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À la une – Bob Dylan remporte le prix Nobel de Littérature 2016

Pour Bob Dylan, le Prix Nobel de littérature est une première à quatre titres :
il est le premier Américain à remporter ce prix prestigieux depuis 1993, époque où il échut à Toni Morrison ;
il est le premier musicien ainsi récompensé ;
il est le premier lauréat qui n'appartienne pas au monde des lettres, depuis Winston Churchill, primé en 1953 ;
il représente peut-être, selon le New York Times, « le choix le plus radical d'une histoire qui remonte à 1901 », lorsque le premier Prix Nobel de littérature fut décerné à Sully Prudhomme.

 

"Dylan's impact on popular culture has been immense, his influence as a lyricist extending to nearly every major music figure and songwriter of the last 50 years, from the Beatles to Bruce Springsteen, Bono, Ed Sheeran and beyond."

Bob Dylan Awarded Nobel Prize in Literature
New York Times, October 13, 2016

 

"Dylan’s lexicon, his primary influence, is the history of song, from the Greeks to the psalmists, from the Elizabethans to the varied traditions of the United States and beyond: the blues; hillbilly music; the American Songbook of Berlin, Gershwin, and Porter; folk songs; early rock and roll. Over time, Dylan has been a spiritual seeker—and his well-known excursions into various religious traditions, from evangelical Christianity to Chabad, are in his work as well—but his foundation is song, lyric combined with music, and the Nobel committee was right to discount the objections to that tradition as literature. Sappho and Homer would approve."

Let's Celebrate the Bob Dylan Nobel Win
The New Yorker, October 13, 2016

 

« L'élu est finalement Bob Dylan, déjà honoré de la Légion d'honneur en France, qui se voit attribuer la prestigieuse récompense. On lui reconnait ainsi stature de « poète » qui a inspiré des générations. »

Le Prix Nobel de littérature 2016 est attribué à Bob Dylan

13.10.2016

Mise à jour:

Face au silence de Bob Dylan, l'Académie des Nobel renonce à le contacter

Le Figaro 17.10.2016 

 

 

The 1966 Live Recordings Box set 36 CDs

The Honourable Society of Gray’s Inn, Londres : l’histoire d’une « auberge » d’avocats

  Juliette ScottNous sommes heureux d'accueillir notre nouvelle contributrice, Juliette Scott, Ph.DEn 2011, elle a créé l'excellent blog From Words to Deeds: Translation and the Law, dont l’objectif est de nouer des liens entre les professionnels de la traduction et ceux du droit, ainsi qu’entre le monde universitaire et celui de la pratique.  

Dans son travail, Juliette met ses 25 ans d’expérience de la traduction juridique et de la formation professionnelle au service des cabinets d’avocats, institutions et sociétés de toutes dimensions, et s'engage actuellement dans un nouveau projet pour l’Institut des hautes études juridiques de Londres.
Pour 2017, Juliette se lance un nouveau défi : celui de proposer aux lecteurs de son blog de passer du monde virtuel au monde réel, en organisant un colloque qui sera l'occasion de fédérer ces deux univers trop souvent distants les uns des autres, tout en créant un atelier de perfectionnement de grande qualité.
Le colloque,  WORDS TO DEEDS CONFERENCE 2017, Legal Translation to the Next Level, aura lieu le 4 février 2017 à la prestigieuse Gray’s Inn de Londres, lieu de formation des avocats à la Cour depuis plus de six siècles…

ENGLISH VERSION OF THIS ARTICLE

Les locaux de Gray's Inn [1] accueillent des avocats [2] depuis 1388. De nos jours, les quatre « Inns of Court » Lincoln's, Inner Temple, Middle Temple et Gray's, gèrent l'éducation et la formation des avocats à la Cour avant et après leur entrée au barreau.

 

Gray's_Inn Hall_3     Inns of Court 2

               Gray's Inn Hall                                          La cour d'une des Inns of Court                           

 (1:37 minutes)

 

La naissance de l'auberge Gray's_Inn buildings and walks

À l'origine, Gray's Inn faisait partie de l'ancien manoir de Purpoole qui appartenait à la famille de Grey, d'où le nom actuel. Reginald de Grey était président de la Haute Cour de justice de la ville de Chester et Sheriff de Nottingham, mort en 1308.


En 1370 on parle pour la première fois du manoir en tant que « hospitium » (auberge). Il s'agissait probablement d'une société savante d'avocats prenant en pensionnat des avocats en devenir : ils y dinaient, y débattaient sur le droit et se formaient sur des cas d'école.

Inns-of-Court

Les armoiries des quatre Inns of Court

L'Age d'Or

Au cours du XVIème siècle, la prospérité des « auberges » d'avocats leur ouvrît les portes de la culture. Les bonnes manières, la courtoisie, le chant et la danse passèrent au premier plan. On parle de cette période comme « l'âge d'or » : la reine Elizabeth I en personne était la protectrice de l'auberge.

Gray's Inn était renommé pour ses animations et il ne fait guère de doute que William Shakespeare, dont le mécène était Lord Southampton, membre de l'auberge, s'est produit à Gray's Inn Hall. [3]

L'histoire veut que le claustra du réfectoire fût construit en bois du Nuestra Señora del Rosario, ou La Princesa, le vaisseau amiral de l'Armada espagnole, en 1588. On y perçoit encore les marques des cordages sur les boiseries.

Malgré les bombardements de la deuxième guerre mondiale, il y subsiste également des vitraux qui datent de 1462.

