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Camus : Un Etranger dans la Ville *

 

Camus-The StrangerDe mars à avril 2016 à New York, un festival intitulé: "Camus: A Stranger in the City," («Camus: Un Etranger dans la Ville») a célébré la visite de l'écrivain 70 ans plus tôt dans la ville. Organisé par l'historien et conservateur de musée Stephen Petrus (1), en conjonction avec la succession de Camus, ce festival comprenait toute une série d'événements culturels dont plusieurs avaient lieu sur les lieux même visités par Camus à New York. Ils incluaient la lecture à Columbia University d'un discours célèbre prononcé à cet endroit même par Camus, intitulé: «The Human Crisis» («La Crise de l'homme») par l'acteur Vigo Mortensen (2); une intervention par la chanteuse/compositrice Patti Smith sur l'influence de Camus pendant ses années d'étudiante au Graduate Center de la City University of New York; une discussion réunissant l'écrivain new yorkais Adam Gopnik, et l'historien Robert Zaretsky à la New York Public Library. Au Bowery Poetry Club, une pièce en un acte basée sur le roman de Camus La Chute (1956) fut présentée par l'acteur Ronald Guttman, tandis qu'une sélection des écrits de Camus sur New York y était lue un peu plus tard Camus cover par Mr. Petrus et le chanteur Eric Andersen. Côté musical, au National Sawdust à Brooklyn, Andersen présenta des chansons de son album « Shadow and Light of Albert Camus » et le pianiste et compositeur de jazz Ben Sidran joua des morceaux de son album « Blue Camus », ainsi qu'une chanson inspirée par le fameux essai philosophique Le Mythe de Sisyphe (1942).

La Malinche – la linguiste du mois d’avril

Entretien imaginaire réalisé par Catherine Pizani & Jean Leclercq,

en enjambant les siècles et les continents.

 

   La Malinche double
  

              Jean Leclercq               La Malinche                Catherine Pizani
                                                    
(Rosario Marquardt)

On n'arrête pas le progrès, dit-on. C'est tellement vrai que des chercheurs d'une certaine Vallée du Silicium viennent de mettre au point une application (encore au stade expérimental) permettant d'entrer en contact avec des personnalités historiques. LMJ a voulu l'essayer en invitant à son rendez-vous mensuel un personnage controversé : la Malinche, comme on l'appelle communément.

Certes, par la suite, Pocahontas joua le même rôle en Virginie et Sacagawea servit de truchement à Lewis et Clark, mais la Malinche fut la première interprète de l'histoire des Amériques.

————————–

Malinche - Rivera

LMJ : Madame, c'est un grand honneur pour nous de vous accueillir en qualité de Linguiste du mois. La Malinche est votre patronyme le  plus courant. Dans le Mexique d'aujourd'hui, un cours d'eau et un volcan portent ce nom. Les Mexicas vous appelaient Malintzin ou Malinche, mais on vous connaît aussi sous le nom de Malinalli et de doña Marina. Comment convient-il de vous appeler ?

 

 

Malinche : Appelez-moi comme il vous plaira ! Mon nom a en fait évolué avec ma propre histoire. À ma naissance, on me donna le nom de Malinalli (selon les interprétations historiques, Malinalli est le 12ème jour du mois náhuatl, mais Malinalli veut aussi dire « liane tressée », expression náhuatl utilisée dans la construction des maisons. Plus tard, on y ajouta Tenépatl, ce qui signifie « le don des mots »). À la mort de mon père, ma mère se remaria et eut un fils. Devenue encombrante, on finit par me vendre à des marchands d'esclaves d'une importante place commerciale du sud-est du Mexique. Mais ce ne fut pas la fin de mes tribulations puisqu'on m'offrit en tribut à un cacique du Tabasco, à la suite d'une guerre entre Mayas et Mexicas. J'étais très jeune et je parlais ma langue maternelle, le náhuatl, et celle de mes nouveaux maîtres le maya-yucatèque. Quand je fus finalement offerte, avec 19 autres jeunes femmes, un peu d'or et des tissus précieux, à Hernán Cortés, celui-ci nous fit baptiser [1] et je reçus le prénom chrétien de Marina, proche phonétiquement de Malinalli. C'est d'ailleurs sous le nom de doña Marina que j'apparais dans le célèbre récit de Bernal Díaz del Castillo. [2] Par la suite, les Mexicas (ceux que vous appelez les Aztèques), m'appelèrent Malintzin ou Malin-tzîn, le suffixe « tzîn » étant une marque de respect envers une personne de la noblesse indienne et l'équivalent de « Doña Marina » ; mais les Espagnols ne pouvant prononcer certains phonèmes de mon nom, le changèrent en Malinche. Les interprétations historiques de mon nom ne manquent pas mais celui qui a le plus marqué la mémoire collective mexicaine, c'est la Malinche.

