Nous venons de publier sur le blog le deuxième d’une série d’articles sur les Jeux olympiques à l’occasion de ceux qui s’ouvriront à Londres le 27 juillet. Cet article, écrit par notre collaboratrice Françoise de la Plume de Dussert, y rendait compte des efforts du Français Pierre de Coubertin pour recréer les jeux antiques qui se tenaient à Olympie et dont la pratique s’était étendue à d’autres cités du monde hellénique. Françoise a bien voulu y ajouter
| Jesse Owens aux Jeux Olympiques de 1936 |
Ah ces jeux de 1936 ! Quelle merveilleuse occasion de faire briller l’Allemagne et de démontrer la supériorité de la race aryenne ! L’appareil nazi ne laissa rien au hasard : Gretel Bergmann, Juive exilée en Grande-Bretagne est rappelée dans le double but de démontrer la largeur de vue du pays et de lui assurer une médaille… mais pas n’importe laquelle : lorsqu’elle bat le record d'Allemagne de saut en hauteur avec un saut à 1,60 m, elle se trouve empêchée de participer pour « performances insuffisantes ». Lilli Enoch, une athlète qui ne contait plus ses titres de championne ni ses records du monde n’est pas retenue non plus. (On n’ose dire ‘sélectionnée’ ; elle mourra fusillée avec sa mère, probablement dans la forêt de Biķernieki, après leur déportation à Riga.)
Il fut malheureusement impossible de guider le choix des associations sportives étrangères et les États-Unis en particulier alignèrent plusieurs athlètes noirs. Le plus célèbre d’entre eux reste sans conteste Jesse Owens dont les quatre médailles d’or faisaient bien de l’ombre aux théories raciales d’Hitler. Il s’en remit, selon Albert Speer, en estimant qu’avec des antécédents descendus de la jungle le physique des noirs était plus puissant que celui de blancs civilisés et en comptant bien les faire exclure des Jeux à venir. Dame ! La chaleureuse embrassade entre Owens et Luz Long, son valeureux mais malchanceux rival allemand au saut en longueur n’était pas pour le consoler et, si l’histoire selon laquelle l’Allemand aurait aidé son adversaire lors des éliminatoires est contestée, la lettre dans laquelle il lui demande de retrouver plus tard son fils pour lui dire « comment il peut en être entre les hommes sur cette terre », écrite à Owens quelque mois avant sa mort au front est authentique.
Ceci dit, Owens et les autres athlètes noirs voyageaient et entraient à Berlin dans les mêmes trains et hôtels que leurs collègues blancs, chose peu admise dans leur propre pays (et qui ne le resta guère dans le Reich). Et Owens souffrit moins de ne pas avoir été félicité par Hitler (il ne fut pas le seul contrairement à l’impression créée) que par FDR. Parfaitement conscient de la discrimination raciale, elle lui était chose si naturelle qu’il ne comprit que tardivement le poing levé de Thommie Smith et John Carlos pendant le Star Spangled Banner qui saluait leurs médailles aux Jeux Olympiques de Mexico en 1968. Geste couteux mais suivi d’effets.
En 1936, Leni Riefenstaal, cinéaste de génie mais apologiste du régime mit tout son talent au service … du sport. Elle ne néglige aucunement les athlètes noirs dans son film Les dieux du stade. Le saut de Jesse Owens, au début de cette séquence est observé avec intelligence et souligné par le regard de Luz Long. Un grand moment.
Lecture supplémentaire :
I'll take the high jump
New Statesman, 25 July 2012
Comments
One response to “Quand la flamme olympique fait des étincelles (troisième partie)”
Toujours des sujets passionnants. Merci également pour l’acte de mémoire. C.