We bridge cultures
Pont Neuf Paris
Pont Neuf, Paris
Japanese Gardens
Japanese Gardens, Pasadena
Montserrat Barcelona
en route Montserrat - Barcelona
Tower Bridge London
Tower Bridge, London
script>
Skip to content

Gennike Mayers – linguiste du mois d’août 2021 (suite)

e n t r e t i e n    e x c l u s i f

(deuxième partie)

Gennike 2

Jonathan blue shirt snipped

Gennike Mayers
L'interviewée

 

Jonathan G. [1]
L'intervieweur

  La première partie est accessible ici.  

L’interview qui suit a été réalisée en anglais par Skype entre Los Angeles et Hope Bay (Tobago)*. Il fut traduit en français par notre invitée, avec l'aide preciéuse de René Meertens, auteur du Guide anglais-francais de la traduction. La deuxième partie de l'entretien sera publiée par la suite.

Map of Tobago

LOS ANGELES

Map of la


L’archipel des Caraïbes est une chaîne d’îles situées entre l’Amérique du Nord et l’Amérique du Sud, entourée par la mer des Caraïbes. Essentiellement, les Caraïbes comprennent Anguilla, Antigua-et-Barbuda, la Barbade, les Bermudes, les Bahamas, les îles Caïmans, la Dominique, la Grenade, la Jamaïque, Montserrat, Saint-Kitts-et-Nevis, Sainte-Lucie, Saint-Vincent-et-les-Grenadines, les îles Turks et Caïques, Trinité-et-Tobago, les Îles Vierges britanniques et les Îles Vierges américaines (avec l’anglais comme langue prédominante), la Martinique, la Guadeloupe, Saint-Martin et Saint-Barthélémy (principalement francophones), Aruba, Bonaire, Curaçao, Saba, Sint Eustatius, Sint Maarten et Suriname (néerlandophones), Haïti (créolophone et francophone) et la République dominicaine, Porto Rico et Cuba (hispanophones).

  Carte-antilles.jpg  

Initials JJGIl semble que votre décision de créer votre propre agence de traduction et d’interprétation était très judicieuse, car depuis l’apparition de la COVID-19, les plateformes qui permettent l’interprétation à distance aux personnes et aux groupes sont devenues très répandues.

Gennike snipAbsolument ! Interpreting Your Needs (Interprétation adaptée à vos besoins) a son propre parcours qui a commencé en IYN octobre 2011 en Guadeloupe, où elle a été créée. Puis, lorsque j’ai déménagé à Trinidad en 2015, j’ai enregistré une personne morale du même nom, bien que d’autres postes à temps plein aient retenu mon attention. Cette entreprise est donc restée inactive jusqu’en 2020, année où je suis rentrée du Zimbabwe au milieu de la pandémie, déterminée à travailler à domicile. Pour des raisons personnelles, je ne me sentais pas en sécurité et j’ai décidé de quitter un emploi à temps plein aux Nations Unies pour rentrer chez moi, même si, avec la fermeture des frontières de T&T, je n’étais pas tout à fait sûre du moment où je serais autorisée à rentrer chez moi.

En faisant cet acte de foi, j’étais déterminée à ressusciter Interpreting Your Needs et à en faire mon entreprise. Avec la COVID qui faisait rage partout dans le monde, je n’avais plus d’intérêt pour les voyages et le travail à l’étranger. Après toutes ces années passées à vivre un peu comme une étudiante dans un logement partagé avec des collègues, à dormir dans des tentes, des conteneurs rénovés et des chambres d’hôtel, je voulais juste être à la maison, profiter du confort de ma maison, gagner ma vie à la maison.

Dans le contexte de la COVID-19, de nombreuses entreprises ont été prises au dépourvu et forcées de passer en ligne. Dans mon cas, j’étais prête à m’épanouir en ligne parce que j’avais déjà fait l’expérience des études en ligne et du réseautage avec des collègues partout dans le monde depuis de nombreuses années. C’est donc une progression naturelle pour moi et mes services aux entreprises.

Initials JJGAyant maintenant votre propre entreprise depuis 2020, quelles nouvelles opportunités se présentent pour la coopération avec d’autres entités dans le domaine ?

Gennike snipAvoir ma propre entreprise signifie que je porte différentes casquettes tous les jours. Je suis plus qu’une interprète indépendante. Je suis également responsable de la commercialisation de mes services, des aspects financiers, de l’administration de mes activités, de l’assurance de la qualité, du service à la clientèle et de la gestion de projets. En même temps, travailler à la maison signifie que je peux profiter de la compagnie de mes chiens et passer beaucoup de temps dans mon jardin à cultiver des aliments biologiques pour garder mon esprit et mon corps en bonne santé. C’est un choix de vie qui est très différent de la vie que j’avais vécue pendant des années où je me rendais dans des zones sinistrées, désireuse de servir les autres mais finalement j’ai négligé mes propres besoins, ce qui a conduit à l’épuisement.

Depuis que j’ai changé d’orientation et créé ma propre entreprise, j’ai eu la possibilité de fournir de nombreux services, mais maintenant ceux-ci visent à surmonter les barrières linguistiques. Mes compétences linguistiques aident les gens à établir des liens, à communiquer et à collaborer à la résolution de problèmes. C’est ma passion. C’est ce qui me motive au quotidien.

En élargissant mon réseau via des plateformes comme Linkedin, j’ai eu la chance de rencontrer des personnes très intéressantes avec lesquelles j’ai établi de grandes synergies, vous par exemple. Nous nous soutenons mutuellement dans notre démarche entrepreneuriale, échangeons des compétences et des services, nous recommandons et promouvons l’expertise de l’autre et entretenons généralement de bonnes relations. Grâce à ces relations en ligne, de nombreuses portes se sont ouvertes pour moi : invitations à participer à différents forums, interprétation simultanée à distance, traduction pour les clients lointains, etc.

J’ai également été en mesure d’affiner mes compétences en interprétation à distance. J’ai notamment poursuivi la certification professionnelle avec la plate-forme multilingue KUDO. Cette technologie est novatrice et arrive à point nommé. Elle a révolutionné la façon de travailler des interprètes et a créé un marché que les clients potentiels peuvent exploiter pour réserver des services d’interprétation sur demande pour des réunions multilingues. J’ai décroché le certificat la veille de mon 45e anniversaire. Comme quoi, il n’est jamais trop tard pour commencer quelque chose de nouveau.

Initials JJGVous avez récemment publié un livre intitulé « CARICOM: GOOD OFFICES, GOOD NEIGHBORS » dans lequel vous expliquez la diversité des méthodes des membres de la Communauté des Caraïbes face à la crise vénézuélienne. Quels sont les États membres de la CARICOM ?

Gennike snipLa Communauté des Caraïbes (CARICOM) est une organisation créée en 1973 par le Traité de Chaguaramas, signé par les membres fondateurs (Barbade, Jamaïque, Guyana et Trinité-et-Tobago) pour promouvoir l’intégration économique et la coopération. L’organisation se compose actuellement de 15 nations des Caraïbes et de dépendances. Ces États membres sont Antigua-et-Barbuda, les Bahamas, la Barbade, le Belize, la Dominique, la Grenade, le Guyana, Haïti, la Jamaïque, Montserrat (un territoire britannique d’outre-mer dans les îles Sous-le-Vent), Saint-Kitts-et-Nevis, Sainte-Lucie, Saint-Vincent-et-les-Grenadines, le Suriname et Trinité-et-Tobago. En plus des membres à part entière de la communauté, il y a cinq membres associés et sept observateurs. Les cinq membres associés sont Anguilla, les Bermudes, les îles Vierges britanniques, les îles Caïmans et les îles Turks et Caïques. Le rôle des membres associés, qui sont tous des territoires britanniques d’outre-mer, n’est pas encore défini. Les observateurs sont des États qui participent à au moins un des comités techniques de la CARICOM.

Initials JJGVous êtes l’un des traducteurs de référence pour le Bureau d’interprétation et de traduction des Caraïbes (CITB) de l’Université des Antilles (UWI). 

Gennike snipLe CITB est une branche de l’Université des Antilles qui fournit, comme son nom l’indique, des services d’interprétation et de traduction à des clients publics et privés. Puisque l’UWI offre un diplôme d’interprétation, les diplômés qui réussissent le cours sont engagés comme pigistes pour des clients. J’ai eu la chance de travailler comme pigiste au CITB depuis 2007, année où j’ai obtenu mon diplôme d’études supérieures. Ce qui est le plus gratifiant, c’est que les professeurs du programme de troisième cycle sont devenus des mentors et des amis avec qui je travaille encore aujourd’hui.

Initials JJGQuelle est la principale activité économique de Trinité-et-Tobago et quel est le mode de vie de ses habitants ?

Gennike snipTrinidad est un centre commercial et industriel animé, tandis que Tobago est une île touristique décontractée et presque somnolente. Ensemble, Trinité-et-Tobago offre aux visiteurs un équilibre entre affaires et plaisir. Trinité-et-Tobago est considérée comme le centre économique des Caraïbes anglophones en raison de sa production de pétrole et de gaz et de son solide secteur manufacturier qui exporte une grande partie de ses marchandises vers ses voisins de la CARICOM, ses partenaires commerciaux sud-américains et les États-Unis.

Initials JJGQuelles sont vos activités extra-professionnelles préférées?

Gennike snipJ’ai eu différents passe-temps à différentes étapes de ma vie parce que j’essayais toujours de nouvelles activités dans les pays où j’ai eu la chance de vivre, d’étudier et de travailler. En Haïti, j’ai commencé le kick-boxing pour remédier au stress. En République dominicaine, j’ai appris à danser la salsa et le merengue. En Martinique, j’ai appris à danser le zouk et des danses traditionnelles telles que le Gwo Ka, le Biguine et la mazurka. En Guadeloupe, je me suis inscrite à un club de cyclisme et j’ai pratiqué une gamme de sports nautiques facilement accessibles (kayak, snorkeling, natation). À la Barbade, j’ai suivi des cours de surf. Maintenant, avec les restrictions liées à la COVID-19 imposées dans mon pays, y compris la fermeture des plages, je passe beaucoup plus de temps dans le jardin à faire de l’agriculture de subsistance et à lire dans un hamac. Je fais aussi des expériences culinaires avec des recettes d’algues sargasses. Jusqu’à présent, j’ai créé des lasagnes aux sargasses, de la pâte à pizza aux sargasses et des brownies aux sargasses. Tous délicieux!

———————-

[1] Votre blogeur fidèle est traducteur et interprète assermenté aupres du Judicial Council of California (hebreu/anglais, francais/anglais). Il a vecu sur quatre continents et a passé un an a Paris, où il a obtenu un diplome en Civilisation française de la Sorbonne – un cas d'opsimathie, vu le fait qu'il n'au jamais appris le français a l'école ni pendant ces annees d'etudes précédentes en droit. Il a ètè membre du Barreau d'Afrique du Sud et du Barreau d'Israel. Il a traduit en anglais RÉVOLUTION d'Emmanuel Macron.

Tortoise 1Il ne faut pas le confondre avec un autre Jonathan encore plus ancien – la tortue (agée de 188 ans) en confinement sur l'ile de Sainte Hélène (comme Napoléon autrefois). Les deux (Jonathan & Jonathan, non Jonathan et Napoléon) se sont rencontrés lors d'une visite de l'île effectuée par votre bloggeur. Voir le reportage : https://bit.ly/2KS6Wxe  

 

Underground – l’usage en anglais et français

Le Comité régional du tourisme Paris-Île-de-France organise le printemps prochain  un « weekend hors du commun », un événement « Paris face cachée », ou encore « Paris Underground ». Comme on le sait, le mot anglais  « underground » (substantif ou adjectif) veut dire « souterrain ». C’est pour cela qu’il désigne officiellement le métro de Londres. (Aux États-Unis, le terme habituel est « subway ».)

   

Mais, pendant la deuxième guerre mondiale, le mot a pris un nouveau sens lorsqu'il en est venu à désigner les mouvements de résistance à l'occupation de l'Europe par les nazis.

