En règle générale, on emploie le pronom « nous » lorsqu'il s'agit d'au moins deux personnes. Par exception à cette règle, la monarchie britannique emploie le « nous royal », encore appelé « pluriel de majesté », pluralis majestatis. Et cela, pour indiquer que la monarchie représente « à la fois le corps physique et le corps politique » (Urban Dictionary), le roi ou la reine étant la tête du corps collectif qu'est la nation ou l'État.
Une autre exception analogue est le « nous rédactionnel » qu'emploient les chroniqueurs et les commentateurs de différents médias lorsqu'ils présentent une synthèse de leurs opinions. Auquel cas, ils se présentent comme les porte-parole de l'organe d'information qui les emploie. C'est ce que désigne l'archaïsme stylistique anglais nosism, (« noussoiement »)se définissantcomme « l'emploidu nous en parlant de soi-même » (Ologies & Isms, 2007).
Parfois, des individus emploient le « nous royal » au lieu du pronom singulier « je », pour gonfler leur importance. On raconte que l'amiral américain Rickover avait un jour réprimandé un subordonné qui avait parlé de lui-même à la première personne du pluriel en lui faisant observer que « trois catégories de personnes ont ce droit: les femmes enceintes, les monarques et les schizophrènes », et d'ajouter: « à laquelle appartenez-vous? ».
Une plaisanterie qui ne fait pas rire la Reine Victoria
Victoria, Reine d'Angleterre, Souveraine du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande, Impératrice des Indes, employait habituellement le nous royal.
L'expression « Cela ne nous fait pas rire » est l'une de celles pour lesquelles Victoria est passée à la postérité. L'anecdote fut attribuée à la reine par Caroline Holland, dans Notebooks of a Spinster Lady, 1919. On a prétenduqu'une plaisanterie d'un de ses chambellans aurait suscité cette réplique agacée de la souveraine. Le "We are not amused" (« Cela ne nous fait pas rire » ) cadre bien avec le caractère sévère et l'attitude austère associés traditionnellement à son personnage. Mais, d'autres ont soutenu que ce n'était pas un exemple de « nous royal », la Reine s'étant exprimée, dans ce cas, au nom de toutes les dames de la cour. Mais il semble désormais admis qu'elle n'ait jamais prononcé ces paroles et elle-même l'a toujours nié.
(Ashley, Mike (1998) British Monarchs, London: Robinson, p. 690).
D'après Marie Mallet, l'une de ses dames de compagnie, Victoria était souvent « extrêmement enjouée et riait aux éclats. »
La Reine Victoria se déride!
Les flatuosités de son époux ne font pas rire la Reine Elisabeth
Si l'on en juge par les trois photos ci-dessous (et sans savoir si elles sont authentiques ou à quelle date elles ont été prises), ce qui se passe au balcon du Palais de Buckingham n'a pas l'air de faire rire la reine actuelle. On a prétendu (selon des sources non confirmées) que le Prince Philippe n'avait pu maîtriser une émission de gaz alors qu'il saluait la foule massée devant le Palais, à l'occasion de son 90e anniversaire.
Nous invitons nos lecteurs à étudier les photos ci-après et à proposer des légendes.
Sur la photo 1 ci-dessus, le Prince Harry sourit tandis que la Reine décèle quelque chose de désagréable dans l'air. Sur la photo 2, Harry ne peut plus se retenir de rire, mais la Reine reste impassible. Sur la photo 3, Harry est contraint de détourner la tête, tandis que la Princesse Anne rit franchement – la Reine garde un faciès très victorien.
Note historique:
Élisabeth est la première souveraine britannique depuis la Reine Victoria. Couronnée à l'âge de 18 ans, Victoria avait ensuite régné pendant 63 ans et sept mois. La Reine Elisabeth, couronnée à 25 ans, a déjà régné pendant 59 ans.
Notes linguistiques:
1. Le mot fart (substantif ou verbe), pet en français, bien que considéré comme grossier, n'en a pas moins une étymologie respectable puisqu'il est entré dans la langue anglaise par l'intermédiaire du vieil allemand, du grec, du lituanien et du russe. Technique et poli, le mot flatulence (flatuosité) est entré en anglais en 1711, sous l'influence du français.
2. Avec tout le respect dû au Prince Philippe le jour de son 90e anniversaire, ce qui semble s'être passé au balcon du palais nous rappelle que l'expression old fart désigne une personne âgée, gâteuse ou sénile.
http://www.aneem.com/search.php?query=old+fart+
3. La devise de la monarchie britannique est en français: “Dieu et mon Droit”:
4. En anglais, lorsqu'on dit que quelqu'un a a stiff upper lip, c'est qu'il fait preuve de courage dans l'adversité, qu'il sait « serrer les dents » et contenir ses émotions. Ces termes se retrouvent dans l'expression idiomatique tokeep a stiff upper lip, qui qualifie traditionnellement une valeur propre au peuple britannique (particulièrement à la bourgeoisie moyenne et supérieure), parfois perçue comme de la réserve dans d'autres cultures.Toutefois, l'expression semble être d'origine américaine. (Wikipedia)
Film recommandé: The Young Victoria (2009)
Sources:
Dieu et mon droit – Wikipedia
Majestic plural – Wikipedia
BBC History – Queen Victoria
Online Etymological Dictionary
Liste des monarques d’Angleterre
WE, The New York Times, October 20, 2010
Lecture supplementaire :
Diamond Jubilee. How a Failing Institute was successfully revived
The Economist, June 9, 2012
Queen Victoria: Th real story of her 'domestic bliss'
BBC News Magazine, 31 Decemember 2012
Jonathan Goldberg
Cet article a bénéficié de la traduction et de précieux conseils de Jean Leclercq. Jean a travaillé pendant 26 ans à l'Organisation mondiale de la Santé, en qualité de traducteur-réviseur. Il est en plus féru d'histoire.
Comments
3 responses to “Le pluriel de majesté – si vous devenez un jour roi ou reine, vous devrez savoir « noussoyer »”
Bonjour,
En francais, en sus du “nous de majeste” et “du nous de modestie”, il existe un troisieme cas d’utilisation atypique du pronom personnel de la premiere personne du pluriel. C’est le “nous inclusif”. Comme quand le medecin demande au patient “comment nous sentons-nous aujourd’hui?”.
Et en anglais, est-ce aussi le cas?
Gabrielle is quite right. English also has an “inclusive we”. It would be used, for example, exactly in the case that Gabrielle has mentioned. For a very well-written article on the subject by the linguist Ben Zimmer, see the New York Times, October 20, 2011 – http://www.nytimes.com/2010/10/03/magazine/03FOB-onlanguage-t.html
Kudos to Gabrielle.
Jonathan
Bonjour,
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