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L’expression anglaise du mois – Warts and all

ou la vérité toute crue

 

L'article qui suit a été adapté par notre fidèle contributrice, Magdalena Chrusciel, à partir d'un article sur le site The Phrase Finder.

 

Quelle est la signification de l’expression « Warts and all » ? La chose telle quelle, « avec les verrues et tout « 

L’origine de l’expression

Peter_Lely - Portrait_of_Oliver_CromwellCe sont les instructions d’Oliver Cromwell au peintre Sir Peter Lely, lors de la commande de son portrait, qui seraient à l’origine de l’expression.

A l’époque où il aurait prononcé ces paroles, Cromwell était Lord Protecteur d’Angleterre, soit le chef du gouvernement. Quant à Lely, devenu portraitiste attitré de Charles I après la restauration de la monarchie en 1660, il fut ensuite nommé peintre principal ordinaire de Charles II.

Comme c’était l’usage de son temps, il cherchait par son style de peinture à flatter son modèle. Les membres de la royauté, notamment, s’attendaient à ce que leurs portraits les représentent sous le meilleur jour possible, voire plus beaux que nature. Ainsi, le portrait de Charles II par Lely le montre tel que ce qu’on pouvait attendre d’une peinture de chef d’Etat au 17e siècle. Les mollets royaux bien formés y sont dépeints à leur avantage – une caractéristique très recherchée à l’époque.

Cromwell, lui, préféra être montré comme un gentilhomme à l’allure martiale ; il était réputé pour être réfractaire à toute forme de vanité personnelle. On oppose souvent le puritain à la tête ronde au fringant cavalier pour rendre compte de la différence de style entre les deux camps opposés dans le Commonwealth britannique, et par la suite à la Restauration. Il est tout à fait plausible qu’il instruisit d’exécuter son portrait sans embellissement d’aucune sorte, tout comme il est peu probable que Lely eût modifié son style en exécutant un portrait « nature » de Cromwell si cela ne lui avait pas été expressément demandé.

“Le football n’est pas une question vitale. C’est bien plus important que cela ! “

Bill Shankly – footballeur et entraineur de football ecossais
 

FIFALes médias ont tellement disserté sur la Coupe du Monde de football qui se déroule actuellement en Russie qu'il est très difficile d'aborder le sujet sous un angle quelque peu original. Donc, nous avons choisi de vous parler d'une technique de frappe du ballon, très en usage non seulement sur les terrains de foot mais aussi dans d'autres sports comme le tennis, le cricket et  le Magnus golf. Nous voulons parler de cet effet aérodynamique qui s'appelle "l'effet Magnus" (ou "la force Magnus")  et qui n'a rien à voir avec l'effet qu'a pu produire le jeune Norvégien Magnus Carlsen depuis qu'il s'est lancé dans le monde des échecs.
Les joueurs les plus célèbres ne savent probablement pas que quand ils font tournoyer [1] la balle avec tant d'habileté, ils profitent effectivement de l'effet Magnus.. [2]

 
 
 

L’effet Magnus, découvert par Heinrich Gustav Magnus (1802-1870), physicien allemand, permet notamment d’expliquer les effets de balle dans le sport et le fonctionnement de certains modes de propulsion. En 1761, un jeune ingénieur britannique, Benjamin Robins, fut le premier à mentionner l'existence d'une force de portance s'exerçant autour d'un corps en rotation. On parle donc aussi de force de Magnus-Robins. (traduit de Wikipedia)
 
Notes linguistiques :

1. Le verbe anglais est to spin (transitif) une balle, ou to put a spin on (intransitif) une balle – en français donner de l'effet à une balle. Le substantif est spin, un mot qui a d’autres sens dans différents contextes.

2. Les règles du football association ont été codifiées en Angleterre en 1863 et le terme de football association a été consacré pour distinguer ce jeu des autres formes de jeu pratiquées à l'époque, singulièrement le rugby. Quant au terme soccer, il est entré dans l’argot étudiant britannique en 1895, par abréviation de l’expression anglaise association football (« assoc. »). Dans le monde anglophone, le football association est désormais appelé football au Royaume-Uni et soccer au Canada et aux Etats-Unis. D'autres pays, comme l'Australie, l'Irlande et la Nouvelle-Zélande peuvent utiliser indifféremment les deux termes. En anglais on ne designe jamais le sport "foot", qui veut dire simplement "pied".
 
  
Le Monde, 05.04.2014
 
Lecture supplémentaire en anglais :
 
Soccer 1 Soccer2

Gold Medal Physics            The Science of Soccer
The Sciences of Sports      
John Eric Goff                           John & Wesson
2009                                           2012
 
Jonathan J. & Jean L.

Emma Ramadan – linguiste du mois de juin 2018

….et trois autres jeunes femmes de lettres

 

Emma RamadanLe prix Albertine est attribué chaque année à New York à la meilleure traduction en langue anglaise d'une œuvre de fiction écrite en français. Les lauréates du prix 2018 sont Anne Garréta et sa traductrice Emma Ramadan pour Not One Day (Pas un jour). Not One Day est paru aux États-Unis chez Deep Vellum. Pas un jour, paru chez Grasset en 2002, avait obtenu le prix Médicis la même année.

