Pont Neuf, Paris
Pont Neuf, Paris
Japanese Gardens
Japanese Gardens
Montserrat, Barcelona
en routeMontserrat- Barcelona
Tower Bridge, London
Tower Bridge, London
Skip to content

Au Festival du film français de Los Angeles, le cul entre deux chaises…

Depuis que ma femme et moi sommes établis à Los Angeles, nous n'avons jamais omis d'assister au festival annuel du film français, appelé COL-COA (City of Lights – City of Angels). [1]

Ce festival a lieu dans le superbe bâtiment de la Los Angeles Directors Guild, situé Sunset Boulevard, au cœur d'Hollywood, non loin du Walk of Fame et à cinq minutes de chez nous. Les films sont projetés dans deux grandes salles, baptisées pour la circonstance Théâtre Renoir et Théâtre Truffaut. La 19e édition du Festival vient de s’achever.

Image001Image002
Walk of Fame, à Hollywood,                                   L'immeuble de la Directors Guild,
           Sunset Boulevard                                                            à Los Angeles

 

Tous les films sont sous-titrés en anglais et certains d'entre eux ont leur première lors de ce festival. (En 2008, j'ai vu Bienvenue chez les Ch’tis, en première mondiale, avant qu'il devienne un grand succès en France. Les sous-titres anglais rendaient de façon remarquable le dialogue inhabituel de ce film.)  Parmi les personnalités qui ont assisté au Festival au fil des années, on peut citer les réalisateurs Claude Lelouche et  François Truffaut, et les comédiens Sylvie Testud, Danny Boon et Nathalie Baye.

Je m’empresse d’affirmer que chaque spectateur au festival dispose d’un fauteuil, alors, pourquoi parler d'avec le cul entre deux chaises ? Voici l'explication Après la Cul Herryprojection du film Elle l’adore de la réalisatrice Jeanne Herry [2], qui a également écrit le scénario de ce superbe thriller psychologique, il y a eu une séance de questions. Mme Herry parle très bien l’anglais, mais une interprète était sur place en cas de besoin. Alors que la réalisatrice répondait en anglais à la question qui lui était posée, elle a utilisé l’expression française avec le cul entre deux chaises, et s’est tournée vers l’interprète pour qu’elle traduise l'expression en anglais. Cela a donné : having your butt between two chairs. (Butt est une forme abrégée de buttocks, synonyme de natesbackside, bum, buns, can, fundament, hindquarters, hind end, keister, posterior, prat, rear, rear end, rump, stern, seat, tail, tail end, tooshie, tush, bottom, behind, derriere, fanny, ass (et la version britannique de ce dernier mot : arse.) [3] [4] [5]


 « Aussi haut qu'un roi soit assis, il n'est assis que sur son cul »
– Michel de Montaigne

L’interprète avait manifestement une excellente maîtrise de l’anglais et du français. Mais, même si nous avons tous deux mains, nous ne sommes pas tous pour autant pianistes de concert; même si quelqu’un parle très bien deux langues, cela ne veut pas dire qu'il peut fournir la bonne interprétation dans l’urgence, surtout lorsqu’on a affaire à une expression idiomatique. "Having your butt between two chairs » n’est pas une mauvaise traduction et l’auditoire a probablement compris ce qu’elle voulait dire. Néanmoins, l’expression idiomatique anglaise équivalente à cette expression française est to fall between two stools.


Autre difficulté langagière survenue à cette occasion : le mot custody employé en anglais par la réalisatrice. Ce mot est souvent traduit par « garde », par exemple lorsqu’on parle de the custody of children (surtout dans les litiges liés aux affaires de divorce). On parle aussi de confier la garde d'un objet (placing an object in the custody of) à une personne physique ou morale telle qu'une banque. Toutefois, s'agissant d'action pénale, les expressions anglaises to be held in police custody ou to be taken into police custody désignent ce qu'on appelle en France « en garde à vue ». Mme Herry a exprimé un certain agacement lorsque son emploi du mot custody n’a pas été immédiatement compris par le public, mais elle a rapidement réussi à se faire comprendre.

Elle l’adore est le premier long-métrage de Jeanne Herry et sa qualité n’avait rien à envier à celle d’autres films réalisés par des gens deux fois plus âgés. Je prédis que nous allons entendre parler longtemps de cette jeune femme très talentueuse. Entendre la réalisatrice répondre à des questions posées en anglais devant un grand auditoire au Théâtre Truffaut, après avoir apprécié chaque instant de son film, a été pour moi  the cherry on the cake [6], ou, comme on dit en français, la cerise sur le gâteau.  Et, dans ce cas, une traduction littérale aurait parfaitement fait l'affaire !

————-

[1] dont le directeur est François Truffart, Chevalier des Arts et des Lettres.

[2] fille du chanteur Julien Clerc et de l’actrice Miou-Miou.

[3] Le vocabulaire français est, lui aussi, assez riche. Le Robert énumère : derrière, arrière-train, croupe, fessier, fesse, fondement, potron, postérieur (abrégé en poster) et, dans le registre familier, baba, croupion, derche, lune, panier, pétard, popotin.  

[4] D'autres significations de "butt" sont la crosse (d'un fusil) et le mégot (d'une cigarette).

Cul-de-sac 1[5] Avant de fermer cette parenthèse à propos du mot cul, mentionnons que l'expression cul-de-sac est fréquemment employée dans la signalisation routière des pays de langue anglaise pour désigner ce qu'en France, on appelle plus volontiers Cul-de-sacimpasse une impasse. Comme quoi, nul n'est prophète en son pays ! En vieux français, le mot cul était moins trivial qu'aujourd'hui et désignait tout simplement le fond : cul-de-basse-fosse, cul-de-four, cul-de-jatte, cul-de- lampe, cul-de-poule, cul-de-sac.

[6] ou the cherry on the ice ou the cherry on the top.

 

 Jonathan G.                   Traduction: Isabelle Pouliot Isabelle_Pouliot (1)
                                                                          http://traduction.desim.ca/

Un hommage à Billie Holiday à l’occasion du 100e anniversaire de sa naissance

Strange-FruitA l'occasion de l'anniversaire de cette chanteuse américaine iconique (et dans le cadre du mois de la poésie), née le 7 avril 1915, nous publions de nouveau l'article suivant, paru sur ce blog il y a trois ans, qui met l'accent sur les paroles de Strange Fruit, la chanson qui fait partie de l'histoire américaine des droits civiques.

