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Noa, agé de 4 ans – notre linguiste du mois de février

« Etre bilingue, c'est plus qu'une aisance linguistique que l'on acquiert par la pratique; c'est une carte d'accès privilégié à un monde sans frontières, aux secrets d'une nation, dont la langue n'est que la clé d'entrée.» (Yasmina Katharina*, 23 ans, plurilingue) [Source: Bilinguisme Conseil]

 

0(1)Sandrine et son mari sont des Français qui sont venus aux USA pour leur travail en 2010.  Leur fils, Noa, y est né en 2012.  Ils veulent que Noa soit bilingue, donc ils lui parlent toujours français.  Mais à la maternelle, Noa parle anglais avec ses copains.  Le défi pour ce couple est d'encourager leur fils à parler français quand il vit dans un environnement anglophone.
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Notre correspondante fidèle, Cynthia Hazelton, avocate et traductrice français-anglais, a bien voulu interviewer Noa et sa maman, Sandrine. (Jusqu'à maintenant notre plus jeune contributeur fut Lydie Jennifer, agée de 11 ans à l’époque. [1]) Voici l'interview avec Noa, suivie d'une interview  de sa maman. Les interviews ont été realisées â Cleveland (Ohio), où le petit garçon et sa famille sont installés.

 

*Noa: « [Yes, Yasmina] that's why I talk anglais too. »

 

Lina Choueiri – linguiste du mois de janvier 2016

 

L'interview suivante a été menée en anglais par Skype entre Los Angeles et Beyrouth, Liban. Les réponses ont été traduites en français par l'interviewee ellemême. [ENGLISH VERSION]

 

JJG
Lina Choueiril'interviewée      Jonathan. G. – intervieweur

                                                                                                                                              

LMJ : Où êtes-vous née, où avez-vous fait vos études et dans quelles langues ?

LC : Je suis née à Mansourieh, un village juché sur une colline du Metn, à la périphérie de Beyrouth. J'ai commencé l'école avant l'âge de trois ans et j'ai appris le français comme deuxième langue. Au Liban, le choix d'une deuxième langue est important parce que c'est dans cette langue-là que toutes les matières seront enseignées à l'école. J'ai appris les mathématiques, les sciences, et même l'histoire-géographie en français. Dès l'âge de neuf ans et jusqu'en terminale, j'ai appris l'anglais en troisième langue. En général, c'était à raison d'un cours d'une heure par semaine. Après le bac, j'ai obtenu deux licences de deux universités différentes : une licence en mathématiques de l'Université américaine de Beyrouth (AUB) où la langue de l'enseignement est l'anglais ; et une licence en littérature française de l'Université Saint-Joseph (USJ) dont la langue d'enseignement est le français.

Lina UAB           Lina USJ
                AUB                                                   USJ


LMJ : 
Où avez-vous fait vos études supérieures et quel poste occupez-vous actuellement ?

LC : Mes efforts pour compléter mon mastère en littérature française ont été interrompus à deux reprises par la guerre civile au Liban. C'est pourquoi j'ai voyagé aux États-Unis. J'ai d'abord étudié l'anglais à l'English Language Institute de George Mason University, en Virginie. Il fallait que je fasse des progrès en anglais, langue que je n'utilisais que très peu dans ma vie au Liban. J'ai obtenu un mastère en sciences du langage de Georgetown University et, ensuite, un doctorat en linguistique de l'University of Southern California, à Los Angeles. Il m'a fallu sept ans pour terminer le doctorat, en travaillant à différents projets de recherche et en cherchant à établir de nouveaux contacts professionnels tout en renforçant ceux que j'avais déjà, avant de retourner au Liban.


LMJ : 
Dans quel domaine êtes-vous spécialisée ?

LC : Je suis grammairienne et ma thèse de doctorat porte sur la syntaxe des relatives restrictives en arabe libanais. En ce moment, je suis professeure associée de linguistique au département d'anglais de l'Université américaine de Beyrouth (AUB).


LMJ : 
Vos compétences en grammaire arabe servent-elles en pratique ?

