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L’affaire Farewell – la traduction et l’espionnage

 Quand la vie rattrape le traducteur…

 

Cathrerinepar Catherine Cauvin-Higgins, traductrice (anglais-français-russe), membre de ATA, ALTA et PEN American Center (qui était notre  traductrice du mois de mai 2012). Catherine  est une traductrice franco-américaine née en France en 1952. Elle vit actuellement à Denver, dans le Colorado, après onze ans à Paris (étudiante puis interprète), onze ans à Houston (Texas), douze ans de nouveau en France, surtout en Bretagne Nord (entre Lannion et Morlaix) ; le tout, en passant par la case Russie.

  
Farewell 1       Farewell 3

Comment Adieu Farewell de Sergueï Kostine et Eric Raynaud (Laffont, 2009) a vu le jour en anglais (AmazonCrossing, août 2011) sous le titre, un brin racoleur, il faut bien l'avouer—ah, le marketing !—de Farewell: The Greatest Spy Story of the Twentieth Century.

Tout a commencé par un beau matin d'octobre 2009. Je travaillais à une de mes traductions « alimentaires » habituelles (high-tech médical en imagerie et radiothérapie) quand je fus interrompue par la sonnerie de Skype sur mon écran : un appel de ma sœur Marie-Laure. Elle regardait un documentaire [1] fascinant sur ARTE, une histoire d'espionnage pendant la guerre froide entre un officier du  KGB (service de renseignement de l'Union soviétique post-stalinienne)  et la DST (Direction de la surveillance du territoire). Parmi les témoins de l'époque qui étaient interviewés se trouvait un homme dont le nom lui semblait vaguement familier ; elle pensait que je le connaissais… « un Jacques quelque chose de Thomson-CSF ».

– Tu veux dire Jacques Prévost ?

– Oui, c’est ça…Tu savais qu’il travaillait pour la DST ?

Eh bien non, je ne le savais pas, même si j’avais suivi ledit Jacques Prévost comme son ombre pendant quatre ans, de 1978 à 1982, en qualité d’interprète de russe, à Paris et à Moscou, lors des négociations de contrats entre le groupe Thomson et les différents ministères soviétiques très demandeurs en électronique appliquée (aéronautique embarquée, télécoms, médical, etc.). Cela dit, il allait de soi, à l’époque, que les responsables commerciaux qui traitaient avec les ministères soviétiques et leurs représentants en France, aillent régulièrement « au rapport ». La DST  les appelait ses honorables correspondants.

Intriguée, j’appelle mon amie Sylviane qui avait été la secrétaire de Prévost pendant ces mêmes années : elle aussi tombait des nues après avoir vu le même documentaire qu’elle m’avait enregistré. En cherchant dans nos souvenirs communs, nous avons bien retrouvé quelques moments qui nous apparaissaient maintenant sous un nouvel éclairage :

 

Un hommage à Alan Turing, né le 23 juin 1912

 

Turing new
Le 23 Juin, le monde entier célèbrera l'anniversaire de la naissance d'Alan Turing…
Crédit Flickr/joncallas

Turing, mathématicien britannique, né il y a exactement 100 ans,  a réalisé une œuvre scientifique considérable, avant de mourir prématurément à l'âge de 42 ans.

Il est l'un des principaux prétendants au titre de « père de l'informatique » et on lui reconnaît le mérite d'avoir jeté « l'indispensable pont entre le monde de l'abstrait et celui dans lequel les choses se réalisaient. » [1]  Il fut l'un des premiers universitaires à entrevoir les capacités potentielles des ordinateurs.

En 1935, Turing a décrit ce que pourrait être une calculatrice se composant d'une mémoire illimitée et d'un système de balayage se déplaçant à travers la mémoire, symbole par symbole, lisant ce qu'il trouve et écrivant d'autres symboles. Les allers et venues du balayage sont dictés par un programme d'instructions qui est également stocké dans la mémoire sous forme de symboles. Après la Deuxième guerre mondiale, Turing entra à l'Université de Manchester et devint l'un des pionniers dans le domaine de l'intelligence artificielle.