Strange Fruit est la première chanson importante du Mouvement américain des droits d'homme. Elle est devenue le symbole de la lutte des Noirs pour l’égalité. Les « fruits étranges » dont parle la chanson sont les corps, pendus aux arbres, des noirs lynchés dans les années 1930, dans le Sud des États-Unis.

Ce texte de protestation contre la vague de lynchages, a d’abord été un poème. Son auteur, un enseignant juif communiste du Bronx, Abel Meeropol, l’a publié en 1937 sous son pseudonyme : Lewis Allan, et l’a bientôt mis en musique. D’abord interprété par son épouse, Strange Fruit a été popularisé par la chanteuse noire américaine, Billie Holiday, qui l’a enregistré en 1939 et avec laquelle il est souvent identifié. Dans son autobiographie, la chanteuse prétend même indûment en avoir écrit les paroles.

En 1999, Time Magazine élut Strange Fruit comme « La chanson du siècle » et Q., une publication musicale britannique le qualifia de l’une des « dix chansons qui changèrent réellement le monde ».

  Strange Fruit 1

Billie Holiday (1915 – 1959)

Lorsque les paroles de la chanson furent traduites en français par Henri-Jacques Dupuy, Meeropol s’adressa à un éditeur parisien, Rudi Rével, pour qu’il fasse enregistrer une version française. Mais le projet n’aboutit pas et Rével s’en expliqua ainsi : « La raison principale est…l’aspect politique de la version française qui, ici, est considérée comme franchement anti-américaine. Et puis, avec tous les problèmes que les Français rencontrent actuellement, en Indochine et en Afrique du Nord, avec les gens de couleur, je ne crois pas que l’une des grandes maisons de disques puisse accepter d’enregistrer la version de M. Dupuy » (cité par David Margolick dans son livre (en anglais) : Strange Fruit : The Biography of a Song).

 

Strange Fruit 2

Notre collaboratrice, Francine Kaufmann, professeur émérite de traductologie, (Département de traduction, d’interprétation et de Sciences de la traduction de l’université Bar-Ilan, en Israël), a adapté cet article écrit par moi et  nous a confié sa propre traduction (inédite) du poème de Meeropol.

Southern trees bear a strange fruit,

Blood on the leaves and blood at the root,

Black body swinging in the Southern breeze,

Strange fruit hanging from the poplar trees.

Les arbres dans le Sud portent d’étranges fruits

Sang sur leurs feuilles, sang à leurs racines


Corps noirs qui se balancent dans la brise du Sud

Étranges fruits pendus aux branches des peupliers

Pastoral scene of the gallant South,

The bulging eyes and the twisted mouth,

Scent of magnolia sweet and fresh,

And the sudden smell of burning flesh!

 

Spectacle pastoral des gibets dans le Sud

Yeux révulsés, bouche distordue


Parfum de magnolias, frais et sucré


Puis l’odeur, soudain, de chair qui se consume

 

Here is a fruit for the crows to pluck,


For the rain to gather, for the wind to suck,

For the sun to rot, for a tree to drop,

Here is a strange and bitter crop.

Voici offerts des fruits que les corbeaux picorent

Que la pluie arrache, que le vent pourlèche


Que le soleil pourrit, que l'arbre fait tomber


Voici une récolte amère et bien étrange.

Le vidéo-clip suivant (10 minutes) rappelle l’histoire des lynchages dans le Sud ainsi que la contribution d’Abel Meeropol et de Billie Holiday à la création et à la diffusion de Strange Fruit.

 

 


SF - lynching

Cette photo, de 1930, est l’une de celles qui inspirèrent Meeropol ; elle montre le lynchage de Thomas Shipp et d’Abram Smith à Marion, dans l’Indiana.

 

Strange Fruit 4  Strange Fruit 5

James Cameron a survécu à une tentative de lynchage : il avait 16 ans. En 2006, un an avant sa mort à l’âge de 92 ans, il fut invité au Sénat pour entendre les excuses présentées par la chambre américaine, se repentant de n’avoir pas su édicter une loi fédérale interdisant les lynchages.

Abel Meeropol, enseignant  communiste militant est connu pour avoir écrit les paroles et la musique de Strange Fruit mais aussi pour avoir adopté, par la suite, les deux jeunes fils de Julius et d’Ethel Rosenberg, accusés (à tort) d’avoir livré à l’Union soviétique les secrets de la bombe atomique. Ils furent exécutés en 1953.

 

Etymologie du mot « Lynchage » :

Charles Lynch (1736-1796), riche planteur de Virginie, était juge de paix. Il est connu pour avoir condamné à la pendaison de nombreux justiciables.

Voici la définition du Petit Robert :

lyncher v. tr. <conjug. : 1> 1861; de l'anglais américain  to lynch, de Lynch law « loi de Lynch » (1837), procédé de justice sommaire attribué à Charles  Lynch, juge de Virginie.  

Exécuter sommairement, sans jugement régulier et par une décision collective (un criminel ou supposé tel). — Par ext. Exercer de graves violences sur (qqn), en parlant d'une foule. écharper, molester. « un nègre lynché par une foule en furie, parce qu'il prétendait s'asseoir dans une partie de la salle réservée aux blancs ! » (Siegfried).

 

Références :

1. Sur Strange Fruit lire (en français) :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Strange_Fruit
et : http://fr.wikipedia.org/wiki/Abel_Meeropol

 

2. Livre :

 Strange Fruit 7

Strange Fruit : Billie Holiday, Café Society and an Early Cry for Civil Rights

Author: David Margolick
Publisher: Running Press

 

3. Sur le Mouvement des droits civiques aux États-Unis (civil rights movement), lire :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Mouvement_des_droits_civiques_aux_%C3%89tats-Unis

 

Lecture supplementaire

Billie Holiday, le centenaire de "Lady Day"
F
ranceTVInfo, 7.4.2015

The Strange Story of the Man Behind 'Strange Fruit' (audio)
Public Radio, 5 September 2012

Avec la précieuse collaboration de Francine Kaufmann, professeur émérite de traductologie

Noël il y a 100 ans

 Christmas in the Trenches

 

  WW1 image

 

 

 [7 minutes]

Christmas in the Trenches by John McCutcheon

My name is Francis Tolliver. I come from Liverpool.
Two years ago the war was waiting for me after school.
To Belgium and to Flanders, to Germany to here,
I fought for King and country I love dear.
It was Christmas in the trenches where the frost so bitter hung.
The frozen field of France were still, no Christmas song was sung.
Our families back in England were toasting us that day,
their brave and glorious lads, so far away.

