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La désuétude des mots

La Fronde des Mots, un livre court, charmant et humoristique écrit par Michael Mould (notre linguiste du mois de septembre 2022), porte sur des mots français qui ne sont plus utilisés ou sont employés de manière impropre. Le charme de ce livre résulte en partie du fait que l’auteur personnifie ces mots, de sorte que chacun d’entre eux prend vie sur les pages du livre et acquiert une identité propre  [1]. Nous citons un passage du livre qui exprime la pitié que le malheureux mot feuillir éprouve pour lui-même parce qu’il a été relégué parmi les vieilleries et les termes désuets.

« J’ai l’impression d’être déjà mort, dit Feuillir qui, ayant entendu la conversation, s’était rapproché de nous. Je me sens d’autant plus maltraité que Fleurir continue son petit bonhomme de chemin comme si de rien n’était. Diantre ! Les fleurs fleurissent et les arbres feuillissent, non ? »

Examinons le mot « diantre », tombé lui-même en désuétude.

D’après les sources fournies par Wikipedia [2], [3] et [4], voici l’origine de ce mot :

« Diantre » est une interjection familière et désuète, qui peut être interprétée comme un signe d’étonnement ou d’admiration. C'est une altération par euphémisme de « diable » apparue au XVIe siècle et qui permettait ainsi d'éviter de prononcer le mot « diable ».

Une traduction possible de « diantre » est dickens (dans l’expression what the dickens?), qui est aussi un euphémisme utilisé pour éviter un mot blasphématoire.

La plupart des locuteurs natifs de l’anglais supposeraient probablement, si on les interrogeait, que l’origine du mot dickens est le nom de l’auteur britannique Charles Dickens, [5] mais ils seraient dans l’erreur. Le site Web Londonist explique pourquoi :

« What the Dickens !? » est encore utilisé comme exclamation exprimant une légère surprise. (On peut aussi mentionner “What the heck?”, “What the deuce?”, “What the blazes?” et “What the devil?”.) Mais quelle en est l’origine et qui a forgé cette expression ?

Prenez The Merry Wives of Windsor, pièce écrite par Shakespeare dans les années 1590. Mistress Page s’exclame: “I cannot tell what the dickens his name is…”.

En d’autres termes, cette expression était utilisée plus de 200 ans avant la naissance de Charles Dickens. Elle semble aussi antérieure à l’époque de Shakespeare.

De même, l’utilisation de mots anglais tels que devil et hell était autrefois considérée comme blasphématoire. Il était un temps où « what the hell », autre équivalent de « what the dickens », n’aurait peut-être pas été utilisé en bonne compagnie en raison de scrupules religieux. « Bloody hell » est une autre variante ; les deux expressions auraient été jugées inacceptables, mais aujourd’hui on l’entend à plusieurs reprises dans le film Harry Potter and the Philosopher's Stone (Harry Potter à l'école des sorciers, 2001, classé « PG », soit enfants admis sous réserve de l’appréciation des parents).

De nombreux euphémismes utilisés pour éviter des mots grossiers — par exemple « diantre » en français et « what the dickens » en anglais — ont progressivement cessé d’être utilisés couramment, du moins en anglais, tandis que des mots autrefois jugés grossiers et dégoûtants ont été inclus dans des dictionnaires respectables. On les entend aussi dans des films, alors qu’ils auraient été censurés il y a une ou deux décennies. Signalons en particulier le mot fuck (ou fucking), bien que les âmes délicates continuent d’utiliser les euphémismes effing, freaking ou fricking (ou en anglais britannique frigging). Par exemple, He is a fricking bastard.

Voici ce qu’on peut lire sur le site web World Wide Words :

« Fuck, le mot argotique vulgaire le plus utilisé en anglais, encore capable de choquer même en ces temps tolérants en matière de langage, a toujours fasciné les “étymologistes omniscients”, en particulier ceux qui voient des acronymes partout.»

Le texte humoristique qui fait la promotion du livre “The F-Word (2e édition, 1999) sur Amazon est conçu comme suit :  « Généralement considéré comme vulgaire. Classé X. Biiiip. Inconvenant. Ne convient pas aux oreilles chastes. Les enfants sages s’abstiennent d’utiliser ce mot. Obscène.  Immoral.  Impudique.  Indécent. »

Ce texte poursuit sur un ton plus sérieux :

« Existe-t-il un mot qui ait suscité autant de créativité et frappe l’imagination d’autant de personnes? The F-Word contient d’innombrables exemples authentiques et non censurés de ce mot dans tous ses sens aussi variés que crus, à partir de sa première occurrence au XVe siècle…

Cette deuxième édition contient un  grand nombre de nouvelles définitions et les exemples inclus proviennent de milliers de sources, en particulier Robert Burns, Norman Mailer, E.E. Cummings, Ernest Hemingway, Liz Phair, Jack Kerouac, Anne Sexton, Playboy et Internet.

Vous apprendrez tout ce que vous avez toujours voulu savoir (ou pas) sur le mot le plus vulgaire de la langue anglaise — tout en étant peut-être le plus créatif. »

Il existe plusieurs théories sur l’origine du mot Fuck. En voici une :

Le mot fut forgé au XVe siècle quand un couple marié devait demander au roi la permission de procréer. Il serait donc l’abréviation de Fornication Under Consent of the King [fornication avec le consentement du roi] (ou parfois Fornication Upon Command of the King [fornication sur ordre du roi]).

Mais le site World Wide Words rejette cette explication étymologique et nous rappelle que le mot tire son origine du moyen néerlandais (fokken), du norvégien (fukka) et du suédois (focka).

Aujourd’hui, au XXIe siècle, ce mot a perdu en partie sa grossièreté et sa capacité de choquer et même des dames de la noblesse pourraient ne pas s’évanouir si elles voyaient ou entendaient le mot fucking, et il en va de même pour “What the fuck!”. Cependant, ex abundanti cautela, ou pour ceux qui ne peuvent adopter ce mot ou d’autres mots orduriers autrefois considérés comme indicibles, nous recommandons l’acronyme WTF (suivi d’un point d’interrogation ou d’exclamation) pour atténuer l’effet. WTF est aussi couramment utilisé dans les textos.

Étonnamment, le mot fuck, utilisé pour la première fois en 1630 environ, comme l’indique le graphique (NGram Viewer de Google) présenté ci-après, a atteint le sommet de sa popularité (0,0009%) vers 1650, et est ensuite descendu de façon irrégulière jusqu’en 1825 ; ensuite, il a cessé d’être utilisé pendant plus de 125 ans. En 1950, il a fait sa réapparition et a atteint maintenant un nouveau sommet (environ 0,00055%).

NGram

L’une des raisons de la plus grande fréquence de l’utilisation de mots autrefois considérés comme verboten est le fait que les dictionnaires ont évolué : ils sont devenus plus descriptifs que prescriptifs. En fait, le dictionnaire Merriam-Webster a indiqué ce qui suit :

« Le présent dictionnaire est descriptif en ce sens qu’il a pour objet de décrire la façon dont les mots sont utilisés par ceux qui parlent et écrivent l’anglais. D’une manière générale, selon l’approche descriptive en matière de lexicographie, il ne s’agit pas de prescrire la façon dont les mots doivent être utilisés ni d’énoncer des règles concernant l’anglais « correct », contrairement à ce qui se pratique selon l’approche prescriptive. »

Maintenant que « diantre » est devenu vieillot, les Français sont-ils devenus plus audacieux, moins restrictifs, ou les gros mots français se limitent-ils à merde, zut et putain.

Initials JJG Jonathan Goldberg RM (Meertens) René Meertens

———————–

1. Depuis les oubliés (Inactuel, S’abeausir, et Feuillir) en passant par les abusés (Conséquent, Achalandé, Pute et Serein) et les anti-anglicismes, (Défi, Succès en librairie et bien d'autres) on débouche sur les grands incompris (Inflation, Dette et Monnaie) pour finir avec les travestis linguistiques que sont Démocratie, Information, Journalisme, Révolution et Liberté. La parole est donnée à certains mots tels  « corruption », qui se plaignent de leur mauvaise utilisation dans le domaine politique et expriment alors des idées très hostiles à ceux qui nous dirigent.

2. 1718 Le Roux: Dictionnaire Comique Satirique Critique Burlesque Proverbal

3. https://www.cnrtl.fr/definition/diantre,

4. Louis-Nicolas Bescherelle (aîné),Dictionnaire national ou grand dictionnaire classique de la langue française, Simon, 1845

5. Charles Dickens a forgé huit expressions anglaises :

abuzz (dans A Tale of Two Cities); butterfingers (dans The Pickwick Papers); the creeps (dans David Copperfield)
David-may-care, flummoxed & sawbones (tous dans The Pickwick Papers); on the rampage (Great Expectations); sassigassity (A Christmas Tree). Source: https://proofed.com/

Bernard_CerquigliniANNONCE : Notre linguiste du mois prochain sera Bernard Cerquiglini. Un entretien avec lui vient de paraître dans le numéro de novembre de la revue bilingue FRANCE-AMÉRIQUE. La rédaction a aimablement ajouté les mots suivants: « Cet entretien a été réalisé à l’initiative de Jonathan Goldberg, animateur du blog Le mot juste en anglais, qui se présente comme un pont entre le monde francophone et la culture anglo-américaine ».  L’entretien sera reproduit prochainement dans ce blog.

Isabelle Rosselin – linguiste du mois d’octobre 2022

E n t r e t i e n   e x c l u s i f


Anthony Bulger (B&W) snippedL'intervieweur

 

IR

L'interviewée

Né en Angleterre mais résidant en France depuis 40 ans, Anthony Bulger, est auteur, journaliste et enseignant. Il a aussi travaillé comme directeur pédagogique en Californie.  Anthony a été notre linguiste du mois de septembre 2020.