« Albertine », le nom du Prix et de la librairie qui l'organise, située au 972, 5ème Avenue, New-York, dans un Albertine bookshop immeuble appartenant au gouvernement français et abritant le Service Culturel de l'Ambassade de France, est celui du personnage d'À la recherche du temps perdu de Marcel Proust, Albertine Simonet, amante du narrateur Marcel. Albertine apparaît dans plusieurs des sept volumes de l’œuvre, notamment dans À l'ombre des jeunes filles en fleurs (1919), Sodome et Gomorrhe (1921/1922) et La Prisonnière (1923). 

La cérémonie de remise du Prix s'est déroulée le 6 juin 2018 à la librairie Albertine en présence de Lydia Davis et François Busnel, coprésidents. Elle s'est clôturée par une conversation entre François Busnel, Anne Garréta et Emma Ramadan.

 

Ramadan & garréta (cropped)

Emma Ramadan et Anne Garétta


Normalienne et maître de conférences à l'université de Rennes II depuis 1995, Anne Garréta est membre de l'Oulipo (Ouvroir de Anne Garreta
Littérature Potentielle) depuis avril 2000. Elle enseigne également les littératures française et romanes à l'université Duke à Durham, en Caroline du Nord.

Son premier roman, Sphinx (Grasset), a été salué par la critique à sa sortie en 1986. Le deuxième, Pas un jour, a reçu le prestigieux prix Médicis en 2002. Dans son quatrième roman, La décomposition (Grasset, 1999), un tueur en série élimine méthodiquement les personnages d'À la recherche du temps perdu…

Emma Ramadan est traductrice littéraire, elle vit à Providence, dans le Rhode Island, où elle a récemment ouvert Riffraff, une librairie-bar. Elle a été récipiendaire de deux bourses de traduction (PEN/Heim et NEA), et d'une bourse Fullbright pour aller étudier au Maroc. Elle a notamment traduit Sphinx et Pas un jour d'Anne Garréta, L’Étrange Affaire du pantalon de Dassoukine de Fouad Laroui (Julliard, 2012) , Monospace d'Anne Parian (P.O.L, 2007) et 33 sonnets plats de Frédéric Forte (Éditions de l'Attente, 2012). Parmi ses traductions à paraître figurent aussi Les jolies choses de Virginie Despentes (Grasset, 1998), Je vous écris de Téhéran de Delphine Minoui (Éditions du Seuil, 2015), et Le Garçon (Zulma, 2016)  de Marcus Matle.


Olivia snaijeL'interview de ce mois a été réalisée par Olivia Snaije, journaliste et éditrice basée à Paris. Elle a paru en anglais sur le site de Bookwitty. Mme. Snaije et Mme. Ramadan ont aimablement accepté de nous permettre d’un  publier une traduction en fran
çais.

 

Désirant nous assurer d’une traduction de haute qualité, nous avons requis les précieux services d’Océane Bies, traductrice littéraire, qui, avec sa mère Nadine Gassie a été notre linguiste du mois d’avril 2017. Nous la remercions infiniment d’avoir traduit le texte suivant.

  Oceane Bies

Projet de route francophone en Nouvelle-Angleterre ?

Un itinéraire touristique dans l'est des États Unis reliant les villes francophones du Maine, du New Hampshire, du Massachusetts et du Rhode Island sera inauguré à la fin de l’été 2019.

  ROUTE

Existe-t-il un point commun entre Lewiston et Biddeford, dans le Maine, Manchester dans le ,New Hampshire, et Woonsocket, dans le Rhode Island ? Il semble bien puisqu''il y a un siècle, plus de la moitié de la population de ces villes américaines parlait français. En effet, on estime que, de 1840 à 1930, environ un million de Canadiens francophones ont quitté la province de Québec pour aller travailler dans les villes ouvrières de la Nouvelle-Angleterre, berceau de la révolution industrielle en Amérique du Nord.

Cet exode s'explique par la présence de familles nombreuses au Canada et la pénurie e main-d’œuvre de l'autre côté de la frontière. Du côté américain, les usines de caoutchouc et les peignages et les filatures -  industries de main-d'œuvre – se multiplient dans le nord-est des Etats-Unis. Comme la Nature a horreur du vide, les industriels  se tournent donc vers le voisin québécois  Des recruteurs sillonnent les campagnes. En 1850, la commune de Saint-Ours, dans la vallée du Richelieu, au sud-est de Montréal, fournit  à elle seule 27% des migrants employés dans les filatures de Woonsocket (Rhode Island). La migration s’accélère avec la guerre de Sécession, car il faut remplacer les hommes partis au front. En 1920, les trois-quarts de la ville parlent français.

      Boutique

Une boutique québécoise à Manchester (New Hampshire)  vers 1915.
Le patronyme Parizeau fleure bon la Saintonge,
l'une des provinces françaises d'où partirent beaucoup d'émigrants. © Ulric Bourgeois

« Le français n’est plus autant parlé en Nouvelle-Angleterre de nos jours », regrette Anne Conway, la directrice du musée consacré à l’histoire des migrants francophones à Woonsocket. La culture franco-québécoise, cependant, est toujours présente dans la région. Elle est préservée par plusieurs musées, universités, sociétés de généalogie et associations francophones. Les plats servis lors des fêtes de fin d’année sont typiquement québécois :les cretons, la tourtière, le ragoût de boulettes, la tarte à la ferlouche [1] ou encore le pouding chômeur.

