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Brexit c. Bernard-Henri Lévy

 

Isabelle PouliotL'article qui suit a été traduit par notre fidèle contributrice, Isabelle Pouliot, à partir d'un article qui est paru dans l’hebdomadaire britannique The Economist. Isabelle est traductrice agréée de l'anglais vers le français de l'Ordre des traducteurs, terminologues et interprètes agréés du Québec (OTTIAQ). Elle a adoré se colleter à l’humour typiquement british de l’auteur.

DEPUIS le résultat du référendum sur la sortie de l'Union européenne, un nombre saisissant de Britanniques présentent des symptômes d'une nouvelle pathologie du système nerveux, le « Brexit derangement syndrome » (trouble délirant du Brexit). Ce trouble touche certaines personnalités de premier plan du pays. L'ancien ministre travailliste Lord Adonis a soutenu que le Brexit était « principalement une création de la BBC ». L'ancien stratège de Tony Blair, Alastair Campbell, a tonitrué à la cornemuse l'Ode à la joie [NDT : hymne de l'UE] sur une plage de Brighton.


HenriRécemment, c'est Bernard-Henri Lévy qui a nous démontré que le trouble délirant du Brexit n'est pas une pathologie strictement britannique. Suffisamment célèbre pour être connu sous ses seules initiales, BHL cultive soigneusement son image d'intellectuel français de renom. Il porte de coûteux costumes, des chemises blanches déboutonnées presque jusqu'à la taille et arbore une coiffure savamment érigée. On peut lire régulièrement ses opinions sur une vaste gamme de sujets, allant du génocide à la gastronomie. Il est convaincu que le Brexit rendra l'Angleterre plus insulaire et privera l'UE de son « cœur libéral ». Jusque là, cette sensiblerie l'honore. Cependant, BHL s'est aussi convaincu qu'il est l'homme qui étouffera cette révolte populaire.

C'est ainsi qu'il a interprété en solo le 4 juin dernier au Cadogan Hall de Londres une pièce de théâtre intitulée Last Exit Before Brexit. Au bar, la langue la plus communément parlée était le français, suivi de l'allemand. Les quelques spectateurs qui parlaient anglais s'exprimaient avec un accent des plus distingué. La pièce consiste en un monologue de 90 minutes, dont la chute est : « S'il vous plaît, restez; oui c'est possible, dernière sortie avant le Brexit ».

L'idée qu'un Français occupe les planches d'un théâtre de Chelsea et admoneste les Britanniques pour les faire changer d'avis sur le Brexit est déjà on ne peut plus incongrue, mais l'interprétation de BHL n'a fait que renforcer le côté saugrenu de l'affaire. Il jouait son propre rôle, celui de Bernard-Henri Lévy enfermé dans une chambre d'hôtel de Sarajevo qui prépare un discours sur le Brexit. Il arpentait la chambre de long en large, affichait des images sur l'écran de son ordinateur, parlait au téléphone (participation de Salman Rushdie), s'immerge tout habillé dans une baignoire et passe la dernière demi-heure de la pièce totalement trempé.

BHL a servi des morceaux de choix à son auditoire tiré à quatre épingles : il a dénoncé Boris Johnson, ministre des Affaires étrangères, comme étant étroit d'esprit (applaudissements nourris); il a énoncé que le Brexit réduira l'Angleterre au statut de petite île (applaudissements encore plus nourris) et a exigé « l'annulation de cette catastrophe » (salve d'applaudissements). Cependant, la plus grande partie de la pièce mettait en valeur ses marottes : la trahison de l'Europe envers les Balkans, la laideur des billets de l'euro (« donnez-nous des visages, pas des ponts! », les excès du mouvement #MoiAussi, sa superbe chevelure et sa remarquable habileté à rendre les femmes rigides lorsqu'elles jouissent. Ce n'était peut-être pas du grand théâtre, mais, jusqu'à présent, c'est la démonstration la plus spectaculaire du trouble délirant du Brexit.

 

Lecture supplémentaire :

Ceux-là avaient flairé le Brexit

BREXIT – perspective linguistique

Brexit and standard English
James Nolan

Irish Legal News

Fighting Brexit, with Six Hundred Croissants
"Ceci n'est pas qu'un crossant"

Dans le cerveau de l’homme qui aspirait à devenir « le roi des joueurs à l’aveugle »


Isabelle Pouliot
Il y a deux ans, nous avons publié dans les colonnes de ce blogue un article intitulé : « L'étonnant cerveau des interprètes simultanés », adapté par notre fidèle correspondante, Isabelle Pouliot, d'une rubrique du site de la BBC. Aujourd'hui, le moment est venu pour ceux qui sont des « interprètes en temps réel », flattés par les compliments généreusement décernés dans cet article, de rendre hommage à un exploit intellectuel non moins impressionnant que l'interprétation simultanée qui fait partie de notre métier. Nous le ferons, cette fois encore, avec l'aide de Mme Isabelle Pouliot.

Jonathan Goldberg

Vers la fin 2016, on a annoncé un évènement qui pouvait sembler au premier coup d'œil intéresser uniquement les adeptes des échecs, mais, il s'agissait d'un possible accomplissement cognitif jamais réalisé par un être humain.

Timur-GareevUn joueur d'échecs de 28 ans, Timur Gareyev, Ouzbek naturalisé américain, né à Tachkent (ex-Union soviétique), peu connu comparé aux vedettes de ce « sport », annonça qu'il affrontera 48 adversaires simultanément, à l'aveugle.

Un match simultané mené par un joueur aux yeux bandés contre plusieurs adversaires qui joueront normalement, et qu'il peut visualiser en esprit seulement, exige de celui-là de mémoriser la position de l'échiquier de chacun des autres joueurs et de planifier ses propres démarches, tout en prévoyant leurs attaques et défenses.

La première partie à l'aveugle consignée en Europe a eu lieu à Florence au 13e siècle. À l'époque moderne, le premier jeu de ce type a été mené par un Français, François-André Danican Philidorm [1] qui a joué contre trois adversaires. Ce record a été battu plusieurs fois jusqu'en 2011, alors qu'un nouveau record de 46 parties a été établi par l'Allemand Marc Lang.

Philidor exhibition

Philidor jouant en aveugle à Londres vers 1780


C'est ce record que Timur Gareyev voulait surpasser. Et c'est ainsi que le 3 décembre 2016 à Las Vegas, Gareyev, les yeux bandés durant presque 20 heures de jeu, a remporté 35 victoires, 7 parties nulles et 6 défaites.

LV Chess

Les chercheurs en neurosciences peuvent-ils expliquer comment il accomplit un exploit aussi remarquable?