LMJ : Quand et où êtes-vous née ? Quelle a été votre langue maternelle ?

Malinche : Comme vous le savez, à l'époque de ma naissance, nous n'avions pas le même calendrier que le vôtre. Nos prêtres possédaient une très bonne connaissance de l'astronomie et nous suivions un calendrier solaire. Je suis probablement née à Olutla (dans l'état de Veracruz), dans une famille noble de la société mexica, mon père était le cacique de la province de Painalla. Il est fort probable que je sois née entre 1496 et 1501, à la frontière des états aztèques de la vallée de Mexico et des territoires mayas du Tabasco. Du point de vue linguistique, cette province se situait dans l'aire du náhuatl, la langue des peuples du plateau central du Mexique. Lorsque je fus vendue à des marchands d'esclaves et emmenée à Potonchán, je dus apprendre la langue maya (ce que vos linguistes appellent le yucatèque), complètement différente et que les nahuatlophones appelaient par dérision le popoluca, c'est-à-dire le charabia. Comme l'écrit très justement une écrivaine qui m'a consacré un livre : « le bilinguisme est souvent le fruit amer de l'exil » [3]. Une chose est sûre, mon polyglottisme m'a permis de survivre et de m'adapter dans un monde doublement patriarcal. J'ai su donner un sens à ma condition de petite fille vendue puis d'esclave abusée et soumise en apprenant les langues locales, leurs variantes et enfin le castillan pour finir par jouer le rôle que vous connaissez.

LMJ : Dans quelles circonstances êtes-vous devenue l'interprète de Hernán Cortés lorsque celui-ci s'est lancé dans la conquête de ce qu'on allait bientôt appeler la Nouvelle Espagne ?

Malinche : Suite à un affrontement entre les Espagnols et les Indiens du Tabasco, un cacique m'a offerte à Hernán Cortés en signe de paix. Les Aztèques se déplaçaient souvent avec des femmes qui leur préparaient leurs repas; en voyant les troupes de Cortès sans cantinières, ils offrirent des jeunes femmes au Conquistador sans forcément s'imaginer qu'elles deviendraient les concubines de ses compagnons… Cortés m'attribua à l'un de ses plus fidèles lieutenants, Hernando Alonso Puerto-Carrero. À ce moment-là, Cortés communiquait sans peine avec les Mayas, grâce à Geronimo de Aguilar Gerónimo de Aguilar, un prêtre espagnol, rescapé d'une précédente expédition et qui fut prisonnier des Mayas du Yucatán pendant huit ans. Mais, quand commença la marche vers l'ouest et la conquête de l'intérieur du pays (laquelle dura une dizaine d'années, faite de négociations avec les peuples rencontrés et de traversées de sites naturels souvent dangereux voire impraticables), Aguilar se trouva fort en peine car il ne comprenait plus rien. Les premiers émissaires de Moctezuma qui vinrent au-devant des Espagnols parlaient le náhuatl que je comprenais puisque c'était ma langue maternelle. C'est à ce moment-là, à la Pâques 1519, que Cortés s'aperçut que je pouvais lui être utile. Après avoir renvoyé en Espagne mon premier maître, Cortés me prit avec lui et je devins très vite son interprète, sa conseillère, sa maîtresse et, enfin, une épouse indispensable au moment des rencontres politiques de mon mari. Au fil du temps, je devins médiatrice culturelle et finis par enseigner aux Espagnols les coutumes sociales et militaires des natifs jusqu'au point de jouer un rôle diplomatique (et certains disent de servir d'espionne) pendant la première partie de la conquête. Vous pouvez d'ailleurs me retrouver dans de nombreux codex et autres représentations de l'époque, on m'y voit accompagner Cortés lors de ses rencontres avec les autochtones. C'est pour cela que, dans sa chronique, Bernal Díaz dit que « sans l'aide de doña Marina, nous n'aurions pu comprendre la langue de la Nouvelle-Espagne ».