Un itinéraire de 750 kilomètres

Les villes de Woonsocket, Manchester, Biddeford et Lewiston pourraient bientôt partager plus qu’un passé et des spécialités gastronomiques. Le maire de Québec, l’un des fondateurs du Réseau des villes francophones et francophiles d’Amérique, a récemment encouragé les 140 agglomérations membres de l’association à « travailler ensemble » et à « créer des routes » entre elles. Une consigne appliquée à la lettre.

La « Franco-Route of New England », prévue pour la fin de l’été 2019, reliera les villes de Lewiston et Biddeford dans le Maine, Manchester dans le New Hampshire et Woonsocket dans le Rhode Island, membres du Réseau des villes francophones. Un itinéraire de 750 kilomètres. Dans chaque ville étape, les restaurants seront invités à traduire leur carte en français et à proposer des spécialités québécoises. Le projet, qui a reçu le soutien de la Délégation du Québec à Boston, intéresse désormais également les villes de Lowell et Salem, dans le Massachusetts, et de Skowhegan, dans le Maine.

« Cette route existe déjà », sourit Anne Conway, la déléguée du Réseau des villes francophones et francophiles d’Amérique à Woonsocket. « C’est l’Interstate 95 : nombre de Québécois l’empruntent pour aller faire des recherches généalogiques aux Etats-Unis ou visiter le lieu de naissance de leurs grands-parents. Mais officialiser ce lien favorisera les échanges entre les villes francophones de la Nouvelle-Angleterre. »

Jean Leclercq

[1] Selon Jeanne Benoît, grande prêtresse de la cuisine québécoise, la tarte à la ferlouche se prépare ainsi :

Prévoir :

une tasse de farine,

une tasse de mélasse,

une tasse d'eau,

une 1/2 tasse de raisins secs,

une 1/2 cuillière à soupe de beurre,

un fond de tarte cuit.

Mettre dans une casserole la farine, la mélasse et l'eau. Delayer le tout et faire cuire jusqu'à consistance de crème épaisse et lisse, en brassant sans arrêt. Ajouter ensuite les raisins secs. Lorsque le mélange devient transparent, ajouter le beurre et verser dans le fond de tarte cuit et servir froid.

L'article ci-dessus est, pour l'essentiel, repris de l'hebdomadaire  France-Amérique du 5 octobre 2017.

Lectures supplémentaires:

La Ruée vers le Sud : Migrations du Canada vers les États-Unis, 1840-1930

Bonjour, America
New York Times
23 July, 2013

 

 

1968 – Quelques souvenirs personnels

Il est des événements historiques qui ont eu un tel retentissement dans le monde que ceux qui les ont vécus (tout au moins à l'âge adulte) se souviennent très exactement de l'endroit où ils se trouvaient lorsqu'il ont appris la nouvelle.  Tel fut le cas pour l'assassinat de John F. Kennedy, le 22 novembre 1963, à l'âge de 46 ans. Beaucoup de gens, nés dans les années quarante ou avant cela, se souviennent de l'endroit où ils se trouvaient lorsque la nouvelle s'est répandue dans le monde.

JFK funeral

Jacqueline Kennedy, veuve de John Kennedy, aux funérailles de celui-ci, avec sa fille Caroline (actuellement ambassadrice des États-Unis au Japon) et son fils, John F. Kennedy, Jr., mort à  l’âge de 38 ans, dans un accident d'avion. À droite, Robert Kennedy.


L'assassinat, moins de cinq ans plus tard, d'un frère cadet du président, Robert (dit Bobby) Francis Kennedy, le 5 juin 1968, à l'âge de 42 ans, n'a pas laissé une empreinte aussi forte dans les esprits. (Je me souviens l'avoir appris à la radio, dans un taxi de Tel Aviv.)  Alors qu'il venait de remporter les primaires de Californie et faisait figure de favori démocrate aux prochaines
élections présidentielles, Robert Kennedy fut abattu par
Sirhan B. Sirhan (condamné à mort, peine commuée en prison à vie en 1972, actuellement âgé de 74 ans). “Bobby” a été assassasiné juste après avoir prononcé son discours de victoire à l'hôtel Ambassador de Los Angeles, alors qu'il quittait les lieux par une sortie menant aux cuisines de l'hôtel.   

            RFK 2  


              Photos prises à quelques minutes d'intervalle
                   à l'hôtel Ambassador de Los Angeles.

RFK SchoolsLongtemps demeuré dans le centre de Los Angeles, l'hôtel Ambassador a ensuite été démoli  en 2005 pour céder la place aux  Robert F. Kennedy Community Schoolsun groupe scolaire occupant un vaste espace. Dans le cadre de mon activité d'interprète, je suis appelé à intervenir de temps en temps dans ces écoles, souvent pour des parents originaires d'Afrique. (Ces écoles sont ethniquement très mélangées ; les directeurs, enseignants et élèves y sont de toutes races et ethnies. Cela tranche radicalement avec les écoles exclusivement blanches et masculines de l'Afrique du Sud de l'apartheid où j'ai fait mes études.)

 

J'écris ces lignes en attendant d'interpréter. Je songe à l'année 1968, au cours de laquelle Bobby Kennedy a été tué.  À mon micro-niveau personnel, cette année a une valeur historique en ce sens qu'elle fut celle de la naissance de mon fils aîné. Au macro-niveau collectif, ce fut aussi une des années les plus tumultueuses du 20ème siècle. Pour les Français, elle sera Cohn-Benditle plus étroitement associée aux émeutes étudiantes lancées par Daniel Cohn-Bendit à l'université de Nanterre en mai et qui déclenchèrent une série d'événements menant la France au bord de la révolution. Mais, d'autres événements importants se déroulèrent également dans le monde au cours de cette année-là. 