LC : La différence entre l'arabe standard et les différents arabes parlés est bien connue. Mais il se peut que vos lecteurs et lectrices ne sachent pas qu'il n'y a pas assez de recherche sur les variétés d'arabes parlés, notamment en ce qui concerne leurs règles grammaticales et leurs structures. Il est donc difficile, sinon impossible, pour les orthophonistes, par exemple, de reconnaitre les caractéristiques des parlers arabes et de diagnostiquer certains aspects des troubles de la parole chez les enfants. À cet égard, je collabore avec des orthophonistes travaillant au Liban.


LMJ : 
Vous avez cité les deux universités de Beyrouth où vous avez fait simultanément vos études de deuxième cycle. Si l'on se pose la question de savoir pourquoi un jeune Libanais choisit l'une ou l'autre, en quoi cela reflète-t-il ses préférences linguistiques ?

LC : En examinant les raisons pour lesquelles les étudiants libanais choisissent leur université, il est difficile de privilégier les préférences de langue d'enseignement. Par exemple, l'AUB et l'USJ, deux universités privées, sont parmi les meilleures universités au Liban, mais les frais de scolarité à l'AUB sont nettement plus élevés qu'ils ne le sont à l'USJ. Cela peut jouer un rôle important dans le choix, puisque nous n'offrons pas une grande aide financière aux étudiants. De plus, les critères d'admission diffèrent d'une université à l'autre. Il n'y a donc pas de relation directe entre les préférences linguistiques et le choix d'université.

L'une de mes étudiantes en mastère (qui mène une étude sur les choix de langues parmi les étudiants) constate que plus d'un tiers des étudiants de l'USJ ont étudié l'anglais comme deuxième langue, tandis que près de la moitié des étudiants de l'AUB ont étudié le français comme deuxième langue. Les deux universités cherchent la diversification des milieux sociaux et des contextes économiques desquels sont issus leurs étudiants, mais ils ne sont pas à la recherche d'une diversité linguistique. La situation actuelle n'est donc pas le résultat d'un effort concerté de la part de ces deux universités.

 

LMJ : Pouvez-vous nous dire quelques mots de la rivalité entre le français et l'anglais au Liban ? Cela remonte-t-il aux accords Sykes-Picot [1] qui ont abouti à placer le Liban sous mandat français, après la Première guerre mondiale ?

LC : Il existe peu d'études sur la situation linguistique au Liban. Je présente ici un simple aperçu (peut-être un peu simpliste). Pour certains, l'étude du multilinguisme au Liban devrait nous ramener aux Phéniciens [2] . Moi, je vais commencer par la période ottomane, entre le 16ème siècle et la fin de la Première Guerre mondiale, lorsqu'au Liban, on pouvait identifier différentes sortes de bilinguismes au sein d'une classe éduquée restreinte, comme par exemple, le bilinguisme arabe-turc, français-arabe, ou bien anglais-arabe. Les bilingues français-arabe et anglais-arabe durant cette période étaient plutôt des chrétiens instruits dans des écoles missionnaires catholiques (françaises) ou protestantes (américaines) qui avaient été établies principalement dans la deuxième moitié du 19ème siècle.

Bien que la présence du français dans l'enseignement précède le mandat français (qui a duré de 1918 à 1943), ce dernier a permis d'établir le français comme langue officielle au Liban, à côté de l'arabe. C'est à ce moment-là que le français s'est répandu parmi les différentes religions et sectes. Lorsque le Liban a obtenu son indépendance, le français a été abandonné comme langue officielle, et l'arabe reste la seule langue officielle du pays. Nous observons maintenant un déclin du français comme langue d'enseignement à l'avantage de l'anglais. Il est quand même important de signaler que le multilinguisme au Liban est un phénomène de l'éducation.

 

LMJ : La mondialisation a-t-elle fait pencher la balance vers l'anglais ?

LC : Il est vrai que la domination de l'anglais dans le monde n'a pas épargné le Liban. On est de plus en plus conscients que l'anglais est une langue importante pour l'avenir du Liban et des Libanais. L'anglais est perçu comme la langue la plus importante pour le commerce/l'entreprise, les relations internationales, la technologie et les sciences. Le français est encore considéré comme la langue de la culture. Mais, tandis que peu de Libanais considèrent le français plus important que l'anglais, beaucoup d'entre eux considèrent que la connaissance de l'anglais est aussi importante que la connaissance du français. Le fait est aussi que le Liban publie encore un quotidien en français et un en anglais (ainsi que plusieurs en arabe). Bien qu'un grand nombre d'universités utilisent l'anglais comme principale langue d'enseignement, le français a maintenu sa position dans les écoles.

