Voici la cinquième partie de cet article, écrit spécialement pour ce blog par le professeur d’histoire Danielle Bertrand. Cliquez sur le lien pour voir les parties précédentes.
Il est temps d’en finir avec cette guerre interminable !
En 1428, une armée de 3500 hommes bloque Orléans. Si cette ville, qui commande tout le Val de Loire, est perdue, la route du sud sera ouverte aux Anglais et on aura la preuve que Dieu est bien avec eux et que le dauphin est bien un bâtard. Le 12 février 1429 une tentative pour couper l’approvisionnement des assiégeants en les privant de harengs est un échec. Le dauphin songe à s’exiler en Ecosse.
C’est du village de Domrémy qu‘une bergère de 17 ans redonne espoir aux partisans du Dauphin ; elle assure avoir reçu de Dieu l’ordre de délivrer Orléans et finit par convaincre Robert de Baudricourt qui l’envoie au Duc de Lorraine. Celui-ci après l’avoir fait exorciser, l’adresse au dauphin. Elle le reconnaît, caché dans la foule, et a avec lui un entretien resté secret dont il ressort tout ragaillardi, sans doute rassuré sur sa légitimité. Dûment examinée par une commission présidée par l’Archevêque de Reims, en exil lui aussi, Jeanne, qui a répondu avec beaucoup de bon sens aux questions qu’on lui posait, peut se préparer au combat.
Jeanne d'Arc au sacre du roi Charles VII, toile de Dominique Ingres (1780-1867)
Elle envoie une sommation au roi d’Angleterre puis marche sur Orléans à la tête d’une armée. Elle réussit à faire entrer des vivres dans la ville, les défenseurs retrouvent le courage de se battre, et le 8 mai les Anglais lèvent le siège.
D’autres victoires militaires (Patay en juin 1429) permettent à « l’armée du sacre » d’atteindre Reims où le dauphin est sacré le 17 juillet par l’archevêque rétabli dans ses fonctions. Nous pouvons désormais l’appeler Charles VII.
Charles VII
Il semble que Jeanne, sa mission accomplie aurait été prête à retourner à ses moutons mais ses compagnons d’armes la persuadèrent de rester au service du roi. Son armée pourtant échoue en septembre devant Paris et, mal soutenue par la Roi, Jeanne, après quelques mois de campagnes sans résultat, est faite prisonnière le 23 mai 1430 en voulant délivrer Compiègne assiégée par les Bourguignons bien décidés à continuer le combat.
Elle est livrée à Bedford et incarcérée à Rouen. De prisonnière de guerre, qu’on aurait pu « racheter « par une rançon, elle devient justiciable d’un tribunal d’église et déférée comme sorcière devant l’Inquisition. L’évêque Cauchon, anglophile et qui veut se faire bien voir des Anglais la fait condamner à l’issue d’un long procès ; elle se rétracte, puis revient sur son abjuration. Hérétique et relapse, elle est brûlée le 30 mai 1431, mais devient pour le peuple une sainte et le symbole de la résistance aux Anglais.
Il fallut tout de même vingt ans pour « bouter les Anglais hors de France ». Le jeune Henri VI a été couronné à Paris en décembre 1431 mais n’est guère reconnu par les Français. L’occupation anglaise est de plus en plus impopulaire à cause des impôts alourdis pour payer la guerre. La Normandie se soulève. Les Bourguignons se rapprochent de Charles VII dont la victoire devient probable. Le pape aide à la réconciliation et la mort de Bedford est mise à profit pour arriver au traité d’Arras en septembre 1435, qui règle le conflit entre les Bourguignons et le Roi Charles VII en liquidant le passé, et en établissant une alliance entre Philippe le Bon, duc de Bourgogne. et le Roi de France. Les combats continuent, plus rudes pour les Anglais privés d’un puissant allié, et qui doivent faire face à de plus en plus de révoltes dans leurs possessions en France. Mais, à part la reconquête de la région parisienne, rien de décisif n’intervient.