Après la guerre, “The Underground” a désigné un mouvement de contre-culture, né en Grande-Bretagne et associé à la culture hippie aux États-Unis.

Dans cette acception, “underground” peut être traduit en français par « clandestin » (adjectif) et « mouvement clandestin » ou « clandestinité » (substantif).

Parmi les expressions désignant des activités clandestines ou parallèles, citons l'économie « underground », le cinéma « underground ”, la musique “ underground », l'art « underground » et la presse « underground ». Dans le domaine économique, on a beaucoup utilisé les adjectifs « souterraine » ou « parallèle » pour qualifier tout un pan de l'économie italienne ou russe s'exerçant en marge des structures commerciales officielles.   

 

Le journal britannique The New Statesman a publié en 2011 un article intitulé « Down the Tube? Up the social ladder », concernant le prix prohibitif du ticket de métro londonien.

Le premier syntagme joue avec les mots. En effet, si le mot anglais « tube » a la même signification que « tube » en français, lorsqu'on l'écrit avec un T majuscule il fait référence au métro londonien : « the Tube » est le nom populaire qui lui est donné (le nom officiel étant « the Underground »). Et si vous avez déjà voyagé dans the Tube, emprunté ses couloirs et escaliers roulants, vous avez certainement eu l'impression de vous déplacer à l'intérieur d'une sorte de tube ou de conduit géant.

 

  Underground map  

Cependant, l’expression « Down the tubes » (avec un « s ») a un tout autre sens, le même que « down the drain ». Elle signifie qu'un projet n'aboutit à rien, qu'il finit en queue de poisson ; on pourrait dire en quelque sorte qu'il tombe à l'eau, dans les égouts, dans la tuyauterie. L'expression consacrée en français est d'ailleurs assez curieuse : on dit « tourner en eau de boudin » ou « s'en aller en eau de boudin[1] ». L’expression « down the Tube » est donc ici à double sens, car elle implique « the Tube » (le métro londonien) et « down the tubes » (un échec).

Quant au deuxième syntagme « Up the social ladder », il indique purement et simplement une ascension sociale. Le titre du New Statesman ne manque donc pas d'humour : en descendant dans le métro, on grimpe l'échelle sociale, proclame-t-il, sous-entendant une situation vouée à l'échec. 

Ladder

Ci-dessous se trouve l’article en question, publié le 23 novembre 2011 ; sa traduction française a été publiée dans Le Courrier International. " Le titre de l'article a été traduit par : « À Londres, prendre le métro est devenu un luxe ». Les traducteurs n'ont apparemment trouvé aucun équivalent qui puisse rendre le double sens de « Down the tube(s) ». Autant dire que cette expression tarabiscotée a dû leur donner du fil à retordre et a fini par tourner en eau de boudin. 

 

[1]          Si l'expression « tourner en eau de boudin » vient, paraît-il, de l'eau de cuisson du boudin, ou de l'eau souillée, bonne à jeter aux égouts, dans laquelle on nettoie les boyaux qui servent à la fabrication de ce mets, d'autres s'accordent à lui donner une origine moins ragoûtante. Attention, donc, à la traduction de « tourner en eau de boudin » dans le sens français → anglais. 

Initials JJG Jonathan Goldberg
Ces commentaires ont bénéficié des précieux conseils de Nathalie Nédélec-Courtès, traductrice littéraire anglais, espagnol et italien vers le français. Nathalie Nédélec-Courtès

 

 

Down the Tube? Up the social ladder

Public transport by name is increasingly exclusive by nature

Next time you're on the Tube take a look around you. If you think that it's increasingly full of white, business class professionals, it's because it is. According to newly-analysed data from Transport for London, slipping down the underground escalator means taking a step up the social ladder.

The data paints a stark picture of a growing social divide in our city. While richer groups speed to work underground, poorer and more diverse ethnic groups are forced to take the bus. Public transport by name is increasingly exclusive by nature.

The latest figures show that almost four in five of London's Tube users are now managerial and professional workers, and the situation is getting worse.

In 2003, Londoners in the bottom half of the income spectrum made up 28 per cent of Tube users, but in the latest data from 2009, this dropped to 22 per cent.

It is hard not to link these divides to a difference in fares (the cash price for a Zone 1 single fare is now £4). This week I've been talking to cleaners and caterers who cannot afford to use the Tube in the city they call home. Instead they flock to the bus, which remains expensive and problematic.

Take Elena, a cleaner from Columbia who works for £6.08 an hour. She holds down two part time jobs. Without access to the Tube or train, she has to leave her North London home at 5am. Together with hoards of other workers on the minimum wage, she gets a chain of buses before dawn breaks. Her need to travel between jobs means that she spends almost five hours a day travelling for six hours work.

At present Elena pays £68.40 for her monthly bus pass. If she were to buy a full travelcard with Tube access, it would cost £106, approximately one fifth of her monthly wage after tax.

The mayor doesn't seem to get the problem. Since Boris Johnson was elected, the cost of a weekly zone 1-4 travelcard has increased by 23 per cent, and he remains committed to 20 years of above inflation fare increases.

Migrant workers like Elena are particularly likely to be affected. According to TfL's figures, some 39 per cent of bus users are from black and ethnic minority communities compared to 29 percent of Tube users.

Bus dependency also continues to cause massive problems for families. Alberto, another cleaner, says his daughter has to leave the house at 5am with his wife. She waits at her mum's work reading until school opens, and she always arrives tired. Meanwhile Alberto makes his anxious journey across London. If he misses one of his busses or falls asleep, he risks being fired.

"I've seen the transport prices rise like crazy but the salary never increases," he says, "For a salary increase you have to fight. Throughout the years my money buys less and less so I'm encouraging the workers to get organised … The problem is getting worse."

There are economic consequences too. Transport is the circulatory system of our economy, but workers like Elena have been known to turn down jobs because they are too expensive to get to. It also makes it difficult to make English classes, and it hits women hardest.

According to the figures — unavailable online but released by TfL to the New Statesman — some 78 per cent of Tube users are now from managerial and professional groups, defined as ABC1s.

In contrast, just 22 per cent of Tube users come from C2DE groups associated with the bottom half of the income spectrum. This compares to 37 per cent of bus users who are from this category.

When the Greater London Assembly estimates that roughly half of London's population is in each group, something is clearly out of synch.

Although this decline in diversity was visible when Ken Livingstone was mayor, he's developing policies to buck the trend. If he is elected next year, he says he'd cut fares by 5 per cent in 2012 and freeze them until 2013.

As for Boris Johnson, we don't know what the consequences would be if he won another term in office. Under his watch, TfL have suspended the Underground Users Survey until further notice.

If such a move saves costs, it also buries bad news.

staycation – anglicisme ! néologisme ?

  Staycation 6  

Voici la définition de "staycation" fournie par Lexico.com, le dictionnaire numérique de l'Edition britannique Oxford Press :

"A vacation spent in one's home country rather than abroad, or one spent at home and involving day trips to local attractions."

Ce mot est-il un néologisme ? Pas exactement. Le journal Le Monde a publié un article deja en 2009 sous le titre « Cet été, vous restez chez vous ? Non, vous êtes en "staycation" ».

Néanmoins, Wiktionnaire soutien : « (Néologisme) Vacances passées à la maison. », et ajoute une explication étymologique :

Staycation 5« Apparu dans le sillage de la crise de 2007, le globe-trotteur d’appartement s’inscrit dans le cadre d’une nouvelle pratique ­dénommée « staycation » – contraction de to stay (« rester ») et vacation  (« vacances »). — (Nicolas Santolaria, Typologie de l’estivant : le globe-trotteur d’appartement sur LeMonde.fr.. Mis en ligne le 21 août 2017, »


Lewis_carrollNeologisme ou non, nous ajouterons notre grain de sel : Staycation est une mot valise, à savoir un mot formé par la fusion d'au moins deux mots existant dans la langue de telle sorte qu'un de ces mots au moins y apparaisse tronqué, voire méconnaissable. [1] ) « Mot valise » se traduit en anglais par un mot à consonance française – "portmanteau word", [2] inventé par l'auteur et mathématicien britannique, Lewis Carroll (Charles L. Dodgson).[3] » 

  Staycation 4  
  AIRBNB [4]   

Le site Vie Bureau, publié par Eurecia.com, dans sa rubrique « Management et bien-être » du 03 aout 2018, prodigue, de façon humoristique, des conseils utiles. Voici l’article dont il s’agit : https://www.eurecia.com/blog/staycation-si-restiez-chez-les-vacances/. Nous le republions avec l’autorisation précieuse d’Eurécia. L'article offre une traduction astucieuse : vacadom.

Staycation : et si vous restiez chez vous pour les vacances ?

Staycation, quesako ?

Vous voulez être in ? Pratiquez le staycation ! C’est LA nouvelle tendance aux Etats Unis qui arrive en France ! Stay pour rester et cation pour vacation donc vacances. En Français nous pourrions le traduire par « vacadom », vacances à domicile. Eh oui, vous l’aurez compris, le staycation consiste à passer ses vacances à la maison ! Mais alors quel est l’intérêt ? Et quels sont les avantages ? La rédaction fait le point.

Cet été, je reste à la maison !

Vous allez dire « c’est un truc pour ceux qui n’ont pas les moyens ». Eh bien non ! Le staycation est de plus en plus assumé et pas toujours contraint. En effet, plusieurs Français témoignent des avantages à faire le touriste dans sa propre ville. Pourquoi partir loin quand on a tant de jolies choses à découvrir en bas de chez soi ? Vous n’êtes pas convaincus ? Voici les 10 raisons de pratiquer le staycation :

 

  Staycation 1  

 

Le staycation, ça ne s’improvise pas !

Disons-le ! Le staycation ça ne s’improvise pas. Voici les 5 conseils pour le faire bien :

Image

 

Attention, le staycation n’est pas sans risques !

Effectivement en faisant du staycation vous courrez un risque. Oui, oui ! Celui de ne pas faire de véritable coupure. Attention donc de ne pas céder à la tentation d'ouvrir votre ordinateur pour consulter vos mails ou bien répondre au téléphone à un collègue de travail. Tenez-vous en plutôt à votre planning vacances : lundi musée, mardi resto gastro et balade à vélo, mercredi repas avec les cousins, jeudi balade au bord de l'eau… Ne vous imposez aucune obligation ! Oubliez la chemise cravate ou les talons hauts et optez pour les tenues légères et les tongs. Détendez-vous, profitez et déconnectez !

———————–

Voir aussi : Vaccication. Contraction anglaise de «vaccine» et «vacation» vacances»). Voyage qui permet de se faire vacciner contre le Covid-19. Les Maldives ont ainsi lancé un forfait qui permet aux vacanciers de recevoir deux doses de vaccin s’ils viennent dans le pays, afin de faire revenir les touristes. (07.11.21)

[1] Définitions  lexicographigues et étymologiques de « mot-valise » dans le Trésor de la langue française informatisé, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales : « Création verbale formée par le télescopage de deux (ou trois) mots existant dans la langue. »

[2] Portmanteau words in English

[3] Des aventures d'Astérix à l'univers fantastique d'Alice au pays des merveilles – paru sur ce blog.

[4] Wiktionnaire: AIRBNB : Abréviation fantaisiste de l'anglais air bed and breakfast (matelas pneumatique et petit déjeuner). Le nom a été inventé par les deux créateurs du concept en 2007.

Alan Hoffman – traducteur du mois de septembre 2021

            e n t r e t i e n    e x c l u s i f

 


Alan Hoffman snipped

Jonathan blue shirt snipped

Alan Hoffman
L'interviewé

 

Jonathan G.
L'intervieweur

Nadine thumbnailNadine Gassie, traductrice littéraire très chevronnée, qui a bien voulu traduire l'entretien ci-dessous, et sa fille Océane Bies, étaient nos linguistes du mois d'avril 2017. Sa derniere traduction, L’appel du cactoès noir (Riding the Black Cockatoo, rédigé par l'auteur australien, John Danalis), vient de paraitre  chez les éditions Marchialy. Nous remercions infiniment Nadine d'avoir accepté de traduire cet entretien.

