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Veni, vidi, vici : les dictionnaires visuels

 Meertens

Nous sommes heureux de retrouver notre contributeur fidèle, René Meertens, traducteur de  langue française, lexicographe  et animateur du blog Guide Meertens. [*]

Le mot « dictionnaire » évoque aussitôt un fort volume répertoriant des milliers de mots, eux-mêmes définis ou traduits par des myriades d'autres mots. Cette conception traditionnelle du dictionnaire privilégie l'hémisphère gauche de notre cerveau, réceptif à une présentation cartésienne de l'information.

Devons-nous pour autant laisser inactif notre hémisphère droit ?

VisuwordsC'est lui que Visuwords stimule en privilégiant la représentation visuelle. Ce dictionnaire unilingue anglais en ligne, gratuit et ne nécessitant aucune inscription, repose sur WordNet, base de données créée par des étudiants et des linguistes de l'université de Princeton. Il est sélectif, c'est-à-dire qu'il ne porte que sur un nombre limité de mots.

Il suffit de taper le terme qui vous intéresse dans le champ « visualize a word » et d'appuyer sur la touche « Entrée » pour que toute une arborescence centrée sur ce mot s'affiche à l'écran.

Les différentes couleurs correspondent aux parties du discours et au type d'association. La signification des couleurs est indiquée sur la partie gauche de l'écran. Survolez les synonymes à l'aide de la souris et vous obtenez des définitions, parfois complétées par des exemples.

Si ce logiciel est époustouflant, on peut lui reprocher de sursaturer l'esprit par une trop grande quantité d'informations.

N'est-il pas possible d'offrir un dictionnaire qui fasse une part égale aux hémisphères gauche et droit de notre cerveau ? Telle est l'ambition du Lexique topogrammatique anglais-français conçu par Pascal Virmoux-Jackson.

Pour chaque mot-clé anglais, ce dictionnaire bilingue sélectif présente a) une énumération d'idées à envisager, présentées sous forme textuelle (hémisphère gauche) ; b) un topogramme reprenant le tout visuellement avec des bulles de couleurs différentes (hémisphère droit). La photo suivante explicite ce concept.



Lexique topogrammatique anglais-français

La position, la forme et la couleur des bulles topogrammatiques n'ont pas de signification particulière en elles-mêmes, mais visent à présenter les informations de façon visuelle, en créant une synthèse qui parle à l'imagination et laisse une trace forte dans la mémoire. Comme le dit l'auteur, « nous mémorisons d'autant mieux que nous faisons intervenir des émotions et des stimuli visuels, auditifs, kinésiques, etc. »

La page présentée comme exemple se veut caractéristique mais est loin d'être la plus attrayante de l'ouvrage. Ainsi, le verbe to increase donne-t-il lieu à un traitement plus fouillé et sa représentation fait penser à une araignée à dix-neuf pattes. Certains mots ont un éventail de sens qui ne tiendrait pas en une page. C'est pourquoi l'auteur en a consacré plusieurs à des mots tels que pattern.

Les lecteurs du Mot juste en anglais qui souhaitent recevoir gratuitement le Lexique topogrammatique anglais-français peuvent envoyer à son auteur un courriel à l'adresse suivante : lexique.topogrammatique@aol.com.

Ils pourront ainsi juger de visu des avantages d'une présentation à la fois textuelle et visuelle.

 

[*] René a été  employé par l'ONU, l'Unesco, la Commission européenne et l'Organisation mondiale de la santé. Il est l'auteur, entre autres livres, du "Guide anglais-français de la traduction" et du "Dictionnaire anglais-français de la santé et du médical".  René a bien voulu rédiger l'article ci-dessus à notre intention. 

                                     

 

Entre les draps d’Hollywood

rédigé par Jonathan Goldberg, vivant à deux pas d'Hollywood mais menant une vie bien éloignée des scandales (sexuels et autres) de célébrités hollywoodiennes.

Traduction : Valérie François [*]

  Valerie M

 

Image result for numbers in circles Première partie Woody caricature 

Woody Allen, (né Allan Stewart Konigsberg), aujourd'hui âgé de 81 ans, est un acteur, auteur, réalisateur, comédien, scénariste et musicien américain, dont la carrière s'étend sur plus de six décennies.

Woody clarinet

Chaque année, Allen continue son tour de force en réalisant un film dont il écrit le scénario (tous ayant été tapés sur la mème machine à ecrire qu'il emploie depuis l'âge de 16 ans).  En outre, il a écrit de nombreux livres au cours des années et il joue régulièrement de la clarinette avec son groupe de jazz new-yorkais.

La vie sentimentale peu commune de Woody Allen (tout comme sa carrière artistique) a été particulièrement dynamique, marquée notamment par sa relation de longue durée avec l'actrice de cinéma María de Lourdes « Mia » Villiers Farrow [1]. Fille de l'actrice oscarisée Maureen O'Sullivan, Farrow avait auparavant été mariée à Frank Sinatra puis à André Previn, qu'elle quitta en 1979 pour Allen. (Elle jouera dans 13 de ses films).

 

Sinatra & Farrow

Previn & Farrow

En 1978, alors mariée à Previn, Farrow adopta une orpheline de Corée du Sud, Soon-Yi (son âge exact était alors inconnu mais elle devait avoir entre 5 et 7 ans). En 1997, Allen Woody & Soon épousa Soon-Yi Previn (son troisième mariage) [2].