En janvier, le Vietnam du Nord lança l'offensive dite du Têt contre les Etats-Unis et le Vietnam du Sud, marquant le début du désengagement américain du conflit vietnamien. 

Le 4 avril, Martin Luther King Jr. fut assassiné et la nouvelle en fut annoncée au monde par Robert Kennedy.

MLK assassination


À Paris, toujours en avril, des chirurgiens de l'hôpital de la Pitié-Salpétrière réalisèrent la première greffe du cœur en Europe.

En août, les espoirs de libéralisation du Printemps de Prague s'évanouirent Prague 1968avec l'irruption de blindés et d'avions soviétiques en Tchécoslovaquie, à l'occasion de la plus vaste opération militaire entreprise en Europe depuis la dernière guerre mondiale.


Pendant les Jeux Olympiques organisés à Mexico en octobre, deux athlètes noirs américains ont silencieusement protesté contre la ségrégation raciale Olympicgames 68aux États-Unis. Lors de la remise des médailles d'or et de bronze du 200 m., les deux coureurs baissèrent la tête et levèrent un poing ganté de noir pendant l'exécution de l'hymne national américain, geste décisif pour le mouvement en faveur des droits civiques des minorités aux États-Unis. 


Enfin, en décembre 1968, Apollo est devenu le premier The Apollo
vaisseau spatial habité à orbiter autour de la lune. La veille de Noël, trois astronautes ont tourné dix fois autour de la lune à la vitesse record de près de 40.000 km/h.  

Avec ceux de nos lecteurs tentés par l'approche uchronique de l'histoire [1], je me suis plu à rêver à ce qu'il serait advenu des États-Unis et du monde si Robert Kennedy n'avait pas été tué et s'il était devenu Président de l'Union, au lieu du candidat républicain, Richard Nixon.

Comme toutes les bonnes choses, mes brèves réflexions sur les problèmes Eduspeakdu  monde ont une fin. Il me faut maintenant m'attaquer mentalement au problème aussi banal que redoutable de la maîtrise du “jargon-pédago”, et cela afin de traduire des termes comme auditory processing disorders (troubles du traitement auditif), sensory motor skills (aptitudes senso-motrices), contextualized information (information contextualisée), attention deficit (déficience de l'attention) and asynchronous learning (apprentissage asynchrone).

Peut-être devrais-je changer de nom et m'appeler Goodluck Jonathan.

 

« Qui ose échouer superbement, peut seul réussir un jour superbement.»

« Il y a ceux qui regardent les choses telles qu'elles sont et se demandent pourquoi… Je rêve de choses qui n'ont jamais existé et je demande pourquoi pas ? »

                                   Robert F. Kennedy

 

Lectures complémentaires:

What if Bobby Kennedy Had Become President?
Newsweek, 1 June 2008

Key figures associated with RFK’s assassination
NBC News, 9 July 2013

Éloge funèbre de Robert F. Kennedy par le sénateur Edward (dit “Ted”) Kennedy (5;36 minutes)

 

 Jonathan G.   Traduction : Jean  Leclercq



[1] L'ukronie est “une histoire refaite en pensée, telle qu'elle aurait pu être et qu'elle n'a pas été.” Ses propositions commencent toujours par “si” : si le nez de Cléopâtre, si la Garonne avait voulu, si Napoléon avait gagné à Waterloo ou si l'attentat ourdi contre Hitler en janvier 1945 avait réussi, etc.

 

L’anglais américain et l’anglais britannique – une perspective personnelle

"We have really everything in common with America nowadays, except, of course, language", Oscar Wilde, The Canterville Ghost (1887)

Laura ValletDans le cadre du fameux programme d’échange Erasmus et en tant qu’étudiante en Master d’Anglais, j’ai étudié à Swansea, au Pays de Galles. Les frais d’inscription élevés rendent la qualité de l’enseignement ainsi que la vie universitaire bien meilleure qu’en France, où les frais d’inscription sont peu élevés. Le rapport élève-professeur notamment est plus valorisé au Royaume Uni. J’ajouterais aussi que les étudiants y sont notés plus généreusement que dans les universités françaises, qui connaissent un taux d’échec relativement élevé, surtout en 1ère année.

Alors qu’en France, les cours sont majoritairement imposés, le système britannique permet aux étudiants de choisir les cours de leur choix. Par ailleurs, l’université de Swansea est réputée pour ses cours de traduction. J’en ai donc profité pour choisir des cours pratiques et théoriques sur la traduction parmi lesquels une introduction à la théorie de la traduction, un cours de traduction assistée par ordinateur, de traduction automatique,…

Je vis maintenant aux Etats-Unis pour quelques mois et avoir vécu dans ces deux pays m’offre une perspective plus large sur les différences entre l’anglais britannique et américain.

Toute personne ayant un intérêt dans la langue anglaise sait que l’anglais américain et l’anglais britannique diffèrent en plusieurs points : prononciation, vocabulaire, orthographe, etc…

De nombreux exemples sont répertoriés dans les dictionnaires français-anglais. Ainsi, et pour n’en citer que quelques uns, « frange » se traduit à la fois par « bangs » (US) et « fringe » (Br.), tout comme « camion » a pour traduction « truck » (US) et « lorry » (Br.), « faveur » peut s’écrire « favor » (US) ou « favour » (Br.) de même que « centre » à deux orthographes possibles : « center » (US) et « centre » (Br.).