Introduction :

Notre traducteur invité, Alan Hoffman, est diplômé de l'université de Yale et de la faculté de droit de Harvard (Harvard Law School). Il a été pendant près de cinquante ans avocat au Barreau de Boston et préside l'association des Amis américains de Lafayette.

Lafayette book coverEn 2006 Alan Hoffman a fait paraître sa traduction de Lafayette En Amérique En 1824 Et 1825 Ou Journal D'un Voyage Aux États-Unis d'Auguste Levasseur sous le titre Lafayette in America in 1824 and 1825, aux éditions bien nommées Lafayette Press Inc. Sa traduction américaine de cette chronique est la seule traduction complète existante à ce jour.

L'entretien qui suit porte sur les séjours de Lafayette aux États-Unis en 1777 et 1780 et en 1824-1825. Le format ne nous permet pas d'évoquer ici les années de Lafayette en France ni son activisme en faveur de l'abolition de l'esclavage en France comme aux États-Unis, dont Alan Hoffman est aussi un fin connaisseur. Sur ce sujet, nous recommandons la lecture de Lafayette in Two Worlds: Public Cultures and Personal Identities in an Age of Revolutions de Lloyd Kramer (The University of North Carolina Press, 1996) et Hero of Two Worlds: The Marquis de Lafayette in the Age of Revolution de Mike Duncan, (Public Affairs, 2021) ainsi que Lafayette  de Laurent Zecchini, 580 pages (Fayard, 2019).

——————–

Initials JJGQui était Lafayette ?

Initials A.H.Marie-Joseph Paul Yves Roch Gilbert du Motier, marquis de La Fayette (1757–1834), connu aux États-Unis sous le nom de Lafayette, est un aristocrate et officier français venu combattre aux États-Unis durant la guerre d'indépendance. 

  LLL  

À l'âge de 19 ans (alors qu'il a déjà rencontré le roi George III à Londres), Lafayette part pour l'Amérique rejoindre les forces insurgées de George Washington. Il assure le commandement des troupes américaines lors de plusieurs batailles, dont la campagne de Virginie et le siège de Yorktown. [1] 

  Lafayette & Washington at Forge Valley  
  Washington & Lafayette
à Forge Valley
 

Au début de l'année 1779, profitant d'une accalmie dans la guerre, Lafayette revient en France pour tenter d'obtenir du roi Louis XVI et de ses ministres une rallonge en aide matérielle, un supplément de prêts et de troupes ainsi que le retour de la flotte française aux États-Unis. Le ministère français approuve son plan et Lafayette retourne en Amérique en 1780 pour rejoindre l'armée continentale.

Après son retour définitif en France en 1781, il devient une personnalité majeure de la Révolution française de 1789 et de la Révolution de juillet 1830. Il est l'un des rédacteurs de la Déclaration française des droits de l'homme et du citoyen.

Hero of 2 WorldsEn juillet 1824, alors qu'il n'a pas revu les côtes américaines depuis 1784 (le traité de Paris a mis officiellement fin à la Révolution américaine en 1783), le général Lafayette, surnommé « le héros des deux mondes », s'embarque au Havre pour les États-Unis, son pays d'adoption, à l'invitation du Congrès et du président James Monroe. Ce retour, à l'age de 67 ans, quarante ans après la gloire dont il s'est couvert en participant à la victoire des insurgés, suscite une extraordinaire démonstration d'affection de la part du peuple américain envers le dernier Major General survivant de leur révolution. Au cours des 13 mois que dure son séjour, il visite les 24 États et reçoit partout honneurs et célébrations. Il est accueilli par les anciens présidents John Adams, Thomas Jefferson et James Madison, par les présidents en exercice James Monroe et John Quincy Adams, et par le futur président Andrew Jackson. Lafayette est accompagné de son fils unique, Georges Washington Lafayette, 45 ans, de son secrétaire André-Nicolas Levasseur et de son valet de chambre personnel.

Initials JJGQui était André-Nicolas Levasseur ?

Initials A.H.André-Nicolas Levasseur (également connu sous le nom d'Auguste Levasseur) est un écrivain et diplomate français du XIXe siècle. Tout comme Lafayette, Levasseur considérait Napoléon comme un « usurpateur » et portait un regard très critique sur la France de la Restauration sous la monarchie des Bourbon. [2] Levasseur est surtout connu aux États-Unis pour avoir accompagné Lafayette lors de sa dernière visite aux États-Unis en 1824. C'est à Levasseur, en tant que secrétaire de Lafayette, que l'on doit le récit détaillé en français de cette visite . 

Initials JJGDans quelle mesure vous intéressiez-vous déjà à Lafayette avant d'entreprendre ce projet de traduction ?

Initials A.H.J'ai toujours eu un grand intérêt pour l'histoire, en particulier l'histoire des débuts des États-Unis, que j'ai choisi comme matière à l'université, mais pour ce qui est de Lafayette, je ne le connaissais que vaguement lorsqu'en 2002 j'ai lu le livre d'Andrew Burstein : America’s Jubilee: How in 1826 a Generation Remembered Fifty Years of Independence [Le Jubilé de l'Amérique ou Comment, en 1826, une génération a fêté cinquante ans d'indépendance]. Le premier chapitre portait sur la
tournée d'adieu de Lafayette en 1824-1825. Mon intérêt ayant été piqué, je me suis mis à lire tout ce que je pouvais trouver sur Lafayette. Mass C'est ce qui m'a conduit à rejoindre l'association des Amis américains de Lafayette (AFL : American Friends of Lafayette) et la Société Lafayette du Massachusetts (Massachusetts Lafayette Society), puis à Levasseur et son journal.

Initials JJGDepuis quand existe votre association des Amis américains de Lafayette ? Avez-vous l'occasion de rencontrer des auteurs ou des chercheurs français pour échanger sur des aspects de la vie de Lafayette ?

Friends 1

Initials A.H.L'AFL a été fondée en 1932 à la Lafayette College à Easton, en Pennsylvanie. Elle compte 450 membres provenant de presque tous les États américains, du Canada, de France, d'Angleterre et d'Allemagne. Nous tenons une réunion annuelle dans une ville ou localité associée à Lafayette et faisons partie des 13 organisations qui célèbrent chaque année l'anniversaire de la reddition du général Cornwallis à Yorktown le 19 octobre (jour de sa capitulation en 1781). Certains de nos membres universitaires parlent couramment le français, comme Robert Crout de Lafayette College de Charleston et Lloyd Kramer de l'université de Caroline du Nord. Nous avons aussi des contacts avec des enseignants-chercheurs en France, telle Iris de Rode, qui vient de publier les journaux de Chastellux, le commandant en second de Rochambeau.


PHOTO

Iris Lloyd
R.C. I. de R.  L.K.

 

Initials JJGQuel était votre niveau de compréhension du français écrit lorsque vous avez entrepris ce projet ?

Initials A.H.J'avais derrière moi six ans de français et de latin scolaires. Il se trouve qu'en 2003, quand j'ai cherché à lire le journal de Brattle Levasseur, je n'ai pas trouvé le moindre exemplaire d'une traduction anglaise datant de 1829. Mais à la librairie Brattle Book Shop de Boston, dans la salle des livres rares, j'ai trouvé la version française originale ! Et quand j'ai ouvert le tome 1 à la page de la préface, j'ai constaté, à mon grand étonnement, que j'étais capable de lire dans le texte. C'est à ce moment-là que j'ai décidé de traduire ce livre.

Initials JJGLafayette parlait-il anglais avant de poser pour la première fois le pied sur les côtes américaines ?

Initials A.H.Non, mais il a appris à le parler et à l'écrire à bord de la Victoire, le premier navire qu'il a armé afin de rejoindre l'Amérique avec d'autres officiers français.

  Victoire  

 

Lafayette avait étudié le latin à l'école, et le français bien sûr. Et durant les sept semaines de la traversée, il a eu un excellent professeur en la personne du Baron de Kalb qui parlait couramment l'anglais. Lafayette avait aussi emporté un livre de grammaire anglaise.

Initials JJGPouvez-vous nous en dire plus sur la maîtrise de l'anglais écrit acquise par Lafayette, sachant qu'il écrivait constamment des lettres en anglais à un certain nombre d'Américains, dont George Washington ?

Initials A.H.Il est évident que Lafayette a développé une maîtrise de l'anglais écrit (et oral) très rapidement. On peut s'en convaincre en lisant, par exemple, la première lettre qu'il a écrite au général Washington le 14 octobre 1777, quatre mois seulement après son arrivée en Amérique. Voir The Letters of Lafayette to Washington 1777–1779, 2nd print, Louis Gottschalk, Editor (The American Philosophical Society, 1976).

Initials JJGVoici une citation du livre de Mike Duncan, Hero of Two Worlds, tout récemment paru : « Une bonne partie de la société française s'attendait à ce que sa flamboyante folie américaine se solde par un échec comique. Au lieu de quoi, Lafayette a cru en lui-même, fait preuve de hardiesse et de témérité, et son audace a magnifiquement payé. Certes, son titre, sa fortune et ses relations lui ont ouvert des portes en Amérique mais c'est pour son courage, sa loyauté et son talent qu'il y a été acclamé. » (Page 141)

Hero

Êtes-vous d'accord avec cette affirmation ? L'engagement physique de Lafayette dans la guerre a-t-il contribué à sa légende davantage que sa contribution financière et l'engagement de plusieurs milliers de soldats français ? Et dans ce cas, l'effet majeur n'a-t-il pas été de renforcer le moral des troupes ?

Initials A.H.Je suis globalement d'accord avec ça, surtout avec la dernière phrase de la citation. La première, en revanche, est peut-être un peu exagérée. Certains contemporains de Lafayette, comme ses meilleurs amis le vicomte de Noaille (son beau-frère) et le comte de Ségur, qui avaient obéi à l'ordre de leurs pères leur intimant de ne pas aller en Amérique rejoindre les insurgés, ne pensaient pas que Lafayette était fou mais l'enviaient plutôt.

Segur Louis XVI Vicompte de Noaille
Le comte de Ségur Le Roi Louis XVI

Le vicomte
de Noaille

La contribution de Lafayette à la cause américaine fut d'une importance cruciale, et son action diplomatique primordiale. À son retour en France en 1779, en congé de l'armée révolutionnaire, c'est lui qui, avec Benjamin Franklin, a fait pression sur les ministres français pour obtenir plus d'argent, de fournitures, de forces terrestres et le retour d'une flotte française. L'acceptation de son plan par l'état-major a conduit à la victoire de Yorktown. Par conséquent, le rôle militaire de Lafayette est loin d'être négligeable. Sa campagne de Virginie en 1781 créa la condition, à savoir l'enfermement de l'armée de Cornwallis à Yorktown, qui prépara le terrain au siège des forces anglaises et à leur reddition, en octobre 1781.

Initials JJGLes insurgés auraient-ils gagné la guerre d'indépendance sans le soutien de Lafayette et de la France ?

Initials A.H.La réponse la plus brève est « probablement pas ». Et certainement pas en 1781. Le corps expéditionnaire français de Rochambeau, avec ses ingénieurs et ses énormes canons de siège, ainsi que la flotte antillaise commandée par le comte de Grasse, qui rejoignirent les troupes de Washington par le nord, et les forces de Lafayette déjà présentes en Virginie furent décisifs dans la bataille de Yorktown, l'ultime engagement majeur de la guerre. Sans Lafayette et la France, nous chanterions encore le « God Save the Queen ».

  Yorktown  

Initials JJGPeut-on voir un paradoxe dans le fait que Louis XVI peut être considéré comme l'un des héros de la Révolution américaine et est ensuite devenu le scélérat et la victime de la Révolution française ?

Initials A.H.Louis XVI et ses ministres, en particulier le comte de Vergennes et le comte de Maurepas, n'étaient pas des libéraux des Lumières, mais ils ont soutenu l'insurrection américaine pour venger la France de la perte d'une partie de ses possessions coloniales dans la guerre de Sept Ans (1756-1763). Le soutien français aux États-Unis fut financé par l'emprunt. Ce fait, associé au gaspillage dispendieux de la Couronne et à un système fiscal injuste et inefficace, a conduit à la faillite du pays, et à la Révolution française, qui bien sûr a coûté sa tête à Louis XVI.