I was lyin' with my mess-mates on the cold and rocky ground
when across the lines of battle came a most peculiar sound.
Says I "Now listen up me boys", each soldier strained to hear
as one young German voice sang out so clear.
"He's singin' bloody well you know", my partner says to me.
Soon one by one each German voice joined in in harmony.
The cannons rested silent. The gas cloud rolled no more
as Christmas brought us respite from the war.
As soon as they were finished, and their reverent pause was spent.
'God rest ye merry, gentlemen', struck up some lads from Kent.
The next they sang was 'Stille Nacht". "Tis 'Silent Night'" says I
and in two toungues one song filled up that sky.
"There's someone commin' towards us now" the front-line sentry cried.
All sights were fixed on one lone figure trudging from their side.
His truce flag, like a Christmas star, shone on that plain so bright
as he bravely trudged, unarmed, into the night.
Then one by one on either side walked into no-mans-land
with neither gun nor bayonet, we met there hand to hand.
We shared some secret brandy and we wished each other well
and in a flare-lit football game we gave 'em hell.
We traded chocolates and cigarettes, photgraphs from home
these sons and fathers far away from families of their own.
Young Sanders played his squeeze box and they had a violin,
this curious and unlikely band of men.

Soon daylight stole upon us, and France was France once more.
With sad farewells we each began to settle back to war.
But the question haunted every heart who'd lived that wonderous night
"Whose family have I fixed within my sights?"
It was Christmas in the trenches and the frost so bitter hung.
The frozen fields of France were warmed as songs of peace were sung.
For the walls they'd kept between us to exact the work of war
had been crumbled and were gone for ever more.

My name is Francis Tolliver. In Liverpool I dwell.
Each Christmas come since World War One I've learned its lessons well.
For the ones who call the shots won't be among the dead and lame
and on each end of the rifle we're the same.

© 1984 John McCutcheon – All rights reserved

3:40 :

  

 

Peace is Possible [3:37 minutes]

 

 

Lecture supplémentaire :

 

Game-of-truce

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Honoring 100 Years after The WWI 1914 Christmas Truce
In Our Own Time Of War
Huffington Post, 24 December 2014

 

Kindle

 

PEACE ON EARTH:
The Christmas Truce of 1914

David Boyle
Kindle Single
Endeavour Press (November 30, 2014)

Revue de L’Ecume des Jours/ Mood Indigo,
de Michel Gondry (2013)

Michele Druon

L'analyse qui suit est redigée pour ce blog par notre fidèle contributrice, Michèle Druon professeur émérite à la California State University, Fullerton, où elle a enseigné la langue, la culture et la littérature  françaises. *

 

Michele - Michel GondryIl fallait beaucoup d'audace à Michel Gondry pour s'attaquer, dans son dernier film, L'Ecume des Jours , (2013) [1] à une œuvre aussi mythique, qui reste encore à la mémoire, et au cœur, de la plupart des Français aujourd'hui. Ce roman de Boris Vian, le plus célèbre, nous l'avons tous lu dans notre jeunesse, ou si nous faisons partie de plus jeunes générations, nous l'avons étudié au lycée. On se rappelle ce conte moderne où deux amoureux idylliques, Colin et Chloé, évoluent dans un Paris surréel et à demi-rêvé, entourés d'un autre Les ecumes couple, Chick et Alise, et de leur cuisinier-savant Nicolas. Leurs aventures sont cocasses, absurdes, fantaisistes : une souris parle, des anguilles vivantes sortent du robinet, et on y croise en chemin des personnages abondamment caricaturés tels que Jean-Sol Partre (Jean-Paul Sartre) , auteur du Vomi, et la duchesse de Bovuard (Simone de Beauvoir). Mais elles laissent aussi un profond sentiment de mélancolie lorsque surgit, au point culminant du bonheur, la maladie de Chloé qui ultimement casse le rêve et ramène à la réalité de la douleur et de la mort. [2]

Michele - Boris Vian portraitC'est un roman de jeunesse pour Boris Vian (qui a 26 ans quand il le publie en 1947) mais c'est aussi, à bien des égards, le roman de la jeunesse par son énergie, son romantisme, ses délires et son désir de subvertir les conventions établies : la génération contestataire des années soixante ne s'y est pas trompée quand elle redécouvre le roman, longtemps ignoré par le public et les critiques, et en fait ce qui sera désormais un livre-culte. La légende du roman, bien sûr, c'est aussi celle son auteur, dont l'aura extraordinaire n'a fait que grandir avec le temps : comment ne pas être ébloui en effet par ce personnage prodigieux qui fut, en une seule et courte vie, ingénieur (diplômé de la prestigieuse École Centrale), inventeur, scénariste, acteur [3], peintre, traducteur (de l'anglais au français) [4], chansonnier [5], musicien de jazz (trompettiste) [6] – et enfin auteur d'une énorme production littéraire, critique et musicale (qu'on redécouvre et réédite d'ailleurs systématiquement depuis une dizaine d'années)[7] .

La magie de l'Ecume des Jours, c'est justement qu'il incarne pour nous, dans tous les sens du mot, l'esprit de Boris Vian: son humour, sa poésie, son imagination, son écriture pétillante de jeux de mots, sans oublier non plus son côté «jazz», car L'Ecume des Jours est aussi un roman musical par son rythme et sa liberté d'invention, et par ses multiples références au Michele - Duke Ellingtonblues et au jazz américain («Chloe» se réfère à un arrangement de Duke Ellington). Et puis – autre couche de  nostalgie ! – c'est aussi l'esprit de toute une époque, le Paris de l'après-guerre, qui ressuscite avec ce roman : les Michele - cafe de flore«zazous», les cafés et clubs de jazz tels que le Tabou, les Deux Magots, Le Café de Flore, l'existentialisme, la bohême de Saint Germain des Près….

 

Oui, devant un auteur et une œuvre si iconiques, la tentative de Michel Gondry était dès le départ une gageure : comment adapter au cinéma un texte aussi brillant, et qui traîne avec lui tant de résonances et tant de souvenirs ? Sans doute est-ce cette épaisseur de mémoire qui rendait l'entreprise si risquée, et qui explique en partie la tiédeur des réactions au film, qui ne semble guère avoir été apprécié du grand public ni en France ni aux Etats-Unis (où il a été présenté sous le titre de Mood Indigo [8]), malgré le talent et la célébrité des acteurs choisis pour en incarner les Michele - Romain Durisrôles : Romain Duris dans celui de Colin, Audrey Tatou dans celui de Chloé, et l'inénarrable Omar Sy dans celui du Michele - Omar Sy cuisinier Nicolas. Les appréciations des critiques ont elles aussi été mitigées, tantôt célébrant le brio technique et visuel du film, tantôt au contraire lui reprochant son «trop plein de rétro» et d'effets spéciaux. Ces diverses réactions s'expliquent aussi justement par le «trop plein» du film, dont l'intensité et la surabondance thématique, visuelle et musicale peuvent lasser, ou accabler certains spectateurs. Mais c'est dans cette surabondance, justement, que gisent la richesse et la virtuosité du film, qui est tout entier un hommage ardent et émerveillé au génie multiforme de Boris Vian.

