" What's in a name? that which we call a rose
By any other name would smell as sweet. "
« Qu'y a-t-il dans un nom ?
Ce que nous appelons rose
Par n'importe quel autre nom sentirait aussi bon. »
– William Shakespeare.
Roméo and Juliette, acte II, scène 2.
Reportage de votre blogueur ambulant, en direct de Jérusalem.
Après être arrivé ici de Los Angeles, j'ai voulu tirer les choses au clair et consacrer quelques lignes au terme anglais Jerusalem artichoke, également connu sous les noms de sunroot, sunchoke et earth apple. En français, c'est le topinambour (synonymes : crompire, soleil vivace, poire de terre, truffe ou artichaut du Canada). Pour les botanistes, c'est un hélianthe tubéreux, Helianthus tuberosu, en latin [1]. Une première constatation : il n'y a nulle part ici de Jerusalem artichoke, vu qu’un topinambour n’est pas un artichoke et ne vient pas de Jérusalem. Seul point commun entre les deux plantes : elles appartiennent à la famille des marguerites !
Pour démêler cette énigme, je propose de revenir sur l’historique du topinambour qui est originaire d'Amérique du Nord (États-Unis et Canada). L'explorateur anglais Walter Raleigh le découvre en 1585 en Virginie et Samuel de Champlain, navigateur, soldat, explorateur, géographe et chroniqueur français, l'observe au Cap Cod, en 1605. Parti de La Rochelle en 1606, l'avocat, écrivain et voyageur Marc Lescarbot accompagne Poutrincourt en Acadie où il participe à la fondation de la colonie de Port-Royal. Samuel de Champlain lui fait découvrir le nouveau légume que Lescarbot ramène en France, en 1607. Dans le Traité des aliments de Louis Lémery (1702), on le désigne sous le nom de poire de terre.
Pendant la guerre de 1939-1945, la consommation du topinambour (légume qui échappait aux réquisitions de l'armée allemande), souvent mal cuit, sans matière grasse, a laissé de mauvais souvenirs dans les pays occupés. À cette époque, la consommation du topinambour, comme celle du rutabaga, a considérablement augmenté, avant de s'effondrer avec la fin du rationnement. C'est la « nouvelle cuisine » qui, au même titre que le panais et d'autres raves, l'a récemment réhabilité.
Mais, pour revenir à la question initiale de son étymologie, c’est aux États-Unis que des immigrants italiens, selon une certaine thèse, l'ont considéré à tort comme un tournesol (girasole en italien), d’où la déformation en « Jerusalem ». Mais quel rapport peut-il bien exister entre le topinambour et l’artichaut ? Explication : le goût du tubercule (qui pousse sur le rhizome enfoui dans la terre) est celui de l’artichaut – caractéristique que Samuel de Champlain soulignait déjà lorsqu'il expédia les premiers échantillons en France.
Selon une autre thèse, les Pèlerins, qui ont quitté l’Angleterre pour s’installer en Amérique, entendaient bien fonder une « Jérusalem céleste dans les solitudes du Nouveau monde ». Quand le topinambour, découvert en Amérique, a été ramené en Angleterre, il a pris le nom de « Jerusalem artichoke ».
Donc, que l’on impute aux Anglais ou aux Italiens la confusion qui en résulta, la seule certitude qui soit c'est que, par suite des caprices de la religion, de l’histoire, de la géographie et de la linguistique, l’appellation Jerusalem artichoke (artichaut de Jérusalem) [2] est doublement erronée.
Il reste à s'interroger sur l’origine du mot français topinambour (qui a été adopté en anglais comme synonyme de Jerusalem artichoke). Selon Wiktionnaire, ce mot résulte de la francisation du nom d’un groupe de tribus du Brésil, les Tupinamba. Des membres de cette ethnie ayant été amenés à Paris et montrés comme curiosité, en 1613, le grand naturaliste Linné crut à l’origine brésilienne de la plante, introduite en France à peu près à la même époque.
N'ayant pas trouvé de Jerusalem artichokes ici à Jérusalem, je pense continuer jusqu'à Paris, où j'aurai peut-être davantage de chances de trouver des French fries. (Voir notre article : French fries).
[1] Originaire d'Amérique du Nord, le topinambour développe des tubercules charnus bosselés, au goût prononcé d'artichaut. Le Truffaut, Encyclopédie pratique illustrée du jardin. Paris, Larousse, 2005, p.703.
[2] Notons que, parmi les nombreux synonymes de topinambour, le Grand Larousse encyclopédique donne« artichaut du Canada ou de Jérusalem » (tome dixième, p. 382).
Lecture supplémentaire :
CNN Food Central : By any name, Jerusalem artichokes are a delight
Jonathan G. avec l'aide de Jean L.
Comments
4 responses to “Le “Jerusalem artichoke” – Une question de fond !”
Merci pour cet article intéressant sur un légume très appréciable. La première fois que j’en ai entendu parler, c’était enfant quand ma mère nous lisait le livre “Sans famille”, d’Hector Malot: son héros, entre autres aventures, cultive des topinambours.
Merci pour cet article intéressant sur un légume très appréciable. La première fois que j’en ai entendu parler, c’était enfant quand ma mère nous lisait le livre “Sans famille”, d’Hector Malot: son héros, entre autres aventures, cultive des topinambours.
Merci de me faire apprendre autant de choses sur ce tubercule que j’adore! Les lecteurs du blogue qui résident à Montréal peuvent aller déguster un délicieux potage au topinambour au restaurant de l’ITHQ!
Merci de me faire apprendre autant de choses sur ce tubercule que j’adore! Les lecteurs du blogue qui résident à Montréal peuvent aller déguster un délicieux potage au topinambour au restaurant de l’ITHQ!