Particularités

Une singularité du système anglais pour devenir avocat : on doit obligatoirement s'inscrire à une des quatre « auberges », et depuis le XVIIème siècle on ne peut être admis au barreau sans y avoir dîné plusieurs fois.

Dinners at Inns of Court

Autre particularité, les avocats à la Cour britanniques ne doivent en aucun cas se serrer la main. Les origines de cette coutume restent obscures.

La politique s'invita à l'auberge

Sir-Francis-BaconParmi les grands noms liés à Gray's Inn, le célèbre Francis Bacon (1561-1626), homme d'État, philosophe, juriste, scientifique, orateur, linguiste, avocat-conseil du roi et grand chancelier qui se forma à l'Inn dont il devint le trésorier.

On peut également citer cinq archevêques de Canterbury, ou encore Sir Winston Churchill et Monsieur Franklin Roosevelt qui se sont rencontrés pour la première fois en 1918 à la table d'honneur au réfectoire de Gray's Inn.

Juliette Scott

 

Notes du blog :

[1] Pour moi, la Gray’s Inn revêt une importance sentimentale particulière. Ma mère, qui  a été apparement la première avocate (barrister) en Grande-Bretagne, (une distinction revendiquée par une autre femme qui a achevé ses études la même année) y a été inscrite dans les années 1920.
Jonathan Goldberg

[2] En Grand-Bretagne et d'autres pays de la Commonwealth, ils existe deux types d'avocats : les barristers et les solicitors. Les barristers (appelés trial attorneys aux États-Unis) ont deux fonctions : donner des avis juridiques et représenter des clients devant des juridictions. Le mot barrister remonte au temps où il existait dans les cours et tribunaux une barrière en bois qui délimitait l'espace où le juge était assis, tandis que le barrister se tenait près de cette barrière pour plaider. L'expression to be called to the bar s'utilise en Angleterre pour désigner une personne qui obtient le droit d'exercer la profession de barrister. Bien que le mot barrister" ne soit pas utilisé aux États-Unis, tous les juristes de ce pays doivent être membres du barreau et s'inscrire auprès de la Bar Association pour pouvoir exercer leur profession.

Les solicitors se chargent des testaments et des transferts de biens, ainsi que d’autres tâches d’ordre juridique. Ils n’ont pas le droit de plaider, sauf dans certaines affaires jugées par des tribunaux inférieurs (magistrates’ courts). L’activité d’un solicitor se rapproche de celle d’un notaire français. (Aux Etats-Unis, les notaires ne sont pas des juristes. Leurs fonctions consistent à authentifier des signatures, service qu’ils facturent généralement 10 dollars).

Le cabinet d'un barrister est désigné sous le nom de chambers. Une personne en apprentissage auprès d'un barrister est appelé pupil (stagiaire) et son stage s'appelle pupillage; le stagiaire d'un solicitor est appelé articled clerk ou trainee solicitor.

En Angleterre, nul ne peut exercer en même temps les professions de barrister est de solicitor.

[3] "Cet article envisage le rapport entre le public élisabéthain et deux pièces de la fin des années 1590, La Nuit des Rois de Shakespeare et What You Will de Marston. Une fois établie l’influence des hommes des Inns of Court en tant que « segment » de public à cette époque, l’argument avancé est que ces deux pièces répondent à des expériences et des intérêts communs aux membres de ce groupe."

Satirical expectations: Shakespeare’s Inns of Court audiences
Society Française Shakespeare

Jean-Marc et Livia Dewaele – linguistes du mois de septembre 2016 (1ère partie)

Pour la première fois après une bonne cinquantaine d'interviews mensuelles, nos invités sont, aujourd'hui, un père et sa fille – le premier est professeur de linguistique appliquée et de multilinguisme à Birkbeck, University of London, et la seconde est étudiante de BA en linguistique et français au Worcester College, University of Oxford.

DewaeleJMGown (2)Jean-Marc Dewaele est né dans une famille francophone à Ostende, en Flandre Occidentale, et a grandi à Bruges, où l'enseignement était en néerlandais. Il a obtenu son doctorat en langues et littératures romanes à la Vrije Universiteit de Bruxelles en 1993. Il s'est installé à Londres avec son épouse Katja, bilingue néerlandais-français, en 1994. Leur fille Livia est née en Angleterre, en 1996.

Jean-Marc a l'anglais comme langue dominante pour la lecture et l'écriture académique, mais il écrit de la poésie en français et utilise le néerlandais et le français en famille. Il parle espagnol et comprend l'italien et l'allemand quand il s'agit de linguistique appliquée.

Nous commençons l'interview avec Jean-Marc et continuons avec Livia, 19 ans, en deuxième année d'études supérieures. Forts de leurs connaissances et talents individuels, ayant écrit deux articles ensemble, ils forment un duo redoutable… et pas uniquement parce qu'ils sont tous deux ceintures noires de karaté premier dan.

Les interviews qui suivent ont été menées en anglais, par Skype, entre Los Angeles et Londres avec Jean-Marc, et entre Los Angeles et Oxford avec Livia. Les invités ont ensuite traduit leurs réponses en français.

                               ENGLISH SOURCE TEXT

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——————

LMJ : Vous faites de la recherche sur les différences individuelles dans les aspects psycholinguistiques, sociolinguistiques, pragmatiques, psychologiques et émotionnels de l'acquisition de langues secondes et de multilinguisme. Pouvez-vous expliquer ce que vous entendez par « aspects psychologiques et émotionnels » ?