Isabelle Rosselin est traductrice du néerlandais et de l’anglais vers le français depuis une trentaine d’années pour l’édition, la presse, l’audiovisuel et des organisations internationales.Diplômée de l’École supérieure des interprètes et des traducteurs à Paris et titulaire d’un DESS de terminologie à l’université de Paris III, elle est réviseuse au service des langues à la Banque européenne pour la reconstruction et le développement à Londres. Auparavant, elle dirigeait sa propre société de traduction, après avoir été responsable de la traduction à l’hebdomadaire Courrier international et lexicographe au service des dictionnaires bilingues chez Larousse. Elle anime des ateliers de traduction littéraire, notamment au Nouveau centre néerlandais à Paris. Elle a été lauréate, entre autres, du Prix des Phares du Nord en 2016 pour la traduction du roman Villa avec piscine, de l’auteur néerlandais Herman Koch (éditions Belfond), couronnée par le prix de l’Euregio pour ce même livre, et lauréate du Mot d’or 2013 pour la traduction de Congo, une histoire, de David Van Reybrouck.

 

Congo  une histoire Villa avec Pscine

Anthony_Bulger (b & w)Pouvez-vous vous décrire en quelques lignes ?

Isabelle R. smallPassionnée par mon travail, je suis une personne avide de connaissances. . Je suis une éponge, mais qui a du caractère.


Anthony_Bulger (b & w)Vous avez un profil de carrière atypique – traductrice technique et littéraire mais aussi passionnée de pédagogie et de formation. Comment vous définiriez-vous ?
Isabelle R. smallJ’aime relever les défis et je garde un bon sens de l’humour. Les défis, ce sont tous les textes que je traduis. L’humour, c’est ce qui me permet d’avoir du recul sur ce que je fais, de prendre la mesure de la difficulté de la tâche sans me décourager. Pour moi, tous les textes sont une gageure, qu’ils soient techniques ou littéraires. Tout simplement parce qu’on n’a ni l’expérience, ni le vécu, ou encore la vision de la personne qui écrit. Face à un texte, on sait si on se sent prêt à affronter la tâche ou non, donc quand on accepte de traduire un texte, il faut avoir l’honnêteté de dire : non, celui-là, ce n’est pas pour moi, je ne ferai pas du bon travail.

Pour la révision de traductions comme pour la formation, je suis consciente que l’on a tous ses points forts et ses défauts. Cela vaut naturellement pour moi aussi. Certains défauts peuvent se corriger facilement, il suffit de les repérer et de les signaler, tout en encourageant chacun à donner le meilleur de soi, en toute confiance. Une critique constructive et encourageante, voilà ce que j’essaie d’apporter. J’ai enseigné la traduction économique et financière à l’Université de Paris-Diderot (Paris 7), dans le cadre du master de traduction, j’ai encadré de jeunes traducteurs dans le cadre de mentorat de l’Université d’Utrecht et d’ateliers à la Maison des traducteurs à Amsterdam aux Pays-Bas, en leur permettant de publier leur première traduction littéraire, j’ai permis à de jeunes salariés dans l’entreprise de traduction que j’avais créée, Zaplangues, et à la BERD, de se perfectionner, tous ont obtenu des emplois passionnants et je suis heureuse d’avoir pu leur apporter quelques ficelles du métier. Mais aussi de leur avoir donné davantage confiance en eux et de leur avoir dit qu’ils n’avaient rien à perdre à se tromper. Parce que se tromper, si on a un retour et qu’on accueille avec intérêt les critiques bienveillantes, c’est aussi progresser.

 

Anthony_Bulger (b & w)Je me souviens que mes professeurs à la fac nous disaient que nous devions choisir entre le technique et le littéraire car les compétences requises étaient très différentes. Mais vous êtes la preuve du contraire. Êtes-vous une exception à la règle ?

Isabelle R. smallJouer sur les deux tableaux, littéraire ou technique, n’est en effet pas courant. Mais l’approche est à mon avis la même et les compétences requises ne dépendent pas de la qualité littéraire ou technique d’un texte, elles dépendent du texte même. Selon cette distinction arbitraire, littéraire ou technique, à quelle catégorie appartiendrait un discours prononcé par une personnalité comme Martin Luther King devant le Lincoln Memorial, par exemple ? Doit-on le considérer comme technique ou littéraire ? On a là un homme politique, son texte a un objectif « appliqué », concret. Il ne s’agit pas de littérature, et pourtant… Tout est dans la nuance.

Certains textes jugés techniques sont très élégamment rédigés, certains romans sont d’une platitude lamentable. Un texte, qu’il soit technique ou littéraire, peut nécessiter beaucoup de recherches, de temps, d’expérience et de talent.

Je pense qu’il faut choisir ce que l’on fait – quand on a la chance de le pouvoir – selon ses intérêts, ses affinités et son ambition.

Anthony_Bulger (b & w)Quelles sont les qualités les plus importantes pour un traducteur ?

Isabelle R. smallL’écoute, pour comprendre, le doute pour tenir compte d’une inadéquation entre ses compétences, ses connaissances, et celles de la personne qui a écrit le texte, le courage et l’honnêteté pour s’efforcer d’exprimer la pensée d’autrui en respectant le sens, le style, la portée. Et la patience, pour traduire dans le silence, page après page, la pensée d’autrui, puis confronter le résultat de son travail à des relecteurs qui ne sont pas toujours conscients de tout le travail effectué en amont.

 

Anthony_Bulger (b & w)Vous mettez l’accent sur l’importance de la formation. D’après ma propre expérience dans une grande agence de traduction, cette notion d’éducation passe trop souvent à la trappe, faute de temps, d’argent ou, pire, de motivation. Comment analysez-vous le problème ?

Isabelle R. smallIl n’y a pas de traducteurs prêts à l’emploi. Les traducteurs doivent connaître l’organisme ou le client pour lequel ils travaillent : cela prend, à mon avis, au moins trois ans pour un sous-traitant, même chevronné. Le retour sur la traduction qu’on remet est indispensable. J’ai travaillé en tant que traductrice indépendante, en tant que responsable du service de traduction au sein de l’hebdomadaire Courrier international, en tant que responsable de ma propre entreprise de traduction, Zaplangues, maintenant en tant que responsable de la section française du service de traduction de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement, et en tant que traductrice littéraire. Dans chacun de ces emplois, j’ai eu des retours sur mon travail. Certaines remarques étaient justifiées – allègement du style, précision terminologique, apport d’une nuance, détection d’un contresens, erreur de référence – , d’autres complètement arbitraires. Employer une expression plutôt qu’une autre qui lui ressemble, choisir un style recherché quand le texte ne s’y prête pas, ajouter inutilement des informations, corriger sans se renseigner au préalable pour savoir si le choix de certains termes est voulu ou non, éliminer systématiquement toutes les répétitions en se contorsionnant pour trouver des équivalences, choisir des expressions alambiquées ou inusitées pour se plier au dogme du politiquement correct – tout cela se fait aussi et c’est à mon sens une perte de temps. J’essaie, quand je forme des traducteurs, de mettre l’accent sur la simplicité, la fidélité au texte, la lisibilité.

Dans les ateliers de traduction littéraire que je donne au Nouveau centre néerlandais à Paris, nous formons un groupe toujours changeant de traducteurs professionnels ou non et nous nous penchons sur des extraits d’œuvres littéraires. Chacun a préparé sa traduction par avance. Les phrases des différents traducteurs apparaissent anonymement, les unes en dessous des autres, dans un livret distribué aux intervenants au début de cet atelier de deux jours. Nous nous efforçons alors, en piochant ici et là dans les solutions proposées, de façonner le texte qui nous semble le mieux refléter l’esprit de l’original. Le résultat auquel nous parvenons est toujours meilleur que celui auquel j’aurais pu parvenir seule. La formation n’est pas à sens unique. Le formateur apprend aussi énormément.

Quand on forme, pourquoi ne pas réagir aux traductions que l’on reçoit en envoyant rapidement un corrigé aux personnes qu’on relit ? Il y a bien sûr des contraintes économiques et de délais. Pour qu’une agence rapporte, il faut produire un texte vite : traduction, relecture, adaptation si nécessaire, et prise en compte des remarques du client, tout cela doit se faire rapidement si l’on privilégie avant tout la rentabilité. Mais des organisations internationales sont aussi confrontées à des exigences économiques et, lorsque le volume de traduction s’accroit considérablement, un retour systématique sur les traductions rendues devient impossible. Ce qui, bien entendu, est vraiment dommage.

Quant à la motivation, c’est certainement un aspect qui joue dans la formation. Quand on fait des remarques et qu’en face, la réaction et la progression sont lentes, cela peut être décourageant. Pourtant, j’ai connu des personnes qui mettaient du temps à avoir un déclic. Le problème venait essentiellement d’un manque de confiance en soi. Une fois ce blocage déverrouillé, elles faisaient des progrès spectaculaires. J’ai eu le plaisir de constater au fil des ans que tous les traducteurs que j’ai formés ou qui se sont perfectionnés sous ma supervision ont obtenu par la suite de très bons postes dans des institutions européennes ou internationales, ou ont créé avec succès leur propre activité en tant qu’indépendant ou entreprise.

 

Anthony_Bulger (b & w)Revenons à la traduction. Permettez-moi de faire l’avocat du diable : à quoi bon dépenser autant de temps et d’argent à la formation alors que les outils de traduction automatisée sont de plus en plus perfectionnés et que nous nous approchons de la Singularité technologique prônée par Ray Kurzweil?

Isabelle R. smallOn peut se former sur le tas, en traduction. Il y a des traducteurs de génie qui n’ont pas suivi de formation. Mais dans le monde d’aujourd’hui, mieux vaut avoir un diplôme. En quoi doit consister une formation de traducteurs, que ce soit pour apprendre le métier ou pour se perfectionner ? Bien malin qui saurait donner une réponse simple. À la base, il faut avoir une prédisposition et des intérêts, comme je l’ai déjà précisé plus haut. Mais une personne qui aime les langues, qui parle plusieurs langues, ne sait pas forcément traduire.

La formation coûte cher et prend du temps ? Oui. Mais que dire du recrutement des traducteurs prétendument parfaits ?  Quel est le coût en ressources humaines pour définir et lancer une annonce, puis présélectionner les candidats ? Quel est le temps passé en correction de tests ?