C'est un film très riche, en effet, un film à multiples niveaux et foisonnant de références de toutes sortes (littéraires, cinématographiques, musicales), qui parfois recrée, parfois réinvente le conte originel en y interjetant ici et là des allusions à d'autres époques. Fidèle à l'esprit du livre, c'est aussi un film à la fois visuel et musical, où la poésie des images est de bout en bout Charrysoutenue et enrichie par la splendide bande sonore montée par Etienne Charry , où alternent swing ou be-bop endiablé, blues, jazz classique et moderne et parfois rock contemporain .

Gondry recrée les gags et inventions du roman avec une jubilation évidente, et à travers une cascade d'images cocasses, ingénieuses et « techno-rétro» : tels le fameux « pianocktail» de Colin (un piano qui fabrique des cocktails en musique) , ou son appartement magique, ici métamorphosé en un wagon de train à multiples pièces, étrangement suspendu au milieu de grands immeubles parisiens. Les jeux de mots et métaphores du roman sont souvent converties en métaphores visuelles :  la danse du «biglemoi» prend ainsi la forme bizarre mais fascinante d'une élongation des jambes des danseurs; et «le petit nuage» qui transporte au ciel les amoureux devient dans le film un cygne-nacelle de manège d'enfant, attaché a une grue à côté des Halles, et qui entraîne le spectateur dans un voyage aérien, rêveur et nostalgique, au-dessus d'un Paris à la fois ancien et moderne.

Le spectateur s'amuse donc beaucoup dans la première partie du film qui mène en crescendo, comme dans le livre, au mariage de Colin et de Chloé vers le milieu du récit; tout semble alors accélérer dans la frénésie et la folie douce, et exploser dans un escène délirante et époustouflante où des wagonnets sur rails grimpent et descendent à toute allure les escaliers de l'église, inversés comme dans les dessins de Escher, et qui se termine par la bénédiction peu orthodoxe (et anti-bourgeoise) du prêtre : «Vivez heureux, loin du travail et de la famille!».

Mais tout à coup, une ombre se glisse à l'apogée du bonheur : Chloé prend froid en sortant de l'église de son mariage, et le conte de fées va peu à peu changer de couleur, et le rêve tourner cauchemar à mesure que grandit le «nénuphar» qui lui mange les poumons. Le film de Gondry épouse exactement la double tonalité du livre, son passage de la gaîté à la tristesse, et de la vitalité de la jeunesse au délitement de tout dans la deuxième partie du récit. Colin, ruiné par son meilleur ami Chick et la maladie de Chloé, doit désormais gagner sa vie, et le monde du travail réapparaît alors sous la forme d'un univers tortionnaire et militarisé, une sorte d'enfer stigmatisé par des images terribles et absurdes, comme celle où des hommes nus sur des tas de terre couvent des glands de plomb pour faire éclore des fusils. Le film alors peu à peu s'assombrit, et passe au noir et blanc, tout en gardant une profonde poésie dans les images, tandis que l'appartement de Colin et Chloé lui aussi noircit, se dégrade et se rétrécit dans une progression qui mime le lent étouffement de Chloé par la maladie.

A la fin du film, le générique défile sur la musique de Mood Indigo, et sur le beau visage las et usé de Duke Ellington qui joue au piano en transparence. Et si le spectateur, ému et envoûté, tarde alors à quitter son siège, c'est parce que l'ineffable tendresse et mélancolie du blues de Ellington éclaire tout le film et devient «l'écume des jours » – «froth on a daydream» (9)- marquant ainsi une magnifique conclusion à cette histoire sur la légèreté et l'évanescence du bonheur, si vite gagné et perdu, et sur les ravages du temps qui passe. De cette histoire, Michel Gondry a aussi fait une fable très riche et profondément nostalgique sur une époque,un Paris et un auteur toujours chers à notre mémoire. Ne manquez pas de voir, et de revoir ce film: il vous enchantera les sens, le cœur et l'esprit.

====================================================================================

[1] Le film est sorti en France et en Belgique en avril 2013. Michel Gondry Michele - Eternal Sunshine est surtout connu pour son film de 2004, The Eternal Sunshine of the Spotless Mind, une comédie romantique américaine qui mêle polar et science-fiction.

Gondry a écrit le scenario de son film L'Ecume des Jours en collaboration avec son producteur, Luc Bossi.

Précédemment, le roman n'avait eu qu'une seule adaptation cinématographique en France en 1968, et une autre adaptation japonaise en 2001 sous le titre Chloé.

[2] Cette présence de la mort dans ce roman fantaisiste et burlesque qu'est Michele - J'ai crache surL'Ecume des Jours surprend moins quand on sait que le père de Boris Vian avait été assassiné chez lui en 1944, peu avant la rédaction du livre. Peut-être aussi Boris Vian, souvent malade depuis l'enfance, pressentait-il sa propre fragilité. Il est mort prématurément d'un arrêt cardiaque, en 1959, à l'âge de 39 ans, à la première présentation de l'adaptation filmée de J'Irai Cracher Sur Vos Tombes.

Les_liaisons_dangereuses_(1959_movie_poster)[3] On se rappelle en particulier dans
le film Les Liaisons Dangereuses
de Roger Vadim (1958) avec Gérard Philippe et Jeanne Moreau.

 

 

[4] Sous le pseudonyme de Vernon Sullivan, Boris Vian a en effet publié en français des pastiches de romans policiers américains, à la James Cain, dont le plus célèbre, et celui qui lui a valu le plus d'ennuis légaux, est J'irai Cracher sur Vos tombes (1946)qu'il essaiera d'ailleurs de retraduire en anglais, à posteriori!

[5] Certaines chansons de Vian sont internationalement connues, telles Le Déserteur, chanson antimilitariste composée en 1954 à la fin de la guerre d'Indochine, et qui deviendra une sorte d'hymne pacifiste chantée plus tard en Amérique par Peter Paul and Mary, et Joan Baez.