Sur un plan personnel, mon père m'a poussée à poursuivre mes études universitaires aux États-Unis, au moment où mon français était beaucoup plus fort que mon anglais, parce qu'il pensait que l'anglais pouvait ouvrir plus de perspectives de carrières.


LMJ :
Pour quels motifs les gens préfèrent-ils 
une ou plusieurs de ces trois langues ?

LC : [Vous trouverez en partie une réponse ci-dessus, en particulier en ce qui concerne la séparation des taches entre le français et l'anglais.]

Au départ, je tiens à souligner qu'en plus de l'arabe, l'arménien, le kurde, et le syriaque sont parmi les langues vernaculaires de certains groupes minoritaires au Liban. L'arabe libanais est la langue maternelle de la majorité des Libanais, celle qu'ils apprennent à la maison. L'arabe standard est acquis dans le cadre scolaire. Comme je l'ai dit plus haut, à l'école, la plupart des matières sont enseignées dans une deuxième langue, généralement le français ou l'anglais. Lorsque les parents choisissent une école pour leurs enfants, ils font en fait le choix de la langue qui va devenir leur deuxième langue. En parlant aux parents à propos de leur choix d'écoles pour leurs jeunes enfants, j'entends souvent l'argument suivant : l'anglais est facile, accessible, et nécessaire pour une future carrière, nos enfants auront à l'apprendre tôt ou tard. Le français est plus difficile que l'anglais, et pour bien l'apprendre, nos enfants doivent l'apprendre à l'école. Dans ces cas, les parents font le choix d'écoles où le français est la langue de l'enseignement. Cet argument est fait par des parents francophones et même par ceux qui ne le sont pas. Il semble que les libanais aujourd'hui ont une préférence pour le trilinguisme, mais plus de recherche serait nécessaire pour répondre à cette question avec plus de précision.

 

LMJ : Les gens considèrent-ils le français ou l'anglais comme des langues coloniales ?

LC : Dans une perspective globale, le français, comme l'anglais, peuvent être considérés comme des langues coloniales. D'un point de vue local, comme on peut le voir dans l'aperçu historique présenté plus haut, la présence du français au Liban est antérieure à la présence coloniale des Français dans la région. Durant le mandat français, qui a duré un peu plus de deux décennies, le français est devenu une langue officielle au Liban et s'est répandu parmi la classe éduquée. Mais le français a perdu son statut officiel à la suite de l'indépendance du Liban. En ce sens, l'expérience du Liban sous mandat français est différente de l'expérience coloniale d'autres pays, où les langues coloniales ont gardé leur statut officiel et où les langues autochtones étaient privées de prestige, même après que ces pays aient obtenu leur indépendance. Peut-être que la principale différence réside dans l'importance de l'arabe au Liban, cette langue prestigieuse, dont la tradition culturelle est de longue date, et qui reste étroitement liée a l'identité nationale.

 

LLINA signpostLMJ : Vous avez participé à une émission radiophonique de BBC/PRI (Public Radio International, USA) intitulée : « Beyrouth est-elle la capitale mondiale de l'alternance codique ? » En l'occurrence, l'alternance codique est l'habitude qu'ont les Libanais de commencer une phrase dans une langue et de la terminer dans une autre. Au cours de cette émission, un autre linguiste a déclaré : « La façon dont les gens pratiquent l'alternance codique à Beyrouth n'a son pareil nulle part ailleurs. À Los Angeles, quelqu'un peut parler espagnol à la maison et anglais au travail. Mais, à Beyrouth, nous sommes entre Libanais, alors pourquoi changer de langue ? Sauf pour des raisons particulières, vous ne verrez jamais deux Français conversant en allemand, en espagnol ou en chinois. Mais ici, dans un certain sens, c'est une façon de parler. » Êtes-vous d'accord ?

LC : Je suis d'accord que l'alternance codique à Beyrouth, au sein de certains groupes de jeunes gens éduqués, peut être décrite comme «une façon de parler ». Il est vrai que les jeunes Beyrouthins éduqués peuvent passer de l'arabe au français ou à l'anglais, ou aux deux langues durant les conversations avec leurs amis libanais. Rien ne les oblige à l'alternance codique, mais ils la font de toute façon.