Mais comme souvent, la théorie s’avère insuffisante et seule une immersion totale en milieu anglophone permet d’appréhender pleinement les subtilités des deux  "langues".

Ainsi, les britanniques vivent dans un « flat » et non un « apartment », ils agrémentent leur « Hi ! » d’un « Y’alright », au lieu de « How are you ? » et vous remercient par un « Cheers  mate » quand les Américains diront plutôt « Thanks man ».

De la même manière, l’étudiant britannique « revises » (verbe) quand l’américain « studies », et conclue ses sms par un « XXX », qui se traduit par « bisous ».

Bien que « cool », « great » et autres « amazing » soient tout à fait monnaie courante au Royaume Uni, ses habitants ont tendance à montrer leur enthousiasme pour quelque chose en le qualifiant de « lush ».

Alors que les Américains désignent un coffre de voiture par le mot « trunk » et font le plein de « gas », les Britanniques parlent de « boot » et de « petrol ».

D’autres termes très utilisés au Royaume Uni mais peu, voire pas du tout aux Etats Unis sont « proper », « in a bit » et « chav ». Ce dernier renvoie au français « racaille », un terme péjoratif désignant des délinquants avec un code vestimentaire particulier. Ce concept n’a à ma connaissance pas d’équivalent au Etats Unis, où la délinquance se décrit plutôt en termes d’ethnicité et est représentée par différent « gangs ».

Une autre différence majeure est qu’alors que le terme américain pour désigner l’université est « college » ou « school », les britanniques ont systématiquement recours à l’abréviation « uni », un terme totalement inconnu de l’autre côté de l’Atlantique.

Pour conclure, telles deux sœurs jumelles qui auraient grandi dans deux coins du globe opposés, l’anglais américain et britannique ont malgré leur évidente  unité, de nombreuses différences.

Laura Vallet

Si vous aussi vous avez étudié au Royaume Uni et aux Etats-Unis, nous vous invitons à partager votre expérience.

Lectures supplémentaires :

UK to USA Dictionary (Claudine Dervaes)

The UK to USA Dictionary British English vs. American English

Claudine Dervais & John Hunter

January 2012

 

The Progigal Tongue (Lynne Murphy)

The Prodigal Tongue: The Love-Hate Relationship between American and British English

Lynne Murphy

April 2018

 

 

 

 

 

 

 

 

Àlvaro Mira, linguiste du mois de mai 2018


Alvaro MiraNous avons choisi notre linguiste du mois suite à une rencontre fortuite avec lui lors d'un récent séjour à Barcelone. Àlvaro travaille comme guide touristique au
Gran Teatre del Liceu (Opéra de Barcelone), situé sur la Rambla, haut-lieu culturel de la ville depuis 1847, et centre d'arts. L'Opéra propose aux groupes et particuliers d'excellentes visites guidées en catalan, espagnol, anglais et français de ses magnifiques bâtiments. Lorsque je suis allé réserver une visite pour moi et mon épouse, c'est Àlvaro qui m'a accueilli, et j'ai été immédiatement impressionné par le haut niveau de son anglais oral. En conversant avec lui, j'ai appris que son amour des langues remontait à un très jeune âge, et que dans son CV impressionnant figurait une année d'études à l'Université Lumière Lyon 2.

À l'âge de 21 ans seulement, Àlvaro Mira possède déjà (en plus de sa langue maternelle le catalan), une solide connaissance de l'espagnol, de l'anglais et du français, et je pense pouvoir lui prédire une brillante carrière dans le domaine linguistique qu'il choisira.

Jonathan G.

ORIGINAL ENGLISH TEXT.  TRADUCTION: Nadine Gassie

J.G.: Où êtes-vous né et quelle langue parliez-vous à la maison ?

A.M. : Je suis né à Barcelone. Enfant, je parlais catalan avec mes parents et espagnol avec mes grands-parents et ma grand-tante.


J.G. : À quel âge avez-vous été exposé à une autre langue ?

A.M. : À 3 ans, à l'école maternelle : on nous enseignait des rudiments d'anglais. Mais l'enseignement véritable n'a commencé qu'à l'âge de 12 ans. J'ai aussi pris des cours particuliers.


J.G.: Qu'est-ce qui vous motivait, à cet âge, pour apprendre l'anglais ?

A.M. : Au départ, l'anglais m'intéressait beaucoup parce que j'étais fan de Bruno Mars, de Joe Jonas et d'autres artistes américains. Ensuite, je suis passé à autre chose, mais mon amour pour l'anglais est resté.


J.G.: Avez-vous pu aller à l'étranger pratiquer votre anglais ?

A.M. : Oui. Après avoir reçu un étudiant suédois à Barcelone, j'ai moi-même été accueilli deux fois en Suède, à Forsheda, en 2013 et 2014, une semaine entière à chaque fois. Je communiquais en anglais avec mon correspondant suédois et avec ses parents. Entre les deux séjours, j'ai obtenu le Cambridge English First, attestant que mon niveau d'anglais est suffisant pour vivre dans un pays anglophone. J'ai aussi fait deux séjours linguistiques en immersion en Californie avec Cultural Homestay International. Nous avions cours le matin et participions à des activités l'après-midi. Je pouvais aussi dialoguer en anglais avec ma famille d'accueil américaine. C'est tellement plus facile d'apprendre une langue quand on s'amuse. Ensuite, j'ai donné des cours d'anglais à des élèves de 12 à 18 ans.