Jean-Marc et Livia Dewaele – linguistes du mois de septembre 2016 (2ème partie)

 

   Livia - Worcester College


Livia Dewaele, à Oxford
 devant Worcester College

 

L'interview avec Livia ci-dessous suit celle avec son père ,
le Professeur Jean-Marc Dewaele

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LMJ : Grandissant en Angleterre, vous avez été exposée, dès que vous avez pu parler, au français de votre père (plus des leçons de français à l'école, de 11 à 18 ans) et au néerlandais de votre mère. En outre, pendant un certain temps, vous avez eu une assistante maternelle pakistanaise qui vous appris un peu d'ourdou. Bien qu'on admette couramment que les jeunes enfants puissent sans effort acquérir plusieurs langues, avez-vous eu l'impression qu'à tel ou tel âge, ou même maintenant, rétrospectivement, le trilinguisme institué par vos parents (y compris la règle UPUL : une personne-une langue) ait été un pari ambitieux, stressant ou trop pénible ?

Livia portraitLD : Non, ce ne fut jamais pénible – c'était tout simplement le moyen de communiquer avec mes parents. De plus, quand je parlais d'événements qui s'étaient passés en anglais – des conversations avec des amis, par exemple – mes parents ne se fâchaient pas si j'utilisais des mots anglais. En plus, quand j'éprouvais de la difficulté à me souvenir du mot correct, ils m'aidaient toujours à le retrouver.

LMJ : Pour vous poser la même question sous un autre angle : Votre père se souvient d'une conversation que  vous avez menée avec lui quand vous étiez très petite, au cours de laquelle vous avez mélangé l'anglais et le français en parlant « d'une rouge one ». Il en conclut que vous aviez un peu de difficulté à trouver le pronom équivalant à « one » en français – ne comprenant pas encore qu'il n'y ait rien à ajouter, car « une rouge » est l'article défini qui convient en français. Lorsque vous avez grandi et parlé trois langues, le processus de triage des différents modes d'expression a-t-il été naturel, ou aviez-vous (et avez-vous encore) à y réfléchir ?

Livia portraitLD : Je n'ai pas le souvenir d'avoir dû faire un effort conscient pour me rappeler à quelle langue appartenait tel ou tel mot. Je me souviens seulement d'avoir eu les trois langues comme trois systèmes indépendants et bien différentiés. Il se peut que ceci n'ait pas toujours été le cas, mais alors c'était dans la période de ma vie dont je ne me souviens pas.

LMJ : Alors, est-ce le genre d'expérience que vous souhaiteriez plus tard, pour vos enfants, si les circonstances le permettent ?

Livia portraitLD : Oui, si possible, parce que c'est un incroyable avantage de pouvoir parler plusieurs langues sans avoir à les apprendre consciemment. Ceci dit, ça dépendra des circonstances dans lesquelles je me trouverai ; mes parents étaient dans une situation optimale pour que le système UPUL fonctionne. Ma mère parlait sa langue maternelle, le néerlandais, avec moi, et mon père parlait aussi sa langue maternelle, le français, avec moi. Et grâce à l'environnement où l'on se trouvait, j'étais aussi exposée à l'anglais. Avec mes enfants, je devrai faire un choix entre mes langues, et je ne sais pas ce que je choisirai. Ce qui aidait aussi dans ma situation, c'était que tous les membres de la famille parlaient les trois langues – on parlait tous anglais, français et néerlandais. Grâce à ça, il n'y avait jamais de situation où l'usage d'une langue excluait quelqu'un. En plus, toutes ces langues étaient représentées à égalité, il n'y en avait aucune qui était dominante, ce qui aurait été le cas si l'une des langues que je parlais avec mes parents avait été l'anglais.


LMJ :
Sautons maintenant à l'âge de 19 ans qui est le vôtre aujourd'hui. Vous avez, par un processus naturel, qui ne vous a pas semblé difficile, conservé une connaissance du français, du néerlandais et de l'anglais, cette dernière langue étant celle qui vous a le plus fortement imprégnée. Pouvez-vous décrire la méthode ou le processus par lequel vous vous êtes habituée à compartimenter les trois langues ?

Livia portraitLD : Il n'y avait jamais de processus conscient, c'est facile et évident de distinguer les langues.

LMJ  Il vous arrivait de jouer au Scrabble trilingue en famille. Ce devait être l'épreuve suprême de vos connaissances linguistiques puisqu'il vous fallait faire appel à la totalité de votre vocabulaire dans les trois langues.

Livia portraitLD : Oui, jouer au Scrabble était chouette, mais je n'avais aucune chance de gagner puisque mes parents avaient un vocabulaire beaucoup plus vaste que le mien dans les trois langues. J'avais surtout un désavantage en néerlandais puisque je ne l'ai jamais appris à l'école. Donc, je ne sais pas bien l'écrire.


LMJ : 
L'anglais est la langue dont vous avez besoin pour vivre, étudier et avoir des contacts sociaux. Le français et le néerlandais vous servent quand vous voyagez en Europe. Considérez-vous que ces deux dernières langues vous soient d'une utilité pratique ou qu'elles fassent partie intégrante de vos souvenirs d'enfance et de jeunesse ?

Livia portraitLD : Puisque ces deux langues sont mes langues maternelles, elles ont évidemment une énorme importance comme partie de ma jeunesse et de mon identité d'aujourd'hui. C'est bien sûr utile de les parler, mais ce sont les langues que j'utilise avec mes parents, mes grands-parents et ma famille, et qui ont donc une grande importance émotionnelle pour moi.