Mia Farrow accuse Woody Allen d'avoir eu des relations avec Soon-Yi à l'époque où il jouait un rôle de père à son égard et d'avoir abusé de Dylan Allen, la fille adoptée du couple. Le couple rompt en 1992. Dylan, encouragée par Mia, porte ensuite des accusations très sérieuses d'abus sexuel sur mineur à l'encontre d'Allen. La querelle sépare alors la famille en deux : le frère adopté Moses soutient l'affirmation d'Allen selon laquelle Dylan est endoctrinée par Mia, tandis que le frère Ronan soutient Mia et Dylan.

 

Mia, Ronan, Woody & Dylan 
(les deux enfants adoptés par Allen & Farrow)

 
Allen réagit à ces accusations dans un article op-ed du New York Times, dans lequel il nie formellement l'accusation et porte ses propres accusations très sérieuses à l'encontre de Mia.

 

2Deuxième partie

Lucile Vasconcellos Langhanke alias Lady Mary Astor
(1906 – 1987)

 

Mary Astor's Purple DiaryUn récent livre intitulé « Mary Astor's Purple Diary – The Great American Sex Scandal of 1936 » (le carnet violet de Mary Astor – le grand scandale sexuel qui secoue l'Amérique en 1936) relate d'un autre scandale sexuel bien plus ancien concernant une star du cinéma américaine. Ce livre est écrit et illustré par Edward Sorel. L'auteur s'est inspiré de vieux journaux faisant état du scandale, qu'il trouva sous le plancher en lino de son nouvel appartement.

Le livre regorge de touches humoristiques (« Metro Goldwyn Merde ») et de bribes d'information aguicheuses tirées des scandales et des affaires judiciaires de haut rang dans lesquelles Lady Astor était mêlée. 

 

Mary Astor cartoon 2   Mary Astor cartoon
                                           illustrations d'Edward Sorel


L'auteur raconte qu'après ses rôles de Mary dans des films cultes tels que Le faucon maltais (The Maltese Falcon) et Le Chant du Missouri (Meet me in Saint Louis), elle se retira et écrivit des romans qui devinrent des best-sellers. 

 

3Troisième partie

Allen et Astor

Comment Woody Allen et Mary Astor sont-ils liés ?

Il semble que Woody Allen, non comblé par ses activités de scénariste, réalisateur et musicien prodigieuses, sans parler de sa vie conjugale avec une femme de 34 ans sa cadette, recherchait de nouvelles façons d'occuper ses journées, et le voici à présent endossant le manteau de critique littéraire. Grâce à sa plume puissante, la section des critiques littéraires du New York Times du 1er janvier commence la nouvelle année en donnant la note très haute et difficile à atteindre pour d'autres critiques – une critique formidable et hilarante du livre de Sorel, foisonnant de mots juteux qui font justice aux scandales dont Mary Astor et lui-même firent l'objet. 

L'ironie de choisir Allen pour relater d'un scandale sexuel dans l'industrie du cinéma ayant eu lieu environ 50 ans avant le sien [3], n'est pas passée inaperçue pour un lecteur du New York Times, qui pose cette question : « Avez-vous confié la critique du livre d'Edward Sorel à Woody Allen comme une thérapie du sentiment de culpabilité que lui inspire sa propre carrière entachée d'un scandale ? »

 

4Quatrième partie

Note linguistique

Tintinnabulation (en anglais) [4] 

Voici la phrase tirée de la critique d'Allen dans laquelle il décrit le moment où la libidineuse Mary semblait s'ennuyer de son mariage et rechercha de nouvelles aventures : « Her hormones tintinnabulating as usual, one senses the critical mass for playing around has been reached » (Sous l'effet tintinnabulant de ses hormones, on sent que la masse critique pour commencer à batifoler est atteinte).

Voici un extrait décrivant les moments obscurs de la vie de Mary l'ayant conduite à l'isolement : « …she gets done in by the demon rum, the rages of age and the toll of a life lived on an emotional trampoline » (…elle s'exténue sous le « démon du rhum », les ravages de la vieillesse et les dégâts d'une vie vécue sur un trampoline émotionnel).

Allen, combinant ses aptitudes d'écrivain et d'humoriste, et toujours à la recherche de son prochain projet, termine sa critique comme il l'a commencée : « I'm going to have a look under my linoleum. Maybe among all that schmutz [5] there's an idea I could take to the bank » (Je vais regarder sous mon lino. Peut-être que parmi toutes les saletés je vais trouver une idée à transformer en billets de banque).

Les autres mots et expressions employés par Allen pour décrire les activités de chambre de Mary Astor sont : « canoodling » (batifolages), « four-times-a-night workouts » (exercices quatre fois par nuit), « married life between the percales » (vie conjugale entre les draps de percale) et « trial by mattress » (épreuve du matelas).

—————————-

[1]   Mia africaAmbassadrice itinérante de l'UNICEF en 2000 et activiste de premier plan pour les droits de l'homme en Afrique.

 

 

[2] Sur les 14 enfants de Mia Farrow, quatre enfants biologiques et dix enfants adoptés, qu'elle eut avec Previn et avec Allen, trois sont décédés. Le plus jeune, victime de polio, adopté en Inde, se suicida à l'âge de 27 ans en 2016. 

Soon-Yi, à côté de Mia Farrow

[3] et quarante ans avant le scandale hollywoodien dans lequel le réalisateur et scénariste franco-polonais, Roman Polanski, 83 ans, a été impliqué et dont les implications perdurent jusqu'à aujourd'hui.

[4] PoeTintement et tintinnabulement, les mots français qui correspondent au mot anglais tintinnabulation décrivent le son persistant d'une cloche après qu'elle ait retenti. Le mot anglais a été inventé par le poète et romancier américain, Edgar Allan Poe, et apparaît dans la première strophe de son poème « The Bells » (Les Cloches). Il se traduit dans la version française de quelques-unes de ses œuvres par « tintinnabulement ».