 

Michele - hot club de france[6] Pour pratiquer le jazz, Boris Vian s'inscrit dès 1937 au Hot Club de France, présidé par Louis Armstrong  et Hugues Panassié. Plus tard, c'est au club St Germain qu'il fera connaissance de son idole, Duke Ellington

[7] La production critique et littéraire de Boris Vian est gargantuesque: sous son propre nom, Vian a écrit onze  romans,  dont les plus connus, à part L'Ecume des jours, sont L'Automne à Pékin, L'Arrache-coeur  et L'Herbe rouge Ce à quoi s'ajoutent quatrerecueils de poèmes,  des nouvelles, plusieurs pièces de théâtre, des critiques de jazz (entre autres dans les magazines Jazz-Hot  et Combat), et des scénarios pour le cinéma. Outre ses très nombreuses chansons – on en compte à ce point 535 mais l'inventaire n'est pas intégral – Boris Vian a aussi publié des romans sous de nombreux pseudonymes, notamment des «romans américains» (voir note 5)

La publication de l'œuvre intégrale de Boris Vian en 2010 dans la prestigieuse collection de La Pléiade, chez Gallimard marque son « adoubement» (dit l'Express) final en littérature.

[8] Et dans une version écourtée de 36 minutes.

[9] Froth on a Daydream est le titre de la traduction anglaise du livre par Stanley Chapman.

Interview courte (1:44 minutes) avec Boris Vian :

 

* Mme Druon a fait ses études universitaires d'anglais (spécialisation : Littérature & Culture Américaine, Licence) à l'Université d’Amiens,  et en Lettres modernes, (Licence, mention très bien), à l'Université d‘Aix-en-Provence. Elle a obtenu son Doctorat en Littérature française à l’University of California at Los Angeles (spécialisations: le Nouveau roman; Théorie et critique littéraire contemporaine; philosophies post-modernes).

Elle a publié des articles en français et en anglais dans de nombreuses revues littéraires universitaires et philosophiques (French Review,Stanford French ReviewL’Esprit Créateur, Problems in Contemporary Philosophy), ainsi que dans des ivres publiés aux États-Unis, en France et au Japon.

Michèle est actuellement chargée de la liaison avec les Écoles de l'Alliance Française à Pasadena, ainsi que du Groupe Cinéma (sorties et discussions mensuelles sur films français). Bien qu'officiellementà la retraite, elle est invitée à enseigner occasionnellement à la California State University.

 

 

James Bond et Alfred Tennyson

 

 

            Skyfall
          1962                      2012

Il y a un peu plus de cinquante ans, c'était la première de James Bond 007 contre Dr No, le film où apparaissait le personnage de James Bond.

Aujourd'hui, le dernier-né de la série, Skyfall [1], avec Daniel Craig dans le rôle titre, fait accourir les foules.

 

Nous laisserons à la critique cinématographique le soin d'analyser ce film.

Toutefois, attachons-nous à la scène dans laquelle le chef du MI6 (la section 6 du Renseignement militaire, c'est-à-dire des Services secrets britanniques) comparaît devant une commission parlementaire pour répondre des accusations de défaillances de ses services. Dans le film, le chef du MI6 (connu sous l'initiale "M") est interprété par l'actrice fétiche britannique, Judi Dench.

Pour dire sa détermination de poursuivre l'action du MI6, "M" cite les cinq derniers vers d'Ulysse [2], le poème d'Alfred Tennyson, le poète lauréat victorien. Voici la dernière stance de ce poème :

  Come, my friends,
  'Tis not too late to seek a newer world,
  Push off, and sitting well in order smite
  The sounding furrows; for my purpose holds   
  To sail beyond the sunset, and the baths
  Of all the western stars, until I die.
  It may be that the gulfs will wash us down:
  It may be we shall touch the Happy Isles
  And see the great Achilles, whom we knew.
  Tho' much is taken, much abides; and tho'
  We are not now that strength which in old days
  Moved earth and heaven;
  that which we are, we are;

  One equal temper of heroic hearts,
  Made weak by time and fate, but strong in will
  To strive, to seek, to find, and not to yield.

  Et si nous avons perdu cette force
  Qui autrefois remuait ciel et terre,
  Ce que nous sommes, nous le sommes :
  Des cœurs héroïques et d'une même trempe,
 
Affaiblis par le temps et le destin,
 
Mais forts par la volonté

   De chercher, lutter, trouver et ne rien céder.

 

Le vidéo-clip ci-dessous reproduit cet extrait d'Ulysse, lu par le célèbre acteur britannique John Gielgud.

 

 

Alfred-lord-tennysonTennyson, le barde victorien, est l'un des poètes britanniques les plus connus. Il repose dans le carré des poètes de l'abbaye de Westminster. Le dernier vers, "chercher, lutter et ne rien céder" est l'un des plus célèbres de la poésie anglaise. On peut aussi y voir une expression de la ténacité du peuple britannique – message encore renforcé dans le film, par la présence d'une statuette de bouledogue drapé dans le drapeau national sur le bureau de "M".

Ténacité que symbolisa magnifiquement Winston Churchill lorsqu'aux heures les plus sombres de la dernière guerre, il termina l'une de ses allocutions en disant : "We'll never surrender, we'll never surrender !".

Ce vers "De chercher, trouver et ne rien céder" a été gravé au centre du Village olympique des Olympiades de 2012.

L'univers d'espionnage et de suspense d'Ian Fleming et le monde de cascades et de truquages de James Bond sont très différents de la société pré-industrielle dans laquelle évoluait Lord Tennyson il y a près de 200 ans. Mais, l'héritage du poète lauréat continue de marquer la culture populaire britannique et la littérature anglaise du XXIème siècle.

Notes:

[1] Bien que le film ait été diffusé dans les pays francophones sous son titre original, rappelons que Skyfall signifie: déluge, pluie diluvienne, trombe, pluie torrentielle, crue.

[2] Ulysse est le héros de l'Odyssée d'Homère (Ulysse étant la forme latine du grec Odusseus) ainsi que le héros médiéval de l'Enfer de Dante. En 1833, le poète anglais Alfred Tennyson imagine cette tyrade d'Ulysse lorsqu'il rentre à Ithaque, son royaume, après la guerre de Troie. En s'embarquant pour sa dernière traversée, Ulysse décrit l'ennui de la vie domestique et la crainte de la vieillesse, nostalgique qu'il est de cette quête d'aventure et de savoir qui fut jusque-là toute sa vie.

Il est une autre œuvre littéraire appelée Ulysse, c'est le livre de l'écrivain irlandais James Joyce.

Note de lectrice:

Fidèle lectrice du blog, Madeleine Bova, nous a envoyé de Sienne (Italie) ce commentaire :

Magnifiques ces vers de Tennyson déclamés par Sir Gilgud.

