les premiers résultats si significatifs que, dans son édition du 3 novembre 1948, le rédacteur en chef du Chicago Daily Tribune, J. Loy Maloney (qui plus est sous la menace d'une grève imminente des ouvriers de livre) n'hésita pas à titrer DEWEY DEFEATS TRUMAN (en français DEWEY BAT TRUMAN). Peut-être la manchette la plus célèbre de l'histoire du journalisme américain !

L'encre des 150.000 exemplaires de la première édition n'était pas encore sèche lorsque la radio annonça un résultat étonnamment serré. La deuxième édition tenta de rectifier le tir en titrant : « les Démocrates raflent des États », rendant compte des succès de Truman en Ohio et dans une bonne partie du Midwest. Les choses en seraient peut-être restées là si, regagnant Washington en train, le président élu, Harry Truman, n'avait brandi la fameuse manchette devant les photographes, leur offrant ainsi l'un des clichés les plus sensationnels de leur carrière.


Truman Dewey
Harry Truman, après son election, 1948


Lecture supplémentaire
:
Dewey defeats Truman
Chicago Tribune

 

L'élection présidentielle de 2000 est un autre exemple d'écart tenant dans un mouchoir de poche. Elle opposait le vice-président sortant, Al Gore, au gouverneur du Texas, George W. Bush. Son résultat a tenu aux seuls chiffres de la Floride. Les réseaux de télévision ont commencé par annoncer qu'Al Gore avait raflé les 29 grands électeurs de l'État, pour se raviser ensuite et dire que le résultat était très serré, puis déclarer George W. Bush vainqueur. Dans l'ensemble du pays, Al Gore avait remporté un demi million de voix de plus que son adversaire, mais celui-ci le devançait de 537 voix en Floride. Cet avantage infime, dans un seul État, fut source de tout un contentieux et obligea à recompter les bulletins. Mais en vain, puisque la Cour suprême des États-Unis fit cesser le recomptage ordonné par la Cour suprême de Floride, arguant qu'il contredisait le principe de l'égalité de traitement de tous les bulletins de vote. L'élection de 2000 se singularisa doublement :1) en maintenant le suspens plus longtemps que jamais auparavant, et 2) en portant à la présidence, pour la première fois en 112 ans, un candidat qui avait perdu au suffrage populaire, mais gagné à la majorité du collège électoral.

Bush-vs-gore
 

Une explication de technique électorale

S'agissant de l'élection du Président des États-Unis, il ne faut jamais perdre de vue que c'est un scrutin à deux degrés. Au niveau de chaque État, les électeurs sont appelés à choisir entre les candidats (un ticket républicain et un ticket démocrate + quelques indépendants). Ce faisant ils élisent de grands électeurs et celui des candidats qui l'emporte, rafle la totalité de ceux-ci. Cette singularité du système électoral américain s'explique par le souci des constituants de tenir compte de la structure fédérale de la nation et d'une représentation équitable des États fédérés. Le nombre de grands électeurs varie beaucoup selon les États. Il atteint 55 en Californie, 29 en Floride et 18 en Ohio et 3 dans le Vermont. Du coup, une toute petite avance permet de gagner la totalité des grands électeurs alors qu'une écrasante majorité ne donne pas un grand électeur de plus ! Ce système à deux degrés introduit une distorsion que ne connaît pas le scrutin universel direct où la décision de l'ensemble du corps électoral ne peut mathématiquement pas tourner au match nul. [1]

Une explication de psycho-politique

Partout dans le monde occidental, on observe qu'au début d'une campagne électorale, les positions sont bien tranchées et les favoris tout désignés. Puis, à mesure qu'on se rapproche de l'échéance, la fourchette se resserre jusqu'à frôler l'ex aequo. Et cela, qu'il s'agisse de choisir entre deux candidats ou deux options, comme lors d'un référendum. Comme si tout corps électoral était exactement divisible par deux. Cette dichotomie s'explique sans doute par un certain consensualisme. En effet, il n'existe plus de différences majeures entre les uns et les autres, seuls les styles diffèrent. Ensuite, il y a la médiocrité des candidats, leur absence de programme et de vision, la virtualité d'un pseudo-débat au sein duquel la polémique a remplacé la politique et où l'on s'affronte à coups d'invectives et d'arguments ad personam, pour la plus grande joie des médias qui en font leur miel. Ce pugilat médiatique engendre dégoût et abstention, notamment chez les jeunes. Certes, un vainqueur en sort finalement, mais ce vainqueur n'est pas la démocratie !