Mal

LMJ : Aviez-vous appris l'espagnol ? Était-il courant, dans le Mexique précolombien, de requérir les services d'une femme pour assurer l'interprétation entre deux grands personnages ?

Malinche : Au début, mes connaissances d'espagnol étaient limitées pour pouvoir interpréter directement du náhuatl à l' espagnol et vice-versa. Je traduisais donc du náhuatl au maya à Aguilar, lequel traduisait ensuite du maya à l'espagnol à Cortés, un peu comme cela se fait encore parfois actuellement. Au fur et à mesure de la conquête, j'ai fini par maîtriser l'espagnol et suis devenue indispensable dans les jeux politiques de Cortés ; j'ai ainsi obtenu la confiance du conquistador, gagné en prestige et récupéré le rang social de mon enfance. Maintenant, quant au recours à une femme, c'était absolument inédit. Les sociétés indiennes étaient très Malinche 3 figuresmachistes et, en tout cas, il était exclu qu'une femme prenne la parole en public. C'est vous dire la surprise que durent éprouver l'empereur Moctezuma et sa suite lorsque, le 8 novembre 1519, venant à la rencontre de Cortés, ils me virent, moi – une femme indienne – entre Cortés et lui, m'adressant directement à l'un et à l'autre, sans intermédiaire. Ce dut être un choc culturel ! Et ce ne serait pas le seul. Mais, pour tout cela, je vous renvoie aux historiens et aux artistes qui ont décrit les tragiques événements qui suivirent.

LMJ : Malgré l'anéantissement des civilisations précolombiennes, comment s'explique la survivance du náhuatl ? Selon nos sources, il y aurait plus de gens parlant le náhuatl dans le Mexique contemporain qu'à l'époque de la Conquête.

Malinche : Les Espagnols n'étaient pas tous ces soudards assoiffés d'or qui nous soumirent. Après eux, vinrent des intellectuels, comme Bernardino de Sahagún qui, avec des lettrés locaux, dressa un inventaire de la civilisation aztèque avant la Conquête, en édition bilingue náhuatl-espagnol [4]. Ces intellectuels firent en sorte que de nombreux codex précolombiens ne soient pas détruits.

De plus, Cortés demanda qu'on lui envoie des moines franciscains pour évangéliser le pays, et ceux-ci comprirent vite qu'ils ne pourraient le faire qu'en s'adressant en náhuatl. Cette langue est donc restée assez vivante. D'ailleurs, elle a déteint sur l'espagnol du Mexique : camote (la patate douce) vient de camohlt, jacal (la paillote) dérive de xacalli, sinsonte (l'oiseau moqueur polyglotte que vous connaissez bien), du nahuatl centzontototl. Certains mots náhuatl sont même passés dans d'autres langues : ahuacatl qui a donné avocat, tzápotl pour le sapotillier (Achras sapota), de la famille des sapotacées. et son fruit, la sapote, sans parler du mot chocolat qui vient de xocoatl, xococ (amer) et atl (eau).

LMJ : Pour terminer, je voudrais vous poser une question un peu délicate. Certains estiment que vous avez trahi les vôtres en servant d'interprète et de conseillère à Cortés, leur envahisseur. Il n'est pas rare qu'on qualifie de malinchista [6] celle ou celui dont le patriotisme est douteux. Que leur répondez-vous ?