Les analyses traditionnelles de l'alternance codique ne présentent pas d'explication satisfaisante ; mais ces analyses sont fondées sur l'hypothèse du monolinguisme en tant que norme. Dans un tel contexte, l'alternance codique exige une explication, parce qu'elle s'écarte de cette norme. Dans les groupes multilingues à travers le monde, les productions «mixtes» telles que celles des jeunes beyrouthins sont en fait très communes; elles peuvent même être une façon typique de parler. À mon avis, et dans cette perspective, le phénomène beyrouthin ne serait pas aussi unique qu'on le prétend.

 

LMJ : Merci de ces observations très intéressantes. Parmi les dizaines de linguistes que nous avons invités à cette rubrique, vous êtes la première représentante du Proche-Orient et nous espérons que vous ne serez pas la dernière !

LC : Je vous remercie. Je suis ravie de pouvoir partager mon expérience avec vos lectrices.et vos lecteurs.

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Note de la Rédaction :

[1] Accords conclus, le 16 mai 1916, entre la France et le Royaume-Uni, respectivement représentés par François Georges-Picot et Sir Mark Sykes. Ces accords jetaient les bases d'un partage des dépouilles de l'empire ottoman, en découpant des zones d'influence. Après la défaite de l'empire ottoman (1918), les accords furent entérinés à la conférence de San Remo par la Société des Nations qui confia au Royaume-Uni un mandat sur l'Irak, la Transjordanie et la Palestine, tandis que la France obtenait un mandat sur le Liban et la Syrie. Voir: Comment l'Empire ottoman fut dépecé, Le MONDE diplomatique; L'avenir du Moyen-Orient et ses minorites: Un Sykes-Picot II ? Démocratie ?, Le MONDE, 25.01.2016

[2] Les Phéniciens sont un peuple antique originaire des cités de Phénicie, région qui correspond approximativement au Liban actuel. L'accomplissement le plus connu de la civilisation phénicienne est la mise au point de l'alphabet phénicien qui est sans doute à l'origine des alphabets les plus répandus dans le monde antique, même s'il ne s'agit pas du premier alphabet.

Le linguiste du mois précedent : John Ashbery

Z2016/1

Jean-Marc and Livia Dewaele – linguists of the month of September 2016 (part 1)

For the first time in over 50 interviews conducted on this blog, our guests this month are a father and daughter – the former a professor of Applied Linguistics and Multilingualism at Birkbeck, University of London, the latter a BA student of Linguistics and French at Worcester College, University of Oxford.

JMGown (gown)Professor Jean-Marc Dewaele was born into a French-speaking family in Ostend, Flanders and grew up in Bruges, where the medium of school instruction is Dutch. He holds a doctorate in Romance languages and literature from the Free University of Brussels. Together with Katja, his Dutch-French speaking wife, he moved to London 22 years ago, and their daughter Livia, aged 19, was born there.

Jean-Marc's dominant language for academic purposes has become English, but he retains his command of French (in which he writes poetry) and Dutch, both of which are the home languages. He also speaks Spanish and understands Italian and German in subjects related to his linguistics research.

We begin the interview with Jean-Marc and continue with Livia. Apart from their individual talents and skills, they are a formidable team, having co-authored two papers – and both holding a first Dan black belt in karate.

The interviews that follow were conducted between Los Angeles and London and between Los Angeles and Oxford.

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LMJ: You do research on individual differences in psycholinguistic, sociolinguistic, pragmatic, psychological and emotional aspects of Second Language Acquisition and Multilingualism. Can you explain more specifically to the readers the meaning of "psychological and emotional aspects".

JMD small imageJMD: My interest in individual differences arose when I started teaching French in Brussels and I noticed that my students acquired French at different speeds and with different outcomes for different aspects of the French language. I also noticed that performance in informal classroom conversations and oral exams varied widely and that this variation seemed to be linked to psychological, sociobiographical and linguistic variables. My interest in psychological aspects of language learning and production extended later to the emotions that foreign language learners and users experience and to the obstacles that they face in wanting to communicate emotions appropriately in a foreign language.

LMJ: You have published too many articles, and have written and edited too many books to enumerate here. You won the Robert C. Gardner Award for Excellence in Second Language and Bilingualism Research (2016) from the International Association of Language and Social Psychology and the one that struck me particularly was the Equality and Diversity Research Award (2013) from the British Association for Counselling and Psychotherapy. How do multilingualism and psychotherapy interconnect?

