La seule bibliothèque au monde qui soit à cheval sur deux pays !

 

 

On chuchote que les arpenteurs qui, au XVIIIe siècle, délimitèrent la frontière entre l'État américain du Vermont et ce qui était alors le Bas-Canada étaient ivres car leur tracé titube de part et d'autre du 45ème parallèle, s'en écartant parfois d'un mile. Mais les résidents des localités frontalières ne s'en inquiétèrent pas, essentiellement parce qu'ils n'en tinrent pas compte.

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Vue extérieure de la Haskell Free Library and Opera House.
(Photo: Jeffrey M Frank/Shutterstock.com)

Pendant près de 200 ans, Derby Line (Vermont) et Stanstead (Québec) ne firent qu'une seule et même ville. Leurs habitants buvaient la même eau, travaillaient à la même fabrique d'outils, pratiquaient les mêmes sports (principalement le curling), combattaient dans les mêmes guerres mondiales et venaient au monde dans le même hôpital, celui de Newport (Vermont). Ils partageaient aussi le même centre culturel, la Haskell Free Library and Opera House, un édifice victorien richement orné, construit en 1901, volontairement à cheval sur la frontière internationale, par l'épouse canadienne d'un riche négociant américain.

 


Mais, au cours des quinze dernières années, la culture commune des deux villes s'est érodée, en grande partie à cause de la volonté de sécuriser la frontière des États-Unis après le 11 septembre 2001. Finie l'époque où un habitant du cru pouvait franchir la frontière avec un sourire et un geste de la main. Mais, contre toute logique, la Haskell Free Library and Opera House continue de fournir des prestations aux Vermontois et aux Québécois, demeurant ainsi un espace transnational auquel les résidents canadiens et américains ont accès sans passeport. Aujourd'hui, c'est la seule bibliothèque du monde qui existe et fonctionne dans deux pays à la fois.

La zone entourant la grande et vénérable bibliothèque est devenue de plus en plus étroitement surveillée par la Sécurité intérieure américaine et par la Gendarmerie royale du Canada. Les rues adjacentes sont truffées de caméras et il y a toujours un garde-frontière posté juste en face, dans un SUV (utilitaire sport).

Haskell 2Pour les Américains, il est facile d'entrer dans l'édifice, ils n'ont qu'à passer par la porte de devant. Mais, pour les Canadiens, c'est un peu plus compliqué, parce qu'il leur faut techniquement traverser la frontière qui est marquée par un obélisque en ciment et une rangée de pots de fleurs. « On a un peu l'impression de traverser une zone démilitarisée » observe Nancy Rumery, la directrice de la bibliothèque.

Si les Canadiens sont assurés du libre passage jusqu'à la bibliothèque, ce n'est pas pour autant une promenade de santé. Il leur faut d'abord passer devant une série de caméras, sur la rue de l'Église, puis devant le garde-frontière américain posté devant le bâtiment. Tant qu'ils prennent leurs livres et s'en retournent par où ils sont venus, tout va bien. Mais, s'ils sortent et continuent leur chemin aux États-Unis, ils se font épingler pour pénétration illégale sur le territoire des États-Unis. « Nous soutenons que personne n'a quitté le Canada » ajoute Mme Rumery.

Source :     Atlas Obscura, Sarah Yahm, 07.07.2016
Traduction: Jean Leclercq

 Mise a jour, le 1 février 2018 : 

Trafic d’armes via la bibliothèque Haskel
Le Soleil

 

Le vent méconnaît la frontière ?

 De par sa longueur et la diversité des régions traversées, la frontière canado-américaine,a été longtemps d'une grande porosité. Depuis les attentats du 11 septembre 2001, il n'en va plus de même. Témoin le fait divers survenu dans la région des Grands Lacs.
 
 

La Rivière Saint-Clair relie le Lac Huron au Lac Saint-Clair, et forme la frontière entre l'état américain du Michigan American boaters - map et la province canadienne de l'Ontario. Chaque année, une fête nautique (appelée Port Huron Float Down) se déroule le long de la rive américaine, entre le phare de Port Huron et Chrysler Beach (Marysville). Elle consiste à descendre la rivière à bord d'embarcations pour la plupart improvisées et montées par des canotiers amateurs. Radeaux, canots gonflables, esquifs de tous genres, se laissent aller au fil du courant pour le plus grand plaisir des acteurs et des spectateurs.

 
American boaters 2Mais, cette année, un vent violent s'étant soudainement levé, près de 1.500 participants furent drossés à la rive canadienne. Autant en apporte le vent, cette violation involontaire du territoire canadien a suscité une certaine émotion dans la ville de Sarnia et même dans tout le Canada. Les autorités ont promptement réagi, assurant le sauvetage et l'accueil des « dérivés » dont certains étaient en difficulté et transis. Finalement, ce sont 19 autobus qui, escortés par des véhicules de la police locale, ont rapatrié tous les « envahisseurs involontaires » jusqu'à chez eux, à Port Huron.
 
Source: BBC News, 22 August 2016

Jean Leclercq
 

Note du blog
:
 
Notre fidèle lecteur John Woodsworth d'Ottawa nous confie que les événements de la Rivière Saint-Clair lui rappellent l'Opération Ruban jaune, lancée par les autorités canadiennes pour gérer le déroutement massif de 255 vols civils consécutif aux attentats du 11 septembre 2001. À cette occasion, les aéroports de l'est du Canada, notamment ceux de Gander (Terre-Neuve), d'Halifax (Nouvelle-Écosse) et de Moncton (Nouveau-Brunswick) ont accueilli des milliers de passagers qu'ils n'attendaient pas et qu'il a fallu héberger et restaurer. Cependant, l'opération a eu plus d'ampleur encore puisqu'elle a entraîné, pour la première fois, la fermeture de l'espace aérien canadien.
 
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