Gareyev colorsGareyev se faisait déjà remarquer dans le monde ampoulé des joueurs d'échecs à l'aveugle. Il affectionne tout particulièrement les vêtements aux couleurs vives, sa coiffure tient à la fois de la crinière du lion et d'une crête mohawk et il s'amuse à sauter du haut d'immeubles en parachute. Il a déjà prouvé qu'il a l'étoffe d'un champion. Durant un tournoi marathon d'échecs de 10 heures en 2013, Gareyev a disputé 33 parties simultanément il a en gagné 29 et perdu aucune. Ses prouesses sont devenues sa marque de commerce et il se désignait lui-même sous le titre de «roi des joueurs à l'aveugle» avant de battre le record de Marc Lang.

Mais les exploits de Gareyev suscitent l'intérêt au-delà du cercle des joueurs d'échecs. Afin de tenter de comprendre comment lui et d'autres joueurs peuvent accomplir une telle prouesse mentale, des chercheurs de l'Université de Californie de Los Angeles (UCLA) lui ont fait passer des tests de mémoire et ont examiné son activité cérébrale grâce à l'imagerie médicale. Ils ont maintenant leurs premiers résultats.

«Pour la plupart des joueurs accomplis, la difficulté de jouer une partie d'échecs à l'aveugle n'est pas si grande», explique Jesse Rissman, qui dirige un laboratoire axé sur la mémoire à UCLA. « Mais ce qui est remarquable chez Timur et quelques autres personnes, c'est le nombre de parties simultanées qu'ils peuvent disputer, ce qui est stupéfiant selon moi.»

Gareyev a appris à jouer aux échecs à l'âge de 6 ans alors qu'il vivait à Tachkent. Entraîné par son grand-père, il a participé à son premier tournoi alors qu'il avait 8 ans et a vite été obsédé par la compétition. À l'âge de 16 ans, il est devenu le plus jeune grand maître de l'Asie de l'histoire. Peu après il est déménagé aux États-Unis, où son obsession des échecs est devenue une obsession du poker. Cependant, durant ses études, il a aidé l'Université du Texas à Browsville à remporter son premier championnat d'échecs national. En 2013, Gareyev était classé au troisième rang des meilleurs joueurs d'échecs des États-Unis.


Le vrai défi mental est de jouer plusieurs parties simultanément. Non seulement le joueur doit-il mémoriser l'emplacement de chaque Blindfoldpièce sur chaque échiquier, il doit aussi mémoriser fidèlement ses déplacements successifs chaque fois qu'un adversaire bouge une pièce, et ce, pour chaque partie. Selon Gareyev, pour mémoriser chaque échiquier, il doit être concentré et procéder avec minutie. «
Si je passe trop rapidement d'un échiquier à l'autre, lorsque je reviens au précédent, je n'ai pas une mémoire parfaite et parfois je fais des erreurs.» Les premiers coups peuvent être plus difficiles à mémoriser puisqu'ils sont souvent ennuyeux : un pion devant le roi ou la reine avance de deux cases.

Timur bike

L'homme à gauche réalise les déplacements appelés par Gareyev

Afin de s'entraîner pour battre le record mondial, Gareyev effectue une tournée de tournois d'échecs qui comprend un horaire bien rempli de conditionnement physique, de yoga, ainsi qu'une alimentation saine. Il joua 10 parties à l'aveugle organisées par la Société de neuroscience de San Diego. Pour l'occasion, l'équipe du professeur Rissman dévoile les derniers résultats des tests qu'elle a réalisés auprès du joueur.

Tout d'abord, les chercheurs ont fait faire à Gareyev quelques tests standard sur la mémoire, afin de vérifier sa capacité à mémoriser des chiffres, des images et des mots. Un test classique consiste à vérifier combien de chiffres une personne peut répéter peu de temps après les avoir entendus, en ordre chronologique, puis antichronologique. La plupart des gens sont capables de mémoriser une séquence de 7 chiffres. «Pour chacun des tests standard, ses résultats n'ont pas été exceptionnels, explique le professeur Rissman. « Nous n'avons rien trouvé d'autre que sa capacité à jouer aux échecs, et pour lequel il semble prodigieusement doué. »

Ensuite, l'équipe a procédé à l'imagerie médicale. Alors que Gareyev était étendu dans l'appareil, le professeur Rissman a examiné quelles étaient les connexions entre les régions du cerveau du joueur d'échecs. Même si les résultats sont encore incomplets et non publiés, les images ont montré une communication bien plus grande que la communication habituelle entre les régions du cerveau de Gareyev qui forment ce qui est appelé le réseau fronto-pariétal. Sur les 63 personnes qui ont été soumises à l'imagerie médicale en plus de Gareyev, seulement une ou deux ont obtenu un résultat plus élevé pour cet indicateur. « Nous utilisons ce réseau pour accomplir presque toutes les tâches complexes. Il nous aide à diriger notre attention, à nous souvenir de règles et à déterminer si nous devons réagir ou non », explique Jesse Rissman.

Ce n'était pas le seul indice que le cerveau de Gareyev a quelque chose de particulier. Les images semblent aussi suggérer que le réseau visuel de Gareyev a plus de connexions avec les autres régions du cerveau. Si de futures analyses le confirment, cela signifie que les régions de son cerveau qui traitent les images, comme celle d'un échiquier, ont des connexions plus intenses avec les autres régions cérébrales et qu'elles sont plus performantes que la normale. Même si ces analyses ne sont pas terminées, elles peuvent recéler les premiers indices de l'extraordinaire capacité de Gareyev.


Isabelle Pouliot,
traductrice agréée de l'anglais vers le français de l'Ordre des traducteurs, terminologues et interprètes agréés du Québec (OTTIAQ).  http://traduction.desim.ca


Note du blog :

Plaque Philidor

La plaque de la rue François-André Danican Philidor dans le 20e arrondissement à Paris.

[1] François-André Danican (1726-1795) est issu d'une dynastie de musiciens célèbres au  XVIIe siècle et au XVIIIe siècle, qui portèrent tous le surnom de Philidor. Aujourd'hui, son nom reste davantage associé au jeu d'échecs.   Très jeune, il fréquente le Café de la Régence où il rencontre Jean-Jacques Rousseau. Dans Le Neveu de Rameau, Denis Diderot  donne une description de ce café : « Paris est l'endroit du monde, et le café de la Régence est l'endroit de Paris où l'on joue le mieux à ce jeu ; c'est chez Rey que font assaut Legal le profond, Philidor le subtil, le solide Mayot ». Philidor montre une grande maîtrise dans la pratique et se montre très en avance sur la théorisation du jeu. Vivant des pensions du roi et partisan d'une monarchie constitutionnelle, il s'exile en Angleterre en 1792. Il est inscrit sur la liste des suspects et, malgré les efforts de sa femme et de son fils aîné, restés en France, un passeport pour rentrer lui est refusé après Thermidor. Il meurt à son domicile londonien et est inhumé à St. James de Piccadilly. Philidor publie « L'Analyze des Echecs » en 1749, à l'âge de 22 ans, un des premiers traités d'échecs en langue française et un classique du genre. L'ouvrage sera édité une centaine de fois et traduit rapidement dans de nombreuses langues.

