Des œuvres d’art traitées comme de vulgaires détritus et des détritus transformés en œuvre d’art
Le 21 août, nous avons fêté ici même le centenaire du vol de La Joconde (lire l'article). Par la suite, j’ai ajouté un commentaire pour mentionner qu‘à la même date, mais 50 ans plus tard, une autre peinture célèbre, «El duque de Wellington » de Francisco de Goya, avait été volée à la National Gallery de Londres. J’avais d’ailleurs noté que dans les deux cas (en 1911 et en 1961), les voleurs avaient rendu à leurs propriétaires les œuvres dérobées.
Ne pouvant patienter jusqu’en 2011, un troisième voleur (dénommé « Jonathan B. » et j’insiste sur le « B ») aidé de deux comparses, a dérobé l’an dernier pas moins de cinq peintures (Picasso, Braque, Modigliani, Matisse et Léger) au Musée d’Art Moderne de Paris.
Peinture de Modigliani, une des 5 œuvres volées au Musée d’Art Moderne à Paris
On vient d’annoncer que le sort de ces peintures est beaucoup moins heureux que les deux précédents connus : toutes les peintures ont été jetées à la poubelle et ont vraisemblablement été traitées comme de vulgaires détritus.
Le point commun intéressant dans ces trois cas est l’honnêteté dont ont fait montre les trois voleurs : les deux premiers qui ont pris le soin en 1911 et en 1961 de restituer les peintures inestimables à leurs propriétaires respectifs et celui qui, en 2011, a avoué son méfait et dévoilé le sort des peintures aux enquêteurs.
Selon un article paru dans le Los Angeles Times (lien), la police est toujours à la recherche des cinq peintures, d’où la question que l’on est en droit de se poser : est-il plus facile de rechercher cinq peintures dans les poubelles ou de chercher une seule aiguille dans une botte de foin ?
Jonathan G
P.S. Parfois, ce n’est pas l’art qui sert de déchet, comme décrit ci-dessus, mais les déchets qui servent d’art, comme les images suivantes le montrent. Voilà une belle forme de recyclage.
Note linguistique
En français, le verbe correspondant à l’action commise par un voleur se dit voler. En anglais, comme c’est souvent le cas, les choses ne sont pas aussi simples. Un voleur se dit a thief, mais voler = to steal. Voler peut aussi se traduire par « to rob », mais l’anglais distingue entre « to steal » et « to rob », et ce dernier implique (sauf au sens figuré) l’emploi de la violence ou de la force. D’autre part, le verbe à particule « to break in » et le verbe « to burglarize » veulent dire cambrioler, bien que « to break in » mette plutôt l’accent sur la pénétration dans le bâtiment (généralement mais pas forcément avec l’intention de cambrioler) alors que « to burglarize » insiste sur le vol proprement dit.
En outre, il ne faut pas confondre le verbe anglais « to steal » avec le substantif « stealth ». Ce dernier, employé dans le sens de vol, est déjà archaïque. Le sens actuel de « stealth » est furtivité ou capacité de dissimulation.
Le présent article est la traduction française, établie par Anne GILLMÉ (http://www.columbusproject.net), d’un article rédigé en anglais par Jonathan Goldberg.