[5] Au sens de « saletés », mot d'origine yiddish et allemande.

 

 

 [*]

ValerieValérie François, traductrice, est Française expatriée, en Irlande d'abord pendant sept ans, et en Espagne depuis un an.
Valérie est née et a grandi dans un petit village des Vosges en France et cultive sa passion pour les langues depuis aussi longtemps qu'elle s'en souvienne. Dès l'âge de 17 ans, Valérie entreprend de voyager seule aux États-Unis et en Allemagne, elle fait des études de langues (anglais-allemand-italien), passe une année universitaire en Écosse, puis se rend à Paris pour terminer ses études et obtient les diplômes suivants :

– Master en Langues Étrangères Appliquées (anglais, allemand) de l'Université Sorbonne Nouvelle;
– Master en Management des Affaires Internationales, de l'école de commerce CESCI à Paris.

Après 11 années d'expérience en entreprise, dans l'export, la traduction et l'informatique, appliqués aux secteurs de la santé et des sciences de la vie, Valérie décide de se mettre à son compte comme traductrice, et s'installe en Espagne où elle peut apprendre et découvrir une nouvelle langue et culture, et élever ses deux enfants nés irlandais dans un environnement trilingue.

 

Les bons mots de Woody Allen :

 

Capture d’écran 2011-07-07 à 16.56.08
Capture d’écran 2011-07-07 à 16.56.32
 

 

Le livre anglais du mois : On Reading

Steve McCurry, 3 octobre 2016
PHAIDON

Un éloge de cet acte indémodable qu'est la lecture – vu à travers l'objectif de l'un des photographes les plus adulés du monde. Au cours des 40 dernières années, Steve McCurry a accumulé une collection de clichés montrant des gens absorbés dans le texte imprimé.

Readers are seldom lonely or bored, because reading is a refuge and an enlightment”, écrit Paul Theroux dans l’avant-propos du nouveau livre paru chez Pahidon Book : Steve McCurry: On Reading. “This wisdom is sometimes visible. It seems to me that there is always something luminous in the face of a person in the act of reading.”

Rome, Italy, 1984 (Credit: Steve McCurry/Magnum Photos)

 

 

McCurry 1

 Kuwait, 1991 (Credit: Steve McCurry)

 

Chiang Mai, Thailand, 2010 (Credit: Steve McCurry/Magnum Photos)

 

Mccurry2

 Kabul,  (Credit: Steve McCurry/Magnum Photos)

 


Mumbai, India, 1996 (Credit: Steve McCurry/Magnum Photos)

 

Kuwait, 1991 (Credit: Steve McCurry/Magnum Photos)

 

Kashmir, 1998 (Credit: Steve McCurry/Magnum Photos)

 

Sri Lanka, 1995 (Credit: Steve McCurry/Magnum Photos)

 

Suri Tribe, Tulget, Omo Valley, Ethiopia, 2013 (Credit: Steve McCurry/Magnum Photos)

Pakistan (Credit: Steve McCurry/Magnum Photos)

 

Rio de Janeiro, 2014 (Credit: Steve McCurry/Magnum Photos)

 

Glossaire du Mot Juste de termes relatifs aux livres

English

français

bible

Bible

bibliographer

bibliographe

bibliography

bibliographie

bibliophile

bibliophile

bibliophobe, bibliophobia

bibliophobe, bibliophobie

bibliotown

biblioville

book

livre

bookish

studieux (-euse), livresque

booklet

brochure

bookmark

marque-page, signet

bookmobile

bibliothèque itinérante

bookseller (secondhand)

bouquiniste

bookstore, bookshop

librairie

bookworm

dévoreur (-euse) de livres,
Rat de bibliothèque,
bouquineur (-euse)

editor

rédacteur (-trice)

hard cover (book)

livre relié

lexicographer

lexicographe

librarian

bibliothécaire

library

bibliothèque

paperback

livre de poche

pocketbook

carnet, portefeuille

publisher

éditeur

tome, volume

tome, volume

yearbook

annuaire

Attention aux faux amis :

bookstore, bookshop

la librairie

library

 bibliothèque

publisher

l'éditeur

editor

rédacteur (-trice)

The Word Detective, A Life in Words, de John Simpson

  Analyse de livre

par Joëlle Vuille, qui a bien voulu rédiger l'analyse suivante à notre intention.   Joëlle, contributrice fidèle au blog, a une licence en droit suisse et un doctorat en criminologie. Après avoir profité d'une bourse de recherche du Fonds national suisse de la recherche scientifique pour faire un séjour de deux ans à l'Université de Californie à Irvine (Department of Criminology, Law and Society), Joëlle est actuellement privat-docent à la Faculté de droit de l'Université de Neuchâtel.


John Simpson (lexicographer)Beaucoup de livres ont été écrits sur le Oxford English Dictionary (ci-après : OED). La particularité de The Word Detective est de faire entrer le lecteur dans le quotidien de ceux qui créent et développent le célèbre dictionnaire. John Simpson a travaillé dans l'équipe du OED pendant 37 ans, entre 1976 et 2013, et y a été éditeur en chef pendant les 20 dernières années de sa carrière. (Nous ne reviendrons pas sur le OED en tant que tel, le lecteur intéressé pouvant se référer à une entrée antérieure de ce blog – La lexicologie – une histoire amusante du dictionnaire anglais le plus célèbre.)