Les outils de traduction automatisée sont un trésor, s’ils tombent entre de bonnes mains. Je suis pour l’élimination de taches récurrentes, de référencements fastidieux, d’harmonisations chronophages en utilisant des outils de traduction assistés par ordinateur. Et je suis pour l’utilisation de logiciels d’intelligence artificielle qui brassent des corpus gigantesques et peuvent être adaptés à une organisation pour éviter des recherches à n’en plus finir de textes antérieurs comparables pour une mise à jour rapide de documents et même l’obtention d’une première traduction dans un délai ultracourt d’un texte extrêmement long. Et maintenant les machines apprennent. Pour l’instant, de gros problèmes persistent cependant. On forme désormais des traducteurs pour corriger le travail de machines, qui font des erreurs moins prévisibles que les humains. Et les nuances, et le sous-jacent ? Et l’intérêt du travail pour un traducteur qui ne génère plus du texte mais améliore le produit de la machine ? Et les tarifs accordés au rabais aux traducteurs sous prétexte qu’une partie ou la totalité du travail peut être effectué par une machine ?

Tous les traducteurs s’entendent pour dire qu’il y a des textes qui se prêtent bien à la traduction automatisée et d’autres pas.  L’évolution des outils informatiques, et la vision du futur de Ray Kurzweil, touchent tous les domaines. À quand les discours politiques générés par des machines ? De toute évidence, il faut tirer parti de ce que la technologie peut nous apporter en tentant d’éviter de jouer à l’apprenti sorcier.

 

Anthony_Bulger (b & w)Vous avez travaillé à la fois comme traductrice indépendante, mais aussi au sein de votre propre entreprise et dans une équipe de traducteurs pour un organisme international. Avez-vous une préférence ? Et si oui, pourquoi ?

Isabelle R. smallUn aspect fascinant de mon travail est d’être en prise avec les événements lors de la traduction de documents, de correspondances et de rapports en cas de crise, en particulier récemment avec la guerre contre l’Ukraine. Je travaille en équipe, avec d’autres traducteurs mobilisés autour des événements, et la forte réactivité nécessaire et les échanges entre traducteurs sont très fructueux. À la BERD, il y a quatre langues officielles, l’allemand, l’anglais, le russe et le français. L’interprétation de certaines ambigüités selon les langues est très intéressante.

En tant que traductrice littéraire, il m’arrive de traduire en tandem. Je l’ai fait entre autres pour la traduction des Journaux d’Anne Frank, avec un excellent traducteur, Philippe Noble. Pour que la collaboration marche, il faut une bonne complémentarité, une bonne entente et de bons échanges.

Je trouve passionnant et instructif d’observer de près le travail d’une personne exerçant le même métier que moi. La finesse d’analyse du texte, la facilité d’expression, la créativité. J’aime la dynamique qu’engendre le travail à plusieurs.

En tant que traductrice indépendante, j’ai toujours tissé des liens avec les personnes à la source des textes, en essayant de mieux comprendre les besoins du client. Je n’ai jamais travaillé isolée. Seule oui, mais pas isolée.

Je n’ai donc pas de préférence, entre un environnement de travail ou un autre. Tout dépend du projet et des personnes qui interviennent. Tout dépend aussi de la facilité à obtenir les informations recherchées.

 

Anthony_Bulger (b & w)Dans votre travail au sein de la BERD, vous avez besoin de connaissances techniques approfondies, certes, mais aussi d’autres compétences qu’on pourrait qualifier de « compétences douces ». Expliquez-nous !

Isabelle R. smallLa traduction nécessite certes des connaissances approfondies, le don des langues, la capacité d’exprimer la pensée d’autrui, donc disons des compétences techniques, mais cela ne suffit pas. Les traducteurs sont des intermédiaires. Ils font le lien entre les donneurs d’ouvrage, qui ne sont pas toujours les auteurs, et les récepteurs du travail, qui ne sont pas toujours les lecteurs finaux. Les traducteurs font donc partie d’une longue chaîne et n’ont pas toujours accès aux auteurs initiaux, comme des ministres par exemple, ou aux lecteurs finaux, comme des participants à une conférence à l’autre bout du monde. Il faut donc qu’ils aient conscience de l’origine et de la finalité du texte à traduire, des informations dont ils ne disposent pas toujours malheureusement, et qu’ils puissent se procurer l’information en amont et assurer la bonne réception en aval, ce qui est parfois délicat. La demande de renseignements lorsqu’on traduit un texte peut être perçue comme un manque de compétence, même au sein de l’organisme où l’on travaille ou pour des auteurs que l’on connaît bien. Et si les auteurs sont de langue maternelle française et ont écrit leur texte en anglais, ils peuvent trouver que le texte traduit n’est pas à l’image de ce qu’ils auraient pu écrire dans leur propre langue. De même, le récepteur du travail peut être confronté à une terminologie interne à un organisme qui ne lui convient pas et souhaiter réécrire le texte de façon à produire un autre effet sur les lecteurs. Les modifications souhaitées ou introduites ne sont pas toutes bonnes à prendre. Il faut alors savoir faire preuve d’une grande diplomatie pour conserver certaines formulations.

Anthony_Bulger (b & w)En ce qui concerne la  traduction littéraire : quelles compétences spécifiques sont nécessaires pour réussir dans cette spécialité ?

IRJ’ai répondu plus haut qu’il n’y a pas de compétence spécifique et que tout dépend du texte. J’ajouterai ici cependant qu’en traduction littéraire, il est peut-être moins évident de repérer les références qui sont faites à l’intérieur d’un ouvrage. Dans un livre que j’ai traduit, un notaire faisait visiter une maison. En discutant avec l’auteur, j’ai compris que cette visite, où l’on allait de la cave au grenier, faisait écho à la Divine Comédie de Dante. Il y est fait référence dans le livre, mais si la remarque de l’auteur ne m’avait pas incitée à lire ce poème, je ne me serais pas rendu compte aussi clairement des allusions contenues dans le livre.

Anthony_Bulger (b & w)Quel est le livre que vous a donné le plus de plaisir à traduire ? Et le plus de difficulté ?


IRPour la traduction, je n’emploierai pas le mot plaisir. Le métier est tout de même ardu, même si on l’aime. Je préfère parler plutôt des livres qui m’ont touchée, enthousiasmée. Traduire ces livres a été pour moi un honneur. Je me suis sentie portée par l’énergie, l’intelligence, le talent de l’auteur. Le plus difficile, pour chacun de ces ouvrages, a été de trouver le ton juste.

Guerre et térébenthine (Gallimard, 2015) et Le cœur converti (Gallimard, 2016), de Stefan Hertmans, le premier pour la restitution touchante d’un journal écrit pendant la Première Guerre mondiale par le grand-père de l’auteur puis le récit de la vie de cet homme, et le deuxième pour une incroyable histoire d’amour entre une fille de viking et le fils d’un rabbin au 11e siècle, un roman basé sur des faits réels.

Le journal d’Anne Frank, pour ce témoignage saisissant, émouvant, de cette enfant vive, drôle, éliminée par le régime nazi. Et pour la formidable coopération avec mon co-traducteur Philippe Noble.

PNCongo (Actes Sud, 2010), Contre les élections (Actes Sud, 2014) et Revolusi (Actes Sud, 2022) de David van Reybrouck, celui-ci co-traduit avec Philippe Noble, pour les témoignages bouleversants reçus par l’auteur au Congo et en Indonésie.

Les Téméraires. Quand la Bourgogne défiait l'Europe, de Bart van Loo (Flammarion, 2020), traduit en collaboration avec Daniel Cunin : pour tout ce que j’ai appris sur l’histoire de la Bourgogne et donc de la Flandre, ainsi que le talent de conteur de l’auteur et son humour.

Revulsi Le journal d'Anne Frank Les Temeraires

Petit cœur, de Kim van Kooten (Calmann-Lévy, 2018), pour ce roman bouleversant sur un beau-père perverse, une mère dans le déni et une enfant agressée.

Pour conclure ce florilège, je terminerai par le livre le plus difficile que j’aie traduit : Contrepoint, d’Anna Enquist (Actes Sud, 2010). Dans ce court roman, l’auteure évoque la mort de sa fille en s’aidant de la musique, notamment des Variations Goldberg de Bach. Un livre magnifique où j’ai dû jongler entre des aspects très techniques musicaux et d’intenses émotions décrites tout en finesse et en discrétion.

Anthony_Bulger (b & w)Enfin, quel livre auriez-vous aimé traduire ?

Isabelle R. smallOn m’a proposé récemment de retraduire 1984 de George Orwell. Je n’avais pas le temps, mais j’aurais aimé me livrer à cet exercice avec mon fils Etienne, qui a de vrais talents de traducteur, même s’il a opté pour la musique. Il m’a d’ailleurs aidée à traduire le texte d’une chanson dans Petit cœur. La traduction de ce livre d’Orwell aurait été probablement très difficile mais la collaboration extrêmement intéressante.

Anthony_Bulger (b & w)Merci beaucoup Isabelle.

Alain Borer répond aux malheurs de Simon Kuper

Simon KuperSimon Kuper, journaliste et auteur britannique, a redigé une serie d'articles publiée récemment par le Financial Times et reprise, en anglais et en français, dans Le Monde. L’un de ces papiers, « L'anglais, le français: deux langues, mon cauchemar»,  a suscité de vives réactions de la part d’un certain nombre de défenseurs de la langue française…

Alain BorerInutile de présenter notre invité à nos lecteurs et lectrices : Alain Borer (Luxeuil, 1949), poète, écrivain-voyageur, romancier, dramaturge, critique d'art, critique d'art. Le professeur Borer est spécialiste d’Arthur Rimbaud (Rimbaud en Abyssinie, Seuil, 1984, Rimbaud in Abyssinia, William Morrow, New York, 1991). Comme Professeur invité à USC (University of Southern California, Los Angeles), président national du Printemps des poètes, il s’est engagé dans la défense de la langue française autant que dans son illustration avec De quel amour blessée, réflexions sur la langue française (Gallimard, 2014, prix Mauriac, grand prix Deluen de l’Académie française 2015) ; il a reçu le prix Édouard Glissant pour l’ensemble de son œuvre. [wwwalainborer.fr]

A. BulgerÀ la demande d’Anthony Bulger, notre linguiste du mois de septembre 2020,  le professeur Borer a aimablement consenti de rédiger dans nos colonnes une réplique aux propos de Simon Kuper, notamment sa description du français comme une « langue de deuxième zone », et son argument que le rayonnement de la France et des Français à l’échelle mondiale passe nécessairement par l’anglais.