Cet article est inspiré par un article paru en anglais dans le journal britannique The Guardian en novembre 2016 et d'un autre paru dans Chess News. 

Recension (en anglais) des tests réalisés par le laboratoire de UCLA 

Le plagiat – un travail de fourmi

Au cours des ans, nous avons traité de divers sujets liés aux langues, à la littérature et à l'histoire, notamment :

Nous vous présentons maintenant un article qui aborde tous ces éléments. Il s'agit de l'histoire de Maurice Maeterlinck (1862-1949), dramaturge, poète et Portrait Maeterlinck essayiste belge francophone, qui a remporté le prix Nobel de littérature en 1911. Maeterlinck parlait aussi le flamand et a traduit plusieurs ouvrages du français vers le flamand et du flamand vers le français.

L'afrikaans, langue issue du néerlandais en raison de l'établissement en Afrique du Sud en 1652 de la première implantation européenne par Jan van Riebeeck, est près du flamand. Les scientifiques belges de l'époque de Maeterlinck (et peut-être plus récemment) lisaient des revues scientifiques publiées en afrikaans. L'une de ces revues, Huisgenoot, comportait une série d'articles intitulée The Soul of the Eugene MaraisWhite Ant (L'Âme du termite), écrite par un poète et scientifique sud-africain appelé Eugene Marais (1871-1946). Ces articles  étaient le fruit de dix années de recherches menées dans le veld sud-africain. Maeterlinck, qui n'aurait jamais mis les pieds en Afrique ni vu les espèces de termites étudiées par Marais, a publié en 1926 un essai intitulé La Vie des termites (traduit en anglais sous le titre The Life of Termites ou The Life of White Ants). (Il a écrit par la suite des essais sur les fourmis, les araignées et les abeilles, ainsi que sur de nombreux autres sujets. Parmi ses traductions, on compte Macbeth de Shakespeare.) Marais a accusé Maeterlinck d'avoir copié des pages entières de son essai sur les termites et a lancé une poursuite internationale pour plagiat, mais l'a abandonnée avant l'étape du procès.

Maurice Maeterlinck a aussi été accusé d'avoir plagié Luria, du célèbre poète britannique Robert Browning, pour sa pièce Monna Vanna.

Ces attaques à la réputation de Maeterlinck ne l'ont pas empêché de gagner le prix Nobel et ses pièces ont été jugées comme étant un rouage important du symbolisme, un mouvement littéraire. Albert 1er, roi des Belges, lui a accordé le titre de comte. Il a été président de l'association internationale des écrivains PEN et l'Académie française lui a décerné le Prix de la langue française. Il est décédé dans son château qu'il avait acheté à Nice, appelé Orlamonde.

Qu'est devenu Eugene Marais? Il s'est suicidé. Certains ont cru que le plagiat de son travail par Maeterlick a été un facteur de son suicide. Cependant, son biographe Leon Rousseau défendait l'hypothèse contraire, que Marais appréciait et profitait de l'attention suscitée par la controverse.

Jonathan Goldberg & Isabelle Pouliot

L’armée américaine fait l’essai d’un appareil de traduction multilingue

 

Isabelle Pouliottraduit a partir un article paru sur DEFENSE SYSTEMS, July 27, 2016, par Isabelle Pouliot, traductrice agréée de l'anglais vers le français de l'Ordre des traducteurs, terminologues et interprètes agréés du Québec (OTTIAQ). http://traduction.desim.ca

L'armée américaine trouve de nouveaux moyens pour rendre les sacs à dos des soldats encore plus utiles, comme elle l'a récemment démontré au cours d'un exercice dans 14 pays d'Afrique qui a mobilisé 1000 soldats.

Central Accord 16, le plus grand exercice qu'a tenu l'armée américaine en Afrique jusqu'à présent s'est déroulé à Libreville au Gabon. L'armée a mené diverses expériences pour résoudre deux difficultés auxquelles se heurtent ses soldats sur le terrain : l'approvisionnement en énergie et la traduction de langues étrangères.

Des chercheurs d'une unité de recherche, de développement et d'ingénierie ont testé deux prototypes d'appareils portatifs : le premier a comme objectif d'approvisionner les soldats en énergie solaire et le second est un logiciel de traduction pour faciliter la communication entre les soldats américains et africains, notamment avec les soldats originaires de pays où le français est parlé.

« Travailler avec les bénévoles francophones, dont la majorité était constituée de militaires de nations africaines partenaires, a été une expérience très intéressante », a expliqué le chercheur en informatique et chef d'équipe de la division Analyse et Informatique multilingue, Stephen LaRocca. « Ils étaient très enthousiastes par rapport à la technologie de traduction de la parole et souhaitaient qu'elle facilite la communication. »

The Language of Food – recension

Jc-trimmed and gold (1)Notre nouvel invité, Jim Chevallier, qui habite North Hollywood (Californie), est historien culinaire, spécialiste de la gastronomie française du haut Moyen Âge et de l'histoire du pain français. Il a rédigé deux livres sur l’histoire du pain : About the Baguette: Exploring the Origin of a French National Icon et August Zang and the French Croissant: How Viennoiserie Came to France. Traducteur du français vers l’anglais, spécialisé en gastronomie, il s’est attelé à la traduction de l’ouvrage Histoire de la vie privée des Français depuis l'origine de la nation jusqu'à nos jours de Pierre Jean-Baptiste Le Grand d’Aussy, lequel constitue le premier livre d’histoire exhaustif de la cuisine française, publié en trois volumes. M. Chevallier a publié plusieurs traductions d’extraits de cet ouvrage, dont le plus populaire est A History of Wine in France from the Gauls to the Eighteenth Century. Il a également traduit plusieurs livres de recettes de cuisine médiévale, dont Le Viandier de Taillevent (How To Cook A Peacock: Le Viandier: Medieval Recipes From The French Court)Notre invité a aussi contribué à la rédaction d’importants ouvrages de référence, notamment le Dictionnaire Universel du Pain (Laffont, 2010), Oxford Encyclopedia of Food and Drink in America (seconde édition, 2012) et Consuming Culture in the Long Nineteenth Century (2010).