  Louis XVI execution  

Initials JJGParmi les personnalités françaises impliquées dans la guerre d'indépendance, il y eut Lafayette et Rochambeau, qui s'affrontèrent parfois. Rochambeau qualifiait Lafayette de « tête brûlée ». L'enthousiasme adolescent de Lafayette, cependant, s'est-il avéré un atout plus précieux que la circonspection de Rochambeau ? Auquel des deux peut-on attribuer la contribution la plus importante ?

Initials A.H.On reconnaît généralement à Lafayette une contribution plus importante que celle de Rochambeau, du fait de son rôle diplomatique couplé à ses succès militaires. Il faut dire aussi que son enthousiasme adolescent et sa parfaite courtoisie se sont révélés contagieux. Et sa générosité personnelle – il a financé les uniformes de ses volontaires avec ses fonds propres – a clairement stimulé le moral des troupes avec lesquelles il a servi.

  Rochambeau_Monument _Newport _Rhode_Island  
  Statue de Rochambeau, 
Newport (Rhode Island)
 

Initials JJGAprès son premier voyage en Amérique et son retour en France, Lafayette a envisagé une attaque de la Grande-Bretagne. Il projetait aussi d'attaquer les Anglais au Canada. Bien qu'aucun de ces plans n'ait été mis à exécution, peut-on en déduire qu'il était un belliciste convaincu ?


Initials A.H.Non, Lafayette n'était pas belliciste dans l'âme. Sa motivation, en imaginant ces plans, était purement stratégique. Il pensait qu'un succès sur chacun de ces théâtres d'opérations aurait accéléré la conclusion de la guerre, avec pour résultat moins de pertes en vies humaines.

  Hamilton  



Initials JJGAvez-vous vu la comédie musicale
Hamilton ? Dans quelle mesure le portrait de Lafayette est-il authentique ?

AHJ'ai vu deux représentations de Hamilton, une à Broadway, l'autre dans un théâtre de Boston, ainsi que le film à la télévision. La pièce n'est pas d'une authenticité historique absolue, mais elle ne prétend pas l'être non plus. Par exemple, Lafayette y est montré comme présent au début de la Révolution américaine alors qu'en fait il a rejoint l'armée continentale en juillet 1777. En outre, le personnage de Lafayette n'y a pas de rôle majeur et n'a que quelques lignes à chanter en solo. Mais la pièce est juste dans sa description de l'amitié de Lafayette avec Hamilton, de sa popularité auprès de ses compagnons d'armes et de l'importance de sa contribution à l'effort de guerre.

Initials JJGEn février 1783, Lafayette écrivait à Washington :

 

L & W« Maintenant, mon cher Général, que vous allez profiter d'une certaine tranquillité, permettez-moi de vous proposer un plan qui pourrait être d'un grand bénéfice pour la Partie Noire de l'Humanité. Unissons-nous pour acheter un petit domaine où nous pourrons tenter l'expérience de libérer les Nègres et de ne les employer qu'en tant que métayers – un tel exemple donné par vous-même pourrait en faire une pratique générale ; et, si nous réussissons en Amérique, je consacrerai volontiers une partie de mon temps à rendre la méthode de bon ton aux Antilles. Et s'il s'agit d'une folie, je préfère être fou en cette manière plutôt que jugé sage en l'autre. »

Selon les normes de la fin du XVIIIe siècle, les idées abolitionnistes de Lafayette, et plus particulièrement son projet de transformer les esclaves en métayers, étaient-elles très en avance sur leur temps ?

Initials A.H.Dès 1783, Lafayette plaidait pour l'abolition de l'esclavage en Amérique, de même qu'en France et dans ses colonies. En 1785, Slavery Washington n'ayant pas accepté cette expérience qu'il lui proposait, Lafayette a acheté une plantation à Cayenne, sur la côte nord de l'Amérique du Sud, où il a démarré un programme d'affranchissement progressif des esclaves de la plantation. [3]  Contrairement aux dirigeants américains tels que Washington et Jefferson, qui reconnaissaient que l'esclavage était mauvais mais n'en détenaient pas moins des esclaves, Lafayette est passé à l'acte. Sa première démarche anti-esclavagiste était très avancée. Seuls les Quakers aux États-Unis avaient des vues plus progressistes.

 

Addendum :

Gazette AFL79 villes et villages, comtés et autres petites unités géographiques aux États-Unis portent le nom de Lafayette ou de son château, La Grange. Leurs noms sont Lafayette, Fayette, Fayetteville, Lafayetteville, Lagrange et Lagrangeville. Parmi ceux-ci, on compte 45 villes ou villages, 17 comtés, 16 communes, localités, etc. et une ville fantôme, Fayette dans le Michigan, aujourd'hui parc national et site historique. (Source : Gazette of the American Friends of Lafayette, No. 83, pp. 51–52 (October, 2015)

 

On trouve le mont Lafayette dans le New Hampshire, la rivière Lafayette en Virginie, le lac Lafayette en Floride et le Lafayette College en Pennsylvanie. Il existe plus d'une vingtaine de Loges (maçonniques) Lafayette, quantité de statues de Lafayette, de places et de parcs Lafayette, et probablement plus de 1 000 rues nommées en son honneur.

 

Statue clipped L. College
Statue of Lafayette
by Alexandre Faiguière & Antonin Mercié

Lafayette College

Pennsylvania

Des pièces de monnaie et des timbres à l'effigie de Lafayette ont été émis aux États-Unis et ailleurs :

Lafayette_stamp_3c_1952_issue

1900 memorial silver dollart lafayette_dollar_obvWashington & Lafayette 

[1] Washington & Lafayette | History | Smithsonian Magazine

[2] Napoleon and the Marquis de Lafayette

[3] Lafayette and Slavery
The Cayenne Experiments

 

 
  Lafayette et i'indépendence des Étas-Unis
(25 minutes)
 
     
 

 
  L'indépendance américaine 
(15 minutes) 
 

Lecture supplémentaire : 

Why Don't the French Celebrate Lafayette
Adam Gopnik, The New Yorker, August 16, 2021

What Happened to This Hero From the American Revolution?
New York Times, August 27, 2021

Anecdotes litteraires

« L'annonce de ma mort est grandement exagérée », blaguait Mark Twain de son vivant. 

Les rapports de la citation de Mark Twain sur sa propre mort sont grandement exagérés.

Mark Twain  the report of my deathLorsque vous êtes l'un des auteurs les plus cités de tous les temps, vous devenez également l'un des auteurs les plus mal cités de tous les temps. C'est le cas de Mark Twain, dont la célèbre boutade sur sa propre mort est fréquemment massacrée par des admirateurs bien intentionnés, comme l'explique This Day In Quotes.

Vous avez probablement entendu dire que Twain a dit un jour : « Les informations faisant état de ma mort sont grandement exagérées » ou une autre version courante contenant l'expression « grossièrement exagérée ». L'essentiel de la citation est exact, mais aucune des deux formulations n'est tout à fait juste.

Twain est l'une des rares personnes dans l'histoire à avoir eu la chance (ou la malchance) de commenter les articles de journaux sur sa propre mort. En 1897, un journaliste anglais du Journal de New York a contacté Twain pour savoir si les rumeurs selon lesquelles il était gravement malade ou déjà mort étaient effectivement vraies. Twain a écrit une réponse, dont une partie a été publiée dans l'article publié dans le Journal le 2 juin 1897 :

Mark Twain ne savait pas s'il devait être plus amusé ou ennuyé lorsqu'un Journal représentant l'a informé aujourd'hui du rapport à New York selon lequel il mourait dans la pauvreté à Londres… Le grand humoriste, bien que peut-être pas très robuste, est en parfaite santé. Il a déclaré: « Je peux parfaitement comprendre comment le rapport de ma maladie s'est déroulé, j'ai même entendu de bonne autorité que j'étais mort. James Ross Clemens, un de mes cousins, était gravement malade il y a deux ou trois semaines à Londres, mais il va bien maintenant. Le rapport de ma maladie est né de sa maladie. Le rapport de ma mort était une exagération. »

(Source : https://triniradio.net/)

—————————————–

« Thomas Corneille n’était pas du nombre des cadets qui ont plus d’esprit que leurs aînés. Sans son frère, il n’aurait pas eu plus de génie, mais il n’aurait pas payé les dépens de la comparaison. La distance qui était entre leurs esprits n’en mit aucune dans leurs cœurs. Ils étaient extrêmement unis. Ils logeaient ensemble. Thomas travaillait bien plus facilement que Pierre, et, quand celui-ci cherchait une rime, il levait une trappe et la demandait à Thomas, qui la lui donnait aussitôt. L’un était un dictionnaire de rimes, et l’autre un dictionnaire d’idées et de raisonnements. Il est resté au théâtre trois pièces de Thomas : Ariane, le Comte d’Essex et l’Inconnu, toutes trois faiblement écrites, mais intéressantes. On a encore de lui les Métamorphoses d’Ovide, un Dictionnaire universel géographique et historique ; ce qui marque qu’il avait une profonde érudition. »

Pierre Corneille

Pierre Corneille
Bibliothèque nai. de France

Corneille ThomasThomas Corneille


Claude-Henri de Fusée de Voisenon — Anecdotes littéraires  
https://a.co/h5RaLDS

Parler latin apporte un frisson immédiat à l’étude du latin  

L’article qui suit fait partie d’un texte plus long rédigé par le Professeur Armand D’Angour, de l’Université d’Oxford, et publié Armand
initialement dans Psyche. Il a été abregé et traduit de l’anglais en français pour ce blog par l’auteur lui-même, avec la preciéuse aide de René Meertens.

Armand D’Angour est un professeur du Jesus College à l’Université d’Oxford, où il enseigne les lettres classiques. Ses publications comprennent The Greeks and the New: Novelty in Ancient Greek Imagination and Experience (2011) et Music, Text, and Culture in Ancient Greece (2018), en collaboration avec Tom Phillips. Son livre le plus recent est Socrates in Love: The Making of a Philosopher (2019).

Armand book cover 3 Armands book cover 2 Armand book cover


Nous avons demandé au Professeur D’Angour, né dans une famille juive qui a fui l’Irak, quelle était l’origine de son nom à consonance française. Voici sa réponse :

« Dan Gour » sont les mots hébreux de l’Ancien Testament (Deutéronome 33:22) par lesquels Dieu dit à Moïse que « Dan est un lionceau » (qui s’élance de Basan). Nous pouvons retrouver ce nom dès le XVIIe siècle. Les Juifs furent déplacés massivement à Bagdad par Nabuchodonosor en 586 av. J.-C. Telle est l’origine de la communauté juive en Irak, qui comptait environ 140 000 personnes en 1948 lors de la création d’Israël. Il n’y en a plus une seule aujourd’hui.

 En 1950, il a été conseillé à mon père de solliciter un passeport auprès du consulat de France à Bagdad, ce qu’il a fait, en suggérant qu’on lui attribue un nom fictif tel que « Dupont ». Un fonctionnaire du consulat lui a demandé quel était son vrai nom et lui a dit « Je vous donne une apostrophe », après quoi il a francisé son nom, qui est devenu « D’Angour ». Mon père a abandonné l’apostrophe quand il s’est établi au Royaume-Uni plutôt qu’en France, mais ma mère aimait tellement cette anecdote qu’elle a conservé cette orthographe et a ajouté une touche supplémentaire de français en me donnant le prénom « Armand ».

 

  Armand mosaic  

Lingua Latina viva est. “La langue latine est vivante”: on peut apprendre à parler aussi bien qu'à lire. J'ai été initié au latin à l'âge de sept ans par un maître d'école inspirant qui est entré dans la classe, a esquissé un visage de profil au tableau et a déclaré : “Haec est puella. Amo puellam.” Ceci est une fille. J’aime la fille”. Le changement de forme de puella à puellam m'a semblé tout aussi évident que le changement de pronom anglais de “he” à “him”.