Malinche : Eh bien, je dirais à ceux-là qu'en tant qu'esclave, je n'avais pas le choix et que, finalement, j'ai eu sur Cortés une influence plutôt positive. Mon rôle de médiatrice culturelle a permis à Cortés d'éviter de nombreux conflits et de nombreux massacres. J'ai non seulement servi d'interprète mais aussi de diplomate avertie car les us et coutumes de tous les peuples précolombiens étaient complexes et difficiles à déchiffrer. L'Histoire me jugera et des historiens commencent à montrer que je n'ai pas été cette traîtresse que d'aucuns ont voulu voir en moi [5]. Ensuite, en intervenant comme interprète dans les discussions au sommet, j'ai contribué à promouvoir la place de la femme dans la société mexicaine. Enfin, de Cortés j'ai eu un fils, Martin, qui m'a été enlevé à l'âge de six ans, lorsque Cortés l'emmena en Espagne accomplissant ainsi le sombre présage associé à la perte, la mort, qui est lié à mon prénom et au jour de ma naissance dans les calendriers náhuatl. Je fus la mère du premier métis, engageant la société mexicaine dans la voie d'un métissage riche, complexe et aussi douloureux. C'est ce qui est écrit sur un mur de la place des Trois Cultures, à Mexico : No fue triunfo, ni derrota, sino que el doloroso nacimiento de este pueblo mestizo que es el Méjico de hoy. [7] Rien ne dit mieux le drame que notre peuple a vécu.

Malinche - Hidden statue of Cortes (2)
                                Statue de Cortés et de La Malinche, Coyoacán
                                                       
flickr ramalama_22

 

 

[1] L'église autorisait les Espagnols à vivre maritalement avec des femmes indiennes, à condition que celles-ci fussent baptisées. Ce statut s'appelait la barrangania.

[2] Bernal Díaz del Castillo. Verdadera Historia de los sucesos de la conquista de la Nueva Espaňa. (Histoire véridique de la conquête de la Nouvelle-Espagne, traduction française de Denis Jourdanet & Rémi Siméon, 1880). 

Malinche book cover 2[3] Anna Lanyon. Malinche's Conquest. Sydney, Allen & Unwin, 1999. [En édition française, Malinche l'Indienne. L'autre conquête du Mexique. Traduit par Jacques Chabert. Paris, Payot & Rivages, 2001.)

[4] Sahagún (Fr. Bernardino de). Historia general de las Cosas de Nueva Espaňa. Mexico, Editorial Pedro Robredo, 1938.

[5] Marisol Martin del Campo. Amor y Conquista : La novela de Malinalli mal llamada Malinche. Mexico, Editiorial Planeta Mexicana, 1999.  Laura Esquivel, Malinche. Mexico, Suma de Lettras, 2006.

[6] Le mot malinchismo semble être entré dans le vocabulaire mexicain à la fin des années quarante. Il désigne le goût de certains pour tout ce qui est étranger ou exotique. Avec une connotation souvent péjorative, les Mexicains appellent malinchistas ceux de leurs compatriotes qui s'entichent de tout ce qui est étranger ou préfèrent la compagnie des étrangers et les façons de faire des autres pays à la culture mexicaine. Voir aussi : After 500 Years, Cortes's Girlfriend Is Not Forgiven, New York Times, 1997.

[7] Ce ne fut ni un triomphe, ni une déroute, mais l'enfantement douloureux de ce peuple métis qu'est le Mexique d'aujourd'hui.

Lecture complémentaire :

Malinche book coverJacques Soustelle.
Les Aztèques à la veille de la conquête espagnole. Paris, Livre de poche, 2008.

 

 

 

Malinche, la indígena que abrió México a Cortés

Z2016/4

23 avril 1616 : deux géants de la littérature meurent à la même date il y a 400 ans

 

 

ShakespeareCervantesThe University of Texas at Austin : Center for European Studies

En hommage à deux géants de la littérature, Miguel de Cervantès et William Shakespeare, décédés tous deux le 23 avril 1616, l'UNESCO a déclaré le 23 avril « Journée mondiale du livre et du droit d'auteur ». [1]

 

Journee-mondiale-du-livre-2009

De son côté et toujours en hommage à Shakespeare, l'Organisation des Nations Unies a déclaré le 23 avril « Journée de la langue anglaise ».

Mais les coïncidences ne s'arrêtent pas là, il en est au moins deux autres :

  •   Shakespeare est aussi né un 23 avril (1564), sans qu'on en ait la certitude absolue.(On sait qu'Il a été baptisé le 26 avril)
  •   William Wordsworth, le plus célèbre des poètes anglais après Shakespeare, est aussi mort un 23 avril (1850)
  •    Saint-Georges, le saint patron de l'Angleterre, est mort le 23 avril (303) et, en son honneur,  ce jour est celui de la fête nationale de l'Angleterre.