À propos de la note 2 dans laquelle vous dites qu'Ulysse est le héros de la  Divina Commedia, je suis un peu perplexe. Métaphoriquement oui, mais c'est bien l'Alighieri (Dante) qui s'identifie au personnage descendu aux enfers où il rencontre entre autres Ulysse et Diomède, punis pour s'être introduits frauduleusement dans les murs de Troie et c'est Virgile, l'auteur de l'Enéide  qui le guide. Enée se trouve "fra color che son sospesi" dans les limbes.

Lecture supplémentaire :

E. Stead (éd.), Seconde Odyssée. Ulysse de Tennyson à Borges

The Literature Network

Babelio – biographie d'Alfred Tennyson

Jonathan G. & Jean L.

De la musique avant toute chose

Le Service postal des États-Unis et la Poste française émettent des timbres à l'effigie d'Édith Piaf et de Miles Davis

Piaf stamps

 feuille de timbres américains

La musique est un langage universel qui transcende les frontières et les océans. À cet égard, les deux timbres Édith Piaf et Miles Davis émis conjointement par le Service postal des États-Unis et la Poste française forment un duo musical qui enchantera mélomanes et philatélistes. Plus tôt cette année, en collaboration avec la Poste suédoise, la Poste française avait émis deux timbres à l'effigie du compositeur Esprit Auber (0,60€) et de son œuvre Gustave III ou le Bal masqué (0,77€).

 

Bal

Cette fois, dans un autre magnifique geste de coopération culturelle, les deux services postaux honorent des artistes particulièrement représentatifs de la musique populaire de leur pays. Édith Piaf, à jamais associée au Paris qui l'a vue naître, est une des rares chanteuses françaises qui se soit faite un nom aux États-Unis; Miles Davis, trompettiste de jazz américain, chef d'orchestre et compositeur, est adulé en France où il s'est produit à maintes reprises. [1]
 

Davistimbres français, émis le 6 decémbre 2012

 

          La vie tumultueuse d'Édith Piaf (1915-1963) connut des débuts orageux. Née à Paris, Édith Gassion fut abandonnée par sa mère et connut ensuite la vie errante d'une chanteuse des rues accompagnant un père, acrobate forain. Petite femme de moins de cinq pieds (1,52m.), elle fut découverte par un propriétaire de boîte de nuit qui la surnomma « Piaf » (moineau, en argot parisien). Elle devint vite célèbre en interprétant des chansons d'amour réalistes dans lesquelles certains ont vu des sortes de « blues » à la française. Piaf fit dix tournées américaines et donna deux récitals au Carnegie Hall. En 1960, déjà malade, la chanteuse lança le pathétique « Non, je ne regrette rien » qui devait devenir son morceau fétiche.

 

 

       Miles Davis (1926-1991) devint trompettiste professionnel à l'âge de 16 ans et fit son premier enregistrement connu un peu avant d'avoir 19 ans. Pendant les décennies qui suivirent, il fut à l'avant-garde des musiciens de jazz , définissant les tendances et explorant des styles musicaux allant du bebop au funk, en passant par le cool jazz et le fusion. L'infatigable recherche musicale de Davis a parfois médusé ses critiques et admirateurs, tout en le faisant apparaître à d'autres comme un héros. Parmi ses nombreux enregistrements marquants figurent Birth of the Cool, Kind of Blue, Sketches of Spain, et In a Silent Way. Ce fut aussi un grand chef d'orchestre et de nombreux musiciens de renom ont « percé » au sein de ses formations, dont les saxophonistes John Coltrane et Wayne Shorter, les batteurs Tony Williams et Jack DeJohnette, et les pianistes Bill Evans, Chick Corea et Herbie Hancock.    

Précisons qu'en juin dernier, le Service postal des États-Unis a émis deux timbres à validité permanente (forever) alors que la Poste française va émettre, le 6 décembre 2012, deux valeurs distinctes: Miles Davis (0,60€) et Édith Piaf (0,89€).   

[1] Lors de son premier séjour en France, en 1949, Miles Davis se lia d'amitié avec Boris Vian qui le présenta à Picasso et à Jean-Paul Sartre ainsi qu'à Juliette Gréco, l'égérie du Saint-Germain des Près de l'époque. Une idylle s'ensuivit et, plus tard, Davis devait dire de Juliette qu'elle fut "probablement la première femme qu'il ait aimée en toute égalité". En 1989, Jacques Chirac, alors maire de la capitale, remit à Miles Davis la Grande Médaille de Vermeil de la ville de Paris, distinction dont le musicien se déclara extrêmement touché et honoré.       

Jean Leclercq

Glossaire de Le Mot Juste :

basse

bass

chanteur/euse

singer, vocalist

clarinette

clarinet

cor

horn

flûte

flute

guitare

guitar

piano

piano

saxophone

saxophone

tambour

drums

trombone

trombone

trompette

trumpet

violon

violin

petit lexique de survie en terre audio et musicale

Lecture supplementaire :

Miles David & Edith Piaf

 

Timbres Emission commune France / USA – Edith Piaf et Miles Davis

 

 

Un hommage à Gene Kelly à l’occasion du 100e anniversaire de sa naissance

6a010535f04dfe970b017c316a8cee970bEugene Curran "Gene" Kelly, troisième des cinq enfants d'une famille de catholiques irlandais, est né le 23 août 1912. Il est décédé à Beverly Hills, en 1996, à 83 ans. 

Grâce à un physique séduisant, un naturel charmeur, une formation de danseur classique, un grand dynamisme scénique, des numéros inventifs et d'habiles prises de vues exploitant les nouvelles possibilités du cinéma en couleurs, Gene Kelly devint un des rois de l'écran des décennies 40 et 50.

Des années trente aux années soixante, les films musicaux ont été un genre très répandu. Ils ont ensuite disparu des écrans, pour renaître au 21e siècle avec des productions comme Chicago et Le fantôme de l'Opéra. Au cours des quatre décennies de la période faste du film musical, ce fut principalement Gene Kelly qui introduisit le ballet dans le cinéma et en fit un sous-genre à succès. Il créa même une fondation qui permit de sortir des films comme West Side Story.  

Kelly tourna avec d'autres figures emblématiques de la danse comme Fred Astaire, Cyd Charisse, Mary Martin, Rita Hayworth, Judy Garland et Debbie Reynolds.

Il dansa même avec la souris Jerry de la societé MGM..

Dans une séquence très connue de « Chantons sous la pluie », Kelly dansa seul. 