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Rory-CurtisÀ la lecture de ses articles plage pour l’été, on craint qu’il ne soit arrivé à Simon Kuper le malheur de Rory Curtis — le pire malheur qui, semble-t-il, puisse frapper un sujet de feue Sa gracieuse majesté, et tel que le rapportait une dépêche Reuters du 23 décembre 2014 : il s’agit de ce jeune Anglais qui, victime d’un accident de la route, émergeant d’un long coma, s’était surpris dès son réveil à parler français, langue qu’il avait à peine apprise à l’école : « J’étais là, assis sur mon lit, se souvient-il, accablé, discutant de mon état de santé dans un français absolument parfait ! ».

Comme Simon Kuper, et plutôt que de se consoler avec le proverbe « à quelque chose malheur est bon », ou de se réjouir de parler soudain sans effort une langue difficile, le jeune convalescent a vu là un comble à ses malheurs. Et d’ajouter, aggravant son infortune : « J’agissais comme un Français, de façon tout à fait arrogante et sophistiquée. Ce n’est pas moi du tout ! » ! Simon Kuper à son tour se roule dans ces stéréotypes comme un âne dans la luzerne : ce poncif de l’ « arrogance », largement persistant dans les sociétés anglophones, date de l’époque où le général de Gaulle, tenant tête à « l’Amérique indispensable », écrira-t-il dans ses Mémoires d’espoir, ne « souhaitait pas qu’elle s’érige en juge et en gendarme universel ».

Mais pour Simon Kupper la déveine, le manque de bol est pire encore : en disant de la langue française qu’elle devient « inutile », en exhortant les francophones à passer sérieusement à l’anglais, etc.,  c’est lui qui multiplie tous les signes de la plus parfaite arrogance, flagrante de sa part comme de celle des anglophones qui se croient dorénavant dispensés d’étudier d’autres langues, puisque la planète semble adopter la leur, et regrettent même le temps qu’ils ont perdu à en apprendre une autre, puisque elles sont désormais inutiles étant, au fond, dans cette logique imparable, inférieures : le journaliste ainsi se laisser aller à donner la leçon aux francophones, pour les tirer de leur arriération (le thème de la « province », qui sous-entend l’infériorité), dévoilant sans vergogne un hégémonisme qui remonte au Manifest de 1850 : il ne s’agit là que d’une des innombrables formes de la domination de la langue du maître (qui a ses collaborateurs), dont la tendance générale conduit à la Louisianisation totale. On s’étonne que Le Monde se montre si complaisant envers de tels militants, et qu’un journaliste du Financial Times soutienne des positions dignes de Pif gadget.

Ne relevons par charité que trois manquements à l’exigence : l’ignorance, la naturalité et l’instrumentalisme. Une ignorance digne de Bush, 43° président des États-Unis, déclarant : « The problem, with the French, is that they don’t have a word to say entrepreneur » : M. Kuper étant de ceux qui, ne sachant pas d’où ils viennent eux-mêmes, (63% du lexique anglais est d’origine française, soit 30.000 mots) contreviennent aux échanges fructueux entre les cultures.

La naturalité, c’est-à-dire la représentation d’une langue comme « naturelle », cette conception que Roland Barthes tenait pour « la vision bourgeoise par excellence » se répand dans tous les domaines ; ce fut l’erreur des anciens Grecs [1], pour qui leur langue, confondue avec la raison et l’intelligence, constituait la langue normale : l’anglaméricain s’impose naturellement et même rétroactivement — puisque les anciens Romains le parlaient déjà, comme on le voit avec Charlton Heston dans Ben Hur, et même dès la haute antiquité égyptienne, comme l’atteste Elizabeth Taylor dans Cléopâtre.

Une erreur intellectuellement fatale, enfin, massivement répandue chez les politiques et financiers, tient à la conception instrumentaliste des langues. Si la langue était un outil, on la trouverait au BHV. Or toute langue détermine une certaine façon de penser, une vision du monde originale qui s’articule à des pratiques particulières. Les Chinois distinguent les mots ‘pleins’ et les mots ‘vides’ ; les mots pleins renvoient aux choses concrètes, les mots vides aux abstractions : dès que l’on est dans les mots vides, autrement dit abstraits, les mots n’ont plus la même dénotation, la même connotation, la même extension. C’est en cela que la philosophie consiste à apprendre toutes les langues pour comprendre le monde, et la sottise une seule.

En ne respectant pas la langue française qu’il prétend parler, le folliculaire, comme on appelait naguère un journaliste peu scrupuleux, fait penser à ce pianiste que Mozart ennuie. Il passe à côté de la Beauté (Amboise, fontaine, miroir, saumon…), car l’esthétique domine la grammaire en langue française ; il manque à la précision (la nuance, ce mot français intraduisible), à la « clarté » célèbre qui permet tout particulièrement la mise au point de sa pensée, et  qui tient dans le vidimus, c’est-à-dire à la précision par la grammaire et à la vérification de l’oral par l’écrit que permet constamment la langue française — trois manquements à la réflexion attestés dans les feuilletons estivaux de M. Kuper.

Aujourd’hui, le jeuner Rory est complètement remis de son accident mais il continue, hélàs !, comme Simon Kuper, à parler français. On ne lui souhaite pas un autre choc, qui pourrait l’en délivrer.

Alain Borer

[1] Barbara Cassin, Plus d’une langue, Bayard, 2019.

Lecture supplémentaire :

Pouvoir Discret ou Soft Power ?

Michael Mould – linguiste du mois de septembre 2022


e n t r e t i e n   e x c l u s i f

 

 

Initials JJG

Jonathan Goldberg
l’intervieweur

 

Michael Mould
Michael Mould
l'interviewé

Notre invité ce mois a fait ses études (histoire et psycho-pédagogie) en Angleterre, son pays d’origine. Il est titulaire d’un “honours degree” de l’Université de Londres.

GinetteArrivé en France en 1970,  il n’est jamais plus reparti. Il a commencé sa carrière d’enseignant à la prestigieuse école préparatoire aux grandes écoles de Sainte-Geneviève à Versailles. Il est titulaire d’une maîtrise d’anglais de la Sorbonne Paris IV. Pendant 25 ans il fut responsable du Département Langues et Traductions à la Direction Générale de France Télécom à Paris. 

Ses lettres et ses articles ont été publiés en Angleterre dans The Financial Times et dans The Linguist (le magazine de l’Institut britannique des linguistes) et en France dans Le Monde, Télérama, Marianne and dans la presse locale, La Provence.

Financial Times.jfif   Chartered Institute of Linguists   La Provence

The Routledge Dictionary of Cultural References in Modern French, (Routledge, Londres et New York), constitue un pont culturel entre les francophiles et les anglophiles. Ce livre vient de sortir en sa deuxième édition. Michael a également publié plusieurs ouvrages chez l’éditeur Belin, Paris, listés ci-dessous.

  Routledge 1  

Michael vit avec son épouse Danielle, dans un petit port en Provence (Bouches-du-Rhône).

  Carro  

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Initials JJGQuel est votre lieu de naissance et où avez-vous grandi ?


M.M.Je suis né dans le comté de Middlesex, en Angleterre en 1947 et j’ai grandi dans une petite ville de ce comté qui s’appelle Mill Hill dans la grande banlieue du nord-ouest de Londres, où j’ai vécu jusqu’à la fin de mes études en 1970.

Initials JJGQuel a été votre parcours universitaire ?

M.M.J’ai fait mes études au « college » de St Mark et St Jean, un « college » anglican qui faisait partie (à l’époque) de la faculté de l’enseignement de l’Université de Londres. Je me rendais tous les jours à la Kings Road, Chelsea le centre même de « swinging London » entre 1966 et 1970.

Ma matière « académique » fut l’histoire, avec une spécialisation en histoire socio-économique du 19ème siècle. Il y avait les matières dites « professionnelles » à savoir la psychologie de l’enfance, la psychologie sociale, la philosophie de l’enseignement, la sociologie et l’histoire de l’enseignement. À partir de la deuxième année j’ai pris une spécialisation en psychologie. Chaque année pendant 3 ans il fallait faire un stage pratique dans une école de la région.

Initials JJGVous étiez venu en France pour apprendre le français. Comment se fait-il que 50 ans plus tard vous êtes toujours là ?

M.M.La langue française ne s’apprend pas en une année ! Je me suis inscrit à L’Alliance française. J’avais la possibilité à la fin de ma première année de proroger mon contrat de travail à Ste Geneviève. Je l’ai prorogé à deux reprises. Après avoir vécu trois ans à Paris et à Versailles, il me semblait impossible de retourner en Angleterre. La vie à l’étranger est tellement stimulante. Je me suis rendu compte que mon destin allait se jouer en France.

Initials JJGPour quelle raison avez-vous choisi de prendre votre retraite dans un petit port de pêche en Provence ?

M.M.Mon épouse est originaire de Marseille et, jeune fille, elle a passé de nombreuses vacances dans le village où nous habitons aujourd’hui. Nous avions notre maison secondaire dans ce village et au moment de prendre notre retraite, le choix de ce village s’imposait.

Initials JJGQuel était votre position à France Télécom et en quoi consistait votre travail.

M.M.J’étais responsable du Département Langues et Traductions que j’avais créé à la Direction Générale des Télécommunication en 1981. Mon travail portait sur :

 

ALa formation en anglais (initialement) du président et des cadres dirigeants de l’entreprise.

ALa traduction pour les besoins de la présidence et du secrétariat général.

ALe management d’une équipe multiculturelle de 12 enseignants – 6 anglais, 3 allemands, et 3 espagnols. Les investissements de FT en Argentina et au Mexique nous ont conduit à proposer des cours d’espagnol, ainsi que des cours d’allemand suite à l’alliance stratégique conclue entre FT et Deutsche Telekom.

ALa recherche linguistique et pédagogique. Ces recherches ont conduit à la publication de trois livres chez l’éditeur Belin, Paris.