Too close to call

Mais revenons à nos moutons et interrogeons-nous sur l'expression qui rend compte de cette situation : too close to call. D'abord, notons que l'expression close call désigne une mésaventure, un accident, voire une catastrophe évité(e) de peu ; to have a close call signifie l'échapper belle, frôler le drame. [2] Si l'on y ajoute l'adverbe too, synonyme d'excessively, on renforce l'impression d'extrême justesse des résultats, rendant impossible tout pronostic. Donc, souhaitons que, cette fois, le verdict des urnes soit franc et massif, far from a close call !

 

[1] Il n'en demeure pas moins qu'en République d'Autriche, les dernières élections présidentielles, pourtant tenues au suffrage universel direct, ont abouti à un résultat tellement serré qu'il a fallu recommencer.

[2] René Meertens. Guide anglais français de la traduction. Paris, Chiron éditeur, 2008, p.88.

 

Trump, to trump, trumpery

Trump suit

Trompe-l'œil :
une coquille vide, à moins que ce ne soit une belle veste !

Le patronyme Trump, que l'on dit d'origine allemande et qui fait fureur, s'est d'autant mieux acclimaté aux États-Unis que, dans un premier sens (et comme l'allemand der Trumpf), il veut dire atout. On retrouve le mot trump dans plusieurs expressions comme he has a trump up in his sleeves (il a un atout en réserve) ou he is holding all the trumps (il a tous les atouts dans son jeu). C'est donc un vocable à connotation plutôt positive, sinon gagnante ! 

Dans un second sens trump veut dire trompe ou trompette : the last Trump (les trompettes du Jugement dernier), à moins que ce ne soient les trompettes de la renommée. Quant au verbe to trump up, (trouvé notablement dans l'expression "trumped-up charges) c'est déjà moins glorieux puisque cela signifie : inventer de toutes pièces. On s'approche du moins clinquant des termes de la famille : trumpery. Visiblement dérivé du français tromperie, ce n'en est pas moins un faux-ami puisqu'il signifie camelote, bêtises, insignifiance. Bref, tromperie sur la marchandise.

Le flamboyant candidat au prénom de palmipède sera-t-il un atout ou de la camelote ? L'avenir, ou plutôt le verdict des électeurs américains, nous le dira le 8 novembre prochain.

Jean Leclercq

Image TRUMP L’OEIL de Tim SHEPPARD, webmaster de Le Mot juste en anglais

Mise a jour du blog:

Playingthe trompowskyAux Championnats mondiaux d'échecs qui ont débuté le 11 novembre dernier à New York, the champion du monde en titre, Magnus Carlsen, opposé au Russe Sergei Karjakine (fervent partisan de l'annexion de la Crimée), a ouvert avec une variante d'une ouverture peu commune appelée « attaque Trompovsky », parfois abrégée en Tromp.

Donald Trump : c’est la faute à Rousseau [1] ou It Can’t Happen Here ?

PascaleNous sommes heureux de retrouver notre contributrice fidèle, Pascale Tardieu-Baker, traductrice et interprète indépendante qui travaille à Paris de l’anglais vers le français (et vice-versa à l’oral). 
La traduction aide à étancher sa curiosité naturelle et sert d’alibi à sa boulimie de films, livres et magazines. Pascale a bien voulu rédiger l'article ci-dessous à notre intention. 