 

Si le fil rouge du récit est la vie et la carrière de Simpson, l'auteur entremêle sa narration avec le développement du OED lui-même, ce qui est logique puisqu'il a joué un rôle important dans ce contexte. Il nous fait rencontrer les différents personnages qui ont imprégné l'histoire du OED, en les mettant en scène dans les locaux du célèbre dictionnaire et en nous faisant vivre leur quotidien. L'histoire est fascinante, et elle nous permet d'apprécier le travail immense concédé par des passionnés qui pendant longtemps n'ont travaillé qu'avec des cartes en papier, un stylo, et une bibliothèque de livres de références en papier (ce qui paraît surhumain aux personnes qui, comme moi, ont presque toujours travaillé avec des bases de données en ligne dans lesquelles une recherche par mots-clés prend une fraction de seconde).

Le récit nous permet d'apprécier la contribution particulière de Simpson au développement du OED ces dernières décennies. Tout au long de sa carrière, Simpson a en effet œuvré à rendre le OED accessible à un large public, à le dépoussiérer, à en faire une œuvre dynamique et moderne, notamment en donnant une voix à ceux qui parlent l'anglais au quotidien. Par exemple, lorsqu'il devint responsable du groupe « New Words » (soit un petit nombre d'éditeurs responsables de la réception des mots apparaissant nouvellement dans la langue anglaise et chargés de rédiger de nouvelles définitions pour ceux-ci), il décida que, pour chaque livre « sérieux » utilisé comme référence en vue de trouver de nouvelles définitions et de nouveaux usages d'un mot, l'éditeur en charge devrait également se rendre dans le kiosque au coin de sa rue et acheter des magazines portant sur le même sujet, afin de capter les usages quotidiens du mot en question. (C'est ainsi, par exemple, que la lecture de magazines sur les motos permit de faire entrer le mot « dirt bike » dans le OED.) Dans la perspective de Simpson, en effet, la langue n'est pas une affaire d'élites, et les sources du OED doivent être aussi diverses que possibles afin de refléter la variété des usages d'un mot. Dans le même esprit, Simpson remarqua un jour que son supermarché proposait à la vente toutes sortes de produits provenant des quatre coins du monde, comme carpaccio, halloumi, ou teppan-yaki, et décida qu'il devait aussi inclure ces mots dans son dictionnaire si le citoyen britannique lambda les intégrait dans son utilisation quotidienne de la langue anglaise. C'est ainsi qu'il entreprit de contacter les grandes chaînes de supermarché afin de leur demander de lui fournir la liste de tous les produits mis en vente (une requête à laquelle on répondit d'abord avec scepticisme, apparemment).

En plus d'intégrer des mots nouveaux et de rendre compte de la variété des usages de la langue dans la vie quotidienne, Simpson décida également de rendre les définitions nouvellement ajoutées au dictionnaire moins académiques, et de les illustrer à l'aide d'exemples qui permettraient à l'usager de se faire une meilleure idée du contexte dans lequel un certain mot était employé. Par exemple, « Intro » avait été défini dans la première version du OED comme « colloq. abbrev. of INTRODUCTION n. » ; circonscris et précis, mais pas très vivant. Lorsque « outro » fut introduit, bien des décennies plus tard, on le définit en revanche comme  « a concluding section, esp. one which closes a broadcast programme or musical work ». Mais au delà du contenu du dictionnaire, Simpson voulut également adapter le OED aux modes de communication modernes, en le digitalisant tout d'abord (en 1989), puis en le mettant en ligne (en 2000), et finalement en permettant aux lecteurs d'y contribuer directement. A cet égard, la description du passage du OED de son format papier à un format informatique au début des années 1980 est édifiante, tant à cause de l'aspect technique de la chose (une entreprise gigantesque), qu'à cause des discussions que cela suscita au sein de Oxford University Press (qui n'avait jamais rien entrepris de tel auparavant).

Cet ouvrage est également passionnant en ce qu'il montre comment le langage reflète les sociétés qui le parlent. Le OED n'a pas seulement pour but de définir les termes dans leur acception actuelle mais également de montrer quand et comment certains mots sont apparus, au fil des évolutions technologiques (« booted up » en 1980), du développement de nouvelles sensibilités éthiques (« animal rights », en 1875), et de changements de contextes historiques (« disinformation », pendant la Guerre froide). Le dictionnaire documente également comment les mots évoluent ; on pensera par exemple à « racism » ou « sexism », qui ne sont plus utilisés dans les mêmes contextes qu'il y a un siècle, parce que ce qui est considéré comme étant du racisme ou du sexisme par la société a également changé.

Mais si sa passion pour son travail est évidente à chaque page, Simpson note également qu'il y a un prix à payer lorsque l'on passe sa vie à disséquer les mots : sa déformation professionnelle l'empêche dorénavant de lire un texte littéraire et d'y voir plus qu'un simple assemblage de mots. Il donne l'exemple du début du dernier chapitre du roman Jane Eyre intitulé « Conclusion » : « Reader, I married him. A quiet wedding we had ; he and I, the parson and the clerk, were alone present. » En lisant ces mots, le lexicographe ne peut pas s'empêcher de se dire que Charlotte Brontë n'a pas inventé le mot « conclusion », que l'anglais l'avait emprunté au français dès le moyen-âge. Il se demande ensuite si le OED serait intéressé à répertorier cet usage précis de ce mot, c'est-à-dire le mot conclusion comme conclusion d'un récit, et de quand date cet usage. Pour être sûr, il s'empare du OED le plus proche et y lit que Chaucer utilisait déjà ce terme dans ce sens-là. Pas besoin de prendre note, donc. Ensuite, « reader ». Le lexicographe sait déjà que « reader » est utilisé en anglais depuis la période anglo-saxonne, mais il ignore quand les romanciers ont commencé à interpeler directement leurs lecteurs de la sorte. Cela date-il de la période victorienne ? Charlotte Brontë était-elle la première ? Le OED informe alors le lecteur que, en 1785 déjà, William Cowper avait interpelé son « gentle reader ». Ouf, pas besoin de prendre note. Et que penser de « quiet » ? Un mariage peut-il être « quiet » ? Eh oui, comme le confirme l'OED, « quiet » dans le sens de « moderate, modest, restrained » était un usage déjà connu avant Jane Eyre. Il n'est donc pas nécessaire d'informer le OED de cet usage précis du mot « quiet », et le lecteur n'a pas besoin d'en prendre note. Et ainsi de suite pour chaque mot de la page. Vous avez dit fatigant ?