Parmi les douzaines de films dans lesquels il a joué, il est difficile de dire quel fut son meilleur numéro de danse mais, pour ceux qui aiment le mélange des cultures américaine et française, les scènes les plus mémorables sont probablement celles d'Un Américain à Paris, film de 1951, pour lequel il choisit comme partenaire une ballerine française de 17 ans, Leslie Caron. [1]

 

La musique était de l'inimitable compositeur américain George Gershwin [2]. Kelly régla la chorégraphie du film, dont la longue séquence de ballet qui constituait un final révolutionnaire. Les scènes de danse où Caron danse avec un Gene Kelly de 40 ans sont  aussi fraîches et émouvantes aujourd'hui qu'elles l'étaient il y a 60 ans.

 

 

 

I Got Rhythm” est une autre des scènes mémorables du film. Gene Kelly enseigne à chanter et à danser à un groupe de petits Parisiens.

 

 

Un clip de film montre Kelly chantant et dansant "S'Wonderful", de Gershwin, avec le chanteur français Georges Guétary.

 

 

En 1985, Kelly reçut un Academy Award d'honneur « en témoignage de sa polyvalence en tant qu'acteur, metteur en scène et danseur, et notamment de ses brillantes prestations dans l'art de la chorégraphie cinématographique. »

 

Voici un video clip, fait récemment, contenant des morceaux choisis des films de Kelly :

 

Ruth Leon et Sheridan Morley, grands critiques de théâtre et de cinéma, ont écrit une biographie intitulée: « Gene Kelly, a Celebration » Dans la préface de l'ouvrage, rédigée quelques mois après la disparition de Kelly, Leslie Caron écrit : « Dans Un Américain à Paris, Gene tenait trois rôles. Il était non seulement le premier rôle, mais aussi le chorégraphe et, pendant le tournage, il dirigeait lui-même la prise de vues… » Et de poursuivre: « Chaque fois que je revois le film, je m'émerveille de sa fabuleuse utilisation de l'espace, de sa connaissance de la prise de vues et des ses inventions de pas… Nous sommes toujours restés amis depuis. Cette amitié s'est renforcée au fil des années – … très peu de femmes ont eu la chance de rencontrer leur Gene Kelly » [3]


Dès le premier paragraphe, Morley et Leon résument ainsi la carrière de Kelly: « Lorsque Gene Kelly est mort le 2 février 1996, à l'âge de 83 ans, il n'avait plus chaussé de claquettes depuis près de trente ans, mais l'image qui fit le tour du monde fut celle de l'homme au parapluie, dansant seul dans un déluge de lumière MGM, le visage renversé, souriant aux anges, tandis qu'on l'aspergeait de seaux d'eau MGM – image immédiatement reconnaissable, même pour des fans qui n'étaient pas nés lorsqu'il raccrocha ses souliers. Mais, c'était loin d'être l'homme d'un seul rôle. Kelly a ouvert une piste que des danseurs et des chorégraphes plus jeunes essaient toujours de suivre. Après tout, n'est-il pas celui qui dansa avec une souris dans Escale à Hollywood; qui enseigna à des petits poulbots à chanter Gershwin dans Un Américain à Paris; qui imprima son style aux quais de Brooklyn et au sommet de l'Empire State Building dans On the Town; et celui qui martela le trottoir avec un couvercle de poubelle attaché au pied gauche dans Beau fixe sur New York.» (traduction LMJ)

En juillet 2012, la Film Society du Lincoln Center de New York a organisé, pendant un mois, un festival Kelly au cours duquel ont été présentés près de deux douzaines de films de l'artiste.

En communion avec nos lecteurs, nous sommes heureux de rendre hommage à cet immense artiste qui a donné tant d'heures de joie visuelle à des publics du monde entier. Encore aujourd'hui, nous ne pouvons qu'être émerveillés du talent qu'il a déployé dans les 44 films du précieux héritage qu'il a légué au monde de la musique et de la danse.   


 

Enfin, nous sommes heureux de livrer à nos lecteurs le texte d'un message très aimable que nous avons reçu de Mme Ruth Leon, l'auteure de « Gene Kelly, A Celebration » (paru chez Pavilion – ISBN 1862050724).

   


Mme Leon nous a écrit ceci :

« Gene Kelly aimait tellement la France et les Français que je suis surprise qu'il ne se soit pas installé là-bas. En fait, sa partenaire favorite fut toujours sa chère Leslie Caron qu'il avait découverte lorsqu'elle était ballerine débutante à Paris et dont il fit une grande star internationale dans Un Américain à Paris. Les 19 dernières minutes du film sont l'hommage de Gene Kelly à la France et à l'univers de la peinture française. En les visionnant attentivement, vous remarquerez le clin d'œil lancé aux maîtres de l'impressionnisme dans cette magnifique scène de danse. Je suis ravie que le-mot-juste-en-anglais honore ce grand artiste à l'occasion du centième anniversaire de sa naissance. »

——

[1] Kelly avait vu Caron danser à la première de La rencontre aux Théâtre des Champs-Élysées, à Paris. En la choisissant comme partenaire dans Un Américain à Paris, Kelly lança Leslie Caron qui devint ensuite la vedette de comédies musicales à succès comme Lili avec Mel Ferrer, Gigi avec Maurice Chevalier et Daddy Long Legs avec Fred Astaire.

[2]  Gershwin est le compositeur  américain le plus célèbre. Il est mort à l'âge de 39 ans. (Mozart est mort à 35 ans).

  


[3] Dans son autobiographie, intitulée Thank Heaven (en version anglaise) et Une Française à Hollywood  - Mémoires (en version française), Caron consacre un chapitre au tournage d'Un Américain à Paris. Toutefois, on y chercherait vainement un mot d'éloge pour Kelly, sauf dans la légende d'une photo de l'«incroyable » Gene Kelly. À l'occasion du présent article, nous avons tenté de nous entretenir avec Leslie Caron, mais elle était en Sardaigne.

L'étoile de Gene Kelly sur le sol de The Walk of Fame, à Hollywood.

.

Aujourd'hui âgée de 81 ans, Leslie Caron a son étoile depuis 2011.

Caron star

L.A. Times

Note linguistique : La plupart des termes de ballet employés en anglais sont des gallicismes ou proviennent de l'italien.  Voir Glossary of Ballet (Wikipedia).