Henri VI
Mais les deux pays sont épuisés : la France est confrontée aux exploits des « écorcheurs,qui mettent l’Ile de France à sac, à l’agitation des seigneurs, aux complots contre le Roi. L’Angleterre où le roi est toujours bien jeune connaît tous les problèmes et rivalités liés à une régence.
En 1444 est conclue à Tours une trêve renouvelable de dix mois qui dure jusqu’en 1449. La royauté française met ce temps à profit pour se raffermir, l’administration est réorganisée, les finances s’améliorent, e qui permet à Charles VII qui devenu adulte se révèle plutôt intelligent et avisé de reconstituer une armée disciplinée et de se débarrasser des écorcheurs. Surtout, il semble qu’on ait enfin compris qu’il fallait d’abord s’occuper des archers anglais avant de se jeter dans la mêlée.
L’Angleterre, par contre, vit une grave crise. Henri VI glisse doucement dans la folie (la tient-il de son grand père Charles VI ?) Les provocations du duc de Somerset lieutenant d’Henri VI en Normandie donnent à Charles VII un bon prétexte pour reprendre la guerre. Les premiers échecs anglais font se déchaîner la lutte autour d’Henri VI et ouvrent la Guerre des Deux Roses opposant les York, héritiers de Richard II et les Lancastre.
La Normandie est reconquise, la victoire de Formigny en avril 1450 prouve que les chevaliers français ont enfin compris la leçon, et les habitants accueillent bien les Français. La reprise de la Guyenne est plus difficile, car la population y est en partie pro-anglaise. Les Bordelais qui avaient capitulé en juillet 1451 mais trouvent l’administration française bien tatillonne, rappellent les Anglais en octobre 1452, mais doivent se rendre un an plus tard. Dès juillet 1452 la bataille de Castillon avait été un nouveau succès français.
Bataille de Castillon
Les Anglais n’ont plus en France que Calais….mais les souverains anglais n’ont toujours pas renoncé à leur titre de Roi de France !
Les combats cessent pourtant, à la grande joie des peuples des deux pays comme en témoignent les nombreux récits de liesse populaire.
Charles VII, qui n’avait guère soutenu Jeanne d’Arc pendant son procès (mais avait exempté d’impôts le village de Domrémy), ordonna l’enquête qui devait aboutir en juillet 1456 à la réhabilitation de la Pucelle.
Le traité de paix « officielle » ne fut signé qu’en 1475. Edouard IV accepte de renoncer à l’alliance avec les Bourguignons, contre une confortable pension. Louis XI, dont on souligne souvent l’avarice, considère qu’ainsi le Roi d’Angleterre se reconnaît son « sujet ». Des deux côtés l’honneur est sauf… et les intérêts préservés, même si Edouard n’a pas signé qu’il renonçait à la couronne de France.
Quelle leçon tirer de ce long conflit, où les crises intérieures pesèrent bien souvent sur le cours de la guerre, où les intrigues entre seigneurs et membres des familles royales jouèrent un rôle presque aussi important que les armées? Certains historiens considèrent qu’il contribua dans les deux pays à l’émergence d’un « sentiment national »……mais c’était peut-être cher payé.
L’avenir de la France aurait-il pu être changé, et écrirais-je en ce moment dans la langue de Shakespeare ? Gouvernés par l’Angleterre, aurions fait l’économie de 1789 et évolué plus doucement vers la démocratie ? Ou, comme l’écrit l’Anglais Macaulay, la France aurait-elle absorbé l’Angleterre ?
Comments
One response to “Chronique de la Guerre de cent ans – dernière partie”
J’adore cette page de notre histoire. Comme un enfant, lu beaucoup de littérature sur Jeanne d’Arc et la guerre de 100 ans. Maintenant revivre les souvenirs d’enfance.