Du point de vue de la structure du livre, le récit de Simpson est entrecoupé de digressions apparaissant dans une police différente du reste du texte, portant sur un mot précédemment utilisé dans le texte (par exemple : juggernaut, epicentre, debouched, ou encore 101). Le point de vue de l'auteur est que chaque mot a une histoire intéressante, si on prend le temps de creuser son passé, et il faut bien admettre que, grâce aux nombreux exemples qu'il propose, il parvient à nous en convaincre! Par exemple, son histoire du mot aerobics, qui nous fait passer de Louis Pasteur en 1863 aux reporters anglophones de la revue Lancet jusqu'aux sportifs américains de la fin des années 1960, est très intéressante. Idem du mot « mole », dont les premières définitions du dictionnaire décrivaient « the poor vision », « the strong forearms », and « the velvety fur that can be brushed in any direction » (!), avant d'intégrer les usages métaphoriques du terme (toute personne travaillant en sous-sol, comme les mineurs) et finalement la taupe du monde de l'espionnage, apparue au 20ème siècle, notamment dans les romans de John Le Carré. A chaque fois, Simpson nous offre une petite histoire de la vie du mot, qui apparaît presque comme un personnage en tant que tel, dont on lirait la naissance, la jeunesse, la vie, dont on nous décrirait les membres de la famille, les relations que les uns et les autres entretiennent, les voyages qu'ils ont entrepris au fil de leur existence et les influences qu'ils ont eues et subies. Ces passages sont particulièrement amusants pour les lecteurs francophones vu les liens étroits que le français et l'anglais entretiennent depuis presque un millénaire.

En mêlant le récit de sa vie privée avec celui de sa carrière, et en décrivant les différentes personnes qui l'ont accompagné au fil de son parcours, Simpson parvient à tisser un récit plein de chaleur, d'humour et de tendresse. Il transmet la passion des mots et l'excitation ressentie quotidiennement par ces « détectives des mots » lorsqu'ils découvrent de nouveaux usages ou redécouvrent des mots ou des usages depuis longtemps oubliés. On sent chez lui une curiosité intellectuelle sans limite, et une sensibilité certaine au terreau social dans lequel le langage prend naissance. C'est une lecture légère et amusante que je vous recommande vivement, gentle reader!

The Word Detective, A Life in Words, de John Simpson, London : Little Brown, 2016, 342 p.

 OED

Lecture supplémentaire :

Les mots ont un sexe

 

 

 

 

Critique de livre – In Other Words

 Critique rédigée par Nicole Dufresne, Senior Lecturer Emeritus  (professeure emerita), Département de français et des études francophones, à l'Université de Californie, Los Angeles (U.C.L.A.), qui a bien voulu rédiger l'analyse suivante à notre intention.   

 

 

 

 

         Nicole Dufresne

 

 
Jhumpa_lahiri_photoPassé l’âge scolaire, il peut être difficile de maîtriser une langue étrangère. Ainsi, Jhumpa Lahiri décida après de nombreuses années de reprendre l’italien, une langue qu’elle avait commencée à l’université. Elle partit donc à Rome pour y vivre à l’italienne. Ce désir d’apprendre l’italien devint  une dévotion, une obsession  et le résultat de ce séjour est un essai autobiographique, qu’elle a écrit en italien, mais fait traduire en anglais par une traductrice américaine pour que l’italien original soit rendu objectivement. L’italien et l’anglais sont donc côte à côte dans le texte.

Bilingue en anglais et bengali, Lahiri a grandi et vécu aux États-Unis, selon elle, dans un exil linguistique. Jusque là, elle avait toujours écrit en anglais, et en fait elle considère le bengali comme une langue étrangère bien que ce soit sa langue maternelle. L’italien n’a rien à voir avec sa vie quotidienne et c’est ce qui la stimule. A Boston d’abord, elle aborde cette étude avec sérieux. Cours privés. Grammaire. Carnets de vocabulaire. Mémorisation. Elle renonce à lire en anglais pour devenir un  pèlerin linguistique. En lisant en italien, elle redécouvre, comme une petite fille,  le plaisir d’apprendre à lire. A mi-chemin entre le passé (l’anglais) et l’avenir (l’italien), elle se lance dans cette nouvelle langue comme on se lance corps et âme dans un nouvel amour.

Tout apprenant sérieux d’une langue étrangère fait face à des difficultés qu’il peut surmonter plus ou moins facilement selon la pédagogie utilisée. Aujourd’hui, on utilise une méthode communicative qui permet d’acquérir langue et culture en même temps. Dans les cours, on insiste sur la participation ludique qui permet de se libérer de la peur de faire des erreurs. Mais Lahiri se maintient dans une étude conforme aux règles établies. Elle se fait collectionneuse de mots et son insistance sur les listes de vocabulaire qu’elle note sans contexte frise l’obsession. Enfin arrivée à Rome, elle commence à écrire son journal maladroitement en italien, ce qui lui semble miraculeux et pourtant c’est une progression normale de l’apprentissage puisqu’elle est enfin séparée de l’anglais au quotidien. Elle veut être comprise et se comprendre elle-même. Ainsi ses émotions sont intenses, mais elle  ne semble pas sentir la langue. Ses erreurs d’expression la mortifient. Tout au long du texte, les métaphores fusent : apprendre l’italien, c’est escalader une montagne, nager sans avoir pied, cultiver un jardin aride, donner naissance. La souffrance domine ces efforts solitaires.