JMD small imageJMD: It's an award I shared with Dr Beverley Costa, a psychotherapist, for the work we have done together. We realized that there is a pervasive monolingual ideological bias in most government services, including the mental health services. Our research showed that multilingualism can be an important part of a person's identity and that it is crucial that psychotherapists are aware of this. In other words, they need be able to understand the reasons why a client might switch to a different language during therapy, which typically happens in moments of heightened emotionality.

LMJ: Professor Grosjean, in an interview on this blog, stated: « on peut devenir bilingue à tout âge. » On the other hand Patricia Kuhl, Professor of Speech ands Heariung Sciences and co-director for Learning and Brain Sciences at the University of Washington, has desribed her lab tests in which she stresses the special learning attributes of babies, which they lose after a short time. Which do you agree with?

JMD small imageJMD: These are not contradictory views and I agree with both. The crucial thing is to understand Grosjean's definition of "bilingual". Being bilingual in the 1960s – 1970s was understood as meaning maximal proficiency in both languages. Today it is interpreted as having at least a working knowledge of a language, for example, being able to have a basic conversation in the languages. Grosjean and all of use researchers accept that bilinguals or multilinguals have weaker and more dominant language(s), and that this dominance can shift after intense exposure to one of their weaker languages. One of the points made by François Grosjean in the 1980s was that a bilingual is more than the sum of two monolinguals, hence that it is irrelevant if a bilingual doesn't have the same scores on a test as a monolingual in one single language. Vivian Cook developed this idea in his multicompetence model, where he talked about L2 users as legitimate users of the L2, and it doesn't matter if they still make the odd grammatical error. Highly proficient L2 users of French still make occasional gender errors for example. L2 users have unique characteristics: "Acquiring another language alters the L2 user's mind in ways that go beyond the actual knowledge of language itself' (Cook 2002, p.7). I personally prefer to talk about foreign language users (LX users) as it could be the second, third, fourth or fifth language acquired by that person.

Patricia Kuhl refers to research on age effects in language learning. It's true that all healthy babies become perfectly fluent in the language(s) that surround them from birth (three in Livia's case). In other words, they become linguistically indistinguishable from their interlocutors. It is harder to reach that level for languages acquired later in life. The debate on the so-called "Critical Period Hypothesis", or "Age effects" as it is called today, is on-going. The question is whether there is a cut-off point in age after which it is unlikely that a person will become indistinguishable from native speakers. There are some rare cases of late LX learners reaching that point but in general their LX stands out in some ways (like my French-Dutch accent in English despite more than 20 years in the UK), especially in situations of stress. So Grosjean is absolutely right in claiming that it is never too late to learn a new language and become bilingual but it will take a while and it is likely that the person will always be identified as an LX user, which doesn't matter!

LMJ: Your daughter Livia was born in London. From the day she was born, you spoke to her in French, while your wife spoke to her in Dutch. Together you followed the rule of one person – one language (OPOL) very diligently in her early years, insisting that she answer in the language in which she was addressed. You write: "Livia had become an expert applied sociolinguist by age three." Can you explain that.

JMD small imageJMD: Joshua Fishman, a famous sociolinguist, explained in 1972 that sociolinguistics provides the tools to describe interactional contexts and that is boils down to "Who uses what language with whom and for what purposes?" I witnessed that when Livia, aged 2, first met her friend Laura, an English monolingual girl a few years older than Livia. Livia started using words in her three languages and quickly noticed that the French and Dutch words seemed to have no effect. Over the next two visits she adjusted her speech based on what Laura was able to understand, in other words, she stuck to English. I was delighted because it showed that Livia had become aware that not everybody shared the languages that she knew, and that she had to adapt to her interlocutor.

Of course, Livia produced some instances of code-switching with us and with other multilinguals. She would occasionally switch to English to tell us about something that had happened outside the house, or in speaking to a doll. Code-switching is certainly NOT a symptom of mental confusion but is something multilinguals engage in spontaneously when they know the interlocutors will be able to follow them. Presented with a choice of teapots ("théière" in French, feminine noun), she exclaimed (aged 3.5) that she wanted "une rouge one".