J'ai tout de suite été enchanté par le latin. Mais l'idée que le latin pouvait être une langue parlée s'est éloignée au fur et à mesure que, au cours des années qui ont suivi, je me suis immergé dans la grammaire, la syntaxe et le vocabulaire latins, et dans la traduction d'œuvres littéraires et poétiques avec un stylo et un dictionnaire à portée de main. Pour moi, le latin ne signifiait plus Amo puellam mais Amo, amas, amat. Je me suis peu à peu imprégné d'un préjugé profondément enraciné contre l'idée que le latin pouvait ou devait être parlé comme langue vivante. Comment imaginer qu'une langue prétendument “morte“, qui avait évolué vers le français, l'italien, l'espagnol, le roumain et le portugais vivants, puisse être utilisée pour la communication orale ? Comment prononcer le cae-in caelum (ciel) : kaï, tel qu'il était à Rome du Ier siècle avant notre ère, ou tché, tel qu'utilisé dans la liturgie chrétienne et italienne moderne ? Faut-il adopter le style de Cicéron ou de Sénèque, les expressions familières de Catulle ou de Pétrone, ou faut-il se résigner à un mélange néo-latin ?

En tant que professeur de lettres classiques à l'Université d'Oxford, j'avais complètement oublié le frisson de comprendre le latin parlé quand, en 2016, un groupe d'étudiants de l'Accademia Vivarium, une institution basée dans la belle Villa Falconieri juste à l'extérieur de Rome, est venu en visite au Royaume-Uni. Parmi eux se trouvaient des étudiants d'origine néerlandaise, hongroise, française, finlandaise et sud-américaine ; mais on pouvait difficilement distinguer leurs nationalités car, en plus d'utiliser des noms latins (Julianus, Edmundus), ils parlaient un latin courant et élégant et, dans un cas, le grec attique. Alors que je m'émerveillais de pouvoir comprendre chaque mot qu'ils disaient, je me sentais gêné de ne pas pouvoir, malgré plus de 50 ans de lecture, d'étude et d'écriture de la langue, faire venir à mes lèvres suffisamment de latin pour pouvoir converser couramment avec eux. La réunion a cependant éliminé toutes les préoccupations que j'avais concernant le son et le style en parlant activement le latin. Les différences de prononciation et d'expression importaient aussi peu que si je conversais en anglais avec des étudiants d'Écosse, de France ou du Japon. Ce qui importait, c'était que la langue soit intelligible, significative, précise et vivante.

Cela n'aurait peut-être pas dû être une surprise. Le latin était parlé d'une grande variété de manières (aussi variées que l'étaient ses descendants) dans la vaste zone d'influence de Rome pendant plus d'un millénaire, et pendant des siècles par la suite, par des personnes de tous les niveaux de classe, d'éducation et de capacité. Malgré d'importantes différences locales et individuelles, il est resté la lingua franca, la langue commune, de l'Europe pendant des siècles. Dante (1265-1321) a commencé à composer sa Divine Comédie en latin avant d'opter pour l'écriture en italien vernaculaire ; Pétrarque et Boccace (XIVe siècle) écrivaient aussi couramment en latin qu'en italien, et les poètes et humanistes du XVe siècle tels que Poliziano et Ficin, et Érasme de Rotterdam, étaient tout aussi à l'aise en parlant le latin que leur langue maternelle. Au XVIe siècle, Michel de Montaigne, bien qu'il ait écrit ses Essais en français, a développé son style en apprenant à parler le latin par des précepteurs engagés pour s'entretenir avec lui uniquement dans cette langue dès l'enfance:

“Ils ne m'ont jamais adressé la parole, écrit-il, dans une autre langue que le latin… Et ainsi, sans art, sans livres, sans grammaire, sans règles, sans fouets et sans larmes, j'ai appris un latin aussi pur que celui que mon instituteur a connu."

Au milieu du XIXe siècle, cependant, la domination croissante des langues nationales sur le latin inquiétait certains lecteurs. La croissance des traductions a accéléré la disparition de la capacité des étudiants à comprendre le latin de manière immédiate et a cimenté les styles plus mécaniques et sans imagination d'enseignement des langues anciennes; mais le latin continua à être parlé activement, ne serait-ce que par un petit nombre de personnes dans des zones dispersées. Il est resté la langue officielle du Vatican jusqu'en 2014, et au cours des dernières décennies, il a été perpétué par des passionnés tels que l'Accademia Vivarium susmentionnée à Rome et la station de radio latine Nuntii Latini (« Nouvelles en latin »), qui a été diffusée depuis la Finlande pendant trois des décennies de 1989 jusqu'à la fermeture du service en 2019 ; mais la notion d'enseigner activement le latin était pratiquement perdue pour les établissements d'enseignement à tous les niveaux.

La situation recommence à changer. L'Université d'Oxford, l'un des principaux centres d'études classiques du monde avec environ 500 étudiants à tout moment étudiant des aspects de l'antiquité, a lancé un projet pour enseigner activement le latin et le grec. Étant donné que la plupart des étudiants en lettres classiques doivent connaître un peu de latin, voire de grec, l'objectif du projet Oxford Latinitas est d'améliorer l'enseignement et l'apprentissage des langues anciennes pour les étudiants débutants, intermédiaires et avancés par le biais d'une conversation et d'une discussion actives. L'objectif n'est pas d'atteindre la fluidité de la conversation, et l'utilisation du terme “actif” plutôt que “parlé” reconnaît que les possibilités de converser dans des langues anciennes sont limitées et susceptibles de sembler artificielles. Bien que les chercheurs aient compilé des listes de néologismes latins pour des choses et des concepts inconnus des locuteurs anciens – aerinavis pour “avion”, tromocrates pour “terroriste”, caffea pour “café” – le but d'apprendre à penser en latin est que cela permette, comme Schopenhauer, familiarité affirmée et immédiate avec les grands textes et les penseurs de l'Antiquité.

Latina lingua viva est : vivat et floreat.

  Latin  

La poussée pour l’enseignement de la langue maternelle en Afrique

L'article qui suit a été publie en anglais dans le journal londonnien, The Financial Times, et traduit par notre contributrice fidèle, Magdalena Chusciel. Magdalena fut notre traductrice du mois de mars 2013.

Voici un lien a l'article original. 

  Africa 4  

Godfrey Chuo se souvient encore de la réaction de ses élèves du primaire il y a trois décennies lorsque, alors jeune enseignant dans le nord-ouest du Cameroun, il est passé de l'explication des idées en anglais – la langue officielle d'enseignement – à sa langue maternelle, le kom.

  Africa 1  

« Les enfants étaient tellement excités et motivés », dit-il. « Lorsqu'on enseigne dans leur propre langue, ils travaillent même au-delà de ce que demande l'enseignant. C'est juste fantastique."

En revanche, Chuo a constaté que lorsque les élèves commencent à apprendre dans une langue étrangère, leur éducation ralentit. « Ils apprennent mieux dans leur langue maternelle, la langue du cœur, qui n'est pas apprise mais héritée de leurs parents », constate-t-il.

En fait, dans de nombreux pays à faible revenu à travers le monde, en particulier ceux d'Afrique, il existe un fort chevauchement entre les mauvais résultats scolaires globaux et l'utilisation prédominante d'une ancienne langue coloniale dans les écoles (voir le graphique). Ceci s'applique à l'utilisation de l'anglais, du français, du portugais, de l'espagnol ou de l'arabe.

Alphabétisation par langue d’enseignement, Afrique*

Capable de lire une phrase (%)

3 colors
     colonial        mix          indigène

 

Education - table

 

Age en 2018

 

Source : Rajesh Ramachadran, Financial Times

*Echantillon de plus d’un million dans 30 pays africains, avec 5 ans de scolarisation

Certains parents et décideurs pensent toujours que l'immersion dans l'une de ces langues à l'école est essentielle à la maîtrise linguistique et à la réussite futures de leurs enfants. Mais d'autres soutiennent que les élèves ont du mal à apprendre dans une langue inconnue souvent mal parlée par leur propre famille, leur communauté voire même par les enseignants eux-mêmes.

En atteignant une plus grande maîtrise de leur langue maternelle, ils peuvent au contraire gagner en confiance, affirmer leur identité et poser les bases pour développer une capacité d'apprentissage plus profonde, soutiennent les partisans. Cela peut même permettre le passage à une autre langue pour la scolarisation, dans les années primaires ultérieures.

Comme le souligne Barbara Trudell, consultante auprès de SIL, une organisation confessionnelle à but non lucratif qui a soutenu le programme en faveur du kom au Cameroun : « L'anglais est la langue du contenu incompréhensible, de la punition pour les mauvaises réponses, des examens qui déterminent son avenir. La langue maternelle est la langue de la maison, du jeu, du réconfort et de la compréhension. Lorsque les élèves commencent à interagir avec un enseignant dans leur langue maternelle, ils se relâchent visiblement ».

Rajesh Ramachandran, chercheur à l'Université de Heidelberg, a également étudié l'héritage des systèmes coloniaux et observé un effet positif de l'introduction de l'enseignement de la langue maternelle, notamment le kom au Cameroun. « Vous pouvez très bien réussir à scolariser les enfants, mais une fois en classe, il sera difficile de les préparer au monde s’ils peinent à lire une phrase », dit-il.

Les lycéens de retour en classe après les fermetures de la Covid. Les élèves qui commencent à apprendre dans les langues locales peuvent par la suite suivre également des cours dans les anciennes langues coloniales © AFP via Getty Images

Dans une recherche internationale publiée par l'Unesco, Ramachandran a calculé que 69 pour cent des adultes ayant suivi cinq ans de scolarité dans des systèmes utilisant des langues autochtones pouvaient lire une phrase entière, contre 41 pour cent dans les systèmes coloniaux ou mixtes. Tenant compte de l'âge, de la religion et du lieu de résidence, cet écart dans les résultats en littératie est passé de 28 à 40 points de pourcentage.

Ironiquement, les lois de l'ère de l'apartheid conçues pour discriminer les Sud-Africains noirs dans la province du Natal – en insistant sur le fait qu'ils n'apprennent que dans les langues locales – ont eu un effet positif. Ils ont entraîné, dans l’ensemble, un taux d'alphabétisation plus élevé par rapport aux autres provinces du pays.

Depuis lors, d'autres pays ont expérimenté le passage aux langues locales dominantes, au moins au cours des premières années du primaire.

Au Sénégal, par exemple, l'USAID, l'agence d'aide officielle américaine, a suivi l'amélioration des résultats obtenus grâce à Lecture pour Tous, un programme qui propose un enseignement en pulaar, seereer et wolof avant de passer au français pour les élèves plus âgés.

Africa 3De même, Ben Piper, directeur principal pour l'éducation en Afrique à RTI International, un institut de recherche à but non lucratif, a mesuré des gains importants en matière d'alphabétisation dans les écoles du Kenya qui sont passées de l'enseignement des premières années dans les langues nationales anglais et kiswahili aux langues locales.

Mais Piper prévient qu'il existe peu d'études rigoureuses sur les résultats globaux. De nombreux facteurs peuvent réduire les avantages apparents, notamment la complexité des langues locales, la qualité des enseignants (qui peuvent ne pas les maîtriser) et la qualité souvent médiocre des ressources, y compris les manuels, en particulier dans les langues avec peu de tradition écrite.

D'autres soulignent les difficultés de mise en œuvre dans les pays où se pratiquent plusieurs langues locales, dont le choix peut attiser les Africa Steve Walter tensions ethniques et politiques. Steve Walter, professeur agrégé à l'Université internationale de Dallas, pointe du doigt "un bras de fer politique" au Timor oriental, où il a soutenu un changement mais "des gens influents veulent toujours le portugais".

Néanmoins, Walter voit une évolution vers un intérêt et un débat accrus sur le terrain. « Quand j'ai commencé à assister aux réunions de la Société d'éducation internationale comparée il y a 25 ans, si quelqu'un parlait d'éducation dans la langue maternelle, les gens ricanaient et disaient qu'ils étaient extrémistes », dit-il. « Désormais, 10 à 20 séances seront consacrées à la question. Il y a beaucoup plus d'ouverture. »

L'expérience du Cameroun en matière d'enseignement en langue maternelle dans le nord-ouest a échoué avec une guerre civile qui a entraîné la fermeture des écoles de la région au cours des trois dernières années. Mais Chuo, qui est actuellement basé dans la capitale Yaoundé, reste déterminé.