Subitement, en deux jours, elle arrive à écrire une courte nouvelle – « Lo scambio » – L’échange. C’est l’histoire d’une traductrice insatisfaite d’elle-même qui veut devenir quelqu’un d’autre,  se traduire  dans une autre version.  Elle s’enfuit dans une ville inconnue vêtue d’un pull-over noir qu’elle perd, puis retrouve sans savoir si c’est le même. Cette histoire, issue d’un rêve plutôt cryptique, semble révélatrice pour l’auteur car ce pullover, dit-elle, représente la langue qui change d’un texte/d’une personne à l’autre. Dans l’apprentissage d’une langue, lire et écouter sont des activités considérées comme passives, alors qu’avec écrire et parler, on passe à l’actif  et on s’approprie la langue directement. Faut-il considérer cela comme une imposture, une usurpation, un changement d’identité ? Est-ce être ce que l’on n’est pas, ou bien devenir librement et légitimement quelqu’un d’autre ? On a souvent l’impression que les polyglottes changent de personnalité selon qu’ils s’expriment dans une langue ou une autre. Mais en fait pour converser authentiquement dans une langue, il ne s’agit pas seulement d’utiliser les mots correctement, il faut « parler la culture » – c’est à dire adopter les signes extra-linguistiques de cette culture (gestes, expressions du visage, etc.).

Toujours est-il que Lahiri se pose beaucoup de questions auxquelles elle a du mal à répondre et elle s’excuse fréquemment pour son manque de maîtrise en italien. Un italien qui utilise la structure basique de l’anglais, ce qui fait que, ayant lu une phrase traduite en anglais, on peut comprendre la phrase correspondante en italien presque mot à mot. Pourtant, écrire est la raison d’être de l’auteur. Comme elle dit n’avoir ni pays, ni culture spécifique, ce sont les mots qui lui donnent son identité.

Est-ce pour cela que le pullover du rêve est noir ?  Il n’est pas coloré par une culture spécifique.

Son étude de la langue reste frileuse : elle est apeurée, désorientée par cette expérience.  Sa visite de Venise le décrit bien : elle erre, épuisée, de pont en pont, en silence, sans rien voir, sans rencontrer personne.  La  vie et la culture italiennes lui échappent. L’exploration de Lahiri s’embrouille. Comme le démontre le chapitre « L’imparfait », elle n’accepte pas la langue, elle est tourmentée par la grammaire et l’usage des mots.  Peut-être son esprit est-il trop ancré dans l’anglais pour pouvoir se libérer et accepter ses erreurs avec humour. Elle se sert de sa maladresse en italien  pour mettre à jour son anxiété et ses imperfections et s’enfouir dans l’introspection. Finalement lors d’une conférence à Capri, elle doit traduire une présentation qu’elle a écrite en italien, ce qui d’une part lui fait apprécier la valeur de la traduction comme re-création  dynamique et d’autre part elle ressent ce travail comme une destruction de l’original.

La culture informe la langue et la langue sert à communiquer cette culture. Apprendre une langue, c’est un bricolage créatif et ludique. Il faut oser et savoir rire de ses erreurs. Mais Lahiri étudie comme une élève qui veut avoir une bonne note à l’écrit et elle est constamment déçue par elle-même.

En parallèle, après avoir passé ma vie professionnelle à enseigner la langue, la culture et la littérature françaises, j’ai décidé récemment de reprendre l’espagnol, une langue que j’avais étudiée formellement dans ma jeunesse. Sans suivre de cours, sans autre but que celui de pouvoir communiquer avec des hispanophones. Mon groupe de conversation espagnole comprend des personnes de divers pays latins, Argentins, Mexicains, Espagnols, et des gringos comme moi. J’entends la langue dans ma tête  et  je me sens ainsi  habitée par la diversité de la culture. Sans souci de perfection, je peux m’abandonner à cette langue qui m’enchante, m’imbiber de différentes traditions et je me rends compte que cette désinvolture m’a fait faire beaucoup de progrès. Bien sûr il est évident  que le but de Lahiri est bien plus défini et appliqué que le mien, mais son étude de l’italien semble douloureuse et frustrante. Ses plaintes répétitives en viennent à provoquer la désaffection du lecteur. Le livre devient une longue litanie sur l’exil, le manque de langue maternelle et de terre natale, la frustration d’être toujours une étrangère où qu’elle aille, son manque de confiance en elle-même.  Où donc est le merveilleux auteur de « Interpreter of maladies » ? Dans les magasins italiens, on veut savoir d’où elle vient, on ne la comprend pas. En Inde on lui parle en anglais et aux Etats-Unis, elle se sent aussi étrangère.  Son malaise linguistique est clairement existentiel.  En tant qu’écrivain, elle dépend complètement du langage et ne rencontre aucun obstacle avec ses amis et gens du monde des lettres, mais avec les Italiens « ordinaires » elle fait face à un mur et ce mur, elle le perçoit, c’est elle.

Jhumpa explanationPetite fille, elle s’est vite tournée vers l’anglais et a répudié le bengali. (Tous les enfants d ‘immigrants s’éloignent ainsi de leur langue native, c’est un processus d’assimilation normal). Alors que d’autres voient le bilinguisme comme un atout, pour Lahiri, cette double identité est une source de tourment. Elle a tenté d’échapper à ce conflit en écrivant en italien, mais cela ne fait pas d’elle un écrivain italien.  Elle n’appartient pas non plus à ce groupe d’auteurs qu’elle admire et qui ont écrit dans une autre langue que la leur, Beckett, Nabokov, Conrad, entre autres.

