Welcome Mr. Hitchcock. Un voyage au Pays Basque

Welcome Mr. Hitchcock
Remarquablement située et jouissant d'un climat exceptionnellement doux, Saint-Sébastien (San Sebastián, en espagnol, et Donostia, en basque), capitale de la province de Guipúzcoa, est la station balnéaire la plus célèbre du littoral Nord de l'Espagne. Sa vocation s'affirma à la fin du 19e siècle, lorsque la reine Marie-Christine (1858-1929), épouse du roi Alphonse XII et régente d'Espagne de 1885 à 1902, la choisit comme lieu de villégiature. La Cour se déplaçant à Saint-Sébastien à la belle saison, les grands d'Espagne et les personnalités en vue s'y font construire des hôtels particuliers. Comme toute la ville nouvelle fut édifiée à la même époque, son architecture est remarquablement homogène. De belles et larges avenues ombragées rendent l'espace urbain particulièrement agréable. C'est pour cela que cette ville d'environ 180.000 habitants accueille chaque année de nombreuses festivités et notamment un Festival international de jazz et, depuis 1953, un Festival international du cinéma qui compte parmi les plus importants du monde. Cette intense activité culturelle a valu à la ville de Saint-Sébastien d'être désignée Capitale européenne de la Culture 2016.

Profitant de cette conjugaison du Festival international du Film et de l'Année de la Culture, Espacio 2016 a exposé une centaine de photographies, patiemment réunies par le photographe espagnol Pedro Usabiaga, qui suivent pas à pas les étapes du séjour d'Alfred Hitchcock au Pays Basque, du 21 au 24 juillet 1958. En effet, à cette époque, le grand metteur en scène anglais, accompagné de son épouse, la scénariste Alma Reville, s'était déplacé de Los Angeles pour assister à l'avant-première de Sueurs froides [1] au VIe Festival du Film de Saint-Sébastien. Le couple en profita pour visiter le Pays Basque, des deux côtés de la frontière, tant il est vrai que Zazpiak bat. [2] Arrivés à l'aéroport de Biarritz, les Hitchcock se rendent d'abord à Saint-Sébastien – le but du voyage – puis visitent Biarritz, Hendaye, Pasajes de San Juan, Bayonne et Lourdes. Est-ce le climat de Sueurs froides qui l'imprégnait encore, ou La mort aux trousses dont il allait entreprendre le tournage, Hitchcock semblait hanté par l'au-delà. À toutes les étapes, il demandait à visiter les églises et, à Saint-Sébastien, il se rendit au cimetière de Polloe et médita devant certaines des tombes monumentales. Comme on célébrait cette année-là le centième anniversaire des apparitions de Lourdes, Alfred voulut s'y rendre et observer de près la ferveur des pèlerins. Bien entendu, les époux Hitchcock étaient accompagnés de photographes professionnels qui prirent de nombreux clichés. Ce sont ces images, pour la plupart inédites, qui ont été exposées du 19 août au 14 octobre à Espace 2016.

À l'intention de ceux qui n'ont pas eu l'occasion de se rendre à Saint-Sébastien au cours de ces dernières semaines, nous publions trois de ces belles photos noir et blanc qui nous renvoient à l'âge d'or de l'argentique !

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Biarritz. Foto Paco Marí, Archivo Kutxateka.

 

Le 21 juillet 1958, Alfred et Alma Hitchcock, sortent de l'aéroport de Biarritz. Le trajet Los Angeles-Paris a été mouvementé car une fuite de carburant a obligé l'appareil à faire un atterrissage forcé. Arrivés à Orly, ils ont pris un petit avion pour Biarritz. Le grand cinéaste sourit. Les péripéties du voyage ne semblent pas avoir entamé son moral.

 

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Catedral de Bayona. Foto Paco Marí, Archivo Donostia Zinemaldia – Festival de San Sebastián.

 

Le 22 juillet 1958, Alfred contemple les vitraux de la cathédrale Sainte-Marie de Bayonne. Sait-il (lui a-t-on dit ?) que bon nombre d'entre eux ont été exécutés ou restaurés par Adolphe Steinheil ? Celui-ci, mari de la sulfureuse Mme Steinheil (née Marguerite Japy), mourut égorgé, le 31 mai 1908, au n°6 bis de l'impasse Ronsin. [3]. Les circonstances de ce meurtre n'ont jamais été élucidées. Tous les éléments d'un excellent suspense hitchcockien se trouvaient réunis dans ce fait divers qui montre une fois de plus que la réalité dépasse souvent la fiction. La censure franquiste interdira la publication des photos prises dans la cathédrale de Bayonne, les jugeant irrévérencieuses !        

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Cementerio de Polloe. Foto Vicente Ibaňez, Archivo particular.

Le 23 juillet 1958, Alfred se rend au cimetière de Polloe, à Saint-Sébastien. Il médite longuement devant certaines sépultures et caveaux de famille monumentaux. Certaines de ces photos paraîtront dans Gaceta et dans Paris-Match. N'oublions pas que l'héroïne de Sueurs froides, le film qui vient de sortir en avant-première, est une jeune femme de 26 ans, Madeleine, hantée par le souvenir de son arrière-grand-mère, Carlotta Valdès, suicidée au même âge qu'elle, un siècle plus tôt. Elle se rend souvent sur sa tombe ainsi qu'au musée où est exposé son portrait. Curieusement, Hitchcock fait a posteriori ce qui aurait pu être des « repérages ». Une photo prise à Bayonne montre aussi le couple Hitchcock contemplant la vitrine d'une agence des Pompes funèbres générales. Décidément, la mort obsède Alfred Hitchcock et elle apparaîtra dans le titre de la version française de son prochain film. 

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[1] Vertigo, en version originale. Film de 1958 dont le scénario s'inspire d'un roman de Boileau-Narcejac, D'entre les morts, avec James Stewart, Kim Novak et Barbara Bel Geddes.

[2] En basque, Zazpiak bat signifie « Sept ne font qu'un » : les sept provinces basques (quatre espagnoles et trois françaises) ne forment qu'une seule entité, unies par un idiome qui ne cesse d'intriguer les linguistes,

[3] Armand Lanoux. L'Affaire de l'Impasse Ronsin. Paris, Éditions Aillaud, Bastos & Cie, 1947.

Pour tous renseignements :

Espacio 2016, Easo 43, San Sebastián 20006 (Espagne).
Site : www.dss2016.eu
Courriel : info@dss2016.eu).


Lecture supplémentaire :

Saint-Sébastien 2016, sur les traces de Hitchcock

Jean Leclercq