Il forme une nouvelle génération d'enseignants à ses techniques et espère ouvrir des classes complémentaires de kom aux émigrés. « Les communautés me demandent de revenir et de faire quelque chose », dit-il.

 

Note du blog : ex Africa semper aliquid novi

Misquotation: ‘Always something new out of Africa’

A proverbial expression, translating the Latin ex Africa semper aliquid novi, used in English from the mid 16th century; since 1937, the phrase has probably also evoked the thought of Karen Blixen’s memoir Out of Africa. The immediate source of the saying is a passage in the Natural History of the Roman scholar Pliny the Elder. Explaining the number of African animals by hybridization (for example, lions breeding with leopards), Pliny explains that this is what gave rise to what he calls a common Greek saying that ‘Africa always brings forth something new.’ The allusion is to a passage in Aristotle’s History of Animals in which he notes that the most numerous forms of wild animals are to be found in Libya, and give the saying ‘Libya is always showing something new.’

From the Oxford Dictionary of Quotations

Lecture supplémentaire

Botswana to Introduce 11 local languages in schools 

Improving Learning Outcomes through Mother Tongue-Based Education

En Afrique, les langues empruntent les unes aux autre – reportage du Kenya

Kenyan English

——————-

Voir aussi:

 

 

 

Le 8 septembre – Journée internationale de l’alphabétisation

.

  Literacy 3  

Depuis 1967, la  Journée internationale de l’alphabétisation est célébrée chaque année à travers le monde pour rappeler au public l’importance de l’alphabétisation en tant que facteur de dignité et de droits humains et pour faire progresser l’agenda de l’alphabétisation pour une société plus instruite et durable. Malgré les progrès réalisés, les défis persistent, car au moins 773 millions d’adultes dans le monde n’ont pas aujourd’hui les compétences de base en alphabétisation.

  Literacy 4  


Le concept d’alphabétisme, largement examiné et analysé par les spécialistes, a désormais une considération plus importante, pour englober les compétences de base dont une personne a besoin pour vivre et travailler chaque jour, mais aussi pour respecter les lois et exercer ses devoirs de citoyen. En 2005, le Journal Officiel, en France, a publié une définition du terme "littérisme" comme "capacité à lire un texte simple, en le comprenant, à utiliser et à communiquer une information écrite dans la vie courante". Ainsi le littérisme – et son contraire, l’illettrisme – deviennent-ils les traductions de l’anglais "literacy" – et illiteracy" – utilisés de longue date dans les instances internationales. Plus récemment encore, les chercheurs ont ajouté le concept de "numératie" aux compétences requises pour pouvoir vivre dans un monde désormais dominé par les technologies nouvelles.

Lors de la Conférence mondiale de Jomtien (1990) puis au Forum mondial de Dakar (2000), les Etats membres de l’UNESCO s’étaient engagés à réaliser la scolarisation universelle et gratuite d’ici 2015. Or, malgré les progrès indéniables accomplis dans plusieurs pays, force est de constater que les objectifs n’ont pas été atteints. L’Institut des Statistiques de l’UNESCO (ISU) attestait qu’en 2013, 757 millions d’adultes (15 ans et plus) dans le monde – des femmes pour les deux tiers – ne savent toujours ni lire ni écrire. En septembre 2014, l’Observatoire des Inégalités parlait de 800 millions d’adultes analphabètes, soit 16% de la population mondiale.

Il ne faudrait pas croire que le phénomène ne concerne que les pays émergents. A la même date, 20% environ des adultes résidant en Europe ne possédaient pas les compétences de base nécessaires en matière de lecture, d’écriture et de calcul. Plus près de nous encore, en France, selon une étude de l’INSEE, 2,5 millions d’adultes, soit 7% des personnes âgées de 18 à 65 ans sont en situation d’illettrisme, l’illettrisme incluant aussi cet "analphabétisme de retour" qui afflige les personnes qui ont quitté le système scolaire trop tôt, sans bases solides et qui oublient leurs acquis. Ne voit-on pas revenir, dans les zones rurales notamment, les écrivains publics qui louent leurs services aux personnes analphabètes ? Deux enquêtes lancées en France en 2004 puis en 2012, Information et Vie Quotidienne des Français (IVQ), ont essayé de cerner au plus près le problème et son évolution dans la durée : léger recul en 8 ans, le pourcentage des illettrés ayant baissé de 9% à 7%, mais c’est le décompte qui est aussi intéressant :

—> 53% des personnes ont plus de 45 ans
—> 51% ont un emploi
—> 48,5% vivent en zones rurales ou faiblement peuplées
—> 71% parlaient le français à la maison à l’âge de 5 ans

Source : Le Podcast Journal

Lecture supplémentaire :

Projets d'alphabetisation de l'UNESCO

Petit glossaire du blog

English

français

literacy

Alphabétisation, alphabétisme

illiteracy

Illettrisme*

numeracy

Numératie, aptitude au calcul, maitrise de calcul, compréhension des mathématiques

innumeracy

Incapacité de compter,
ignorance en calcul

* Mais distinguer « lettrisme », également nommé hyper-créatisme ou hyper-novatisme, qui est à l'origine un mouvement artistique, puis pluriculturel.

[Une partie des équivalents français dans le tableau ci-dessus est recueillie du GUIDE ANGLAIS/FRANÇAIS de Rene Meertens.]

 

 

 
     
 

 

Le parc de Yellowstone – un aperçu géographique, historique, zoologique et linguistique

Je suis récemment allé en vacances dans un petit village du nom de « Moose », au pied du Mont Grand Téton, près du Parc de Yellowstone, dans l'État du Wyoming. (Moose est proche de Jackson Hole où le Fonds Monétaire International tient son assemblée annuelle.)

  JacksonHole-parc 7
  Le parc municipal de Jackson Hole  

Origines linguistiques

Avant de décrire la région et les sites naturels qui attirent les touristes dans cette partie du monde jadis française, réfléchissons à l'origine et au sens des mots Moose, Grand Téton et Yellowstone.

Moose est généralement traduit en  français par « élan », bien celui-ci corresponde au mot anglais « elk ». La version nord-américaine de l'élan est ce que les Canadiens appellent l'orignal. Le nom scientifique de l'orignal est Alces Americana (lire aussi la note historique en bas de l’article).

  Reserve-elans  
  La réserve nationale d’élans  

 

  Orignal  
  L’orignal
ou élan nord-américain
 

Selon les historiens, ce sont les trappeurs canadiens-français qui ont donné aux montagnes environnantes le nom de chaîne du Grand Téton qu'elle porte toujours, leur forme les faisant ressembler à des seins.

  GrandTeton  
   Le Grand Téton  

Le parc Yellowstone, lui, tire son nom de la rivière Yellowstone que les trappeurs français appelaient la « Roche Jaune », elle-même traduite du nom indien de la rivière.

Présentation du parc Yellowstone

Le parc de Yellowstone est le plus grand parc national des États-Unis (à l’exception des parcs de l’Alaska). Allant  du Wyoming au Montana et à l'Idaho, il couvre une superficie totale de plus de 8.500 km2.Le parc est renommé pour ses geysers, dont le plus célèbre est l'Old Faithful (« vieux fidèle »).

Les États du Wyoming et du Montana font partie des territoires (formant actuellement 15 États) cédés par la France aux États-Unis d'Amérique (lire aussi la note historique en bas de l’article).

Jadis, l'activité volcanique s'est manifestée à plusieurs reprises avec violence dans la région du Parc National de Yellowstone où des éruptions se produisent depuis deux millions d’années. La chaleur du magma provoque les geysers célèbres, les sources chaudes, les fumerolles et les solfatares. La moitié des phénomènes géothermiques mondiaux se produit à Yellowstone : la lave y coule en permanence et la plus grande partie de sa surface est constituée de roches volcaniques. Le parc est l'élément central du Grand écosystème de Yellowstone, le plus vaste à peu près intact de la zone tempérée de l'hémisphère nord.

  Geyser-Yellowstone  
  Éruption d’un geyser au Parc national de Yellowstone  

Yellowstone est considéré comme l'un des plus beaux parcs nationaux du monde pour ses paysages ainsi que pour sa faune et sa flore sauvages. D'abord lieu de loisirs et refuge pour les animaux sauvages, Yellowstone est devenu une réserve biosphérique internationale et un élément du patrimoine mondial.

Yellowstone offre aussi de nombreuses possibilités de loisirs: randonnée, camping, nautisme, pêche, tourisme, etc. Parmi les moyens de transport, citons les bateaux, les autoneiges, les motoneiges et, pour les moins sportifs, les autobus.

Bus-jaune JacksonHoletelepherique

Bus touristique jaune à Yellowstone
et téléphérique à Jackson Hole

Le parc compte plus de 1.500 km de chemins de randonnée. Alors que je marchais dans l'une des forêts du Grand Téton, je suis tombé sur un couple français qui s'est adressé à moi en anglais. J'ai d'abord cru qu'ils me demandaient où ils pouvaient trouver de la bière (beer). Mais, lorsque nous avons commencé à converser en français, je me suis rendu compte qu'ils me demandaient où ils pouvaient voir un ours (bear). Il m'a fallu leur dire qu'au cours des deux mois précédents, deux touristes avaient été tués par des ours dans ce secteur. (Il est conseillé aux randonneurs de se déplacer en groupes d'au moins quatre personnes ou de parler très fort, de manière à faire peur aux ours et à ne pas se retrouver nez à nez avec eux. De même, il est formellement interdit de donner à manger aux ours.) 

Bear-warning

   

Ours

Avertissement affiché :

“Votre sécurité n'est pas assurée si vous campez ou randonnez sur les terres des ours”

  BewareoftheBear  

 [La pancarte “Attention aux ours” témoigne des bizarreries de la prononciation anglaise: bear se prononce de la même façon que beware et fair, un fait qui a apparemment échappé aux randonneurs que j’ai rencontrés…]

Pendant notre séjour à Moose, nous avons pu observer trois castors qui construisaient un barrage. Le clip vidéo ci-dessous montre leur talent de bâtisseurs :

 

 

Le bison d'Amérique, en très grande quantité dans la région, est également connu sous le nom de buffle américain, bien qu'il n'ait rien à voir avec le buffle qu'on ne trouve qu'en Asie et en Afrique. Le cousin européen du bison est le wisent (Bison bonasus), déjà décrit en son temps par Aristote. L'un et l'autre sont les plus grands animaux terrestres dans leurs continents respectifs.

  Bison Wisent  
  Bison Wisent  

(photo National Geographic)

Quelques autres animaux vivant dans la région peuvent être dangereux, mais pas tous.

Glossaire

ENGLISH

  FRANÇAIS

coyote

 coyote

osprey

 balbuzard
 (ou aigle pêcheur)

mule deer

 cerf-mulet
 (Odocoileus hemionus)

bighorn sheep

 mouflon

bull elk

 élan

grizzly bear 

 grizzli 

bull moose

 orignal

uinta ground squirrel

 écureuil terrestre

(Urocitellus armâtes)

black bear

 ours noir

American white pelican

pélican blanc d’Amérique

lesser scaup

fuligule à tête noire
   (Aythya affinis)

bison and calf

bison et son petit

yellow-bellied marmot

marmotte à ventre jaune

pika

pika

trumpeter swan

 cygne trompette
  (Cygnus buccinator)

Photos

La région est connue non seulement pour ses sentiers de randonnée, mais aussi pour ses lacs et autres coins isolés de toute beauté. Voici quelques photos que ma femme et moi avons prises lors de notre récent séjour.

Image019 Image020
   
Image021 Image022
   
Image023 Image024

Roche jaune (Yellowstone) et geyser en pleine éruption

YELLOWSTONE Image026
 Jonathan et la statue de l'orignal  (l'orignal est à droite),     …et Jonathan portant le panache d’un orignal

         

Un voyage au parc de Yellowstone et dans la région environnante est fortement recommandé. Avant cela, les Français pourront toujours aller au restaurant toulousain ‘Ô Québec’ dont l'emblème est justement un orignal.