      Wordsworth

 

Au fil des ans, nous leur avons consacré plusieurs articles.

Churchill, Shakespeare et Cervantès

2015 : année donquichottique

Shakespeare goes to Paris

Hugo, Shakespeare et l'enseignement des langues vivantes

Happy Birthday, Will

Et si Shakespeare avait trouvé tout cela dans un dictionnaire ?

La pièce bidon de Shakespeare “Double Falsehood” s’avère être authentique


Shakespeare est né à Stratford-on-Avon, une ville des Midlands, qui a été un gros bourg au Moyen-Âge et qui attire aujourd'hui des masses de touristes. La Royal Shakespeare Company réside au Royal Shakespeare Theatre de Stratford. 

Royal Shakespeare Theatre  Royal Shakespare Thaetre
Le foyer du the
âtre sur l'Avon, le cours d'eau qui arrose Stratford.
Le poète Jonson appelle Shakespeare le Sweet Swan of Avon,
allusion aux cygnes de ce cours d'eau. 

Pendant des siècles, de grands esprits se sont demandés si les poèmes et les pièces de Shakespeare avaient véritablement été écrits par le plus célèbre des fils de Stratford. [2] Plus de 5000 livres contestant à Shakespeare la paternité de ses œuvres ont été publiés. [3] En outre, ce thème fait l’objet d’au moins un film : Anonymous.

 
La Société Shakespeare d'Oxford tient un Registre des sceptiques où l'on trouve les noms de Sir John Gielgud, Sir Derek Jacobi, Mark Twain, Henry James, Helen Keller, Charlie Chaplin, Sigmund Freud, qui tous croient qu'Edward de Vere, comte d'Oxford, est le véritable auteur des pièces de Shakespeare. D'autres croient qu'elles ont été écrites par Sir Francis Bacon. Selon une certaine théorie, à laquelle aurait adhéré Sigmund Freud (dont l'œuvre a été influencée par Shakespeare), le nom du grand dramaturge de Stratford dériverait du français « Jacques-Pierre », le s final de Jacques étant sonore en anglais (et non muet, comme en français), « jacque-s-pierre » serait devenu « Shakespeare ».

ShakespeareCandidates1Shakespeare (au centre) et les quatre auteurs les plus couramment suggérés comme étant les véritables auteurs de son œuvre :
Edward de Vere (le comte d'Oxford), Francis Bacon, Christopher Marlowe et le comte de Derby.


L'auteur d'un ouvrage publié cette semaine soutient qu'on les doit à une Vénitienne du nom d'Emilia (ou Aemilia) Bassano Lanier (ou Lanyer), devenue la maîtresse du directeur de la troupe du Théâtre de Shakespeare. 

Lanier   Shakespeare's Dark Lady:
The Lost Story of Aemilia Bassano Lanyer


D'autres théories établissent même un lien avec Miguel de Cervantès. Certains ont même présumé que Shakespeare s'était rendu à Madrid où il s'était lié d'amitié avec Cervantès. [4] Si l'on n'en possède aucune preuve, on sait cependant qu'une des pièces de théâtre que Shakespeare a peut-être écrite, The History of Cardenio, est inspirée d'un personnage du Don Quichotte
[5], le beau Ténébreux, que le Chevalier à la triste figure rencontre en traversant la Sierra-Morena (chap. XVII et suivants) . Des « complotistes » ont même soutenu que Shakespeare était l'auteur des œuvres de Cervantès et vice-versa – ou qu'un tiers, tel que Francis Bacon, était l'auteur des œuvres de l'un et de l'autre. Les thèses les plus extravagantes ont été soutenues à ce sujet.

Shakespeare 400, un collectif regroupant des associations jouant un rôle majeur dans les domaines de la culture, de la création et de l'éducation en Grande-Bretagne, coordonné par le King's College de Londres, célèbrera ce mois-ci le 400ème anniversaire de la mort de Shakespeare. Par un enchaînement de spectacles, de programmes, d'expositions et d'activités créatrices à Londres et ailleurs, les partenaires célébreront l'héritage de Shakespeare tout au long de cette année du quatrième centenaire. 