 

Jim book 1        JIM Above the BaguetteJIM Book 3


Voici par la suite son analyse de l'important livre,
The Language of Food, redigé par Dan Jurafsky, professeur de linguistqiue et d'informatique à l'université de Stanford, dans la Californie.

Language of Food
L'analyse de Jim Chevallier a été traduite de l'anglais par notre contributrice dou
ée et fidèle, Isabelle Pouliot, traductrice agréée de l'anglais vers le français de l'Ordre des traducteurs, terminologues et interprètes agréés du Québec (OTTIAQ).  http://traduction.desim.ca

Isabelle_Pouliot (1)

 

                                                                   Isabelle Pouliot                                                                     

Lorsqu'on voit un livre sur la nourriture écrit par un linguiste, on peut croire qu'il s'agit d'un autre livre populaire qui « révèle » l'origine des mots liés à la nourriture d'une manière divertissante, mais superficielle; on peut également s'attendre à ce que le livre soit une réflexion aussi sérieuse et complexe que la pensée structuraliste sur la Dan Jurafskymode de Roland Barthes. Dan Jurafsky (à gauche) est tout à fait qualifié pour écrire sur cette question : il enseigne la linguistique à l'Université Stanford en Californie et est un lauréat d'un prix MacArthur ("Genius Grant") . Cependant, il ne s'emprisonne pas dans le carcan de sa prodigieuse érudition et il semble allergique, ou, à tout le moins, indifférent au jargon. Quant aux origines des mots liés à la nourriture, il en explique évidemment quelques-unes, mais d'une manière qui est tout sauf superficielle. De plus, il ne se limite pas à étudier la nourriture avec pour seules lorgnettes celles de la linguistique, de l'étymologie et d'autres domaines connexes : plusieurs chapitres traitent des messages implicites des menus, des critiques de restaurants et des listes d'ingrédients. Dans d'autres chapitres, il examine la grammaire de la cuisine, c'est-à-dire comment, dans différentes cultures, la séquence des services de nourriture provoque des attentes en matière de plats de la même manière que la grammaire d'un locuteur anglophone le prépare à attendre le verbe peu de temps après un nom, tandis qu'un locuteur germanophone attend patiemment le verbe à la fin d'une phrase.

Dépaysement et domestication

Mark HermanNotre nouveau collaborateur, Mark Herman, est traducteur littéraire et technique, ingénieur chimiste, auteur dramatique, musicien et acteur. Il est titulaire d'un baccalauréat ès sciences de Columbia University et d'une maîtrise ès science de l'Université de Californie à Berkeley. Il est traducteur d'espagnol en anglais certifié par l'American Translators Association, et possède une bonne connaissance du russe. Pendant deux décennies, il a tenu la rubrique 'Humor and Translation' de l'ATA Chronicle, la revue de l'American Translators Association. Bon nombre de ses analyses de livres ont paru dans Ars Lyrica.

En qualité de traducteur, Mark a fait preuve d'un tel éclectisme et son talent s'est si remarquablement exprimé,  que nous nous attardons un peu plus que d'habitude sur son parcours professionnel.

Avec des collègues, Herman a collaboré à des traductions poétiques et à l'adaptation de livres d'enfants de russe et de français en anglais. Avec l'aide de collègues possédant d'autres langues, Mark a également traduit 24 opéras, opérettes et œuvres chorales d'allemand, de français, d'italien, de tchèque, de latin et de russe en anglais, pour des représentations qui ont eu lieu aux États-Unis, Translating for Singingau Canada, en Angleterre et en Écosse. Un livre intitulé Translating for Singing, The Theory, Art and Craft of Translating Lyrics, (Bloomsbury Advances in Translation), rédigé avec Ronnie Apter, traductrice français-anglais certifiée par l'ATA et qui connaît aussi l'italien, sera publié en Angleterre en 2016. Un chapitre traitera du sujet dont il va être question dans l'article ci-dessous, initialement paru dans l'ATA Chronicle et reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteur et de la rédaction de la revue. 
 

 

ATA

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Dépaysement et domestication
Foreignization and Domestication)

Le 12 décembre 2014, dans l’édition en ligne du Chicago Tribune [1], Jane Shmidt recensait la récente traduction anglaise d’Anna Karénine de Léon Tolstoï produite par Rosamund Bartlett (Anna Karenina, Oxford University Press, 2014). Cette traduction de Rosamund Bartlett, ainsi qu’une autre traduction anglaise récente d’Anna Karénine de Marian Schwartz, de même que plusieurs autres traductions antérieures de ce roman en anglais sont abordées dans l’article « Found in Translation » de Masha Gessen (The New York Times Book Review, 28 décembre 2014).

Selon Jane Shmidt, Rosamund Bartlett :

« tente de combler l’écart entre les deux types de traduction qui sont généralement demeurés irréconciliables. Dans son introduction, Bartlett indique que son objectif est de demeurer véritablement "fidèle" au roman : [de]"préserver toutes les particularités du style inimitable de Toslstoï" tout en essayant d’en faire une reproduction "idiomatique". »

Ces deux types de traduction « irréconciliables » sont appelés de nos jours « dépaysement » et « domestication » [2]. Même si ces deux termes [Ndt : foreignization et domestication en anglais] ont d’abord été forgés récemment par Lawrence Venuti, le débat sur les mérites respectifs de ces deux concepts se poursuit depuis des siècles. Si je résume grossièrement, le concept de dépaysement amène le lecteur vers le texte source grâce à un apport culturel étranger à la culture d’arrivée et par des tournures de phrases qui semblent étranges ou non naturelles dans la langue d’arrivée. Quant à la domestication, elle rapproche le texte de départ de la culture d’arrivée du lecteur. Pour ce faire, on enlève des éléments étrangers à la langue et à la culture d’arrivée, lesquels sont souvent remplacés par des éléments plus familiers. Chaque concept est une illustration en soi de l’expression traduttore, traditore! [Traduire, c’est trahir] Le dépaysement peut transformer des éléments normaux du texte de départ en éléments étranges du texte d’arrivée; la domestication efface des aspects de la culture étrangère. La plupart des traductions produites réduisent la falsification parce qu’elles n’adhèrent pas à l’un ou l’autre de ces deux extrêmes; elles sont contenues dans le large spectre entre le dépaysement et la domestication et passent souvent d’un concept à l’autre, parfois dans une même phrase.