Initials JJGQuels sont les livres dont vous êtes l’auteur ? Décrivez-les brièvement.

M.M. Deux des trois livres publiés chez Belin ont été co-écrits avec une collègue de mon équipe, Anne Paquette, un professeur d’un talent exceptionnel.

AL’Anglais à Haute Fréquence 1987

ACorporate English 1992

AL’Anglais des Ressources Humaines 2003

Langlais Corporate English L'anglais a haute frequence

Ces livres étaient destinés à nos étudiants cadres de l’entreprise mais visaient également les élèves en préparatoire. L’aspect fonctionnel et notionnel de la langue a toujours primé dans la conception de nos ouvrages et la maîtrise de l’art de faire des présentations en anglais. Nos élèves étaient souvent appelés à faire des présentations ; le contenu technique était acceptable mais la technique oratoire faisait cruellement défaut. Donc, nous avons beaucoup investi dans le domaine de l’analyse du discours.

Les quatrième et cinquième livres publiés chez Routledge était une ambition que j’avais entretenue depuis très longtemps. En France depuis 5 ans je me suis mis à lire Le Canard enchaîné. Je constatais que ma connaissance de la langue française était insuffisante pour comprendre ce journal. Les mots en eux-mêmes ne posaient pas de problèmes mais je ne comprenais pas la signification de la phrase en question, il y avait des allusions voilées qui m’échappaient totalement. Trente ans plus tard, et à la retraite j’avais le temps de faire des recherches poussées sur les références culturelles du Canard. Pour comprendre le Canard, il faut posséder un très bon bagage culturel: littéraire, biblique, historique, mythologique, théâtral, cinématographique… Il faut de très sérieuses connaissances de la langue française pour saisir les jeux de mots, qui sont légion, sans parler des contrepèteries. Le mot « atmosphère » illustre parfaitement mon propos. Le mot est presque le même mot an anglais. Mes professeurs et mes dictionnaires bilingues ne m’avaient pas appris que le mot « atmosphère » en français :

Afait partie de l’un des plus célèbres répliques du cinéma français;

Aest le mot le plus célèbre jamais prononcé par l’actrice Arletty;

Afait partie de la scène la plus célèbre du film l’Hôtel du Nord.

Fernand RaynaudAu début, ne connaissant pas l’œuvre de Fernand Raynaud je ne pouvais pas comprendre pourquoi, lorsque je toussais, tout le monde se mettait à me demander « Pourquoi tu tousses tonton ? »

C’était donc pour donner à l’étudiant étranger de la langue française un raccourci pour acquérir les connaissances qui font défaut dans les cours classiques universitaires et que l’on met des années à comprendre.

Avec mon épouse, nous avons également publié un livre destiné aux profanes sorti en version quadrilingue et portant sur la téléphonie mobile en 1995 « Roaming with GSM ».

Initials JJGDiriez-vous que la langue française s’est détériorée depuis ces 50 dernières années ? Dans quelle mesure attribuez-vous ce phénomène à l’influence négative de la langue anglaise ? 

M.M.Je me méfie du terme « détériorée ». Si la langue se détériore aujourd’hui, c’est qu’elle se détériore depuis toujours. Cicéron se lamentait de la mauvaise qualité du Latin de son époque ! Chaque siècle pense que le siècle précédant représentait l’Arcadie linguistique… qui n’a jamais existé, soit dit en passant !  Avec le temps une langue se modifie, par ignorance, par paresse, par snobisme, par accident. Par exemple au Moyen Âge, en anglais, l’article indéfini était accolé au mot en question : « a » avec les mots commençant par une consonne et « an » avec les mots commençant par une voyelle. Ainsi le mot « napron » s’écrivait « anapron « . Mais plus tard quand on décida de séparer l’article de son nom, la séparation s’est mal faite et « a napron » est devenu «an apron ». Inversement, toujours au Moyen Âge, le mot pour « salamandre » était ewt. Là aussi l’article indéfini était accolé au mot, soit anewt. Mais quand la séparation s’est opérée plus tard, elle s’est mal faite là encore : au lieu de couper pour que cela donne « an ewt », comme on aurait dû le faire, on a ajouté au nom la lettre « n » de l’article ce qui donne « a newt ».

« Make » était un verbe régulier à l’origine, le prétérit étant « maked »…mais c’est plus facile de dire « made » que « maked » et ainsi de suite…

Les anglicismes constituent, à mon avis, un épiphénomène. N’oubliez pas que 30% des mots de la langue anglaise sont des mots étrangers, français, pour la plupart, ce qui donne à la langue anglaise une puissance et une flexibilité que ne possède pas la langue française, dérivée presque exclusivement des racines latines. Cela dit, il faut que le mot anglais adopté soit justifié. L’emploi du mot « challenge » en français est tout à fait illégitime. Il est plus long que le mot français « défi » qu’il remplace sans apporter un avantage par rapport à la connotation ou à la dénotation. Cela relève, comme c’est souvent le cas, d’une sorte de snobisme linguistique parisien. Par contre, dans le domaine technique, préférez-vous le mot anglais  « handover » ou sa traduction française ; « le transfert intra ou inter-cellulaire automatique » qui s’opère lorsqu’un téléphone mobile quitte sa cellule de localisation nominale  ! Pour moi, le déclin de la qualité de la langue française peut s’expliquer par quatre phénomènes

ALe déclin catastrophique de la qualité de l’enseignement public.

AL’utilisation des i-phones/tablettes et les réseaux sociaux où un « ersatz » de la langue s’est imposé.

ALe niveau linguistique médiocre des journalistes qui s’adressent à des millions de Français et qui quotidiennement contaminent les téléspectateurs avec leurs « légèrement catastrophique, et « assez unique ».

ALa correction politique, le « wokism » et l’écriture inclusive constituent des aberrations dangereuses à mon sens surtout lorsqu’on impose cette dernière dans les universités.

 

Initials JJGPrenant en compte le développement de l’anglais en Grande Bretagne et de la langue française en France, êtes-vous partisan d’une institution telle que l’Académie française pour veillez au bon usage de la langue ou préférez-vous le système britannique du laisser-faire ?

M.M.Il n’est pas inutile d’avoir une instance officielle comme l’Académie française mais cela ne correspond pas à la philosophie des Anglais. In fine, une langue déterminera sa propre route. L’Académie française aura beau dire que l’on devrait employer le mot « navire transbordeur », c’est le mot « ferry » qui l’emporte.

Initials JJGComment passez-vous votre temps maintenant que vous êtes à la retraite.

M.M.L’écriture occupe une large part de mon temps. Depuis que je suis à la retraite j’ai publié deux gros livres chez Routledge.

Je lis énormément, mes sujets de prédilection étant la linguistique, la politique, les religions. 

La recherche linguistique est omniprésente : A FT j’avais développé un programme destiné à aider nos cadres à faire des présentations en anglais.  Depuis que je suis à la retraite, trois de nos petits enfants qui utilisent l’anglais pour des raisons professionnelles m’ont demandé de l’aide dans ce sens. Ainsi, j’ai adapté mon programme initial aux besoins de l’étudiant en sciences de la terre/climatologie, du médecin militaire sur le terrain des opérations, du gestionnaire du patrimoine.

J’ai également réalisé le même programme pour le chirurgien en ophtalmologie (essentiellement pour les pathologies rétiniennes)

Pour réaliser ces programmes je me suis basé sur les documents les plus récents dans chaque domaine ; à cet égard, pour le programme destiné aux médecins militaires j’ai pu bénéficier de l’accès à la base de données de la médecine de l’armée américaine qui est tout simplement remarquable.

Enfin, je donne des cours d’anglais à ma petite voisine âgée de 10 ans. Cela fait 4 ans que nous avons une leçon d’une heure, une fois par semaine. Ayant passé ma vie professionnelle avec des adultes, rencontrer l’esprit d’une petite fille de 6 ans est une expérience pédagogique fascinante.

 

Lectures supplémentaires:

Étapes dans l’apprentissage de la langue française

Souvenirs d'un kibboutz en France

Au XIXe siècle, mon grand-père préfigurait-il Jeff Bezos ?

(le propriétaire d'Amazon)

Lorsque mon grand-père maternel s'est enfuit de Russie, a la fin du XIXe siècle, pour s'établir au Pays de Galles, il ne savait ni le gallois, ni Donkey l'anglais. À force de détermination (et probablement à grand renfort de gestes), il gagna sa vie en parcourant la campagne galloise avec une carriole attelée à cheval ou à un âne, faisant du porte à porte pour vendre des articles ménagers de base. À chaque traversée du Pays de Galles de long en large, il en apprenait un peu plus des préférences de ses clients, et ce cumul d'expérience lui permettait de repasser la fois suivante avec l'assortiment d'articles qu'il avait le plus de chances de vendre.

Jeff Bezos, le fondateur d'Amazon, qui, avec le petit capital emprunté à ses parents, commença à vendre des livres stockés dans son garage, vaudrait maintenant 126 milliards de dollars, selon certaines sources. L'empire commercial d'Amazon, qui se décline en Amazon.com, Amazon.co.uk, Amazon.de, Amazon.ca, Amazon.co.jp et bien d'autres sociétés actives dans les domaines les plus divers, a élargi la gamme de ses ventes à toutes sortes d'articles imaginables, y compris de l'alimentation et de l'électro-ménager, livrés le jour de la commande dans certains cas.

Jeff Bezos et sa maison qui servit comme entrepôt de livres au début d'Amazon

Bezos est devenu le plus grand détaillant de l'histoire. Et pourtant, il pratique desormais une nouvelle technique de vente qui, dans son concept, n'est pas très éloignée de celle qu'utilisait mon grand-père il y a plus de 100 ans. Il prévoit de remplir ses camions avec des articles sélectionnés grâce à des algorithmes de "lots d'expédition par anticipation" conçus pour déterminer ce que les clients des différents secteurs sont susceptibles de commander. Les camions, ainsi chargés de ces différents articles vendus en ligne (et pas uniquement de l'épicerie), parcourent ensuite divers secteurs de la ville et livrent à la demande, en quelques minutes.