« In Other Words »  est  un autoportrait fragmenté, déformé par ces contradictions. C’est un essai de métamorphose linguistique –Lahiri écrit à l’âge adulte comme un enfant qui apprend à écrire. A la fois fière et honteuse de sa création hybride, l’auteur se pose des questions sur son avenir littéraire. Le lecteur, cependant, se pose une question majeure sur cette aventure introspective : pourquoi ne montre-t-elle jamais aucun intérêt pour ce qui soutient la langue italienne – sa culture ? J’écris pour être seule, affirme-t-elle. Plutôt qu’un guide pour apprendre une langue, c’est une recherche méritoire sur les obstacles qui rendent la langue inaccessible.

Lahiri, Jhumpa. In Other Words. New York : Alfred A. Knopf, 2016

 

 

 

 

Les mystérieuses origines du livre

 

EReader-Vs.-Printed-Book-Which-Is-Better-For-Your-Eyesight-300x225La controverse livre électronique/livre papier n'a rien de nouveau. À l'apparition des premiers livres, une polémique analogue enflammait déjà la Rome antique.

Le livre évolue. Sa version électronique se transporte mieux que son homologue papier puisque des centaines de titres tiennent dans un lecteur ou une tablette, et que des milliers d'autres sont à portée de clic. Les livres et la lecture sont à l'aube d'une révolution. Cela ne plaît pas forcément à tout le monde.

L'angoisse que suscite actuellement l'évolution du livre rappelle un épisode semblable de notre histoire. Il y a deux mille ans, un livre d'un genre nouveau et peu orthodoxe mit en péril l'ordre établi, au grand dam des lecteurs de l'époque.

Au premier siècle de l'ère chrétienne, Rome était inondée d'écrits. Statues, monuments et pierres tombales portaient des inscriptions en grandes lettres; les citoyens prenaient des notes et envoyaient des messages sur des tablettes de bois enduites de cire ; et les bibliothèques des patriciens étaient garnies d'ouvrages d'histoire, de philosophie et d'art. Mais, ce n'étaient pas des livres tels que nous les connaissons – c'étaient des rouleaux faits de feuilles de papyrus égyptien assemblées par collage pour former des bandes de 4,5 à 16 mètres de long. Mais, ces rouleaux n'étaient pas sans défauts.

Scrolls

La Rome antique était inondée d'écrits –
mais on se servait de rouleaux de feuilles
de papyrus égyptien plutôt que de livres.

«L’élégance du hérisson» ou le test de la mirabelle


– La traductrice et auteur Alison Anderson accorde une interview au «mot-juste-en-anglais». A savourer.

 
Notre interviewée est traductrice vers l'anglais de romans d'auteurs francophones connus ou moins connus tels que Sélim Nassib, Muriel Barbery, Amélie Nothomb, Christian Bobin et Jean- Christophe Rufin.

Elle a bien voulu nous raconter à bâtons rompus comment est née sa traduction de « L'élégance du hérisson », un roman déjanté de Muriel Barbery qui est non seulement devenu un «best-seller» dans les pays anglophones et lui a permis de se faire un nom dans le métier, mais qui a aussi été porté à l'écran avec succès. [1]

  

 

 

 

AA - profile

     Alison Anderson

 De nationalité américaine, Alison habite à Buchillon, près des rives du Lac Léman.
Elle est également écrivain. Son livre le plus récemment publié est «The Summer Guest: A Novel» (Harper, mai 2016).

 

DorianC'est attablés au café «Dorian», à Genève, devant un gaspacho aux croûtons qui n'aurait pas déplu à Muriel Barbery (auteure de «La gourmandise») que Pierre-André Rion, [2] correspondant du mot-juste-en- PAR _ CVanglais et la traductrice de «L’élégance du hérisson» évoquent le premier courriel qu'elle avait reçu à l'époque de la part d'une obscure petite maison d'édition italienne cherchant des traducteurs pour pouvoir lancer leur filiale anglophone à New York. Elle a traduit deux livres, et ils lui ont fait confiance pour l'ouvrage de Muriel Barbery.

« bodice-ripper » – le mot anglais du mois

Pascale

Nous sommes heureux de retrouver notre contributrice fidèle, Pascale Tardieu-Baker, traductrice et interprète indépendante qui travaille à Paris de l’anglais vers le français (et vice-versa à l’oral). La traduction aide à étancher sa curiosité naturelle et sert d’alibi à sa boulimie de films, livres et magazines.

Pascale a bien voulu rédiger l'article ci-dessous à notre intention. 

 

Mais qu’est-ce donc qu’un « bodice-ripper » ?

Ce n’est pas un émule de Jack l’éventreur, Jack the Ripper en VO, mais un genre de romans dont le lectorat est réputé être exclusivement féminin. Il ne s’agit ni d’un roman de gare, ni d’un roman à l’eau de rose, ni d’un roman de cape et d’épée mais plutôt d’un savant mélange des trois.

Un « bodice-ripper » est un roman sentimental sexuellement explicite, généralement situé dans un cadre historique et dont l’intrigue comprend toujours la séduction de l'héroïne.

Les deux mots qui composent le terme qui décrit ces ouvrages sont bodice, nom qui désigne un corselet ou corsage, voire la partie supérieure (ajustée) d’une robe et ripper, un dérivé du verbe « to rip », déchirer.

 

Une ravissante affliction

Une œuvre exaltante naît souvent d'un vécu exceptionnel ou d'un parcours de vie atypique. Tel semble être le cas de la jeune écrivaine suédoise Lene Fogelberg.