La domestication est un concept à la mode depuis un certain temps : son objectif est de produire des traductions qui sont aussi « lisses » que les textes de départ. Cependant, dans son ouvrage intitulé The Translator’s The Translator's InvisibilityInvisibility : A History of Translation (2nd edition, Abingdon, U.k. : Routeledge, 2008) [NDT : L’Invisibilité du traducteur : Une histoire de la traduction], Venuti dénigre ces traductions « lisibles » [3]  qui rendent le traducteur « invisible ». Il croit également que ces traductions sont des illusions : « L’illusion de la transparence d’une traduction lisible participe à une mascarade d’équivalence sémantique alors qu’en réalité, elle infuse au texte étranger une interprétation partiale, partiale aux valeurs de la langue anglaise, réduisant, si ce n’est même qu’elle l’exclue, la véritable différence que doit véhiculer la traduction. » (Venuti :20-21) [traduction]

En résumé, Venuti allègue que la traduction, ou du moins la traduction littéraire, est un processus intrinsèquement contradictoire, puisqu’elle domestique un texte étranger, ce qu’elle doit faire dans une certaine mesure pour passer d’une langue de départ à une langue d’arrivée, alors que son objectif est de rendre un texte source accessible, complet et inchangé à un auditoire de la langue d’arrivée. Par conséquent, explique Venuti, les traducteurs doivent réduire le plus possible la domestication et accroître le plus possible le dépaysement de leurs traductions.

Un autre élément de la théorie de Venuti mérite d’être mentionné. Venuti croit que la quête d’une traduction « lisible » et « l’invisibilité » du traducteur qui en découle constitue l’une des raisons pour lesquelles les traducteurs obtiennent peu de reconnaissance de leur travail :

« L’invisibilité du traducteur est donc une étrange autodestruction, une manière de concevoir et de pratiquer la traduction qui renforce indubitablement son statut marginal dans la culture anglo-américaine. (Venuti : 8)

Alors, la production de traductions axées sur le dépaysement et plus difficiles à lire réduira-t-elle le « statut marginal » de la traduction « dans la culture anglo-américaine »? Permettez-moi d’en douter.

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 [1]  Shmidt, Jane. "Review : Rosamund Batlett’s Translation of Anna Karenina", Chigago Tribune (14 December 2014).

[2] Note de la traductrice : En 2014, dans le cadre du chantier de travail « Traduire les humanités » Simon Labrecque a proposé le terme forainisation pour traduire foreignization. Le terme étrangéisation avait été aussi mentionné par ce groupe de recherche. Je trouve la connotation du terme forainisation trop européocentriste et préfère le terme dépaysement, qu’on retrouve notamment dans les travaux d’Henri Meschonnic et qui est plus facile à comprendre pour l’ensemble des lecteurs (Pour la poétique II).

[3] Note de la traductrice : voir la recension de Corinne Durin dans la revue Meta, p.283 (http://id.erudit.org/iderudit/037229ar)

Isabelle_Pouliot (1)Traduction : Isabelle Pouliot, traductrice agréée de l'anglais vers le français de l'Ordre des traducteurs, terminologues et interprètes agréés du Québec (OTTIAQ). Isabelle a fondé la société DESIM Inc. en 2012. http://traduction.desim.ca

Lecture supplémentaire:

Brief Study on Domestication and Foreignization in Translation
Wenfen Yang
Journal of Language Teaching and Research, Vol. 1, No. 1, pp. 77-80, January 2010

Les actualités de la Chine


Les Chinois veulent apprendre l'anglais et serrer les liens avec les
États-Unis dans le domaine des livres

 

Rencontre avec 5 millions d’élèves qui s’affrontent pour être la star anglophone de Chine

Le concours d’épellation Scripps National Spelling Bee a eu lieu la semaine du 25 mai aux États-Unis. Même si bien des gens surveillent avec passion l’issue de ce concours qui se déroule au Maryland, à l’autre bout du monde en Chine, des élèves de Beijing s’affrontent pour obtenir un autre titre, celui du meilleur locuteur anglais de Chine.

Des centaines d’élèves du premier cycle du primaire et du secondaire (équivalant à collège et lycée en France) se sont rassemblés dans un établissement situé à une heure de Beijing dans l’espoir de se qualifier pour les championnats nationaux qui auront lieu cet été. Ils rivalisent avec 5 millions d’autres élèves chinois.

Se qualifier pour les épreuves finales nationales, lesquelles se déroulent devant un large public et sont diffusées à la télévision, est une tâche presque herculéenne, qui exige de participer à de nombreuses rondes épuisantes qui durent plusieurs journées. Mais la victoire apporte la célébrité, l’admission à un établissement d’enseignement de qualité et un avenir radieux selon une ancienne finaliste, Michelle Cui.

Jack est un enfant typique parmi les enfants de Beijing présents à ce concours. Ils ont vécu à l’étranger, ont beaucoup voyagé; ils font partie d’une classe moyenne supérieure grandissante. Jack a vécu à Washington D.C. alors qu’il était jeune enfant. Sa mère travaillait à l’ambassade chinoise.

Il a étudié l’anglais à un très jeune âge, m’explique sa mère. L’âge idéal est de deux ou trois ans, me dit-elle, au même âge que les locuteurs de langue maternelle apprennent leur langue.

« Je veux qu’il devienne un ambassadeur entre les deux pays et dans le monde entier. »

 Les concurrents avaient droit à une minute pour impressionner les juges.  En plus de la partie du concours dans laquelle les enfants prononcent des discours, il existe une autre partie où les enfants démontrent d'autres talents: il y a des chansons, des numéros de magie, des chansons jouées à la flûte, de la danse salsa, des experts du cube Rubik et même un hockeyeur en patin. Le samedi, à l’heure du repas du soir, l’une des juges, Hester Veldman, avait l’air épuisée.

« J’ai vu 450 concurrents aujourd’hui. J’ai écouté la chanson de Frozen [1] environ 300 fois », dit-elle.

Il y a des enfants comme Xing Wang, qui préfèrent se faire appeler Harry.

China HarryHarry est petit et porte des lunettes. Il a l’air d’avoir 11 ans, mais en réalité il a 13 ans. Il compense sa petite taille par une grande confiance en lui. Harry n’a jamais vécu à l’étranger. Ses parents ne parlent pas anglais; ils ont quitté la Mongolie intérieure pour s’établir à Beijing il y a cinq ans. Harry a commencé à apprendre l’anglais en troisième année du primaire, ce qui est relativement tard, puisque les élèves de Beijing apprennent l’anglais dès la première année du primaire. Même si l’anglais d’Harry n’est pas parfait, Harry bouillonne d’idées. Il me tire par la manche tellement il a hâte de me dire ce qu’il a préparé pour la partie « talent », ce qu’il finit par faire.

« Aujourd’hui, je vais étudier une partie du discours d’Obama. Son discours qu’il a dit à Chicago. Peut-être que c’était la première fois qu’il était président », m’explique-t-il.