Pour terminer, nous-mêmes voudrions, à l'occasion de ce quatrième centenaire, citer un passage de l'Éloge à Shakespeare que Ben Jonson [6], son rival et néanmoins ami, composa pour son illustre contemporain :

« Il n'est pas d'une époque, mais de tous les temps »

 

Ben Johnson

He was not of an age, but for all time !
And all the Muses still were in their prime,
When like Apollo he came forth to warme
Our eares, or like a Mercury to charme !
Nature her selfe was proud of his designes,
And joy'd to weare the dressing of his lines !

 

Ou encore :

À la mémoire de mon très cher ami l'auteur-maître William Shakespeare et de ce qu'il nous a légué.

Bien que je le confesse, aucun homme ni aucune muse ne pourront jamais assez faire l'éloge de tes écrits. Âme de l'époque, applaudissements, délices et gloire de notre scène, tu es un monument sans tombe et tu vivras toujours tant que vivra ton œuvre et que nous aurons des esprits capables de la lire et d'en faire l'éloge.

Jonathan Goldberg & Jean Leclercq

————–

[1] Mais, en raison d'une différence de base chronologique entre l'Angleterre et l'Espagne à cette époque, ils sont morts à Gregorian calendardix jours d'intervalle. Cervantès est mort en Espagne où l'on utilisait le calendrier grégorien depuis trente ans. Ce calendrier grégorien était une version réformée du calendrier de Jules César qui, pour la première fois, avait mis toute l'Europe à l'heure solaire. Mais, l'année calendaire julienne était légèrement trop longue. Au fil des siècles, elle se décalait peu à peu par rapport aux saisons. Le Pape Grégoire XIII décida d'y remédier, car cela aboutissait à fêter Pâques à la mauvaise date. On élabora un nouveau système en instituant des années bissextiles et en retranchant dix jours pour réaligner le calendrier sur l'année solaire. Lorsque l'Espagne adopta la réforme grégorienne, le lendemain du 5 octobre devint immédiatement le 15 du même mois. Mais, Shakespeare mourut en Angleterre, pays protestant qui ne se conformait pas à l'édit pontifical. Si bien qu'en fait, Shakespeare est mort dix jours calendaires après Cervantès. Le 23 avril 1616 en Angleterre était le 3 mai en Espagne. La Russie conserva le calendrier julien bien plus longtemps encore puisqu'elle n'adopta le calendrier grégorien que le 14 février 1918. Le coup de force bolchevique, connu sous le nom de « Révolution d'octobre », se produisit le 26 octobre 1917 (julien), soit le 6 novembre 1917 (grégorien). Selon notre calendrier, ce devrait être la Révolution de novembre !

En 1926, l'écrivain et éditeur espagnol Vicent Clavel i Andrés, directeur d’Editorial Cervantes, proposa aux libraires barcelonais d'instituer une fête pour soutenir et diffuser les livres. La date retenue fut d'abord le 7 octobre, avant d'être modifiée au 23 avril, afin de rendre hommage à l'écrivain le plus célèbre du pays, inhumé le 23 avril 1616, Miguel de Cervantes. 

Donquixote

       Portrait de Cervantès par le peintre mexicain Octavio Ocampo

[2] À titre personnel, je voudrais dire que, dans ma jeunesse, lors de mon premier séjour en Angleterre, j'ai assisté à trois pièces de théâtre représentées à Stratford au cours de trois soirées consécutives. Dans l'une d'elles, Othello, le rôle-titre était tenu par le fameux chanteur américain Paul Robeson qui, pour ses sympathies communistes, avait été mis sur la liste noire par McCarthy et vivait alors en Angleterre. Jonathan G.

Robeson

[3] Source: Shakespeare: The World as Stage, Bill Bryson, Harper Perennial; Reprint edition (October 2008).
Voir aussi : Paternité des œuvres de Shakespeare

[4] William Shakespeare et Miguel Cervantès se sont-ils rencontrés ?
Le Point, 23/4/2016

 

[5] Cette pièce de théâtre, dont le manuscrit s'est perdu, a été jouée en 1612 (ou 1613) et attribuée à Shakespeare quarante ans plus tard. On ne la trouve pas dans ses Œuvres complètes. C'était dans doute une adaptation scénique d'une anecdote du Don Quichotte, mais rien ne dit que ce soit Cervantès qui l'ait écrite. Du reste, les grands auteurs français (Corneille, Lesage, Hugo) ont, eux aussi, largement puisé dans la littérature espagnole et notamment chez les auteurs du Siècle d'Or.