Lene-Fogelberg-Header1

Ayant grandi dans une petite ville sur la côte ouest suédoise, Lene Fogelberg développa un amour de la poésie et de la lecture, nourrie par le cadre enchanteur de son enfance ; des forêts profondes, des champs, et l'océan. Toujours curieuse, Fogelberg saisit l'opportunité d'étudier et de vivre à l'étranger, en France, en Allemagne et aux États-Unis. Peu de temps après avoir déménagé aux États-Unis, elle découvrit, par le plus grand des hasards, qu'elle était dans les derniers stades d'une maladie cardiaque congénitale fatale. En quelques semaines, elle subit deux opérations à cœur ouvert qui lui sauvèrent la vie, et elle mena une longue bataille pour sa guérison. Maintenant, elle est en bonne santé et reconnaissante pour chaque jour passé avec son mari et ses deux filles. Elle vit actuellement à Kuala Lumpur, Malaisie. Une poète primée en Suède, Fogelberg a toujours été attirée par l'écriture en anglais et décida d'écrire dans cette langue lors de la rédaction de son mémoire Beautiful Affliction, publié par She Writes Press, en septembre  2015. Le livre est best-seller du Wall Street Journal (No. 3) et en 2016 a reçu la medaille d'or dans le concours de l'Independent Publisher dans la catégorie Mémoire. Lene nous a obligeamment fait parvenir un exemplaire de son livre.


Des mots en balade…

Morel book cover

 

Recension de livre par Jean Leclercq

Voici un petit livre qui ne manquera pas d'intéresser tous ceux de nos lecteurs qui aiment à « jouer avec les mots ». Car, Denise Morel nous le rappelle dans l'avant-propos : Les mots appartiennent à toutes les cultures, ils viennent de tous les horizons, voyagent à travers les siècles et les pays, comme des nomades, s'arrêtant au bord d'une oasis, puis reprenant leur route, pour glaner ça et là du rêve, de l'amour, tout un florilège transmis de génération en génération.

Mais, de ces migrants, de ces vagabonds, qui au fil des siècles se sont installés dans nos langues, ce sont 25 termes d'origine arabe, persane ou turque – dont nous sommes parfois loin de soupçonner l'origine orientale – que l'auteure a retenus afin de nous en parler. Qu'on ne s'attende pourtant pas à un traité de linguistique comparée. Dans chaque cas, on trouve d'abord une brève explication de l'étymologie du vocable, puis un conte, une anecdote ou un poème qui sert à l'illustrer. Quelle meilleure façon de nous aider à le retenir et, surtout, à nous le présenter sous un autre angle ? Les mots traités sont regroupés autour de six thèmes : le bon goût, les contes merveilleux, la mer et le ciel, les comptes et les chiffres, l'écriture et le sacré.

Prenons quelques exemples. Les loukoums, ces confiseries poudrées de sucre glace à base de pâte d'amandes et de pistache, sont encore plus savoureuses lorsqu'on apprend qu'il s'agit en fait des rahat al-hulkum, c'est -à-dire du « bien-être du gosier »… Au chapitre du merveilleux, on découvre que le mot « hasard » dérive de l'arabe az-zahr qui désigne le dé à jouer. Nous avions parlé de ce mot à l'occasion d'un billet linguistique, mais sans retracer son itinéraire qui, partant d'Arabie, l'a d'abord conduit en Espagne, cette interface avec l'Orient, avant d'arriver chez nous. Dans un sens voisin, mais plus positif (le hasard pouvant être heureux ou malheureux), nous trouvons le mot baraka qui veut dire « chance » et qui vient du verbe bäraka : « bénir » ou « féliciter ». À cet égard, au moins deux chefs d'État lui doivent beaucoup : l'ex-président égyptien Moubarak et l'actuel président des États-Unis, Barak Obama. Le mot « gazelle » vient de l'arabe ghazäl, lui-même dérivé du verbe ghazäla signifiant « séduire ». Du coup, j'ai compris pourquoi les Marocains nous parlaient de « gazelles » pour désigner la bien-aimée, la petite amie, voire l'épouse. De même que s'éclaire la signification de Bahr el-Ghazal, « le fleuve des Gazelles » que nous connaissons mieux sous le nom de Nil bleu, et dans lequel pataugea la célèbre mission Marchand, avant d'arriver à Fachoda ! Le mot arabe mӓkhazīn, pluriel de makhzan qui signifie « entrepôt » et dérive du verbe « amasser », « entasser », a donné, dès le XVIIIe siècle, le mot « magasin » et, par la suite, le terme « magazine » pour désigner un amoncellement écrit de connaissances et de nouvelles. Enfin, et puisque s'achève le Temps des Fêtes, rappelons que le mot « bougie » dérive du toponyme Bejaya, port algérien de la Méditerranée où, dès le XIVe siècle, on fabriquait des chandelles de cire très fine. Achevons cette promenade étymologique par le mot Diwan qui nous vient du persan, par le truchement du turc, langue dans laquelle il désigne un canapé mais aussi, dans un sens littéraire, un recueil de poésies (le Divan de Goethe fut présenté comme une anthologie de poésies arabes et persanes).

Que de surprises, que de délicieuses anecdotes qui nous confirment dans l'idée que c'est toujours dans les petits livres que l'on trouve les meilleures choses !

[1] Denise Morel. Le voyage des mots. Le Chesnay, ouvrage édité chez Scriban et distribué en librairie par DG Diffusion, 31750 Escalquens (France), 2015.

Peut aussi être obtenu en s'adressant à l'auteure, Denise Morel, 1, square d'Argenson 78150 Le Chesnay (France) – moredenis@numericable.fr - avec un chèque à son ordre de 9,50 €+2 € de frais de port.