Livia also realized that not all multilinguals are equally fluent in all domains in their different languages. When she was 3 years old my mother started reading her a bedtime story from an English book and Livia stopped her and told her bluntly that her English accent was inadequate and could she please read a story in French of Dutch instead.

I also wondered whether children may have a naïve definition of language based on the sound of the language. Coming back from her English nursery school Livia was singing "Frère Jacques", (a song she had learned with me at home some time before), with a pronounced English accent. I joined in the singing, accentuating the French accent. She looked at me angrily and said "Non papa, je chante en anglais !" ('no daddy, I'm singing in English') (age 4). It turned out that the song had been part of the "French class" the previous day, and she had interpreted this as an English version of the familiar French song.


LMJ: You are co-authoring a book entitled Raising Multilingual Children from Birth to be published by Multilingual Matters in 2017 in which one chapter consists of a case study of Livia. In that chapter you relate that you video recorded her at regular intervals using her different languages with different interlocutors; that you stopped this at age five, when you realized that you lacked the willingness to transcribe everything and to subject it to a rigorous analysis.

JMD small imageJMD: This turned out to be an unexpected ethical issue between my role as father and my job as researcher. Being a researcher implies some distance from the participant(s), the job of the researcher is to be an impartial observer. Somehow, the father in me did not want the researcher to do his job, because it seemed like an intrusion of the privacy of family, and I didn't want to analyse Livia's lovely little first words in terms of emergence of morphemes, lexemes and calculating mean length of utterance.

LMJ: Do you think that speaking a particular language makes you feel different? 

JMD small imageJMD: In a recent study (Dewaele, 2015) on more than 1000 multilinguals I found that nearly 60% reported feeling different when switching languages, with 30% not feeling any difference and the remaining 10% being unsure. Those feeling more different tended to experience higher levels of anxiety in the LX. Those who felt different reported feeling less funny in the LX because of a lack of proficiency, being more taciturn in one language, speaking in a higher pitched voice, covering the mouth, adopting a different body language and sticking to linguistic or cultural norms of the L1 to stand out in the LX or vice versa. Switching languages can allow an escape from linguistic and cultural constraints.  I do not feel any different when switching languages, except maybe when I yell in Japanese during karate classes: because then I'm in a fighting mood!  So my very limited Japanese is a purely martial language.


LMJ: What languages do you commonly read in for pleasure (can you name some titles of your favorite books, poems, etc.)?

JMD small imageJMD: English, French and Dutch.  I prefer poetry in French, and Paul Eluard is my favorite poet.  I love Tolkien's Lord of the Rings, Gombrowicz' Cosmos, the short stories by Borges, all the books by Auster (In the Country of Last Things, The Music of Chance, Leviathan, New York Trilogy), most books of Murakami (especially Norwegian Wood), Zafon's masterpiece La sombra del viento, Pirsig's Zen and the Art of Motorcycle Maintenance, detective stories by Dibdin, Kerr, and the French author Vargas, (Sous les vents de Neptune). I also loved Davidson's thriller Kolymsky Heights.

LMJ: Who is better at karate – you or Livia?

JeanMarc & Livia Dewaele (karate)JMD: Livia is definitely better. One reason is that she started at the age of 7 while I started at 41. She has flexibility and grace and ferociousness combined with excellent control. I try hard but I tense up too easily. I was really proud of getting my first Dan last year: being older one needs extra courage and determination. Livia and I can both stand our ground in fighting. We also very much enjoy doing our katas together, it's almost a spiritual exercise.

 

 

Some references

Costa, B. & Dewaele, J.-M. (2014) Psychotherapy across languages: beliefs, attitudes and practices of monolingual and multilingual therapists with their multilingual patients. Counselling and Psychotherapy Research 14, 235-244.

Dewaele, J.-M. (2013) Emotions in Multiple Languages. Basingstoke: Palgrave – MacMillan (2nd ed).

Dewaele, J.-M. (2016) Why do so many bi- and multilinguals feel different when switching languages? International Journal of Multilingualism 13, 92-105.

Dewaele, J.-M., MacIntyre, P.D., Boudreau, C. & Dewaele, L. (2016) Do girls have all the fun? Anxiety and Enjoyment in the Foreign Language Classroom. Theory and Practice of Second Language Acquisition 2, 41–63.