LMJ : 
Vous venez de parler de votre facilité naturelle à compartimenter les langues que vous connaissez. Cela vous a-t-il aidée à bâtir des phrases en français et en anglais où le verbe est au milieu (sauf dans les interrogatives), par rapport au néerlandais où le verbe est à la fin de la phrase ?

Livia portraitLD : C'est l'avantage d'avoir appris mes langues naturellement et de ne jamais avoir dû me souvenir de règles de grammaire – ainsi j'ai seulement pris conscience de la syntaxe française l'année dernière, pendant mes cours de linguistique à l'université.


LMJ : 
Vous êtes maintenant étudiante à Oxford, n'habitant plus chez vos parents.  L'anglais est votre langue dominante. Que faites-vous pour garder vivace votre maîtrise du français et du néerlandais, et pour ne pas la perdre ?

Livia portraitLD : J'étudie le français à Oxford, donc je conserve le français facilement. En plus, j'envoie régulièrement des courriels à mon père en français, et il répond souvent avec un relevé des fautes que j'ai commises. Pour le néerlandais, j'envoie des SMS à ma mère tous les jours, en néerlandais, et je téléphone régulièrement. On va aussi encore régulièrement en Belgique pour rendre visite à la famille. Là je parle français avec mes grands-parents paternels, et néerlandais avec ma famille maternelle.


LMJ : 
Pensez-vous que votre compréhension des textes anglais ait été enrichie par votre possession d'une langue romane et d'une langue germanique, les deux principales racines de la langue anglaise ? Autrement dit, êtes-vous souvent plus sensible aux racines des mots anglais parce que vous avez un sens plus vif des équivalents romans et germaniques ?

Livia portraitLD :  Oui, je fais souvent des comparaisons entre les langues que je connais et l'anglais.

 

 

Dewaele (Jean-Marc & Livia)

Livia et Jean-Marc, Il y a quelques années…..

LMJ : Votre père et vous êtes ceinture noire premier dan de karaté. Qui est le meilleur?

LD : Moi ! parce que je suis plus jeune et donc plus souple et plus relaxe. Cela dit, mon père est bon, lui aussi.

 

 

————–

Livia rowing

Livia, rameuse,  sur la Cherwell, un aflluent de la Tamise, à Oxford
Livia est vice-capitaine de l'équipe feminine d'aviron des huit de Worcester College

 

Note du blog :

Le prénom Livia, qui est dérivé du nom d'une noble famille romaine, a vu le jour durant l'Antiquité. Il fut oublié à partir du Ve ou VIe siècle après la diffusion des prénoms germaniques en Europe. Il ne fut réattribué qu'à l'époque de la Renaissance, en Italie particulièrement. Depuis le début du XXe siècle, plus de 2600 personnes ont porté le prénom Livia en France. Le maximum de ses attributions a été atteint en 2010 avec 214 naissances. En 2013 le prénom Livia occupe le rang n°99 du top des prenoms de fille.
Source : http://www.journaldesfemmes.com/

Livia was a literary favorite from the sixteenth century, appearing in the plays of John Fletcher and Thomas Middleton,  John Fletcher and Thomas Middleton,  and playing a minor role in Romeo and Juliet.  Anna Luvia Plurabelle is the name of a character in James Joyce's  Finnegans Wake

 Z2016/9

La vie de château…

Royal-crest-on-the-gate-at-buckingham-palaceLe Palais de Buckingham se propose d'engager un(e) assistant(e) aux tâches domestiques (housekeeping assistant), mais pas n'importe qui, et assurément pas n'importe quel(le) technicien(ne) de surface, comme le français hexagonal désigne désormais les trop prosaïques « femmes (hommes) de ménage ».

 L'offre d'emploi est ainsi libellée :« Il ne s'agit pas de tâches ménagères classiques. Vous travaillerez et vivrez dans un cadre historique extraordinaire, en faisant en sorte qu'il se présente sous ses plus beaux jours à vos collègues, aux visiteurs et, bien sûr, à la famille royale. » 

 

Buckingham 3
Buckingham 2

 

 

 

 

En gras, l'annonce vante le caractère prestigieux des lieux où s'exerceront les fonctions : « Vous éprouverez le fierté de vous trouver dans l'un des lieux les plus célèbres du monde ». Mais, c'est en maigres que suit la description des tâches : « Vous nettoierez et entretiendrez les intérieurs, brosserez les tapis et épousseterez des meubles, mais aussi des vases anciens et des tableaux irremplaçables ». Bref, finies les paillettes, à vos chiffons ! 

L'heureux(se) élu(e) devra être quelqu'un « qui ait le souci et l'orgueil de son travail, tout en possédant un sens aigu de la communication et de la gestion du temps. » Aucune expérience n'est exigée, mais l'annonce précise que, « sans être indispensable, une expérience des tâches ménagères et de l'accueil constituerait un atout. » La rémunération sera de près de 16.755£ par an (logé et nourri), auxquels s'ajouteront de nombreux avantages annexes dont 33 jours de congés annuels.

Cette annonce serait passée inaperçue n'était-ce une petite faute de grammaire qui jette un doute sur la valeur actuelle du Queen's English, la langue du Palais ayant toujours été considérée comme l'étalon-or du bien parler anglais. En effet, s'agissant des lieux historiques en question, l'offre d'emploi précise : ensuring that they are presented to their best, alors qu'il aurait fallu écrire : at their best. Certes, le délicat usage des postpositions est l'un des écueils de la grammaire anglaise, mais on aurait pu s'attendre qu'il soit maîtrisé par la surintendance du Palais de Buckingham.

