Vivra-t-on un Calexit en 2019 ?

un nouveau mot né des élections présidentielles américaines

Le mot exit est en train de devenir le suffixe le plus usité en néologie politique. Après le Grexit ou sortie éventuelle de la Grèce de l'UE, et le Brexit ou sortie (cette fois moins éventuelle) du Royaume-Uni, voici que les adhérents du collectif Yes California envisagent sérieusement d'organiser un référendum sur le Calexit ou sécession de l'État de Californie. À cet effet, le collectif a saisi le Bureau du Procureur général (à Sacramento) d'une demande d'organisation d'un référendum sur l'indépendance de la Californie qui se tiendrait en 2019. 

Calexit - newLa constitution du collectif et le projet de référendum font naturellement écho à la victoire de Donald Trump qui passe très mal dans un État particulièrement prospère et majoritairement démocrate, lequel a fourni, rappelons-le, 55 grands électeurs à Mme Clinton. Toutefois, sortir de l'Union n'est pas chose facile et les treize États du Sud qui ont tenté l'aventure en 1861 en savent quelque chose !

YesCaliforniaLes Calexiteurs n'en sont pas moins confiants. « Nous le faisons car l'attente est immense » a déclaré Marcus Ruiz Evans, vice-président et co-fondateur de Yes California. À la différence de ce qui s'est passé au Royaume-Uni, les conditions du référendum sont ici plus strictes. Il faudra que 50% des électeurs participent à la consultation qui aura lieu en novembre 2018, et que 55% d'entre eux se prononcent pour la sortie de l'Union pour que puisse être proclamée la « République nouvellement indépendante de Californie ». Celle-ci acquerrait alors la personnalité juridique internationale et pourrait même adhérer à l'ONU. Une perspective qui n'était certainement pas envisagée lors de la fondation de cette organisation – ironie du sort – à San Francisco, en 1946 !

Pour commencer, Yes California va faire circuler une demande de référendum qui devra recueillir au moins 585.407 signatures. Donc, le Calexit Blue Book collectif appelle pour le moment les Californiens à signer la pétition et se montre optimiste. «Nous avons six mois pour recueillir 585 407 signatures. Nous aspirons à atteindre le cap du million», affirme avec confiance Yes California. Un premier succès a été obtenu puisque les services du Procureur général viennent d'accepter la demande de référendum.

Bien entendu, l'opposition s'organise elle aussi. Les maires de Los Angeles et de San Diego ont pris parti contre le référendum. On conçoit très bien que les édiles de San Diego n'aient pas envie que leur ville (qui abrite une grande base navale) connaisse le sort de Fort Sumter ! [1]

Pour atténuer la douleur des Américains mécontents du résultat de l'élection présidentielle, un groupe de Canadiens invite les habitants de Californie, de l'Oregon, du Washington et du Nevada – tous États de l'Ouest remportés par Hillary Clinton – à faire sécession et à s'unir au Canada.

«Chers Californiens, Orégonais, Washingtoniens et Névadiens, je suis sûr que nous pourrons nous organiser si vous voulez rejoindre le Canada», écrit sur Twitter Chad Harris, journaliste de Colombie-Britannique. Ou encore : «Sur la côte ouest des États-Unis, si vous le souhaitez, vous pouvez tous devenir des provinces canadiennes, étant donné que les options que vous avez prises en votant sont proches de ce que nous vivons au Canada», propose sur Facebook un certain Andrew Mercier de Calgary (Alberta).

LewisclarkbannerLe littoral du Pacifique, exploré et reconnu par Lewis & Clark au début du 19ème siècle, fera-il sécession ? Une Californie indépendante (et peut-être officiellement hispanophone) choisira-t-elle un jour de s'unir à la Confédération canadienne ? Les surprenants résultats de quelques consultations récentes autorisent au moins à se poser la question.

P.S.

Calexit left right Il semble que Michelle Obama ait fourni une bonne formule aux Démocrates en déclarant : « S'ils volent bas, prenons de la hauteur », allusion au niveau des débats. Hillary l'a adoptée, signifiant par là qu'elle ne s'abaisserait pas au niveau des propos de caniveau de son adversaire, mais éléverait au contraire la teneur des échanges. Parodiant Michelle, des partisans du Calexit proposent : « S'ils vont à droite, allons à gauche ». Symbolique des couleurs : le rouge des Républicains et le bleu des Démocrates, mais aussi spatio-politique : la droite réactionnaire pointant vers l'est et la gauche progressiste vers l'ouest, au point même de se séparer du reste du continent ! 


[1] Bombardement d'un fort de l'armée fédérale situé à l'entrée de la baie de Charleston par les forces des États confédérés, les 12 et 13 avril 1861. Cette canonnade qui ne fit pas de victimes marqua le début des hostilités de la Guerre de Sécession (1861-1865).

Jean Leclercq


Lecture complémentaire
:

Secessionists formally launch quest for California's independence
Los Angeles Times, 21 November 2016

Ecotopia 2018
ERnest Callenbach

 


Comments

2 responses to “Vivra-t-on un Calexit en 2019 ?”

  1. La Californie tout comme la Côte Est des Etats-Unis sont menacées par le changement climatique (débordement des eaux), que nie Trump qui a placé un directeur de compagnie pétrolière à un poste clé.
    Reste à savoir si cette menace de débordement est bien réelle ou s’il s’agit d’une grande peur de l’an 2000 et si le climat a des ressources personnelles pour se rétablir?

  2. La Californie tout comme la Côte Est des Etats-Unis sont menacées par le changement climatique (débordement des eaux), que nie Trump qui a placé un directeur de compagnie pétrolière à un poste clé.
    Reste à savoir si cette menace de débordement est bien réelle ou s’il s’agit d’une grande peur de l’an 2000 et si le climat a des ressources personnelles pour se rétablir?