Lecture supplémentaire :

Patricia W. Kelly Considers Her Husband's Legacy
bio.NOW

It's so French, Hollywood, Paris and the Making of Cosmopolitan Film Culture
Vanessa R. Schwartz

Remise de la médaille de la ville de Paris à Leslie Caron

Chansons de la semaine – Billy Gilman (2000) et Charlotte Church (1999) Enfants prodiges du passé

 

Capture d’écran 2011-07-05 à 20.03.58

 

 

 

ONE VOICE

 

Some kids have and some don't
And some of us are wondering why.
Mom won't watch the news at night
There's too much stuff that's making her cry.
We need some help
Down here on earth.
A thousand prayers, a million words
But one voice was heard

A house, a yard, a neighborhood
Where you can ride your new bike to school.
A kind of world where Mom and Dad 
Still believe in the golden rule.
Life's not that simple
Down here on earth.
A thousand prayers, a million words
But one voice was heard

One voice, one simple word
Hearts know what to say.
One dream can change the world
Keep believing
Till you find a way

Yesterday while walking home
I saw some kid on newberry road
He pulled a pistol from his bag
And tossed it in the river below
Thanks for the help
Down here on earth
A thousand prayers, a million words
But one voice was heard
One voice was heard
One voice was heard

THE LORD’S PRAYER

Matthew 6:9-13

 

Our Father, Who art in heaven,

Hallow'd be Thy Name.

Thy kingdom come, Thy will be done

On earth as it is in heaven.

Give us this day our daily bread,

And forgive us our debts,

As we forgive our debtors.

And lead us not into temptation,

But deliver us from evil,

For Thine is the kingdom

And the power, and the glory, forever.

Amen.

 

 Capture d’écran 2011-07-05 à 20.05.46

CHARLOTTE CHURCH & BILLY GILMAN (2000)

DREAM A DREAM

Chanson de la semaine: Mourir d’Aimer

 

Mourir d’aimer *

Charles Aznavour

 

 

 To Die Of Love

Charles Aznavour & Nana Mouskouri

 

Image001 

 

 

Image002 

Les parois de ma vie sont lisses
Je m'y accroche mais je glisse
Lentement vers ma destinée
Mourir d'aimer

Tandis que le monde me juge
Je ne vois pour moi qu'un refuge
Toute issue m'étant condamnée
Mourir d'aimer

Mourir d'aimer
De plein gré s'enfoncer dans la nuit
Payer l'amour au prix de sa vie
Pécher contre le corps mais non contre l'esprit

Laissons le monde à ses problèmes
Les gens haineux face à eux-mêmes
Avec leurs petites idées
Mourir d'aimer

Puisque notre amour ne peut vivre
Mieux vaut en refermer le livre
Et plutôt que de le brûler
Mourir d'aimer

Partir en redressant la tète
Sortir vainqueur d'une défaite
Renverser toutes les données
Mourir d'aimer

Mourir d'aimer
Comme on le peut de n'importe quoi
Abandonner tout derrière soi
Pour n'emporter que ce qui fut nous, qui fut toi

Tu es le printemps, moi l'automne
Ton cœur se prend, le mien se donne
Et ma route est déjà tracée
Mourir d'aimer
Mourir d'aimer
Mourir d'aimer

I reach to touch the walls around me.
The shadows of the night surround me.
Alone I face my destiny:
to die of love.

They say our love has been forbidden,
But what we feel cannot be hidden.
It's very possible, you see,
to die of love

To die of love
How to live far forever with you,
Just to live life together with you,
That's the choice that I make
And a chance we must take.

To live, my love must find expression
And so I make my last confession:
Without you it's my destiny,
to die of love.

This world of ours does not grow younger,
Some die of illness, some of hunger.
I stand before eternity,
to die of love.

That's why I try to find a way now.
I only live from day to day now.
Because it's possible you see,
to die of love

To die of love
How to live far forever with you,
Just to live life together with you,
That's the choice that I make
And a chance I must take.

I hear their whispers when they see us.
Before their words condemn or free us.
I wonder will they sentence me?
To die of love.

 

Vidéo-clips 

 

 

   

 

 Source : http://lyricstranslate.com/

 

Néologisme anglais de la semaine : simulcast

Ce mot combine broadcast et simultaneously. Dans le passé, simulcast désignait une émission diffusée simultanément à la radio et à la télévision, mais aujourd'hui il s'agit généralement d'une manifestation diffusée (en direct ou non) simultanément en plusieurs lieux, qui sont souvent des salles de cinéma ou des écrans géants qui se trouvent dans des salles de spectacle ou en plein air. Le verbe correspondant est to simulcast.

Ici à Los Angeles, Gustavo Dudamel, Vénézuélien âgé de 30 ans, le chef d'orchestre attitré de la salle de concert philharmonique locale, est devenu une vedette et la coqueluche des mélomanes.

Capture d’écran 2011-03-20 à 22.09.29  

Le 13 mars dernier, je me suis rendu dans une salle IMAX pour voir Gustavo Dudamel diriger l'orchestre philharmonique de Los Angeles, dont le concert était diffusé en direct, depuis le Walt Disney Concert Hall (conçu par l'architecte Frank Geary), dans des salles de cinéma à écran géant situées dans un grand nombre de villes des Etats-Unis et du Canada.

Capture d’écran 2011-03-20 à 22.09.52


Gustavo
 Dudamel a dirigé l'exécution de trois ouvertures fantaisies que Tchaïkovski composa en s'inspirant de pièces de Shakespeare : Roméo et Juliette, Hamlet et La Tempête.

 

Avant chacune des ouvertures, des acteurs britanniques ont joué des extraits de ces trois pièces.

  Capture d’écran 2011-03-20 à 22.10.15

Pour lire une description de ce panachage de théâtre et de musique, voyez "Reciting Shakespeare while admiring Dudamel",The Los Angeles Times, 12 mars 2011.

Dans le cadre de ce simulcast, Gustavo Dudamel lui-même s'est adressé au public avant le concert et, après ce dernier, a répondu à des questions.

L'année dernière, l'Opéra de San Francisco a diffusé une représentation d'Aïda dans un stade à l'intention de 30 000 amateurs d'opéra. A cette occasion, la presse a parlé de simulcast, ce qui était à mon avis un abus de langage, puisqu'il s'agissait une représentation diffusée en direct en un lieu unique.

  Capture d’écran 2011-03-20 à 22.10.41 

Le simulcast est de plus en plus souvent utilisé pour diffuser des opéras, des ballets et des concerts à l'intention de milliers de spectateurs disséminés sur une vaste zone géographique.

Pour de plus amples informations sur le concert, vous pouvez lire:
The Los Angeles Times music review, March 11, 2011

 

Jonathan Goldberg

Le présent billet a été traduit de l'anglais par René Meertens, dont le blog est https://vieduguide.blogspot.com