OQuebec OQuebec-serviette

Le restaurant ‘Ô Québec’ (www.oquebectoulouse.com) et une serviette du restaurant

JG2Jonathan Goldberg


Cet article a bénéficié de la traduction et des précieux conseils de Jean Leclercq, qui a aussi préparé les notes historiques suivantes.

Notes historiques

De l'orignal…

Le mot « orignal » est entré dans la langue française dès 1664 puisqu’un des impôts de la Nouvelle-France était une taxe appelée « dixième des orignaux », perçue sur l'abattage de ces grands cervidés.

Samuel de Champlain, navigateur, cartographe, explorateur, capitaine  et chroniqueur français a forgé le substantif orignac, terme que les premiers colons avaient emprunté aux Basques qui venaient régulièrement pêcher la morue et chasser la baleine sur les côtes du Labrador et dans l’estuaire du fleuve Saint-Laurent.

De la cession des territoires américains par la France…

Cette cession a été faite en vertu du traité de Paris, signé en 1803 (ce que l'on a appelé la Vente de la Louisiane).

Les cartes ci-dessous montrent que, par cet acte, les États-Unis ont acheté à la France plus du tiers de leur surface actuelle pour 15 millions de dollars.

  Carte-cession_1  
  Le territoire vendu dépasse les deux millions de km²  

 

  Carte-cession_2  

États et territoires des États-Unis d'Amérique entre le 30 avril 1803 et le 27 mars 1804

Une fois l'accord conclu, Bonaparte adressa une lettre au Sénat américain exprimant l'espoir d'une alliance durable avec la Fédération américaine:

« La Louisiane est désormais associée à l'indépendance des États-Unis d'Amérique. Nous conservons là des amis que le souvenir d'une commune origine attachera toujours à nos intérêts, et que des relations favorables de commerce uniront pour longtemps à notre prospérité. Les États-Unis doivent à la France leur indépendance; ils vous devront désormais leur affermissement et leur grandeur. »

InBranda, Pierre & Lentz, ThierryNapoléon, l'esclavage et les colonies. Paris, Librairie Arthème Fayard, 2006, 358 p.

Mais, avant cela, le Premier Consul avait été moins diplomate en déclarant plus crûment à Barbé-Marbois :

« Cette accession de territoire raffermit pour toujours la puissance des Etats-Unis, et je viens de donner à l'Angleterre une rivale maritime qui, tôt ou tard, abaissera son orgueil. »

InGodlewski, Guy. Napoléon et les États-UnisLa Nouvelle revue des deux mondes, 3ème trimestre, juillet-septembre 1977, Paris,1977, p.321.

 

Gennike Mayers – linguiste du mois d’août 2021

e n t r e t i e n    e x c l u s i f

(première partie)

Gennike 2

Jonathan blue shirt snipped

Gennike Mayers
L'interviewée

 

Jonathan G.
L'intervieweur


L’interview qui suit a été réalisée en anglais par Skype entre Los Angeles et Hope Bay (Tobago)*. Il fut traduit en français par notre invitée, avec l
'aide preciéuse de René Meertens, auteur du
Guide anglais-francais de la traduction. La deuxième partie de l'entretien sera publiée par la suite.

Map of Tobago

LOS ANGELES

Map of la


L’archipel des Caraïbes est une chaîne d’îles situées entre l’Amérique du Nord et l’Amérique du Sud, entourée par la mer des Caraïbes. Essentiellement, les Caraïbes comprennent Anguilla, Antigua-et-Barbuda, la Barbade, les Bermudes, les Bahamas, les îles Caïmans, la Dominique, la Grenade, la Jamaïque, Montserrat, Saint-Kitts-et-Nevis, Sainte-Lucie, Saint-Vincent-et-les-Grenadines, les îles Turks et Caïques, Trinité-et-Tobago, les Îles Vierges britanniques et les Îles Vierges américaines (avec l’anglais comme langue prédominante), la Martinique, la Guadeloupe, Saint-Martin et Saint-Barthélémy (principalement francophones), Aruba, Bonaire, Curaçao, Saba, Sint Eustatius, Sint Maarten et Suriname (néerlandophones), Haïti (créolophone et francophone) et la République dominicaine, Porto Rico et Cuba (hispanophones).

  Carte-antilles.jpg  

 

Jonathan G. : Vous êtes née et vous avez grandi à l’île de Trinité (comme vos parents), avec l’anglais comme langue maternelle.

Gennike snipJe suis née sur l’île de Trinité, bien que j’habite maintenant l’île de Tobago. Les deux forment la République de Trinité-et- Trinite-et-tobago-carte.gif
Tobago. Mes deux parents sont de T&T et c’est là que j’ai grandi C’est un pays doté d’une riche histoire qui a changé de mains plusieurs fois entre les puissances coloniales espagnole, française, britannique et même hollandaise. Aujourd’hui les noms de villes et de familles reflètent cette diversité. Par exemple, la capitale de Trinité est Port of Spain. La capitale de Tobago est Scarborough. La deuxième plus grande ville de Trinité s’appelle San Fernando, tandis qu’à Tobago, j’achète du pain de citrouille frais, cuit au four en pierre, dans un village appelé L’Anse Fourmi.


TRinidad dancingEnfant, j’ai connu des musiques en langues étrangères comme la bossa nova, la samba, le boléro et la salsa. Mon père était un fan de Julio Iglesias, si bien que de la musique était souvent jouée à la maison et dans la voiture familiale. De plus, la musique traditionnelle de Noël de Trinité-et-Tobago, appelée « Parranda » ou « parang », en anglais, est chantée en espagnol. C’est en fait de la musique folklorique du Venezuela qui a fait son chemin vers Trinité à travers les vagues successives de migration pour s’insérer dans nos traditions de Noël, où on allait de porte en porte en chantant des chansons en espagnol. Ma mère est une fan de parang, alors à Noël, c’est ce que l’on écoutait à la radio et nous chantions le refrain populaire « Rio Manzanare, déjame pasar, que mi madre enferma me mandó a llamar… » J’ai donc eu une oreille pour les langues étrangères sans comprendre ce que j’entendais.

JG : Plus tard, vous avez acquis une passion pour le français et l’espagnol, que vous avez étudiés à l’école dès l’âge de 11 ans, mais qui vous a attirée de différentes façons. Expliquez cela.

Gennike snipMa première rencontre scolaire avec les langues étrangères a eu lieu à l’âge de 11 ans, à l’école secondaire. J’étais inscrite à une école pour filles où il n’y avait pas de garçons pour nous distraire des études. Notre directrice, la docteure Anna Mahase, était une femme célibataire, une féministe qui a élevé des générations de jeunes femmes intelligentes et avisées qui ont continué à bâtir des familles et à bâtir notre société. Au-delà de la rigueur des études, elle incarnait la femme audacieuse, forte, intelligente et belle.  Elle a été l’un de mes premiers modèles.

À l’école secondaire pour filles de St. Augustine (SAGHS), le français et l’espagnol étaient obligatoires pendant les trois premières années. C’est là que j’ai eu un déclic quand les sonorités stockées dans mon esprit commençaient à prendre du sens. Je pouvais enfin comprendre ce que signifiaient certaines de ces chansons et comprendre que je les chantais mal depuis le début !

J’avais un flair naturel pour les langues étrangères, donc l’apprentissage était presque sans effort pour moi. J’admirais aussi ma professeure de français, Mme Gosine, qui était passionnée par tout ce qui concerne le français. Elle était très chic et sa tenue vestimentaire tout droit sortie du magazine Paris Match dans une école assez conservatrice résonnait avec mon esprit rebelle. Je n’avais jamais vu personne mélanger rayures et pois ou carreaux avec des empreintes d’animaux ! Elle est à elle seule responsable de m’avoir fait tomber amoureuse de tout ce qui était français : mode, cuisine, musique, poésie et langue dans leur ensemble. Mes oreilles ont découvert le français à travers sa voix sensuelle. C’était de la musique pour mes oreilles.

J’aimais aussi l’espagnol et étais bonne élève, mais le lien était différent. L’apprentissage du français m’a ouvert un monde dont je ne connaissais rien, alors que l’espagnol confirmait des choses familières.

Par exemple, pendant mon adolescence, ma famille accueillait des étudiants d’échange de la Martinique et de la Guadeloupe durant les vacances de juillet et août grâce au programme de l’Alliance française. Ma famille n’avait pas les moyens de m’envoyer à l’étranger, mais j’ai pu communiquer avec ces francophones pendant deux mois chaque année. En apprenant le français standard à l’école, j’ai découvert que ces départements d’outre-mer (DOM) avaient leur propre langue, le créole. Leur musique populaire, le zouk, était rythmée à la saveur caribéenne mais chantée en créole.

Musique-creole-centre-du-monde-couv DOM

C’était très différent des succès métropolitains français de Charles Aznavour, Jacques Brel, Edith Piaf et, plus moderne, Vanessa Paradis. C’était un tout nouveau monde pour moi. Au-delà de l’apprentissage des éléments fondamentaux de la langue et de la littérature françaises à l’école, j’apprenais la dynamique et la dichotomie de la culture et de la politique des Antilles et de la métropole française à travers ces relations nourries par des échanges entre étudiants. C’était l’époque des amitiés épistolaires et des cartes postales !

Par comparaison, je connaissais déjà certains éléments des traditions culturelles hispanophones. L’une de mes tantes était professeure d’espagnol dans le secondaire et j’ai eu le privilège de l’accompagner, elle et ses élèves, au Venezuela à l’âge de 14 ans. Je me souviens de mon premier séjour là-bas. Curieusement, pendant que j’y étais, j’ai rencontré un groupe de francophones dans le hall de l’hôtel où nous avons séjourné. Il y a eu un malentendu avec la réceptionniste et j’ai essayé de traduire pour eux, mais j’ai été humiliée parce qu’un homme a dit qu’il ne comprenait pas mon français. C’était un moment déterminant pour moi, car je me suis dit qu‘un jour je parlerais si bien français que personne ne saurait que je ne suis pas française. J’étais en pays hispanophone, au Venezuela, proclamant, prophétisant ma vie aujourd’hui.

JG : L’anglais, le français et l’espagnol, que vous parlez couramment, sont au cœur de votre vie et de votre profession actuelles. Vous avez atteint votre objectif de vie par ce que vous appelez un « parcours panoramique » (des routes de campagne, pas les sentiers battus), un chemin un peu sinueux que vous avez suivi jusqu’à ce que vous vous installiez à Trinité-et-Tobago et que vous vous mettiez à fournir à temps plein des services de traduction et d’interprétation directement et par l’intermédiaire d’autres personnes et entreprises. Pour ce faire, vous avez étudié à Trinité et à l’étranger, en présentiel et en mode virtuel, et vous avez obtenu des diplômes universitaires et une expérience de travail en journalisme, en langues et en diplomatie. Décrivez votre cheminement scolaire et vos domaines de travail, et comment vous avez été en mesure de combiner les trois domaines professionnels susmentionnés en synergie.

Gennike snipJe dis que mon voyage est un « parcours panoramique » parce qu’il était loin d’être linéaire. En effet, j’ai voyagé à mon propre rythme en prenant le temps de m’arrêter et de savourer la vie… tout au long des sentiers inconnus, inexplorés alors que beaucoup de mes camarades de classe poursuivaient une vie universitaire accélérée le long de l’autoroute Licence – Maîtrise – Doctorat. Après avoir été scolarisée dans une école secondaire très compétitive aux côtés de brillantes étudiantes du pays, dont beaucoup ont obtenu des bourses pour poursuivre des études universitaires aux États-Unis, au Royaume-Uni et au Canada, j’ai commencé à travailler immédiatement. Mes parents n’avaient pas les moyens de m’envoyer à l’université et malgré tous mes efforts pour réussir les examens américains, je n’ai obtenu aucune bourse pour étudier nulle part.