[6] Ben Jonson. Poète dramatique anglais (1572-1637), créateur de la « comédie de caractère », un des représentants les plus éminents du théâtre élisabéthain.

Références :

Cervantes and Shakespeare:
Contemporaneous Lives, Different Stories

Introduction by Salman Rushdie,

"And Other Stories", 12 April 2016


Cardenio between Cervantes
and Shakespeare:
The Story of a Lost Play

Polly, 27 February 2016

 

 

 

La blague du mois

  Facebook dislikeI'm not on Facebook

Comme je n’ai pas Facebook, j'essaie de me faire des amis en dehors du vrai Facebook tout en appliquant les mêmes principes.

Alors tous les jours, je descends dans la rue et j'explique aux passants ce que j'ai mangé, comment je me sens, ce que j'ai fait la veille, ce que je suis en train de faire, ce que je vais faire demain, je leur donne des photos de ma femme, de mes enfants, du chien que j'ai déjà eu, de moi en train de laver ma voiture, et de ma femme en train de coudre. Ils trouvent cela carrément génial.

J'écoute aussi les conversations des gens et je leur dis «j'aime !».

Et ça marche : actuellement j'ai déjà 4 personnes qui me suivent :

un policier, un psychiatre, un psychologue et un travailleur social !

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Facebook_Headquarters_Entrance_Sign_Menlo_ParkL'entrée au siège social de la societé à Silicon Valley

Jonathan G.

La blague précedente :

le video clip du mois – un baguette ou une baguette?


Comment aider les Chinois à résoudre les casse-tête anglais

Stalling 2Jonathan Stalling est professeur d'anglais à l'Université de l'Oklahoma, spécialisé en poésie comparée et en études de traduction. Il occupe une position centrale dans le programme de maîtrise TESOL, offert depuis peu dans cette université. Rédacteur d'une revue et d'une collection d'ouvrages intitulée Chinese Literature Today, il est aussi conservateur des Archives de traduction littéraire chinoise. En sa qualité de concepteur et de poète Yingeshi (Stalling) interlingue, le Professeur Stalling a publié plusieurs livres explorant l'espace entre l'anglais et le chinois, et composé Yingelishi, le premier opéra simultané chinois/anglais. Enfin, en 2015, il fut le premier poète-résident occidental de l'Université de Pékin.


Le professeur Stalling, a créé le Pinying (拼英), un nouvel alphabet basé sur les caractères chinois qui, espère-t-il, aidera les Chinois confrontés aux difficultés de  l'apprentissage de l'anglais.  L'appli http://itunes.com/apps/pinying est disponible gratis.

 

La grande aventure du mot « peradventure » racontée par lui-même

 

Rene Meertens (1)Nous sommes heureux de retrouver notre contributeur fidèle, René Meertens, traducteur de  langue française. René a été  employé par l'ONU, l'Unesco, la Commission européenne et l'Organisation mondiale de la santé. Il est l'auteur, entre autres livres, du "Guide anglais-français de la traduction" et du "Dictionnaire anglais-français de la santé et du médical"René a bien voulu rédiger l'article suivant à notre intention. 

 

 

 

                               Rene book cover 1       Rene book cover 2

    Il n’est pas besoin de rappeler que l’anglais et le français sont des langues cousines, dont la consanguinité remonte à l’invasion de l’Angleterre par Guillaume le Conquérant au XIe siècle. Dans le présent billet, les mots anglais seront mentionnés en italique pour éviter toute confusion.

    PeradventureD’une manière générale, les dictionnaires de langue anglaise mentionnent plus volontiers des mots et expressions archaïques que leurs homologues français. C’est le cas en particulier de « peradventure ». Nous avons demandé au mot anglais « peradventure » de nous raconter sa propre histoire. La voici :

  

Le 110e anniversaire de l’auteur de « En attendant Godot »

L'écrivain poète et dramaturge irlandais, Samuel Beckett est né le 13 avril 1906. Il a remporté le Prix Nobel de Littérature en 1969.