 

Pour eux aussi…

Mais, trois ministres du nouveau gouvernement britannique de Mme Theresa May (tous partisans d'une sortie de l'UE) vont également connaître la vie de château. En effet, MM. Boris Johnson, le bouillant Ministre des affaires étrangères, David Davis, Secrétaire au Brexit, et Liam Fox, Secrétaire au commerce international, vont se partager les 115 pièces du manoir de Chevening (Kent).

 

Buckingham 5

  

 

 Cette vénérable bâtisse du XVIIe siècle, qui appartint longtemps aux comtes de Stanhope, se trouve au centre d'un vaste domaine s'étendant de Seven Oaks à Biggin Hill, l'aérodrome mythique de la bataille d'Angleterre. Elle est flanquée de deux tours qui ont été vite baptisées Brexit Towers, en ce sens qu'elles seront le quartier général officieux des ministres dits Brexiters, lesquels veilleront à ce que Mme May tienne parole : « Brexit means Brexit ».

 

Fawlty

D'aucuns ont voulu y voir un clin d'œil aux Fawlty Towers [1] , la série télévisée en 12 épisodes, conçue et interprétée par John Cleese et Connie Booth, diffusée par BBC2 en 1975 et 1979. L'action, qui se déroule dans un hôtel de la station balnéaire de Torquay, est une suite de situations burlesques où interviennent des propriétaires excentriques et farfelus (Basil et Sybil Fawlty), une femme de chambre pleine de bon sens (Polly) et un serveur-maître Jacques espagnol (Manuel), véritable souffre-douleur de son patron. Gageons qu'il n'en sera pas de même à Chevening Mansion !       

 [1] CARTOON

Lecture supplémentaire :

Windsor Castle: Changing hundreds of royal clocks
BBC News – 23.10.2020

 

«L’élégance du hérisson» ou le test de la mirabelle


– La traductrice et auteur Alison Anderson accorde une interview au «mot-juste-en-anglais». A savourer.

 
Notre interviewée est traductrice vers l'anglais de romans d'auteurs francophones connus ou moins connus tels que Sélim Nassib, Muriel Barbery, Amélie Nothomb, Christian Bobin et Jean- Christophe Rufin.

Elle a bien voulu nous raconter à bâtons rompus comment est née sa traduction de « L'élégance du hérisson », un roman déjanté de Muriel Barbery qui est non seulement devenu un «best-seller» dans les pays anglophones et lui a permis de se faire un nom dans le métier, mais qui a aussi été porté à l'écran avec succès. [1]

  

 

 

 

AA - profile

     Alison Anderson

 De nationalité américaine, Alison habite à Buchillon, près des rives du Lac Léman.
Elle est également écrivain. Son livre le plus récemment publié est «The Summer Guest: A Novel» (Harper, mai 2016).

 

DorianC'est attablés au café «Dorian», à Genève, devant un gaspacho aux croûtons qui n'aurait pas déplu à Muriel Barbery (auteure de «La gourmandise») que Pierre-André Rion, [2] correspondant du mot-juste-en- PAR _ CVanglais et la traductrice de «L’élégance du hérisson» évoquent le premier courriel qu'elle avait reçu à l'époque de la part d'une obscure petite maison d'édition italienne cherchant des traducteurs pour pouvoir lancer leur filiale anglophone à New York. Elle a traduit deux livres, et ils lui ont fait confiance pour l'ouvrage de Muriel Barbery.

Le sacrilège d’un Anglo-Québécois

rédigé pour Le Mot juste en anglais par Grant Hamilton, traducteur agréé, et propriétaire d'Anglocom, cabinet de traduction de Québec.

——————- 

  Grant Hamilton updatedPar une soirée orageuse de début d'été, nous sommes attablés dans un bistro du Vieux-Québec : Jonathan Goldberg, le créateur de ce site, qui visite Québec pour la toute première fois, et moi, Québécois d'adoption depuis maintenant plus de 26 ans. Dans un déluge de mots, nous parlons à bâtons rompus de nos parcours respectifs.

Et comme il faut bien s'y attendre, nous en venons à parler de l'actualité politique et de l'éternelle question de l'indépendance du Québec. C'est alors que sans préavis, sans trop y réfléchir, je lâche le morceau : « J'ai toujours voté souverainiste ».

M. Goldberg, sidéré, veut en savoir davantage : « Mais vous êtes anglophone. Vous n'êtes pas né au Québec. Vous êtes un homme d'affaires. Ça ne se peut pas. Racontez ! »

Ouf ! Quel contrat ! Je vais donc tenter, cher lecteur, de raconter.

 

I. La prise de conscience

Toute mon enfance se déroule en Ontario, sans le moindre mot de français. Mes parents sont les premiers de la famille à être nés au Canada, mon père de parents irlandais, ma mère de parents anglais. Je garde encore aujourd’hui un souvenir de l’émoi causé par la venue à Toronto de la reine d’Angleterre l’année de mes cinq ans.  Mon père nous emmène, ma mère, ma sœur, mon frère et moi, à l'aéroport dans l'espoir de voir se poser son appareil. Nous scrutons le ciel, à la recherche du blason royal. Le bonheur.