J.G.: D'où vous vient votre aisance en français ?

A.M. : J'ai trouvé le français relativement facile quand j'ai commencé à l'étudier au lycée. Cela tient en partie à ses racines communes avec le catalan, qui rendent français et catalan plus proches, sur certains plans, que français et espagnol. Pour approfondir mes connaissances de base, j'ai candidaté pour une bourse Erasmus, que j'ai obtenue, pour aller étudier la traduction français-espagnol en France, avec un cours spécial de Grammaire contrastive pour hispanophones. J'étudie actuellement la traduction et l'interprétariat vers l'anglais et le français.


J.G. : Quel est votre niveau d'études et qu'avez-vous prévu pour la suite ?

A.M. : J'ai intégré le cursus de licence en traduction et interprétariat vers l'anglais et le français à l'Universitat Pompeu Fabra de Barcelone en 2015. Après ma licence, j'ai l'intention de poursuivre avec un Master, mais je n'ai pas encore choisi la spécialité. Je trouve la traduction juridique et la traduction multimédia particulièrement intéressantes, mais l'interprétariat est aussi une activité dans laquelle je me sens très à l'aise.

J.G. : Que pensez-vous de la traduction automatique ?

A.M. : Je ne crois pas qu'elle remplacera jamais les humains, compte tenu des subtilités et des nuances propres à chaque langue et de la nécessité de réduire leurs écarts. D'un point de vue professionnel, il est certain qu'un logiciel de traduction automatique peut être considéré comme un outil de travail. Mais on ne devrait jamais considérer la traduction automatique comme l'unique moyen de traduire.


J.G.: Dans un numéro récent de The Economist, un article sur la Catalogne se termine par ces mots : « Ce qui apparaît plus clairement, c'est que la société catalane reste fracturée par le milieu. » Croyez-vous que la composante linguistique joue ? La situation serait-elle pire si la langue catalane ne jouait pas un rôle unificateur entre les deux camps ?

A.M. : Des études récentes ont montré que les citoyens dont le Catalan est la langue maternelle sont plus enclins à souhaiter l'indépendance de la Catalogne. Pour ma part, j'aimerais que la langue catalane soit un outil pour tout le monde, et pas seulement pour quelques-uns. Je pense que tout un chacun devrait pouvoir utiliser les deux langues quelles que soit ses origines ou son orientation politique.

Paris, May 1968: a personal reminiscence.

Prof Kopelman Our newest contributor, Michael Kopelman, is  a distinguished  British neuropsychiatrist. Almost exactly fifty years ago, while in Paris studying French at the Alliance Française, he became caught up in the student riots. We asked him to give our readers the perspective of a Brit who experienced these historic events at close range.  His account follows below.

 

Fifty years later, Michael Kopelman is Emeritus Professor of Neuropsychiatry at King’s College London. He formerly ran a clinical service at St Thomas’s Hospital, London. His research has been on the neuropsychology of memory disorders, including aspects of autobiographical memory and confabulation.

Paris, 1968: It was chilly in March, but the sun came out in April, and Paris blossomed.  In May, the city erupted.  I was studying French at L’Alliance Française in Boulevard Raspail.  I was in my ‘gap year’ (though the term was not then used) staying, together with a school friend, at the top of a small hotel at the crossroads between Montparnasse and the St Michel – a superb location, but the room was cheap because (in those days) the hotel lacked a lift and we were staying for several weeks. 

Walking along Boulevard Saint-Germain one afternoon at about 3 p.m. [from subsequent histories, I think that this must have been Thursday 2nd, or possibly Wednesday 1st,  May], we heard shouts ahead of us, whistles, and drumming that appeared to be coming from the St Michel. As we approached, the noise became louder and, as the St Michel came into view, we saw that marchers were processing from North to South towards the Sorbonne, waving banners and flags, and blowing whistles and horns. Soon the marchers were gone, the sounds becoming more distant, but, as we turned into the St Michel, we could hear still the marchers ahead of us. Suddenly, there was what sounded like an explosion, the shouting intensified; there was screaming and the thumps of running. It was not clear what was going on ahead, but it sounded as if the marchers had clashed with the police. Then, out of nowhere, we were enveloped in a fog of tear gas. Our eyes were sore, we coughed and spluttered, but we bent our heads down and proceeded forward till it had cleared. As we emerged, we found ourselves at another junction. The marchers had disappeared. The police stood in the middle of the crossroads in their helmets, truncheons and shields, shouting angry commands at passers-by and observers, a large mingling crowd, now mainly elderly people and tourists. Across the road, we saw our French teacher from l’Alliance Française, but she was too distant in the melange for us to speak to her. 

The next morning, as we walked through the Luxembourg gardens, all was utterly calm. Another beautifully sunny day. There was no sign that anything unusual had happened the day before, but the events of the previous day were the ‘hot’ topic of discussion at L’Alliance Francaise that morning. There were more protests that afternoon and evening, and when we arrived at L’Alliance the next time, we saw that the iron gates to the entrance were closed and chained with padlocks. A placard on the gates read: ‘À cause des événements recents, l’école est fermée aujourd’hui’. The school remained ‘fermée’ for the rest of the month.