Harry prononce le discours d’Obama et reçoit des applaudissements nourris. Un juge lui lance, « tu devrais te présenter comme président ». Harry s’incline et quitte la scène en courant. Il est radieux. Je lui chuchote une question :

Harry a appris qu’il avait réussi les demi-finales et la finale de Beijing. Il participera aux demi-finales nationales, la dernière étape avant le grand concours télévisé.

Plus tard on voit Harry endormi au fond de la salle.

Harry sleeping

Source: The World in Words, PRI

Traduit par Isabelle Pouliot
http://traduction.desim.ca

 

La Chine est en vedette à la BookExpo America (BEA) 2015 NEW YORK

  BEA 2015

Cet évènement majeur du monde de l’édition s’est amorcé récemment au Javits Center de New York. La Chine y expose près de 10 000 titres publiés par quelque 150 maisons d’édition.

BEA Chinese Pavilion

Des bannières et des affiches faisant la promotion de livres dont le thème est la Chine ou écrits par des auteurs chinois, une cérémonie d’ouverture archibondée où des discours simples ont tout de même suscité une grande couverture médiatique, des jeunes filles vêtues de costumes traditionnels démontrant l’art de servir le thé ou la calligraphie… Tant à l’extérieur qu’à l’intérieur du Pavillon de la Chine, tout suggère une présence forte et fière d’une puissance émergente du monde de l’édition, laquelle est l’invitée d’honneur du BEA Global Market Forum pour la toute première fois.

Occupant une superficie de quelque 2 300 mètres carrés, le pavillon de la Chine expose un large éventail de publications chinoises sur la politique, l'économie, l'histoire, l'art et la culture, de même que sur le patrimoine des minorités ethniques.

Après Francfort en 2009 et 2012 à Londres, il s’agit de la troisième fois seulement que la Chine est l’invitée d’honneur d’un prestigieux salon du livre d’un pays occidental, a déclaré le ministre adjoint de l’administration générale de la presse, de l’édition, de la radiodiffusion du cinéma et de la télévision, Wu Shangzhi, durant une allocution prononcée au cours de la cérémonie d’ouverture.

Ce salon constitue également le plus grand échange entre les professionnels de l’édition de la Chine et des États-Unis depuis que les deux pays ont rétabli des relations diplomatiques en 1979, a-t-il ajouté.

« Nous espérons que cet événement de trois jours pourra renforcer la coopération bilatérale dans le domaine de l'édition et de la traduction, et donner un nouvel élan aux relations bilatérales et aux échanges et à l'amitié entre les peuples", a indiqué M. Wu, qui est à la tête d'une délégation chinoise composée de près de 500 membres.

Le programme de la Chine « est certainement un point fort du salon cette année », a indiqué le président et directeur général de l'Association des éditeurs américains Tom Allen, les éditeurs américains étant impatients de tenir des conversations professionnelles avec leurs homologues chinois.  « Il y a de grandes possibilités de coopération entre nos deux pays. Nous attendons avec impatience cet échange fructueux d'idées ».

Mo YanDes romans du lauréat du prix Nobel de littérature Mo Yan et du maître de la science-fiction Liu Cixin sont offerts au salon. Cependant, il n’y a environ que 2000 titres traduits en anglais dans tout le salon.

Le manque de traduction empêche l’importation de livres chinois sur le marché américain, ont expliqué des représentants d’éditeurs américains. Les livres traduits du chinois qui traitent des enjeux de ce pays sont populaires sur le marché américain, mais le segment de marché de la littérature chinoise est le parent pauvre de l’édition.

Traduire des œuvres littéraires chinoises dans un anglais correct constitue English-Chinese-translation une mission extrêmement difficile, explique le directeur du marketing de CN Times Books, Paul Mytovich. Sa maison d’édition se spécialise dans la publication d’ouvrages d’histoire, de philosophie, de culture et d’actualité chinoise et publie également des traductions de livres d’abord publiés par la société mère de CN Times Books, Beijing Mediatime Books, et par d’autres éditeurs chinois.

Isabelle_Pouliot (1)Source: China in spotlight as BookExpo America 2015 begins
CCTV.com

Traduit en partie par Isabelle Pouliot – http://traduction.desim.ca

 

 

[1]

 

 

 

Au Festival du film français de Los Angeles, le cul entre deux chaises…

Depuis que ma femme et moi sommes établis à Los Angeles, nous n'avons jamais omis d'assister au festival annuel du film français, appelé COL-COA (City of Lights – City of Angels). [1]

Ce festival a lieu dans le superbe bâtiment de la Los Angeles Directors Guild, situé Sunset Boulevard, au cœur d'Hollywood, non loin du Walk of Fame et à cinq minutes de chez nous. Les films sont projetés dans deux grandes salles, baptisées pour la circonstance Théâtre Renoir et Théâtre Truffaut. La 19e édition du Festival vient de s’achever.

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Walk of Fame, à Hollywood,                                   L'immeuble de la Directors Guild,
           Sunset Boulevard                                                            à Los Angeles

 

Tous les films sont sous-titrés en anglais et certains d'entre eux ont leur première lors de ce festival. (En 2008, j'ai vu Bienvenue chez les Ch’tis, en première mondiale, avant qu'il devienne un grand succès en France. Les sous-titres anglais rendaient de façon remarquable le dialogue inhabituel de ce film.)  Parmi les personnalités qui ont assisté au Festival au fil des années, on peut citer les réalisateurs Claude Lelouche et  François Truffaut, et les comédiens Sylvie Testud, Danny Boon et Nathalie Baye.

Je m’empresse d’affirmer que chaque spectateur au festival dispose d’un fauteuil, alors, pourquoi parler d'avec le cul entre deux chaises ? Voici l'explication Après la Cul Herryprojection du film Elle l’adore de la réalisatrice Jeanne Herry [2], qui a également écrit le scénario de ce superbe thriller psychologique, il y a eu une séance de questions. Mme Herry parle très bien l’anglais, mais une interprète était sur place en cas de besoin. Alors que la réalisatrice répondait en anglais à la question qui lui était posée, elle a utilisé l’expression française avec le cul entre deux chaises, et s’est tournée vers l’interprète pour qu’elle traduise l'expression en anglais. Cela a donné : having your butt between two chairs. (Butt est une forme abrégée de buttocks, synonyme de natesbackside, bum, buns, can, fundament, hindquarters, hind end, keister, posterior, prat, rear, rear end, rump, stern, seat, tail, tail end, tooshie, tush, bottom, behind, derriere, fanny, ass (et la version britannique de ce dernier mot : arse.) [3] [4] [5]


 « Aussi haut qu'un roi soit assis, il n'est assis que sur son cul »
– Michel de Montaigne

L’interprète avait manifestement une excellente maîtrise de l’anglais et du français. Mais, même si nous avons tous deux mains, nous ne sommes pas tous pour autant pianistes de concert; même si quelqu’un parle très bien deux langues, cela ne veut pas dire qu'il peut fournir la bonne interprétation dans l’urgence, surtout lorsqu’on a affaire à une expression idiomatique. "Having your butt between two chairs » n’est pas une mauvaise traduction et l’auditoire a probablement compris ce qu’elle voulait dire. Néanmoins, l’expression idiomatique anglaise équivalente à cette expression française est to fall between two stools.