Tout jeune aussi, je vois se marier avec un Montréalais la sœur de ma mère, qui part habiter chez les Québécois, chez l'autre. Quel événement intriguant ! On m'explique alors que les Québécois ne parlent pas anglais, mais une autre langue, une langue que j'apprendrai un jour à l'école. Je veux en savoir plus.

Nous finissons par rendre visite à ma tante et son mari, qui habitent la banlieue ouest de Montréal, dans les quartiers anglophones. J'ai hâte d'y aller et d'entendre parler français. Or il n'en est rien. Point de français, ni chez les voisins, ni dans le quartier, ni dans les magasins. Tout le monde parle anglais et tout l'affichage public est en anglais. Comme diraient les Québécois, je me suis fait passer un sapin. Mais voilà, à sept ans, on se fait une raison.

Viennent ensuite le centenaire du Canada et l'Exposition universelle de Montréal, que nous visitons à l'aube de mes neuf ans. Ce coup-là est le bon : j'ai la preuve qu'on parle français au Québec, car il nous faut nous aventurer jusqu'au centre-ville de Montréal. Et puis, après avoir arpenté tous les pavillons de l'Expo 67 et essayé tous les manèges, notre famille continue son chemin jusqu'à Québec, d'où je garde un souvenir impérissable : celui de passer en voiture dans la rue Sous-le-Cap, la plus étroite en Amérique, le long d'une enfilade de maisons délabrées blotties contre la falaise et au milieu d'enfants qui quémandent quelques pièces aux passants. Mon père les oblige à chanter Alouette, après quoi il leur remet leur modeste cachet. Cela me marque.

À l'époque, les cours de français commencent à la septième année d'école, à raison de vingt minutes par jour. Mon enseignante, Mme Taylor, est un petit bout de femme terrifiant, aux cheveux noir jais, une Franco-Ontarienne de Timmins mariée avec un anglophone de Toronto. Les enfants tremblent dans leurs culottes.

Un jour, elle nous apprend à dire le mot « rue ». Pas facile pour nous, petits anglophones aux muscles faciaux raidis. Elle passe de pupitre en pupitre, en disant à chaque élève :

« Répète après moi, 'rue'.

— Roo, répond à tour de rôle chaque élève.

— Non, 'rue'.

— Roo. »

Je suis mortifié, figé sur mon banc, le dernier dans la dernière rangée de la classe. Elle arrive enfin à ma hauteur :

« Répète après moi, 'rue'.

— Rue. »

Elle me fixe du regard en disant : « Toi, tu vas avoir un bel accent ». Et je n'ai plus peur d'elle. Tout comme elle, je vais parler français.

 

II. L'éveil à la politique

Pendant ces années d'enfance, ça brasse au Québec… La Révolution tranquille bat son plein et la province entre dans la modernité. Les Québécois désertent l'Église catholique par milliers. Les felquistes du Front de libération du Québec font exploser des bombes. Et Charles de Gaulle, en visite officielle au Canada, lance un « Vive le Québec libre ! » depuis le balcon de la mairie de Montréal devant ses hôtes stupéfaits. Dans la bonne société anglophone, celle des patrons et de l'argent et des privilèges, on se scandalise. Des fous à lier, ces « séparatistes ».

De mon côté, je suis trop jeune pour saisir toutes les raisons de ces perturbations. Je m'applique plutôt à apprendre le français, ma matière préférée. Et grâce à un bon professeur, des échanges étudiants au Québec et une facilité pour les langues, je me retrouve boursier d'études en langue française à 18 ans, installé en résidence étudiante à l'Université d'Ottawa en vue d'une année préparatoire au baccalauréat en traduction.

Deux mois et demi plus tard, le 15 novembre 1976, c'est l'onde de choc partout au Canada : le Parti québécois, indépendantiste, prend le pouvoir au Québec.

Dans ma résidence largement francophone, c'est l'euphorie. Plusieurs de mes voisins d'étage partent festoyer tard dans la nuit, de l'autre côté de la rivière des Outaouais, en terre québécoise. Et je suis, moi, abasourdi. Les Québécois ont-ils vraiment voté pour des gens qui posent des bombes ?

J'ai besoin d'y apporter une attention plus nuancée.

 

III. L'emballement

Ottawa, capitale prétendument nationale du Canada, est une ville anglophone. Y apprendre le français relève de l'exploit. Je mets donc une croix sur mes projets d'études à Ottawa et je pars dans l'autre capitale nationale, celle du Québec.

Malgré ses allures de petit bourg provincial, Québec transpire l'effervescence politique. L'élite intellectuelle francophone, si longuement exclue du pouvoir, occupe tous les postes du conseil des ministres et les innovations législatives se succèdent à un rythme effarant. Parmi celles-ci, la Charte de la langue française, qui fait du français la seule langue officielle du Québec.

Les anglophones, estomaqués, décrient cette marginalisation forcée de leur langue. Moi, non. J'ai constaté de visu à Ottawa ce qui se produit quand deux langues s'affrontent sur un même territoire : celle du pouvoir et de l'argent l'emporte.

Ma nouvelle identité de jeune adulte se construit donc autour du Québec et de mon futur métier de traducteur. Le blason royal de l'appareil de la reine m'importe peu. Je suis fier de mon nouveau chez moi. Et lorsque les Québécois sont convoqués aux urnes en 1980 pour statuer sur leur indépendance politique, dans un élan de jeunesse et d'audace je vote oui.