Jpeg - Torn up street with police looking on

photos by Michael Kopelman
Paris -May 1968

 

That Friday evening was eventful. Early in the evening, there was shouting and drumming from the sports centre/student accommodation two doors to the right of us, as students taunted the police who had amassed outside the building.  The students started to throw projectiles down at the police, who angrily threw them back, and we heard the smashing of glass.  This lasted an hour or more.  Later that night, we heard the shouts and bangings of the protesters, who had lit a bonfire in the middle of the crossroads between Montparnasse and the St Michel.  From our room, we could observe the students watching the fire excitedly, singing and chanting, until the approach of police sirens.  The police arrived, attempted to put out the fire (which was now huge), and then stood in line passively observing the fire until it died away. Eventually, the police departed, but we were awakened several times that night, as this cycle (students starting a fire, then fleeing, the police arriving and attempting to put it out) repeated itself twice more during the course of the night. 

Jpeg - Police watching a fire burn down at the crossroads between Montparnasse and the St Michel

During the next few days and weeks, the police massively over-reacted to what had commenced as relatively minor protests – charging at groups of students with their heavy batons, themselves protected by their Romanesque shields and helmets. Onlookers were arrested (including many foreigners and elderly people), and taken off in black police vans, which were everywhere to be seen.  The entrance to the Sorbonne was sealed off by a line of police wielding their truncheons.  All this fanned the flames of protest. L’Odeon was seized by protesters, and became the forum for ideological debate and revolutionary declamation. The cobbled streets were torn up, and the cobbles piled on to street barricades. In the mornings, burnt-out cars were seen on the side-streets. Trade unions joined the protesters, culminating in a general strike in which two million people marched down Boulevard Saint-Michel, observed by two English ex-schoolboys from their hotel balcony. 

Jpeg - The general strike

One day, walking down the St Michel, we found ourselves in the middle of another demonstration. People were milling around, holding posters and placards, shouting and blowing whistles in the middle of a busy crossroad.  Then the police appeared to the north, carrying their batons, bearing their shields and helmets, eyes covered with masks. They grouped themselves together, then charged southward down Boulevard Saint-Michel, and we found ourselves in the middle of a street battle beneath the blossoming Parisian trees. I pulled out my Yashica-Mat, and photographed a policeman as he pulled his truncheon back behind his head, about to smash it down on a young man, who held up his arm limply in self-defence as he tried to flee. All around, young people were running, some with head in hands, as the police advanced with angry determination.  Just after I had taken the shot, I myself was confronted by a red-faced policeman, screaming at me to hand over my camera, and gesticulating towards a black police van, which I remember as being located off to my right [or is this detail a confabulation in my memory?]. I knew perfectly well what he was saying but, as he grew angrier, I kept repeating in English: “I’m English.  I don’t understand!”  Fortunately, after what seemed like several minutes, but was probably less than a minute, he let me go. As I resumed my walk briskly southward towards Montparnasse, I experienced tingles of relief, as I left the shouting and screaming behind me.

 

Jpeg - Police not wanting to be photographed

                                                     photos by Michael Kopelman
Michael D Kopelman

Additional reading:

"L'héritage" Is in the Streets: The Text, Images and Legacy of May 1968

 

1968: Radical Protest and Its Enemies by [Vinen, Richard]   ParisRiots - Beauty book cover
Richard Vinen, 2018  Johan Kugelberg, 2011

 

Quand la littérature et l’histoire se conjuguent

Trois réfugiés – trois livres

 

KoestlerDans un article publié sur ce blog le 6 mai 2016, intitulé Témoin, écrivain, multilingue et inspirateur : Qui est-il ?’, nous avions brièvement évoqué l’histoire d’Arthur Koestler, grand intellectuel juif, qui écrivit en hongrois, en allemand et en anglais. Parmi ses multiples ouvrages, Sonnenfinsternis (Le Zéro et l’Infini) est devenu le manifeste de l'anti-totalitarisme et a influencé toute une génération d'intellectuels.

En 1938, Koestler se réfugie en France où il écrit Sonnenfinsternis en allemand (c'est le deuxième volume d'une trilogie commencée en hongrois). Après son arrestation par les Nazis et son internement au camp du Vernet-d'Ariège, Koestler est libéré et projette de fuir la France. Sa compagne britannique, avec laquelle il vit à Paris, traduit le livre en anglais. Ensemble, ils établissent un premier jet complet en anglais qu'ils envoient à son éditeur londonien le 1er mai 1940. Alors qu’il fuit vers le sud pour échapper à l'avancée des troupes allemandes, Koestler s'aperçoit qu’il a perdu le manuscrit allemand, avant même d'être parvenu à le faire publier. (Il en a cependant laissé une copie carbone à Paris, et une autre chez un ami à Limoges.) Il s'installe outre-Manche et adopte l'anglais comme langue d'écriture. Il actualise la traduction anglaise qui sera publiée en 1940. Le livre sera ensuite traduit en allemand, langue dans laquelle avait été rédigée la toute première version. Voilà donc un livre qui n'existe qu'en traduction. Il sera ensuite traduit dans des dizaines de langues, mais toujours à partir de la version anglaise, elle-même en grande partie traduite. Toutefois, 75 ans plus tard, en août 2015, on apprit qu'un éditeur suisse avait reçu une copie carbone du manuscrit allemand dactylographié, resté enfoui et inconnu dans une bibliothèque de Zurich… Affaire à suivre.