C’était un mal pour un bien, car j’ai été recrutée comme journaliste stagiaire pour AVM Télévision Channel 4, une station de télévision locale, à l’âge de 18 ans. C’était une sorte d’incubateur pour les journalistes caribéens. C’était une expérience enrichissante et révélatrice pour moi, au cours de laquelle j’ai pu perfectionner mes compétences dans ma langue maternelle, en menant des interviews, en rédigeant des reportages et des documentaires, en écrivant des scénarios et en communiquant avec des personnes influentes de la société. J’y ai travaillé pendant deux années, au cours desquelles j’ai rencontré une délégation de la Chambre de Commerce de la Martinique qui visitait T&T dans le cadre d’une mission commerciale. J’ai pu discuter avec eux et les interviewer en français. Ils ont été impressionnés par mon aisance et j’ai donc compris que le français était ma superpuissance, une clé qui pouvait m’offrir des relations d’affaires et des emplois. Je me sentais prête à explorer les prestigieux amphithéâtres d’une université, car il est devenu clair que pour avancer au-delà de la UWI St. Augustinejournaliste stagiaire, j’avais besoin d’un diplôme dans un domaine particulier. J’ai choisi le cursus le plus facile que j’ai pu trouver : une licence en français, à l’Université des Antilles (UWI), St. Augustine, Trinité. En plus, c’était à deux pas de mon ancien lycée.

Je ne savais pas qu’en m’inscrivant à l’UWI (University of the West Indies) , je pourrais enfin fouler le sol d’un pays UdA Martinique francophone. Le gouvernement français a parrainé un programme d’études à l’étranger qui m’a permis d’étudier pendant un semestre à l’Université des Antilles-Guyane, en Martinique. C’était ma première immersion 
linguistique après avoir accueilli des francophones natifs à T&T pendant des années ! Je me suis délectée de cette nouvelle expérience, qui a renforcé ma confiance en mes compétences linguistiques. Après ce semestre, je suis retourné à l’UWI pour terminer ma licence, puis après l’obtention de mon diplôme, une autre opportunité s’est présentée de revenir à la Martinique dans le cadre du programme d’assistant en langue étrangère du ministère français de l’Éducation. Alors que la plupart des diplômés français de l’UWI ont opté pour la France métropolitaine pour poursuivre leur maîtrise, j’ai choisi de rester dans les Caraïbes ensoleillées.

Pendant trois ans, j’ai enseigné l’anglais dans des écoles primaires et secondaires de la Martinique. Après l’école et pendant les vacances, j’en profitais pour découvrir les sentiers de randonnée, les belles plages, goûtant toute la nourriture locale et vivant la vie à mon rythme. J’avais besoin de faire une pause après la licence et j’ai profité de mon temps libre pour explorer le pays. En même temps, j’ai été invitée à faire du travail à la pige comme journaliste bilingue, animatrice d’émissions de radio, rédactrice pigiste pour un magazine touristique et professeure d’anglais pigiste dans une école de beauté. Ce fut ma Maîtrise pratique de la vie pendant trois ans! Ces trois années passées en Martinique m’ont permis de renouer avec les entrepreneurs français que j’avais rencontrés en tant que journaliste. En dehors des études, j’étais invitée à des événements d’affaires et de réseautage, des spectacles culturels, des activités d’associations et des réceptions familiales locales. Très vite, j’ai assimilé la culture des Antilles françaises.

Les paroles que j’ai prononcées à l’âge de 14 ans au Venezuela n’ont pas été sans lendemain. Lors d’un de mes voyages de retour de T&T, les agents de l’immigration martiniquais ont eu du mal à croire que je n’étais pas de la Martinique et m’ont interrogé sur mon passeport T&T et sur la façon dont je parlais si bien français et créole.

Après être tombée amoureuse de la langue française, il n’était pas surprenant que je sois tombée amoureuse d’un Français. Nous nous sommes mariés et cela m’a conduit à une autre île française, la Guadeloupe, où j’ai vécu pendant trois ans. D’autres portes m’ont été ouvertes pour poursuivre une maîtrise en communication à l’Université de Versailles à Saint-Quentin-en-Yvelines (UVSQ). C’était le bon moment et l’occasion idéale pour combiner mon expérience de journaliste avec mes études de premier cycle en français. Heureusement pour moi j’ai pu étudier pour obtenir ce diplôme tout en restant au soleil (je ne supporte pas le froid), puisque les professeurs de Paris venaient en Guadeloupe pour enseigner les différents modules du cours.

Comme les saisons de la vie devenaient orageuses, j’ai choisi de retourner dans mon pays natal. Armée d’un diplôme en communication, j’ai décroché un excellent emploi dans les relations publiques auprès d’une institution de recherche marine qui assurait une liaison fréquente avec les agences partenaires en Martinique, en Guadeloupe et à Cuba sur des projets de recherche scientifique. Quel privilège j’ai eu de pouvoir apporter au nouveau poste mes compétences en langues étrangères, en journalisme, en communication mais aussi ma compréhension intime des spécificités culturelles des autres îles ! En même temps, quand je suis rentrée à T&T en 2005, l’Université des West Indies a lancé un diplôme d’études supérieures à temps partiel en interprétation. J’ai sauté sur l’occasion pour suivre ce programme d’études théorique parce que je m’étais souvent retrouvée à servir d’interprète pour des réunions sans formation théorique. J’ai reconnu mes limites et la nécessité d’être correctement formée, préparée et certifiée. C’est ainsi que j’ai obtenu mon diplôme en interprétation de l’UWI en 2007.

Caricom_Peut-être que mon plus beau souvenir en tant qu’interprète a été ma première vraie conférence – le Forum des ministres de l’Agriculture de la CARICOM – au cours de laquelle je suis entrée dans la cabine en tremblant à côté de mon mentor et examinateur. Dans le cadre du programme d’interprétation, nous avons travaillé en direct lors d’une conférence, avec de vraies personnes qui nous écoutaient. Le fait qu’il s’agissait de ministres de toute la région m’a rendue d’autant plus nerveuse, mais là je faisais ce pour quoi j’avais été formée. J’aimais l’adrénaline. J’aimais être félicitée et surtout, j’ai été payée pour un travail bien fait ! Je n’oublierai jamais le chèque de ma première conférence de la CARICOM, qui remboursait le coût de mes études.

Même si j’avais ce nouveau diplôme, je n’arrivais pas à gagner ma vie grâce à l’interprétation, donc j’ai poursuivi ma carrière dans le domaine de la communication. A T&T il y avait beaucoup plus d’opportunités pour les interprètes espagnols / anglais que français / anglais grâce aux liens commerciaux avec l’Amérique latine et à une initiative du gouvernement pour instituer l’espagnol comme première langue étrangère de Trinité-et-Tobago. Heureusement, parmi les nombreuses occasions qui se sont présentées, j’ai pu utiliser mes compétences en langues étrangères, en communication et en journalisme. Par exemple, j’ai été sélectionnée comme journaliste des Caraïbes pour participer à la Conférence internationale sur le SIDA au Mexique en 2008, où j’ai interviewé des parties prenantes en espagnol et j’ai été Dia etnia en mesure de diffuser leur message en anglais pour le public local. De même, j’ai été en mesure de diriger un projet spécial en partenariat avec l’ambassade du Panama à T&T pour célébrer et diffuser les festivités lors du tout premier “Día de la Etnia Negra” à Panama City. Cela n’a été possible que grâce à mes super-pouvoirs linguistiques. Plus tard, je suis entrée dans le domaine des communications humanitaires avec le plus grand réseau humanitaire au monde, dans son bureau des Caraïbes à Port of Spain. Lorsque le tremblement de terre dévastateur de 2010 a frappé Haïti, malgré mon manque d’expérience en matière d’intervention d’urgence, j’ai été déployée en première ligne en raison de ma maîtrise du français, de mon expérience pratique du journalisme et de ma familiarité avec le créole. Je finirai par rester en Haïti pendant près de trois ans.

Au milieu de cette expérience qui a changé ma vie, j’ai compris que je devais maîtriser un autre ensemble de compétences essentielles : la diplomatie. La diplomatie humanitaire était un nouveau domaine où les frontières entre la communication, la défense des droits, la diplomatie, le droit international et la politique étaient toutes embrouillées. En 2013, j’ai terminé un cours de diplomatie humanitaire de courte durée à la DiploFoundation, qui m’a aidée à me préparer en vue de futures catastrophes complexes. Sans le vouloir, la prochaine grande catastrophe pour moi a pris la forme de la crise des réfugiés Rohingyas, qui ont été forcés de fuir leurs foyers au Myanmar pour se réfugier au Bangladesh. Alors que le français et l’espagnol ne m’étaient d’aucune utilité en tant que déléguée à la communication à Cox’s Bazar, la diplomatie humanitaire l’était. Tout en travaillant pendant cette crise complexe d’origine humaine déclenchée par la violence politique, j’ai eu l’occasion d’étudier en vue de l’obtention d’un diplôme en ligne en diplomatie contemporaine. Cela me semblait opportun et je pensais que cela m’aiderait à passer de la maîtrise de la communication à celle de la diplomatie humanitaire, où je pourrais utiliser pleinement mes compétences pour influencer la prise de décisions qui pourraient sauver des vies.

J’ai commencé un programme exigeant à l’Université de Malte et à la DiploFoundation en 2019 pour obtenir un diplôme de troisième cycle.  Il était difficile de combiner le travail dans une opération d’urgence avec des études et des missions difficiles. J’ai commencé le programme avec la résidence d’initiation en présentiel à l’Université de Malte, puis j’ai poursuivi les cours en ligne au Bangladesh, à la Barbade, en Guadeloupe, en Malaisie, à Sainte-Lucie, à Trinité-et-Tobago et au Zimbabwe tout en travaillant lors de mes différents déplacements professionnels. Je viens de receivoir ma diplôme de Masters.

University of malta

Gennike 3En janvier 2021, en m’appuyant sur mon mémoire de maîtrise, j’ai publié mon premier livre intitulé « CARICOM: Good Offices, Good Neighbours: Explaining the diversity of CARICOM Members States’ approaches vis-a-vis the Venezuelan crisis ». C’était le point culminant du point de vue de mes activités dans divers domaines relatifs au service humanitaire et à la diplomatie, de ma passion pour les affaires caribéennes et de mes relations avec les gens, facilitées par ma capacité de surmonter les barrières linguistiques.

 

JG : Pendant que vous étiez salariée, vous avez reçu la permission de faire du travail à la pige, en particulier comme interprète de conférence ou de groupe, votre principale paire de langues étant l’anglais et le français. Décrivez les lieux et les conditions dans lesquels vous avez effectué ce « travail à la pièce ».

Alors que les langues sont ma passion de toujours, l’interprétation a été « mon petit job », « mon travail à côté ». Pendant que j’occupais divers postes à temps plein, j’ai informé mes employeurs à l’avance et j’ai négocié, au besoin, afin de pouvoir prendre des jours de congé pour travailler comme interprète afin de conserver mes compétences dans ce domaine. Dans l’ensemble, cela ne posait aucun problème, car mes supérieurs hiérarchiques comprenaient la valeur ajoutée de mes compétences et la façon dont elles bénéficiaient à ces organisations. Ce fut aussi un privilège pour moi d’avoir accès aux corpus de connaissances spécialisées que j’ai rencontrés en tant qu’interprète. Il y a eu une pollinisation croisée : l’interprétation améliorait mes activités de communication, et la communication avec des gens de tous les horizons dans différentes langues renforçait mes compétences linguistiques.

Grâce à cette flexibilité, j’ai pu interpréter lors de conférences à la Barbade, en Grenade, en Guadeloupe, en Martinique, à Sainte-Lucie et chez moi à Trinité-et-Tobago. Cela impliquait des voyages en avion pour aller travailler, ce qui semble exotique, mais la réalité est que cela peut être stressant parce que vous n’êtes jamais tout à fait certain que les vols seront à l’heure. Les retards ou annulations de vols peuvent vous déconcerter complètement ; c’est pourquoi les technologies d’interprétation simultanée à distance ont amélioré la situation.

Address: 87 Hope Estate, Hope Bay, TOBAGO
    Email: interpretingyourneeds@gmail.com
    Web: www.interpretingyourneeds.com
    Mob.: +868 762 0266

SUITE