Les deux principaux candidats à la prochaine élection américaine ne se ressemblent pas vraiment. Dans le camp des démocrates Hillary Clinton est une candidate classique, même si elle se distingue du simple fait que c’est une femme. Elle fait de la politique depuis des décennies, connaît probablement Washington comme sa poche et a occupé plusieurs postes à hautes responsabilités. Son adversaire a un profil très différent : cet homme d’affaires devenu célèbre grâce à une émission de téléréalité n’est pas un homme politique comme les autres (et il ne s’agit même pas ici de l’extraordinaire échafaudage capillaire qu’il arbore sur le front). En fait, ce n’est pas un homme politique et c’est, semble-t-il, l'un des arguments qui l’ont porté aussi loin dans la course à la Maison-Blanche.

Demagogue

 

Frank Wynne : linguiste du mois d’octobre 2016

WynneNous sommes honorés que, cette fois, le linguiste du mois soit Frank Wynne, éminent traducteur littéraire français-anglais et espagnol-anglais. Les travaux de Frank ont été plusieurs fois primés. Il a reçu le prix IMPAC en 2002, l'Independent Foreign Fiction Prize, en 2005 (ces deux récompenses étant partagées avec les auteurs) et le Prix Scott Moncrieff en 2008.

Celui-ci est le prix littéraire britannique annuel couronnant des traductions du français à l'anglais. Parmi les sponsors du prix figurent le Ministre français de la culture,  l'ambassade française à Londres et l'Arts Council of England.

Wynne Blue HourPour ses traductions de l'espagnol, il Wynne Kamchatka a reçu le Premio Valle Inclán à deux reprises, en 2012 (pour Kamchatka de Marcelo Figueras) et en 2014 (pour La Hora Azul/The Blue Hour de Alonso Cueto).

 

 

Wynne sansal-harragaPlus récemment, sa traduction du Harraga de Boualem Sansal  a remporté le Prix Scott Moncrieff [2] pour la deuxieme fois. Les jurés qui ont décerné ces prix étaient eux-mêmes des traducteurs littéraires. Comme Frank nous l'a confié au cours de l'entretien, voir son talent reconnu par des pairs est d'autant plus gratifiant que la traduction est un exercice solitaire.

Frank a accordé cet entretien au Mot juste au cours d'un séjour qu'il effectuait dans la ville de Dublin. 


L'Irlande peut s'enorgueillir d'avoir enfanté quatre prix Nobel de littérature : Seamus Heaney, Samuel Beckett, James Joyce et William Butler Yeats. En 2010, Dublin a été désignée Ville UNESCO Littérature. Quant à Frank Wynne, il a placé L'Irlande sur la carte du monde de la traduction littéraire.

 

ORIGINAL ENGLISH VERSION.

Traduction : Joëlle Vuille

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LMJ : Vous n'avez pas d'origines françaises et votre apprentissage du français s'est limité à quatre ans de lycée et à une courte période au Trinity College à Dublin. Vous m'avez également raconté que, à l'école, vous n'aviez jamais eu l'occasion de parler le français et que la première opportunité que vous aviez eue de pratiquer la langue s'était présentée lorsque vous aviez déménagé à Paris, une ville dans laquelle vous n'aviez jamais habité auparavant. Pourtant, vous êtes devenu un traducteur reconnu et votre maîtrise du français est remarquable. Vu les méthodes peu conventionnelles d'enseignement des langues en Irlande et le peu d'instruction formelle que vous avez reçue, votre progression a été pour le moins surprenante. En comparaison, Julian Barnes [1], un autre Britannique connu pour sa maîtrise du français, a été très tôt immergé dans la culture et la langue françaises et n'a jamais cessé de pratiquer.

 

Les mystérieuses origines du livre

 

EReader-Vs.-Printed-Book-Which-Is-Better-For-Your-Eyesight-300x225La controverse livre électronique/livre papier n'a rien de nouveau. À l'apparition des premiers livres, une polémique analogue enflammait déjà la Rome antique.