Autre difficulté langagière survenue à cette occasion : le mot custody employé en anglais par la réalisatrice. Ce mot est souvent traduit par « garde », par exemple lorsqu’on parle de the custody of children (surtout dans les litiges liés aux affaires de divorce). On parle aussi de confier la garde d'un objet (placing an object in the custody of) à une personne physique ou morale telle qu'une banque. Toutefois, s'agissant d'action pénale, les expressions anglaises to be held in police custody ou to be taken into police custody désignent ce qu'on appelle en France « en garde à vue ». Mme Herry a exprimé un certain agacement lorsque son emploi du mot custody n’a pas été immédiatement compris par le public, mais elle a rapidement réussi à se faire comprendre.

Elle l’adore est le premier long-métrage de Jeanne Herry et sa qualité n’avait rien à envier à celle d’autres films réalisés par des gens deux fois plus âgés. Je prédis que nous allons entendre parler longtemps de cette jeune femme très talentueuse. Entendre la réalisatrice répondre à des questions posées en anglais devant un grand auditoire au Théâtre Truffaut, après avoir apprécié chaque instant de son film, a été pour moi  the cherry on the cake [6], ou, comme on dit en français, la cerise sur le gâteau.  Et, dans ce cas, une traduction littérale aurait parfaitement fait l'affaire !

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[1] dont le directeur est François Truffart, Chevalier des Arts et des Lettres.

[2] fille du chanteur Julien Clerc et de l’actrice Miou-Miou.

[3] Le vocabulaire français est, lui aussi, assez riche. Le Robert énumère : derrière, arrière-train, croupe, fessier, fesse, fondement, potron, postérieur (abrégé en poster) et, dans le registre familier, baba, croupion, derche, lune, panier, pétard, popotin.  

[4] D'autres significations de "butt" sont la crosse (d'un fusil) et le mégot (d'une cigarette).

Cul-de-sac 1[5] Avant de fermer cette parenthèse à propos du mot cul, mentionnons que l'expression cul-de-sac est fréquemment employée dans la signalisation routière des pays de langue anglaise pour désigner ce qu'en France, on appelle plus volontiers Cul-de-sacimpasse une impasse. Comme quoi, nul n'est prophète en son pays ! En vieux français, le mot cul était moins trivial qu'aujourd'hui et désignait tout simplement le fond : cul-de-basse-fosse, cul-de-four, cul-de-jatte, cul-de- lampe, cul-de-poule, cul-de-sac.

[6] ou the cherry on the ice ou the cherry on the top.

 

 Jonathan G.                   Traduction: Isabelle Pouliot Isabelle_Pouliot (1)
                                                                          http://traduction.desim.ca/

L’étonnant cerveau des interprètes simultanés


Interpret Geoff-wattsAdaptation française du texte In other words: inside the lives and minds of real-time translators, de Geoff Watts, Mosaic, republié sur le site BBB.com sous le titre The amazing brains of the real-time interpreters.

Il est possible d'écouter une version audio du reportage de Geoff Watts sur le site de Mosaic. (maintenant suprimé.)

Cette adaptation est réalisée par Isabelle Pouliot, Isabelle_Pouliot (1)traductrice agréée de l'anglais vers le français, membre de l'Ordre des traducteurs, terminologues et interprètes agréés du Québec (OTTIAQ) et également de la Northern California Translators Association (NCTA). Elle est également membre du conseil d'administration de la NCTA.

 

Les ordinateurs les plus puissants au monde ne peuvent faire de l'interprétation simultanée en temps réel d'une langue à une autre, ce que les interprètes font sans peine. Geoff Watts a rencontré des neuroscientifiques qui commencent à pouvoir expliquer comment s'effectue cette activité remarquable.Voici ses observations.

Interpreters OMIUn matin à l'été 2014 je me suis rendu au siège de la seule agence onusienne de Londres, l'Organisation maritime internationale (OMI), située sur la rive sud de la Tamise, près du Parlement de Londres. À l'intérieur, j'ai rencontré environ une dizaine d'interprètes de l'OMI; la majorité était des femmes.

Je me suis dirigé ensuite à l'étage dans une cabine vitrée, où je me préparais à voir une activité absolument remarquable et routinière à la fois. La cabine, bien éclairée, mais encombrée, avait environ la superficie d'un cabanon de jardin. Sous la cabine s'étalaient les bureaux légèrement incurvés de la salle des délégués, laquelle était remplie à moitié par une majorité d'homme en costume. J'ai pris place entre deux interprètes, Marisa Pinkney et Carmen Solino, et bientôt le premier délégué a pris la parole. Mme Pinkney a allumé son micro, a fait une brève pause, puis a commencé à interpréter en espagnol le discours prononcé en anglais.

Analysons chaque élément de son travail. À mesure que le délégué parlait, Mme Pinkney devait comprendre un message livré dans une langue tout en construisant le même message et en l'énonçant simultanément dans une autre langue. Ce processus a exigé une combinaison extraordinaire d'habiletés sensorielles, motrices et cognitives, lesquelles doivent travailler de concert. Elle interprétait en temps réel, de manière simultanée, sans demander au délégué de ralentir le rythme de son discours ou de clarifier quelque chose. Parvenir à ce résultat exige une polyvalence et une compréhension de nuances qui dépassent les capacités des ordinateurs les plus puissants. Il est étonnant que son cerveau, que n'importe quel cerveau humain, puisse y arriver.

Une région fascinante

Les neuroscientifiques étudient le langage depuis des décennies et ont produit une foule d'études sur les personnes polyglottes. Cependant, comprendre un phénomène aussi complexe que l'interprétation simultanée constitue un défi scientifique bien plus important. Il se produit tellement de choses dans le cerveau d'un interprète qu'il est aussi difficile de savoir par où commencer le travail de recherche. Récemment, une poignée de passionnés ont entrepris de relever ce défi. Une région précise du cerveau a retenu leur attention : le noyau caudé.