Amazon-truckLes camions d'Amazon ont sous le capot plus de chevaux-vapeur que les chevaux et les ânes de mon grand-père, et ses vendeurs, à la différence de mon grand-père, parlent la langue du cru. Leurs délais de livraison sont sans aucun doute plus courts que les siens. Ils vendent probablement plus en un jour à Los Angeles que mon grand-père n'a vendu pendant toute sa vie au Pays de Galles. Mais, fondamentalement, le modèle économique ne diffère guère, en réalité, de celui de mon grand-père. Plus les choses changent et plus elles se ressemblent…

Initials JJGJonathan G.    


Note linguistique
:

L'anglais a le substantif colporteur et, le français, les substantifs colporteur et colportage ainsi que le verbe colporter. Le tableau ci-dessous schématise la situation :

  Door

français

English

verbe/verb

colporter

To hawk, to peddle, to sell from door to door

substantif/noun

colporteur : marchand ambulant qui vend ses marchandises de porte en porte (Le Petit Robert, p.458), [1]

colporteur
[2]

Selon le World Wide Words, on a d'abord cru que le mot anglais venait du français – composé de col, le cou, + porter, transporter – désignant quelqu'un qui porte ses imprimés dans une sacoche passée autour du cou. On pense maintenant qu'il s'agit d'une déformation de comporter, du latin comportare, transporter.

Le Merriam-Webster recense le mot anglais colporteur et le définit comme "un vendeur ambulant de livres religieux". Jusqu'en 1931, les Door 2 Témoins de Jéhovah ont employé le terme colporter pour désigner leurs évangélistes à plein temps. De leur côté, les Adventistes du septième jour ont continué à appeler colporters leurs évangélistes jusqu'en 1980, et l'Église d'Écosse a eu une Société écossaise de colportage jusqu'au 20ème siècle. En allemand, Kolportage désigne le commerce ambulant des livres, mais aussi quelque chose de bon marché; un Kolportageroman est un roman-feuilleton sans grand intérêt. Le verbe kolportieren signifie répandre des rumeurs ou de fausses informations. Le mot colportage est encore couramment utilisé en néerlandais mais, s'il existe toujours en anglais, il n'est plus usité.

Porter_coleLinguistique mise à part, notons que les époux Kate Cole et Sam Porter ne se doutaient pas qu'en appelant leur fils Cole Porter, ils le dotaient d'un patronyme qui se prononcerait fort bien en France où le compositeur et parolier américain passa de nombreuses années !

[1] Démarcheur : personne chargée de faire des démarches (Le Petit Robert, p.652). Démarchage : activité commerciale qui consiste à solliciter la clientèle à son domicile (même page).
Voir aussi : https://fr.wikipedia.org/wiki/Démarchage

[2] Aussi : door-to-door salesperson

Leçons d’humilité

Michael MouldBienvenue à notre tout dernier contributeur, Michael Mould.

Le texte ci-dessous est une version abrégée d'un article qui a remporté le Prix dans la section d'humour du Concours international littéraire de REGARDS, Association artistique et littéraire, situee à Nevers. http://2000regards.over-blog.org).

Michael a fait ses études (histoire et psychopédagogie) en Angleterre, son pays d’origine.  Il est titulaire d’un “honours degree” de l’Université de Londres.

Arrivé en France en 1970, il n’est jamais plus reparti. Il a commencé sa carrière d’enseignant à la prestigieuse école préparatoire aux grandes écoles de Sainte-Geneviève à Versailles. Il est titulaire d’une maîtrise d’anglais de la Sorbonne Paris IV. Pendant 25 ans il fut responsable du Département Langues et Traductions à la Direction Générale de France Télécom à Paris.  

Ses lettres et ses articles ont été publiés en Angleterre dans The Financial Times et dans The Linguist (le magazine de l’Institut britannique des linguistes) et en France dans Le Monde, Télérama, Marianne and dans la presse locale, La Provence.

Routledge 1The Routledge Dictionary of Cultural References in Modern French, (Routledge, Londres et New York), constitue un pont culturel entre les francophiles et les anglophiles. Ce livre vient de sortir en sa deuxième édition. Michael a également publié plusieurs ouvrages chez l’éditeur Belin, Paris :  l’Anglais à Haute Fréquence, Corporate English et l’Anglais des Ressources Humaines

Michael vit avec son épouse Danielle, dans un petit port de pêche en Provence (Bouches-du-Rhône).
Voici son site internet : https://www.language-lighthouse.com/

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J’étais venu en France en 1970 pour apprendre le français, langue dont je ne parlais pas un mot à l’époque. Je comptais rester un an. Trente-six ans plus tard, je suis toujours là ; la langue française ne s’apprend pas en si peu de temps ! Je ne suis jamais reparti malgré les expériences parfois éprouvantes qui furent les miennes à chaque extrémité du spectre de mon apprentissage ; quand j’étais élève à l’Alliance Française au début, et à la fin, quand j’étais étudiant à la Sorbonne.

Le pauvre Anglais que je suis, était mal préparé à voir d’emblée la différence entre les pommes de terre que l’on fait cuire à poil, au poil où à la poêle ! Compte tenu de la similitude sémantique des verbes « allumer » et « éclairer » à l’infinitif, devrais-je qualifier ma sœur de « éclaireuse » (ce qu’elle fut), ou de « allumeuse » (ce qu’elle ne fut point !) Fille, fillette, malle, mallette, pour quelle raison le mot « salopette » ne serait-il pas le diminutif de salope ! Des questions que le Français ne se pose jamais ; des questions qui empoisonnent la vie de l’étudiant étranger qui tente l’ascension de cet Everest linguistique qu’est la langue française.

Maintes fois on m’a parlé de la logique de la langue française. Un soir, pendant ma première semaine en France, alors que je révisais mes leçons de français, deux collègues sont venus dans ma chambre à Ste Geneviève pour m’inviter à prendre un pot. Devant mon refus, ils insistèrent ; « allez, viens » ! Connaissez-vous une langue où, en n’utilisant que deux mots, on arrive, en même temps, à tutoyer et à vouvoyer une personne tout en lui demandant de faire deux choses diamétralement opposées ? Logique, en effet !

En 1970, j’étais en France depuis peu et mon bagage linguistique ne pesait pas lourd. Je passais quelques jours de vacances avec une correspondante dont les parents possédaient une maison dans la Nièvre. L’un des premiers mots français que j’avais appris, comme tout Anglais, était le mot « baguette ». Mais quelques jours avant mon arrivée à Château de la Tour j’avais appris, dans un laps de temps dangereusement court, deux autres éléments de vocabulaire. Je connaissais « baguette » et voilà que « brochette » et « brochet » s’invitaient dans mon cercle lexical. Le coup de grâce me fut donné par la mère de mon amie lorsqu’elle me demanda, par un dimanche matin ensoleillé, d’aller « en ville » acheter deux baguettes et une brioche. Baguette, brochette, brochet et maintenant brioche ! Je lui fis répéter « deux baguettes et une brioche ». « Deux baguettes et une brioche ». En gagnant le village j’avais perdu et ma brioche et même ma brochette qui à mon insu s’est métamorphosée en brochet. « Deux baguettes et un brochet, deux baguettes et un brochet ». Me voilà à la boulangerie ; J’annonce la couleur ; « deux baguettes et un brochet ». Le vendeur me donne les deux baguettes ; je réclame mon brochet. Il jeta un regard derrière lui par l’épaule gauche, puis par l’épaule droite, avec méfiance comme s’il craignait d’en trouver. Puis la réponse claqua « il n’y en a plus ». Je quittai le magasin et le vendeur me souhaita, à la nivernaise, « bon soir », juste au moment où l’église sonnait neuf heures du matin ! Allez comprendre.

Mon ultime leçon d’humilité me fut donnée à la Sorbonne. La révolution puritaine, la moralité victorienne et les écoles unisexes, ont conduit beaucoup de mes compatriotes dans l’impasse ridicule de la pudibonderie. Ainsi, mes études littéraires en Angleterre avaient été singulièrement amputées de la dimension sexuelle. J’étais mal préparé à faire mes études littéraires à la Sorbonne dans le sillage des évènements de 1968.

Sorbonne IVJe m’étais inscrit à la Sorbonne Paris IV en troisième année et je n’ai pas pu m’empêcher de sourire en voyant l’un des titres qui figurait au programme de la littérature anglaise ; Tess d’Urbervilles de Thomas Hardy. Je connaissais bien son œuvre poétique et romanesque et surtout son chef d’œuvre « Tess d’Urbervilles » qui fit parti du programme du bac anglais que je passais en 1966 après l’avoir décortiqué deux ans durant. Je me suis dit en moi-même, non sans une certaine suffisance ; « un professeur français, que peut-il m’apprendre sur Tess, un livre que je connais comme ma poche ». Le maître de conférences en question devait me faire comprendre que ma poche présentait des recoins que j’étais encore très loin de connaître.

Le sujet de nos travaux dirigés ce jour-là : la rencontre de Tess et de l’homme qui devait la « déshonorer », la scène au cours de laquelle il force Tess à avaler des fraises. Calquant le contenu de ma présentation sur celle de mon prof d’anglais du bac, je fis ma présentation. Je parlais du brouillard qui tombait au moment de l’agression, brouillard qui masquait une scène que les Victoriens n’auraient pas accepté de voir en tant que telle ; à chacun donc d’imaginer le viol. « Pas mal » je me suis dit en moi-même en regagnant ma place. Le silence qui suivit me fit comprendre que le Maître de Conférences, Mademoiselle Ott, ne partageait pas du tout mon avis. Avec le détachement et la précision gestuelle d’un médecin légiste elle se mit à décortiquer la scène au scalpel de son analyse et à dégager tout le symbolisme dont je ne soupçonnai guère l’existence. Son analyse résonnait comme les douze coups de minuit de Big Ben ; cette expérience devait me donner le bourdon !

DONG : « Bien sûr, la plupart d’entre vous ont compris que la mise en bouche des fraises est une métaphore de la pénétration, de l’acte sexuel ». (Bien sûr mon œil me suis-je dit en moi-même !)

