Fidélité en traduction (suite et fin)

Ce billet est la deuxième partie d'un article publié avec l'autorisation de son auteur, Mme  Nassima El-Médjira, intitulé Fidélité en traduction ou l'éternel souci des traducteurs

Vous trouverez la première partie de cet article en cliquant sur ce lien.

 

Fidélité en traduction ou l'éternel souci des traducteurs
(suite et fin) 

 

Nous remarquons que les traducteurs s'attachent de moins en moins à l'aspect purement linguistique des textes à traduire. Ils prennent en considération d'autres éléments qui entrent en jeu dans la « construction » du texte source, et qui doivent trouver leur place dans le texte cible.

Ces éléments ont été très bien mis en lumière par l'équipe de Paris de l'ESIT, dans leur théorie interprétative de la traduction ou théorie du sens.

La théorie du sens affirme que la traduction est toujours possible pourvu qu'elle ne porte pas sur la langue mais sur le contenu des discours ou des textes. Les adeptes de cette théorie conseillent aux traducteurs de : « ne pas chercher à « traduire », mais de dire ce qu'ils (les traducteurs) comprennent. Pour comprendre correctement, il faut penser à la qualité en laquelle s'exprime l'orateur, penser aux interlocuteurs auxquels il s'adresse, aux circonstances dans lesquelles il parle…  ». La théorie du sens définit des unités du sens auxquelles le traducteur doit être fidèle. Une unité du sens peut être une simple onomatopée comme elle peut nécessiter tout un paragraphe pour s'éclaircir. Sa formation est fonction de plusieurs paramètres : contexte verbal, contexte cognitif, situation… .

Le traducteur doit se rendre compte de tous ses paramètres afin de bien comprendre et, donc, de bien rendre.

L'Ecole de Paris prône la fidélité au sens et rien que le sens. Bien que cette théorie ait fait appel à plusieurs disciplines pour se bâtir, on lui reproche néanmoins de ne pas accorder assez d'importance aux mots qui sont, qu'on le veuille ou non, les matériaux principaux dont dispose le traducteur (P..Newmark).

 

Conclusion

Après ce défilement, qui n'est, certes, pas exhaustif, des différentes conceptions de la notion de fidélité en traduction, la question se pose toujours: qu'est-ce que la fidélité en traduction?

Tout le monde est d'accord contre la littéralité, d'une part — et contre la liberté avec tous ses moyens, d'autre part. Car, on ne cesse de le répéter, les traductions, comme les femmes, pour être parfaites, doivent être à la fois fidèles et belles.

C'est un idéal qui est loin d'être atteint et qui laisse les traducteurs perplexes.

 

Que faire?

 Doit-on rendre la langue, la grammaire, le style?

 Doit-on « importer » le texte-source dans la langue et la culture du lecteur?

 Doit-on « exporter » le lecteur vers la langue et la culture de l'auteur?

 Ou bien doit-on s'efforcer d'assembler tous les processus différents et en faire un seul?

J'invite l'ensemble des traducteurs et traductologues à me donner la réponse.

 

En attendant, je continue de traduire à la manière qui me semble « fidèle ». Cette manière consiste à rendre le sens sans se détacher totalement des aspects linguistiques du texte source: les termes de spécialités, et même d'ordre général, la terminologie, la ponctuation — sauf usage différent dans la langue d'arrivée — et le style doivent, chacun, réapparaître dans le texte-cible, i.e. la traduction. En outre, la traduction doit être aussi lisible que l'original sinon, comme s'est interrogée C. Durieux: « à quoi servirait-elle si elle n'était pas lue? ».

 

 


Comments

One response to “Fidélité en traduction (suite et fin)”

  1. Le sens Avatar
    Le sens

    Après lecture de la seconde partie de l’article de Nassima ,je m’aperçois que , moi la “béotienne ” et elle la spécialiste ,nous nous retrouvons sur bien des points .
    Le “sens “, oui, sinon le texte dans la langue cible devient illisible , et on ferme le livre, mais un respect des aspects linguistiques du texte source “( tiens ,voilà que je parle comme une spécialiste !) sans lequel la traduction ne serait qu’un plat sans sel .Merci à Nassima de continuer à traduire comme elle le fait .