Note linguistique de la plume de Céline Graciet, notre écrivain invitée.
Cette revue a été orignellement publiée sur le blog de Céline, Naked Translations
Le week-end dernier, je suis allée voir « Potiche”. Dès le titre, j'ai eu une pensée émue pour la personne chargée des sous-titres. En effet, dans son sens imagé, le mot « potiche » n'a pas d'équivalent en anglais.
Que faire en l'absence d'un mot capturant ce concept de personne, femme ou homme, à la fonction purement décorative et ne détenant aucun pouvoir ? Sur l'affiche du film, il a été traduit par trophy wife, expression qui décrit une femme belle et jeune qu'un homme souvent plus vieux parade pour démontrer son pouvoir et sa richesse et qui, comble de l'ironie, n'a pas vraiment d'équivalent en français. On trouve bien « femme trophée » sur l'Internet, mais cette expression est trop proche de l'anglais pour ne pas être un calque, et je ne pense pas qu'elle soit couramment utilisée. Entre parenthèses, je pense que ce problème de traduction est reflété par le fait que les sous-titres utilisent trophy housewife. Peut-on y voir un choix visant à mieux capturer l'essence du personnage de la femme au foyer délaissée ? D'ailleurs, le trophy wife de l'affiche ne cadre pas vraiment avec la photo d'une femme entre deux âges portant un survêtement.
Revenons à nos moutons : dans une telle situation, trophy housewife n'est pas la pire des solutions. Elle a le défaut d'ajouter une idée d'apparat et de prestige qui vient presque contredire le sens de « potiche », mais on retrouve bien le concept de femme sans réel pouvoir. J'ai particulièrement apprécié la traduction de la réplique suivante, prononcée par le mari alors qu'il assiste à victoire de son épouse aux élections locales :
– C’est peut-être une potiche, mais c’est pas une cruche.
– She might be a trophy, but she’s not on the shelf.
Une traduction littérale donnerait : C'est peut-être un trophée, mais elle n'est pas sur l'étagère (to be on the shelf, qui signifie littéralement « être sur l'étagère », désigne quelqu'un qui est mis de côté, qui tombe dans l'oubli)
Pas mal, non ?
Voir aussi : Potiche, official site
Comments
2 responses to “Film de la semaine : Potiche”
Je trouve votre traitement de la traduction et les défis que ça pose intéressant. Ce qui m’a choqué avec le film n’a rien à voir avec la traduction des sous-titres, mais j’ai remarqué que je m’éprouvais vraiment une réaction de deux poids deux mesures. La femme du chef de l’usine des parapluies a montré l’attitude d’un vrai Don Juan. En plus j’étais vraiment désolée pour le maire qui voulait tant de savoir qu’il avait un fils.
Ce qui fait que l’on rapproche “potiche” de “trophy housewife” et qui est renforce par le mot de la fin “c’est peut-etre une potiche, mais ce n’est pas une cruche”, c’est que “potiche” designe un bel objet, de valeur. Certes decoratif, mais ce qui importe le plus c’est que c’est un objet de valeur, ce qui est tres bien souligne dans le film puisque la potiche est en fait l’heritiere et que son mari l’a epousee pour ses sous, son nom et la notabilitie de sa famille. Apres tout, il etait le simple employe du pere… En revanche, une cruche, c’est un objet tres ordinaire, commun, sans valeur, donc “banal”, voire “bete”… D’ou le jeu de mots de la fin du film.
Et quant a dire que Catherine Deneuve joue le role de Don Juan,… que dire alors de son mari qui harcele sexuellement sa secretaire… laquelle ne retrouve sa dignite que grace a “la patronne” justement!