Le livre évolue. Sa version électronique se transporte mieux que son homologue papier puisque des centaines de titres tiennent dans un lecteur ou une tablette, et que des milliers d'autres sont à portée de clic. Les livres et la lecture sont à l'aube d'une révolution. Cela ne plaît pas forcément à tout le monde.

L'angoisse que suscite actuellement l'évolution du livre rappelle un épisode semblable de notre histoire. Il y a deux mille ans, un livre d'un genre nouveau et peu orthodoxe mit en péril l'ordre établi, au grand dam des lecteurs de l'époque.

Au premier siècle de l'ère chrétienne, Rome était inondée d'écrits. Statues, monuments et pierres tombales portaient des inscriptions en grandes lettres; les citoyens prenaient des notes et envoyaient des messages sur des tablettes de bois enduites de cire ; et les bibliothèques des patriciens étaient garnies d'ouvrages d'histoire, de philosophie et d'art. Mais, ce n'étaient pas des livres tels que nous les connaissons – c'étaient des rouleaux faits de feuilles de papyrus égyptien assemblées par collage pour former des bandes de 4,5 à 16 mètres de long. Mais, ces rouleaux n'étaient pas sans défauts.

Scrolls

La Rome antique était inondée d'écrits –
mais on se servait de rouleaux de feuilles
de papyrus égyptien plutôt que de livres.

Gad Elmaleh aux États-Unis

Nous sommes heureux d'accueillir notre nouvelle contributrice, Françoise Valérie.

ValerieFrançaise expatriée, en Irlande d'abord pendant sept ans, et en Espagne depuis un an.
Valérie est née et a grandi dans un petit village des Vosges en France et cultive sa passion pour les langues depuis aussi longtemps qu'elle s'en souvienne. Dès l'âge de 17 ans, Valérie entreprend de voyager seule aux États-Unis et en Allemagne, elle fait des études de langues (anglais-allemand-italien), passe une année universitaire en Écosse, puis se rend à Paris pour terminer ses études et obtient les diplômes suivants :

– Master en Langues Étrangères Appliquées (anglais, allemand) de l'Université Sorbonne Nouvelle;
– Master en Management des Affaires Internationales, de l'école de commerce CESCI à Paris.

Après 11 années d'expérience en entreprise, dans l'export, la traduction et l'informatique, appliqués aux secteurs de la santé et des sciences de la vie, Valérie décide de se mettre à son compte comme traductrice, et s'installe en Espagne où elle peut apprendre et découvrir une nouvelle langue et culture, et élever ses deux enfants nés irlandais dans un environnement trilingue.

 

Adaptation de l’article, GAD ELMALEH'S TRANSLATED COMEDY,  du 25 juin 2016 paru dans le New Yorker :

En tant que traductrice expatriée, et admiratrice du travail de l'artiste Gad Elmaleh, lorsqu'il m'a été demandé d’analyser des articles parus dans le New Yorker relatant de l’expérience de la star de l'humour en France venue tenter une carrière aux États-Unis, j'ai accepté la tâche avec grand intérêt.

ChouchouLes Français sont très fiers de leur chouchou parti à la conquête de l’Amérique. Son courage, son ambition et son incroyable adaptation à la langue anglaise vouent l’admiration en France, où le succès de l’artiste n’est plus à prouver, et il ne fait aucun doute de ce côté de l'Atlantique qu'Elmaleh fera un succès aux États-Unis. Mais qu’en pensent les critiques outre-Atlantique, Elmaleh saura-t-il adapter son humour à une nouvelle langue, un nouveau pays, une nouvelle culture, et gagner les cœurs du public américain ? Un article intitulé « Translated Comedy » écrit par la journaliste Alexandra Schwartz, est paru à son sujet dans le New Yorker, l’un des magazines américains les plus réputés. L’article relate de l’expérience américaine d’Elmaleh, des difficultés qu’il rencontre en transposant son humour dans une autre langue et un autre pays, et des ajustements qu’il devra faire pour faire succès aux États-Unis.