 DONG : « Il ne vous aurait pas échappé non plus (mais voyons !) que le fruit en question, la fraise, n’a pas été choisi au hasard ». (Pour moi une groseille à maquereau aurait pu bien faire l’affaire, mais nenni !)

DONG : « La similitude entre la forme de la fraise et la tête du pénis est saisissante ». (Mon dieu !)

 DONG : « Ainsi la fraise du séducteur est un symbole phallique puissant, mais j’annonce là une évidence ». (Mais où est ce qu’elle est allée chercher tout ça ?). Toujours abasourdi par cette révélation, je ne voyais pas venir le coup de minuit ;

DONG : « la fraise bien évidemment est un fruit rouge, son jus est la couleur du sang. Le jus qui coule sur les lèvres de Tess symbolise le sang de la consommation de l’acte sexuel, le sang résultant de la rupture de son hymen, symbole de sa virginité perdue ». (Doux jésus, elle le croit en plus ! !)

Aucune annale du bac en Angleterre n’a fait allusion à de telles choses ; mon prof ne m’en avait jamais parlé ; avait-il ne serait-ce que le plus petit soupçon de l’existence de telles explications, qui, à la réflexion, tenaient si bien la route ? Je me suis senti ridicule et légèrement trahi par mon prof d’anglais ; à l’époque du bac j’avais tout de même 18 ans ! J’étais vexé devant mon ignorance de cette dimension métaphorique d’un livre que je me targuais de connaître, et aussi par le fait qu’il a fallu que ce fût une Française qui me l’apprît, une mademoiselle de surcroît !

Pendant mon année de maîtrise, ce fut une autre femme, plus mûre encore celle-ci, qui allait me prendre en charge et s’occuper de mon « éducation ». La Doctoresse Luce Bonnerot fut ma directrice d’études. Elle me faisait penser à feu la reine mère d’Angleterre ; une ressemblance physique étonnante, une distinction et une douceur aristocratique, pas très grande, et un accent anglais parfait. Nous devions choisir le sujet de mon mémoire de maîtrise.  Notre choix fut arrêté ; « Undertones of War de Blunden et Memoires of an Infantry Officer de Sassoon, une étude comparative »

 Pendant le premier de nos « tutorials », cette petite dame aux allures de Queen Mum allait achever le travail de dépucelage intellectuel entamé une année auparavant par sa collègue. Peu de temps après le début de mon travail de recherche, je lui avais présenté les grandes lignes de mon projet. Sans me prévenir que le combat avait commencé, cette digne grand’mère m’envoya au tapis avec un coup au plexus qui me laissait sans souffle « Jeune homme, vous semblez avoir totalement occulté la dimension sexuelle de la guerre. Et pourtant, la similitude, voire l’identité des mots utilisés dans le domaine sexuel et dans le domaine martial, n’a pas pu vous échapper. (Mon dieu qu’est-ce qu’elle veut dire par-là ?) Devant mon regard qui devait afficher en lettres majuscules « abonné absent » elle poursuivit. « J’aimerais que ce rapport entre le langage du sexe et celui de la guerre soit convenablement mis en lumière » (et « convenable » avec ça !) « Rappelez-vous, jeune homme, dans la Saga des Forsythe, l’héroïne est décrite comme étant « assiégée » par l’homme qui souhaite la séduire ; le mot « assiégé n’est pas fortuit » (ça y est, c’est reparti pour un tour !) « Une ville, comme une femme est assiégée, elle résiste, elle s’affaiblit, elle capitule, elle cède, et comme une femme, elle est prise, on la pénètre, éventuellement, on la viole » ; avec ce coup droit au menton, alors que j’étais à peine relevé, je suis sonné ! Sans me laisser deux secondes pour que je reprenne mon souffle, Queen Mum revint à l’attaque. « Le viol de la ville de Nanjing, par exemple, doit être compris aussi bien au sens figuré qu’au sens propre » (ce n’est pas vrai !). « Les canons mêmes sont d’éminents symboles phalliques ; (doux Jésus !) « d’ailleurs, faisons abstraction de la forme du canon, jeune homme, sur le plan purement lexical, on « tire des salves » mais chez les jeunes ne parle-t-on pas de « tirer un coup ? » ; j’avais choisi ce moment-là pour tomber en catalepsie. Que cette auguste dame me fasse un cours sur l’argot sexuel des jeunes était aussi incongru que la Reine Mère descendant les escaliers de Montmartre sur un skateboard ! J’étais encore dans les cordes quand elle lâcha le coup final. « Mais dans votre approche de la métaphore sexuelle et la guerre, ne vous laissez pas emporter (je me suis dit en moi-même, venant d’elle, quel toupet !) « Un balai, un seau, une pomme…. tout est symbole phallique, utérin ou mammaire si l’on va par-là ». J’étais KO, mis au tapis par une mamie dont l’uppercut de l’analyse ne me laissait aucune chance. Je suis sorti du cours, sonné, déboussolé, déconfit, et encore une fois, un peu honteux. Ainsi, cette année-là, un voile fut levé, et à la réflexion, je m’estime privilégié d’avoir pu passer des moments passionnants avec un directeur d’études d’une si grande qualité. Pour ma maîtrise j’obtins la note « B ». Je crois sincèrement que sur le fond, ce fut un très bon travail, mais j’avoue que sur le plan de la métaphore sexuelle, ma « puissance de feu » devait laisser à désirer Mademoiselle Ott et Madame la Doctoresse Luce Bonnerot m'avaient ouvert les yeux sur des aspects insoupçonnés de mon propre patrimoine littéraire. A ma décharge, j’appris des années plus tard que l’analyse du symbolisme sexuel de la littérature anglaise était très en vogue à la Sorbonne pendant ces années-là. Toujours est-il, le regard que je pose dorénavant sur les asperges et les bananes, ne sera jamais plus tout à fait le même !


Lectures supplémentaires:

Souvenirs d'un kibboutz en France

Étapes dans l’apprentissage de la langue française

 

« La reine est morte, vive le roi »…[1]

…un aperçu linguistique de la vie de Elizabeth II, reine des pays ou territoires suivants: Royaume-Uni, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande, Jamaïque, Bahamas, Grenade, Papouasie-Nouvelle-Guinée, Îles Salomon, Tuvalu, Sainte-Lucie, Saint-Vincent-et-les Grenadines, Belize, Antigua-et-Barbuda et Saint-Kitts-et-Nevis.

HonniLa reine Élizabeth II, a régné sur le Royaume-Uni pendant 70 ans. Seul Louis XIV, le Roi Soleil, a occupé le trône plus longtemps, 72 ans (si l'on inclut la régence de sa mère).

Pendant son long règne, Élizabeth a nommé 15 Premiers ministres, de Winston Churchill (né 1874) à Liz Truss (née 1974) [2], et a rencontré un très grand nombre de chefs d’État français (et autres), de Charles de Gaulle à Emmanuel Macron [3] au Royaume-Uni et dans le cadre de ses visites a 120 pays.


Élizabeth a aussi rencontré tous les présidents des États-Unis de son règne (sauf Lyndon Johnson), de Harry Truman (quand elle était toujours princesse) à Joe Biden [4], (ainsi que Herbert Hoover, longtemps après la fin des fonctions de ce dernier).

@ Queen & TRuman clipped

Q & Kennedy Q & Obama


Marquis-de-lafayette-Bien que personne, au cours de l’histoire récente, n’ait fréquenté tant de personnalités mondiales pendant si longtemps, un Français peut se targuer d’avoir rencontré neuf présidents des Etats-Unis (avant, pendant et après leur mandat). Il s’agit du Marquis de La Fayette (1757-1834), le « Héros des Deux Mondes ».   Lorsque Lafayette (connu sous ce nom aux États-Unis) quitta la France à l’âge de 19 ans pour rejoindre les forces de la Révolution américaine, il avait déjà rencontré le souverain britannique, le roi Georges III. Il va rencontrer les rois les rois Louis XVI, Louis XVII, Charles 10, Louis-Philippe et l’Empereur Napoléon.
Pendant ses deux séjours aux États Unis, il a diné avec les présidents George Washington, John Adams, Thomas Jefferson, James Madison, James Monroe, John Quincy Adams, Andrew Jackson, Martin Van Buren et William Henry Harrison.Queen Elizabeth 1

Lafayette a appris l’anglais apres son arrivée aux États-Unis, tandis que la reine Élizabeth II maîtrisait bien le français dans sa jeunesse. On dit qu’elle parlait français, allemand et irlandais. Élizabeth 1re , « la reine vierge » (1558-1603), aurait maîtrisé à l’oral ou à l’écrit l’anglais, le français, l’espagnol, l’italien, le latin, le grec, le flamand, le gallois, le cornique et l’écossais, et vers la fin de sa vie elle apprit l’irlandais. [5]

Paul BiyaLe président du Cameroun, Paul Biya, 89 ans, est devenu, lors du décès d’Elizabeth II, le chef d’État en exercice le plus âgé du monde. Cette distinction passe donc d’un pays anglophone à un autre.

L'anglais correct est le Queen's English (ou King's English quand c'est un roi qui règne sur le Royaume-Uni). Wikipedia donne comme synonymes de Queen's (ou King's) English, les expressions : received pronunciation, Oxford English et BBC English. Cependant, pour autant que je sache, l'expression « Queen's English » ne se réfère pas uniquement à la prononciation, mais plus généralement à l'usage de l'anglais dans tous ses aspects. À l'heure de la « mondialisation » de la langue anglaise, il semble que la prononciation des membres de la famille royale qui parlent comme s’ils avaient une pomme de terre dans la bouche s’écarte plus que jamais de l’anglais parlé par les sujets de Sa Majesté.

 

 

Dernière heure:

Ce samedi, le prince de Galles a été proclamé Charles III, roi de la Grande-Bretagne et Irlande du Nord. Le lendemain, le  joueur de tennis espagnol, Carlos Alcaraz a remporté le championnat des États-Unis, hommes simples, et a été couronné numéro un mondial. Il peut s’appeler désormais Carlos (Charles) Ier, Roi des Courts. Espérons qu’il n'y aura pas de rivalité entre les deux rois Carlos susceptible de renouveler la guerre anglo-espagnole de 1585-1604.