  Godot arrivals

 En attendant l'arrivée de Godot

 

Godot en_attendant_godot_by_soysWaiting for Godot  est une pièce absurde de Beckett dans laquelle deux personnages, Vladimir et Estragon, attendent sans fin et en vain quelqu'un du nom de Godot. Cette absence de Godot, de même que de nombreux autres aspects de la pièce, ont suscité maintes interprétations depuis la première de la pièce en 1953. Elle fut désignée comme « la pièce en langue anglaise la plus significative du XXème siècle ». Waiting for Godot est la traduction anglaise par Beckett de sa propre version originelle en français de la pièce, En attendant Godot, et a pour sous-titre (uniquement en anglais) « a tragicomedy in two acts ». Le texte originel français fut composé entre octobre 1948 et janvier 1949. La première fut présentée le 5 janvier 1953 dans un minuscule théâtre de la Rive Gauche, le Théâtre de Babylone à Paris.

Malgré ces débuts peu prometteurs, Waiting for Godot est devenu l'une des pièces les plus importantes et les plus énigmatiques des cinquante dernières années et fait date dans le théâtre du XXème siècle.

 

 

     

[1:34 minutes]

Pourquoi Samuel Beckett est-il passé de l'anglais au français et du roman au théâtre ?
La Revue de Téhéran, mars 2007

An Irishwomanh's Diary on Samuel Beckett and friendship
The Irish Times, February 16, 2016

Waiting for Godot, 'stark brutality'
The Telegraph, February 9, 2016

The Plurality of Godot: An Introduction
Waiting for Godot, a Bilingual Edition
S. E. Gontarski

 

Beckett Critical Review 

Edinburgh University Review                 Edinburgh University Review 
Edited by S.E. Gontarski                       S.E. Gontarski             
October 2012                                      September 2015

Jonathan Goldberg,
avec la précieuse aide de la professeure Michèle Druon

Meursault, contre-enquête – The Meursault Investigation

 analyse du langage

  Kamel daoud  Meursault_investigation_

                                    Kamel Daoud

NicoleNicole Dufresne, Senior Lecturer Emeritus  (professeure honoraire), Département de français et des études francophones, à l'Université de Californie, Los Angeles (U.C.L.A.), a bien voulu rédiger la recension suivante à notre intention. 

 

Le narrateur du roman de Kamel Daoud, « Meursault, contre-enquête », avait sept ans lorsque Meursault a tué son frère, Albert-camus
l'arabe sans nom du roman
d'Albert Camus. Soixante-dix ans plus tard, il confie ses souvenirs à un inconnu dans un bar — c'est à dire son point de vue sur le meurtre de son frère, sa contre-enquête. Un long monologue plein de rancœur qui va à l'encontre du récit de Meursault, cet homme dénué d'émotion. L'écriture de Kamel Daoud est passionnée et imagée contrastant avec le style sans lyrisme de « L'Etranger ». Cette contre-enquête ne s'intéresse donc pas à ce qu'a vécu Meursault – cette enquête-là est résolue — mais construit une toute autre histoire qui établit l'identité du mort et surtout les oppositions existentielles qui ont empêché le petit frère d'acquérir sa propre identité. L'homme absurde ici, c'est lui.

 

120ème anniversaire des Jeux olympiques modernes

le 6 avril 1896

 

Modern olypics coinsLes Jeux olympiques portent le nom de la cité d'Olympie, qui accueillait les Jeux olympiques de l'antiquité de 776 à 393 av. J.-C. La première tentative significative d'imitation des Jeux olympiques anciens était L'Olympiade de la République, un festival national olympique organisé annuellement de 1796 à 1798 en France révolutionnaire. Les jeux modernes officiels ont eu lieu pour la première fois à Athènes en 1896, et depuis, différentes villes accueillent les J.O. à tour de rôle tous les 4 ans.

 

Olympic games 1896 runners

 Depuis 1936, le relais de la torche se met en route depuis Olympie, et symbolise la continuité historique des Jeux. Plusieurs mois précédents chaque cérémonie olympique, la flamme est allumée à Olympie lors d'une cérémonie qui commémore les rituels Grecs anciens. Une femme remplit le rôle d'une prêtresse grecque ancienne, elle embrase une torche et elle allume ensuite la torche du premier relayeur.