Comme moi, les étudiants appuient majoritairement la souveraineté. Dans ma circonscription électorale, le « oui » l'emporte de justesse. Mais à l'échelle nationale, les Québécois rejettent cette rupture dans une proportion de 58 % à 42 %. Et démocrate que je suis, je me rallie au jugement populaire. De toute façon, quelques mois plus tard, la vie me joue un tour et je dois quitter le Québec pour me rétablir à Toronto.

 

IV. L'intermède

J'ai désormais moins de raisons de réfléchir à l'avenir politique du Québec. D'ailleurs, le Parti québécois nouvellement réélu a promis de mettre son projet de société de côté et d'oser le « beau risque » du renouvellement de la fédération canadienne. Mais deux événements convergent pour rappeler à mon attention la question de la place du Québec au sein du Canada : un nouvel emploi comme chef de cabinet à l'Assemblée législative de l'Ontario et la conclusion de l'accord du Lac Meech.

Cet accord vise à faire entrer officiellement le Québec dans le giron canadien, « dans l'honneur et l'enthousiasme », comme le disait le premier ministre canadien de l'époque, Brian Mulroney. En effet, si le Québec a rejeté l'indépendance, il n'a jamais non plus donné explicitement son accord à faire partie du Canada, ni lors de la création du pays en 1867, où tout s'est fait en coulisses avec l'appui du clergé, ni en 1981 au moment où le Canada a rapatrié sa constitution d'Angleterre.

L'accord du Lac Meech prévoit, entre autres, que le Québec soit reconnu comme une « société distincte ». Pour qu'il entre en vigueur, chaque province canadienne doit le ratifier. Le gouvernement de l'Ontario appuie l'accord et, comme chef de cabinet d'une députée libérale, je dois défendre cette prise de position.

Il y a levée de boucliers. Arrivent chaque jour des dizaines de lettres et de pétitions signées par des citoyens outragés à l'idée qu'on déclare le Québec société distincte. Ce qui me semble une évidence est pour eux un affront à la dignité nationale.

Parallèlement, le gouvernement de l'Ontario va de l'avant avec un projet de loi sur les services en langue française, qui a pour objectif de déclarer bilingue tout territoire administratif où habitent au moins cinq pourcent de francophones ou cinq mille francophones.

C'est la consternation. Quel gaspillage de fonds publics, traduire en français pour des gens qui savent tous parler anglais ! Cette réaction touche directement à deux de mes passions : le français et la traduction.

Ce qui devait arriver arriva. L'accord du Lac Meech est ratifié par le gouvernement fédéral et huit des dix provinces, mais un député du Manitoba, Elijah Harper, fait échouer le vote dans sa province, brisant de ce fait l'unanimité requise et permettant à une Terre-Neuve encore récalcitrante de s'abstenir. Il n'y aura pas de renouvellement de la fédération canadienne.

Cette journée-là, le jour de la mort de l'accord du Lac Meech, je me promets de ne plus jamais expliquer le Québec aux Canadiens anglais ; j'expliquerai plutôt la souveraineté aux Québécois. Je mets aussi en branle un projet que je caresse depuis un certain temps : retourner au Québec.

 

V. L'espoir d'un pays

Fin 1990, je retrouve une province blessée et fâchée qui vient de se faire dire par le Canada d'oublier toute forme de reconnaissance de sa spécificité. S'il y avait eu référendum sur la souveraineté au lendemain de l'échec de l'accord du Lac Meech, les Québécois auraient, sans le moindre doute, claqué la porte.

Quant à moi, je ne raisonne plus comme un anglophone. Quand on bafoue le Québec, on me bafoue. Je le sens dans les tripes. Fort de la certitude de ma jeune trentaine, et croyant peut-être aussi à tort que j'ai encore toute la vie devant moi, j'épouse sans hésitation la cause de la souveraineté.

À aucun moment je ne perçois cet appui comme un geste négatif. Il est question de bâtir un pays, pas d'en détruire un. Je n'en veux pas à qui que ce soit. Je suis tout simplement las d'expliquer au Canada anglais pourquoi il faut se préoccuper du français, pourquoi il faut le respecter, le promouvoir, l'utiliser. Je suis las d'entendre parler de la « police de la langue » en référence aux inspecteurs linguistiques, fâché de penser qu'on a besoin de tels inspecteurs. Et plus encore, je me demande quel peuple peut se contenter d'être la province d'un autre peuple…

En 1995, un autre référendum. La colère, toujours palpable, est un peu moins vive. Je me souviens encore de mes mains moites lors du dépouillement du vote, car le camp du « oui » mène longtemps en début de soirée. Il finit toutefois par encaisser un revers très serré.

J'ai 37 ans, et le Québec vient de voter non une deuxième fois. Cela suffira pour un temps.

 

VI. Aujourd'hui

Voilà la partie la plus difficile de mon récit. Suis-je toujours souverainiste ?

D'aucuns prétendent que la souveraineté est impossible pour des raisons économiques. Quant à moi, j'ai toujours balayé du revers de la main ces arguments. Prétendre que la richesse du Québec dépend entièrement de sa présence au sein du Canada me paraît le comble de la condescendance. D'ailleurs, je me suis toujours dit que même les enfants des familles les plus riches finissent par quitter la maison et fonder leur propre foyer, quitte à souffrir économiquement au départ… Ce prix, j'ai toujours accepté de le payer.

Alors pourquoi est-ce que j'ai été si surpris par le vote au Royaume-Uni contre l'appartenance à l'Union européenne, et si profondément en désaccord ? Deux poids, deux mesures ?