—————-

[1] Quand j’étais écolier en Afrique du Sud, lors de la mort du roi Georges VI en 1952, tous les élèves se sont rassemblés et ont déclaré d’une seule voix : « Le roi est mort, vive la reine ». Ces derniers jours, les élèves du Commonwealth tout entier ont sans doute déclaré : “La reine est morte, vive le roi”.

[2] Winston Churchill (1951-1955), Anthony Eden [1955-1957], Harold Macmillan (1957-1963), Alec Douglas-Home (1963-1964), Harold Wilson (1964-1970, 1974-1076), Edward Heath (1970-1974), James Callaghan (1976-1979), Margaret Thatcher (1979-1990), John Major (1990-1997), Tony Blair (1997-2007), Gordon Brown (2007-2010), David Cameron (2010-2016), Theresa May (2016-2019), Boris Johnson (2019-2022), Liz Trust (2022-  ).

[3] Un jour, elle a dit à François Hollande, président de la France, que quand elle était enfant, elle voulait devenir actrice. Hollande a répondu que, d’une certaine façon, elle l’était devenue. « Oui, a-t-elle dit, mais j’interprète toujours le même rôle. »

 

 
  La Reine Elizabeth comme comedienne  

[4] Harry Truman (1945-1953), Dwight D. Eisenhower (1953-1961), John F. Kennedy (1961-1963), Richard Nixon (1969-1974), Gerald Ford (1974-1977), Jimmy Carter (1977-1981), Ronald Reagan (1981-1989), George H.W. Bush (2001-2009), Bill Clinton (1993-2001), George W. Bush (2001-2009), Barack Obama (2009-2017), Donald Trump (2017-2021), Joe Biden (2001-  ).

[5] Précédemment, lorsqu’elle rencontra Gráinne Mhaol, connue aussi sous le nom de Grace O’Malley, la ‘reine pirate’ irlandaise, elles se parlèrent en latin, car l’une ne parlait pas l’anglais et l’autre ne parlait pas l’irlandais.

Initials JJG Jonathan G
Traduction René Meertens, notre linguiste du mois de janvier 2019

Lectures supplémentaires:

Communiqué de la Reine d'Angleterre aux citoyens des États-Unis, à travers Le mot juste en anglais
9.06.2012

Elisabeth Ière d’Angleterre traduisait-elle Tacite pour son plaisir ? 
08.01.2020

Entretien avec Alan Hoffman, traducteur at président l'association des Amis américains de Lafayette.
27.09.2021

16 Words That Explain British Royal Family Traditions
14.09.2022

 

 

Les mots anglais du mois – assassination, murder


En anglais, généralement on réserve le terme « assassin » au meurtrier qui tue une personnalité célèbre pour un motif public. Ainsi, s’appelaient ceux qui tuèrent Jules César, Abraham Lincoln, François-Ferdinand, Martin Luther King et John Lennon, entre autres. ("Assassination: the premeditated act of killing someone suddenly or secretively, especially a prominent person. Dictionary.com) [1] Cela s'applique parfois mais pas forcement au terme character assassination (a slandering attack, especially one intended to damage the reputation of a public or political figure. Dictionary.com). [2]

  Assassnation -- JC  
  Assassination of Julius Caesar  

 

En français, il existe une autre définition :

Assassinat : meurtre commis avec préméditation. [2] Le mot dérive d'assassin, terme entré dans la langue française en 1560 par l'intermédiaire de l'italien assissino, lui-même emprunté à l'arabe assassin, pluriel d'assass : « fondement » mais aussi « gardien ».

Hasan clippedIl faut se souvenir qu'au XIe siècle, Hassan Sabbah fonda l'ordre des Assassins dont il installa le siège à Alamout en 1090. Cette secte, probablement la plus redoutable de l'Histoire, instaura en Orient une véritable terreur en tuant pour l'exemple : « Nous tuons un homme, nous en terrorisons mille ». La brutalité et la barbarie des scènes d'exécution incitèrent à penser que les disciples de Hassan étaient drogués et qu'ils agissaient sous l'effet du haschich. Marco Polo répandit l'idée en Occident et, même dans le monde musulman, on en vint parfois à les appeler haschichchiyoun, « fumeurs de haschich . Certains linguistes ont cru voir dans cette appellation l'origine du mot « assassin » dans plusieurs langues européennes. Toutefois, il semble que ce soit la première explication qui soit la bonne. Les termes assassins, assassiner et assassinat ont été inspirés par l'ordre des Assassins (Assassiyoun ou fondamentalistes) dont le credo et les méthodes d'action font souvent penser à ceux d'Al Qaïda.

Malouf, AminSamarcande. Paris, Poche Lattes, 1998, p. 123. 

In the Crosshairs

[1] Stephen Spignesi,
In the Crosshairs: Famous Assassinations and Attempts from Julius Caesar to John Lennon
Skyhorse; Second edition 2016

 

 

 

[2] Il existe meme l'International Society for the Study of Character Assassination, spécialisée dans les études et recherches universitaires sur la manière dont les attaques ou assassinats de réputation qui se produisent tant dans l'histoire qu'à l'époque contemporaine.


[3] En anglais on distingue en général entre "murder" (commis avec préméditation) et "homicide" ou "manslaughter" (pas forcement commis avec préméditation). Il existe d'autres termes et d’autres distinctions selon les différents systèmes juridiques.

Lectures suppleméntaires:

Assassin's Creed: Hassan-i Sabbah's Struggle Against Seljuqs – Medieival Reporter

What is the Difference Between Homicide, Murder and Manslaughter?

Initials JJG
Jonathan Goldberg

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L’invasion russe – aperçu langagier

L’article qui suit est inspire par un article paru dans le hebdomadaire américain, Newsweek. Il est rédigé par René Meertens, notre contributeur fidèle et auteur du Guide anglais-français de la traduction. René a été notre linguiste du mois de janvier 2019.

Ceci fait partie d’une série de textes que nous consacrons à l’actuelle invasion de l’Ukraine par la Russie (ainsi qu’à l’occupation de la Crimée en 2014). Les médias publient de nombreuses analyses politiques et historiques  sur ces questions, mais celles-ci ne portent guère, voire pas du tout, sur les aspects linguistiques de la crise internationale actuelle provoquée par la Russie. 

 

La Lettonie, pays qui faisait autrefois partie de l’Union soviétique et est aujourd’hui limitrophe de la Russie, pourrait prochainement limiter l’usage de la langue russe dans les lieux de travail, ce qui serait peut-être un coup dur pour Vladimir Poutine, selon le vice-Premier ministre de la Lettonie, Janis Bordans.

Ce dernier, qui est aussi le ministre de la Justice de son pays, a indiqué au site Delfi News que son ministère préparait une loi relative à la limitation du bilinguisme. Il a affirmé que « les conséquences à long terme de la russification sont telles que le recours parallèle au letton et au russe dans les communications quotidiennes, dans les bureaux et sur les autres lieux de travail était bien établi. »

LettonieDu fait de la législation en cours d’élaboration, la Lettonie pourrait s’éloigner encore davantage de la Russie et de son propre passé de république de l’URSS, dont l’éclatement a eu pour conséquence que plus de 25 millions de personnes de souche russe vivent en dehors de leur pays, selon le Wilson Center, qui a son siège à Washington. Cette prise de distance pourrait représenter un revers pour Poutine car, selon des informations diffusées par BelTA, l’agence de presse du Bélarus, Poutine et un important allié, le président du Bélarus Alexander Lukashenko, souhaitent placer la relation entre leurs deux pays à un niveau de coopération renforcée, grâce à une initiative qui rappelait l’URSS, et veulent inciter d’autres pays issus de l’ex-URSS à faire de même.

La loi portant restriction du bilinguisme réduirait la présence du russe dans les activités publiques en Lettonie. Bordans a déclaré à Delfi que « la société doit savoir qu’il convient d’utiliser le letton dans les relations d’affaires et la communication sur le lieu de travail. »

« Cette loi pourrait exclure le russe dans les conversations téléphoniques et les messages utilisé dans les communications bancaires, et avoir des effets sur l’attribution d’emplois requérant la connaissance du russe ou privilégiant les candidats russophones », a-t-il aussi déclaré.

« Il est nécessaire d’interdire l’utilisation d’une langue qui n’est pas une langue de l’Union européenne, en plus de la langue de l’État considéré lors de la vente de marchandises ou la prestation de services. Il se peut que le russe soit aussi exclu des communications téléphoniques et bancaires », a ajouté Bordans.

Ce n’est pas la première fois que la Lettonie a abordé le statut du russe dans la société. En février 2012, lors d’un référendum national, 75 % des Lettons ont voté contre l’adoption du russe comme seconde langue nationale, a indiqué la BBC.

Malgré cette forte opposition, des restrictions portant sur le russe pourraient avoir des effets sur une grande partie de la population. Environ 25 % de la population russe parlent principalement le russe, a indiqué Politico. 

La Lettonie, qui, contrairement à la Russie, est membre de l’Union européenne et de l’OTAN, a vivement critiqué l’invasion de l’Ukraine voulue par Poutine.

Le président de la Lettonie Egils Levits a condamné fermement la guerre que mène la Russie et n’a cessé de soutenir pleinement l’Ukraine.

Samedi, Levits a indiqué sur Twitter que la Lettonie avait cessé de délivrer des visas à des citoyens russes après l’invasion de l’Ukraine par la Russie et a affirmé qu’il « n’était pas politiquement ni moralement justifiable » que d’autres pays européens continuent de le faire.

Plusieurs jours avant que Bordans ne parle à Delfi d’éventuelles restrictions concernant le russe, le parlement letton, appelé « Saeima », a adopté une déclaration aux termes de laquelle les violences que la Russie aurait infligées à des civils ukrainiens constituaient des actes de terrorisme et faisaient de la Russie un État soutenant le terrorisme.

La Saeima a également demandé aux autres pays de l’Union européenne de cesser immédiatement de délivrer des visas touristiques et autres à des citoyens de la Russie et du Bélarus.

Lecture supplémentaire :

Madame Brink contre Monsieur Poutine

Annonce d’emploi sur un site ukrainien

Mots anglais liés à l'invasion russe – aperçu langagier