Cervau - noyau caudeLe noyau caudé n'est pas une zone du cerveau spécialisée dans le langage; les neuroscientifiques savent qu'il joue un rôle dans des processus comme la prise de décisions ou l'établissement d'un lien de confiance. Comme un chef d'orchestre, il coordonne des activités de plusieurs régions du cerveau pour produire des comportements très complexes. C'est ainsi que les résultats d'études sur l'interprétation semblent concorder avec l'un des plus importants concepts en neuroscience qui a émergé depuis environ vingt ans : bon nombre de nos habiletés les plus complexes ne sont pas le résultat d'une activité cérébrale cantonnée dans une zone spécialisée produisant un résultat précis, mais plutôt le résultat d'une coordination extrêmement rapide de l'activité de plusieurs régions du cerveau, lesquelles régissent des tâches plus générales comme le mouvement ou l'ouïe.

Comme l'explique Anne Miles, interprète ayant comme langues de départ le français, l'allemand, l'italien et le russe qu'elle interprète en anglais, « Il faut être rapide. Il ne s'agit pas seulement d'avoir des compétences linguistiques, il faut être vif et apprendre vite. »

C'est ce qui explique que l'interprétation simultanée est épuisante et qu'à l'OMI, les duos d'interprètes se relaient aux 30 minutes.

Réseaux neuronaux

InterpretingBarbara Moser-Mercer est interprète et chercheuse à l'Université de Genève en Suisse. À son arrivée à cette université en 1987, le département d'interprétation était surtout préoccupé par la formation dans cette discipline, non par la recherche. Elle a donc créé un groupe de recherche avec des collègues neuroscientifiques.

« Le langage est l'une des fonctions cognitives les plus complexes des humains », explique la chef du groupe de recherche Brain and Language Lab, la professeure Narly Golestani. « Il y a eu beaucoup Interpreting Narly de travaux sur le bilinguisme. L'interprétation est légèrement supérieure au bilinguisme puisque les deux langues sont actives simultanément. Et pas sur un seul plan, parce que la perception et la production [du langage] sont utilisées en même temps. Les régions du cerveau sollicitées le sont à un niveau extrêmement élevé, au-delà du langage. »

À Genève, comme dans de nombreux autres laboratoires de recherche neuroscientifique, l'outil d'analyse par excellence est l'imagerie par résonance IRMFmagnétique fonctionnelle (IRMf). Grâce à l'IRMf, les chercheurs peuvent voir le cerveau lorsqu'il effectue une tâche. En matière d'interprétation, les chercheurs savent quel est le réseau des régions du cerveau utilisées pour produire ce résultat. L'une de ces régions est l'aire de Broca, responsable du traitement du langage et de la mémoire à court terme. C'est cette aire qui nous permet de conserver la trace de ce que l'on pense et de ce que l'on fait. L'aire est également liée aux régions voisines qui régulent la production et la compréhension du langage.

D'autres régions semblent aussi sollicitées et il se passe de multitudes connexions entre elles. La complexité de ces connexions a fait en sorte que Barbara Moser-Mercer a choisi de ne pas les étudier en bloc. Les chercheurs étudient plutôt chaque Alexisconnexion comme s'il elle était une boîte noire et s'efforcent de comprendre comment les boîtes noires sont liées et coordonnées. « Nous tentons de comprendre quels mécanismes permettent à un interprète de gérer ces liaisons simultanément », explique un des chercheurs, Alexis Hervais-Adelman.

Deux régions du néostriatum [1], noyau très ancien du cerveau, se révèlent cruciales dans la gestion de ces tâches : le noyau caudé et le putamen. Les neuroscientifiques savent que ces régions jouent un rôle dans l'exécution d'autres tâches complexes, y compris l'apprentissage, la planification et l'exécution de mouvements. Cela signifie qu'il n'y a pas une seule région du cerveau qui gère seule l'interprétation, selon M. Hervais-Adelman et ses collègues. De plus, ces régions sont des régions généralistes, non spécialisées.

Plusieurs éléments donnent l'impression que le cerveau des interprètes a été modelé par leur profession. Par exemple, ils excellent à ne pas s'écouter. Dans des circonstances normales, entendre notre voix est essentiel à la gestion de notre discours. Mais puisque les interprètes doivent se concentrer sur les mots qu'ils doivent traduire, ils apprennent à ne plus prêter attention à leur voix.

Prédire le discours

Un des moyens d'acquérir de la vitesse pour un interprète d'expérience est d'apprendre à anticiper ce que l'interlocuteur va dire. « J'anticipe toujours la fin d'une phrase, peu importe à qui je parle, peu importe si je travaille ou non », raconte Barbara Moser-Mercer. « Je n'attendrai pas qu'une personne finisse sa phrase. Parmi les interprètes, bon nombre se le font dire par leurs proches : "Tu ne me laisses jamais finir…" Et c'est vrai. »

Pour interpréter efficacement, un interprète doit être polyvalent et se servir de stratégies différentes. « L'interprétation doit s'adapter à des circonstances variées », explique Barbara Moser-Mercer, qui interprète encore une cinquantaine de jours par an, la plupart du temps pour des organismes onusiens. « Le son peut être très mauvais, le conférencier peut avoir un accent, le sujet abordé peut être quelque chose que je connais peu. Par exemple, je n'interprète pas quelqu'un qui parle vite et quelqu'un qui parle lentement de la même manière. Il y a différentes stratégies. Si on n'a pas le temps de se concentrer sur chaque mot qui est dit, on doit faire un échantillonnage représentatif. »

Lorsque l'IRMf est devenue courante dans les années 1990, les chercheurs ont été nombreux à vouloir déterminer quelles régions du cerveau étaient associées à presque tous les comportements (y compris l'atteinte d'un orgasme). Ces données brutes n'étaient pas toujours très utiles, notamment parce que les comportements complexes ne sont pas gérés par des régions distinctes du cerveau. Les travaux de recherche sont désormais axés sur la compréhension de l'interaction entre les régions du cerveau.

L'équipe de recherche de Genève veut explorer l'hypothèse que certains aspects complexes de la cognition auraient évolué à partir de comportements plus anciens et plus simples d'un point de vue évolutif. Selon l'équipe, le cerveau construit son répertoire de processus cognitifs complexes grâce à des processus cognitifs plus simples, qu'ils qualifient de « fondamentaux », comme ceux liés au mouvement ou à l'alimentation. « Il est logique pour le cerveau d'avoir évolué en réutilisant des processus pour d'autres tâches ou en les adaptant à d'autres tâches, comme il est logique de faire passer les éléments cognitifs de la maîtrise dans le réseau qui sera responsable du comportement », explique par courriel l'équipe de Mme Moser-Mercer. L'interprétation simultanée, en raison du lien étroit et interactif qui unit l'action et la cognition, est peut-être l'activité idéale afin de tester cette hypothèse.

Isabelle Pouliot

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[1] en physiologie, partie du corps strié composée du noyau caudé et du putamen