Je crois en effet beaucoup à l'ouverture. Comme propriétaire d'entreprise, je me dois de recruter les meilleurs traducteurs du monde et j'ai donc six salariés qui habitent et travaillent à l'étranger. On en vient à relativiser les frontières nationales et à se voir comme citoyen du monde. Est-ce possible tout en restant souverainiste ?

Ce qui motive depuis les débuts mes allégeances souverainistes, c'est ma conviction profonde que la langue française a besoin d'un espace lui appartenant à part entière. Mon appui est linguistique. Je veux un espace où il est normal de parler français, où les commerçants affichent spontanément en français sans qu'une loi les y oblige.

La question est donc la suivante : le français est-il suffisamment en péril au Québec pour justifier la création d'un tout nouveau pays ? Plus encore, peut-on justifier la création d'un pays en invoquant le fait qu'une langue soit en péril ?

À trente ans, j'en étais sûr. À cinquante-huit, moins.

Je ne répondrai pas avec précision à ces questions car je n'ai pas encore trouvé les réponses. Mais je dirai sans hésitation que nous avons besoin du mouvement souverainiste au Québec, car la vigilance est de mise. Un gouvernement fédéraliste ne s'inquiète guère de la langue française.

J'irai jusqu'à dire, d'ailleurs, qu'aucun Québécois ne renonce jamais tout à fait à la souveraineté. Nous avons tous dans notre poche une police d'assurance qui porte ce nom. Menacés, nous la sortirons. La mienne est là, je la sens.

Je n'ai pas besoin d'ambassades québécoises dans toutes les grandes capitales. Je ne rêve pas de voir la république du Québec sur les mappemondes. J'ai toutefois besoin qu'on respecte la spécificité du Québec et qu'on laisse à ce dernier tous les pouvoirs qu'il est raisonnable d'exercer au niveau provincial. Les provinces anglaises peuvent multiplier à loisir les partages de compétences et les politiques communes, mais le Québec doit pouvoir faire bande à part. Car dès lors qu'une compétence s'exerce au niveau fédéral, quiconque désire faire carrière dans ce secteur doit se résigner à le faire en anglais dans un pays anglais, et accepter que le français soit simple langue de traduction, jamais langue de pouvoir.

J'ai aussi besoin que le Québec puisse appliquer ses lois linguistiques en toute quiétude, selon ses propres prérogatives, sans les ingérences d'une cour suprême qui nie l'existence des droits collectifs.

Enfin, ce dont j'ai besoin, c'est la société distincte que les autres provinces n'ont pas eu la sagesse d'entériner.

Voilà, confessé pour vous cher lecteur, tout le sacrilège d'un Anglo-Québécois.

Lecture supplémentaire:

La langue comme outil de construction et de revendication identitaire

 

 

Sentiments xénophobes en Angleterre – 500 ans avant le Brexit

Evil-may-day-riot-in-cheapside-1517Dans l'Angleterre des Tudors, le Premier mai était un jour férié traditionnel, normalement réservé à des célébrations et à des festivités bon enfant. En 1517, des émeutes, connues sous le nom de Méchantes émeutes de Premier mai, éclatèrent à Londres, visant les immigrants en provenance de France ainsi que les Juifs, [1] que des citoyens mécontents accusaient de prendre les emplois et l'argent des gens du cru, et qu'ils entendaient renvoyer d'où ils venaient. Une foule d'un bon millier d'hommes, dont beaucoup étaient de pauvres journaliers soutenus par quelques femmes et des membres du clergé, s'assembla à Cheapside [2] et se déversa dans la Cité, pillant et détruisant tous les biens soupçonnés d'appartenir à des étrangers.

Ces émeutes visaient surtout les immigrants français, mais les Juifs, les Hollandais et d'autres groupes considérés comme une menace économique étaient également ciblés.

Selon une pièce de théâtre intitulée « The Booke of Thomas More », écrite et revue par différents dramaturges dont William Shakespeare, Thomas More, qui était alors sous-préfet de la Cité de Londres [3] étouffa les émeutes en faisant appel au sens de l'humanité du public. More adressa un discours palpitant à la foule agressive qui réclamait l'expulsion de ceux qu'ils appelaient des « étrangers ».

 

La seule bibliothèque au monde qui soit à cheval sur deux pays !

 

 

On chuchote que les arpenteurs qui, au XVIIIe siècle, délimitèrent la frontière entre l'État américain du Vermont et ce qui était alors le Bas-Canada étaient ivres car leur tracé titube de part et d'autre du 45ème parallèle, s'en écartant parfois d'un mile. Mais les résidents des localités frontalières ne s'en inquiétèrent pas, essentiellement parce qu'ils n'en tinrent pas compte.

Haskell 1

Vue extérieure de la Haskell Free Library and Opera House.
(Photo: Jeffrey M Frank/Shutterstock.com)

Pendant près de 200 ans, Derby Line (Vermont) et Stanstead (Québec) ne firent qu'une seule et même ville. Leurs habitants buvaient la même eau, travaillaient à la même fabrique d'outils, pratiquaient les mêmes sports (principalement le curling), combattaient dans les mêmes guerres mondiales et venaient au monde dans le même hôpital, celui de Newport (Vermont). Ils partageaient aussi le même centre culturel, la Haskell Free Library and Opera House, un édifice victorien richement orné, construit en 1901, volontairement à cheval sur la frontière internationale, par l'épouse canadienne d'un riche négociant américain.