 

Francoise FrenkelRien où poser sa tête, Françoise Frenkel. (Édition Folio, février 2018)

Ce livre, écrit en français (et traduit pour la première fois en anglais – No Place to Lay One’s Head – ,  par Stephanie Smee; Pushkin Press, January 2018 ) est également l'œuvre d’une réfugiée de la Seconde Guerre mondiale, une Juive polonaise qui elle aussi dut fuir, et choisit plus tard de s’exiler en Suisse.

 

Magdalena newUne recension de la traduction anglaise est parue récemment dans l’hebdomadaire britannique The Economist. Notre fidèle contributrice, Magdalena Chrusciel, traductrice jurée français-anglais-polonais – qui a elle aussi adopté le français comme langue maternelle –, a bien voulu adapter cette recension en français, en hommage à l'auteure du livre.

« En 1921, Françoise Frenkel, jeune femme polonaise de confession juive, ouvre la première librairie française de Berlin. Elle en parle comme de sa "vocation" alors qu’un ami ose le mot de "croisade". L'aventure attire auteurs, artistes, diplomates et célébrités. À bien des égards, à ses débuts, la librairie est une plaque tournante intellectuelle. Pendant les années sombres, elle deviendra pour certains un refuge, un lieu où se reposer l'esprit – une bouffée d’air frais. Mais en juillet 1939, Frenkel doit se rendre à l’évidence : les auteurs sur liste noire et les journaux confisqués ne lui permettent pas d'assurer sa subsistance et les persécutions et violences croissantes deviennent une menace pour sa vie.

Frenkel ferme alors sa librairie et quitte l'Allemagne pour la France occupée, où elle passera quatre ans. Miraculeusement, elle y a survécu, et a ainsi pu raconter son histoire. Rien où poser sa tête a été écrit et publié alors que Frenkel s’était exilée en Suisse. Le livre a ensuite disparu pendant des décennies, pour réapparaître en 2010, dans un marché aux puces. Il a alors été réédité en français. Frenkel est décédée à Nice en 1975.

Le chapitre d'ouverture traite de l’enfance remplie de livres de Frenkel et de ses études à Paris, avant de couvrir ses années de libraire, avec ses hauts et ses bas. Toute la suite – en fait, la plus grande partie du récit –, est consacrée à sa lutte pour la survie dans le sud de la France. C’est grâce à son tempérament plein de ressources, et à l’aide d’inconnus, que Frenkel a pu se cacher, passant d’un abri à un autre. Elle décrit la difficulté d’obtenir un permis de résidence et l'injustice de l'arrestation. Elle évoque la souffrance d’avoir été coupée de sa famille et de ses amis, de même que l’horreur des répressions et des rafles nazies. La tension monte lorsque traquée, risquant la déportation, elle n'a d’autre choix que de fuir en traversant la frontière.

Une préface de Patrick Modiano, prix Nobel de littérature, et un dossier de 30 pages ajoutent un contexte supplémentaire au récit. Mais l'histoire de Frenkel pourrait se passer de tout commentaire. Elle est tout à la fois une peinture lumineuse de la France en temps de guerre, et un récit poignant de la résistance et du défi propres à son auteure. Tout du long, Frenkel dresse un tableau candide de ses peurs et de ses épreuves (envisageant même, à un moment, de prendre « la sortie ultime »), alors qu'elle poursuit son combat, refusant d'être vaincue. Qu'elle soit évacuée ou réfugiée, fugitive ou captive, le lecteur est rivé à chacune des étapes de son parcours. »

Irene NemirovskySuite française (Édition Denoël, 2004est une autre œuvre, posthume celle-là, à avoir connu une destinée extraordinaire. Le manuscrit d’Irène Némirovsky, écrivaine juive ukrainienne de langue française, morte en déportation en 1942, ne fut découvert par ses filles qu’en 1990. Elles ne commenceront qu'en 1995 à en transcrire certains passages.

Le roman a reçu le prix Renaudot en 2004, faisant connaître l’écrivaine à nouveau. Émigrée en France dès 1919, elle y avait publié des romans à succès, tels David Golder, dans lequel elle brosse un portrait sans concession de la bourgeoisie de l’entre-deux-guerres. Roman inachevé en raison de la mort de son auteure, Suite française devait comporter cinq parties ; il n’en paraîtra que deux.

De Saint-Pétersbourg à Paris, en passant par Kiev et Nice, entre une mère défaillante issue de la grande bourgeoisie et un père self-made-man francophile, nouvelliste et critique, la vie d’Irène est un roman à part entière. Portée par son succès littéraire, Irène se croira protégée par la France. Mais interdite de publication par Vichy, et sa naturalisation française lui ayant été refusée, elle sera déportée à Auschwitz où elle mourra en l’espace d’un mois…

Dans les deux parties du roman publiées – « Tempête en juin » et « Dolce » –  elle dépeint la fuite de Paris vers le sud de quelques personnages, presque tous y perdant leur vernis de civilisation. Dans « Dolce », c’est la vie sous l’Occupation, avec les différences, mais aussi les sympathies, entre soldats et habitants de la campagne française.

Suite française a été adapté au cinéma en 2015, avec notamment Michelle Williams, Kristin Scott Thomas et Lambert Wilson.

Suite_Francaise

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