Turing fit la prédiction suivante: «  Je ne vois pas pourquoi l'ordinateur ne pourrait pas pénétrer tous les domaines normalement couverts par l'intellect humain et rivaliser à égalité avec lui. Les machines en viendront à concourir avec moi dans tous les domaines purement intellectuels. » Dans une veine plus souriante, il disait: « Un jour viendra où les dames emporteront leur ordinateur en promenade avec elles et se diront l'une à l'autre: 'Ce matin, mon ordinateur m'a raconté cette chose amusante.'

Selon la Stanford Encyclopedia of Philosophy, l'article de Turing intitulé « Machinerie informatique et intelligence » est l'un des plus fréquemment cités dans les écrits philosophiques modernes. Il a permis d'envisager différemment le problème traditionnel du lien entre l'esprit et le corps. Dans son article « sur les nombres calculables, il a donné une définition du calcul qui en fait l'œuvre fondatrice de l'informatique moderne ».

Bletchley House
Bletchley House Enigma

Pendant la Deuxième guerre mondiale, Alan Turing observa une pause dans sa carrière de chercheur universitaire. Il rejoignit une super-équipe d'intellectuels britanniques, à l'École nationale du Code et du Chiffre de Bletchley Park [2] (maintenant Milton Keynes), travaillaient à décoder la machine allemande Enigma et les chiffres Lorenz, ainsi que 150 systèmes de cryptage et de chiffrage de 26 pays. La machine Enigma, le principal appareil de codage des Allemands, était une machine numérique utilisée pour le codage et le décodage des messages. Le système britannique de recueil des renseignements, connu sous le nom d'Ultra, la désignation ultra-secrète adoptée par le Renseignement militaire britannique en juin 1941 pour les données transmises en temps de guerre obtenues en brisant le codage des messages ennemis transmis par radio et téléscripteurs. Le général Dwight Eisenhower a dit que ce système avait joué un rôle décisif en aidant les Alliés à vaincre. À la fin de la guerre, le Premier Ministre britannique, Winston Churchill, devait dire au roi Georges VI : « C'est grâce à Ultra que nous avons gagné la guerre ». De Turing et de son équipe de briseurs de codes, Churchill dit aussi qu'ils étaient « la poule qui a pondu des  œufs d'or sans jamais caqueter » [3]. Nombreux sont ceux qui estiment que Turing et son équipe ont abrégé la guerre d'au moins un an et peut-être de trois.

En 1945, Turing fut fait Officier de l'Ordre de l'Empire britannique (OBE) pour ses services en temps de guerre bien que son travail restât secret pendant longtemps.

En 1952, Turing signala à la police une effraction de son domicile par le complice d'un ami. Au cours de l'enquête, il admit être homosexuel et avoir eu des relations avec cet ami, ajoutant : «Où est le mal ?». À l'époque, l'homosexualité était illégale au Royaume-Uni. Poursuivi pour outrage aux bonnes mœurs, on lui donna le choix entre la prison ou la mise à l'épreuve après acceptation de la castration chimique,solution qu'il choisit.

En 1954, à l'âge de 42 ans, Turing fut retrouvé mort dans son appartement, s'étant, semble-t-il, suicidé en mangeant une pomme contenant du cyanure. Sa mère a toujours prétendu que c'était un accident. Certains ont émis l'idée que les services de renseignement britanniques avaient éliminé Turing (ou tout au moins l'avaient poussé au suicide) craignant qu'un homosexuel de ses connaissances ne le contraigne, par chantage, à divulguer des secrets d'État. Cette thèse est loin de faire l'unanimité car Turing n'avait jamais fait mystère de son homosexualité, si bien qu'il pouvait difficilement être l'objet d'un chantage.

 

 

Plaque apposée sur la maison de Turing, à Wimslow, près de Manchester (Angleterre).

 

En 2009, une pétition a été adressée au Gouvernement britannique, lui demandant de faire des excuses posthumes à Alan Turing pour les poursuites engagées naguère contre lui par les autorités. le Premier Ministre Brown a présenté des excuses au nom du Gouvernement britannique.

2012 a été déclarée « Année Alan Turing » et des manifestations scientifiques ont lieu dans de nombreux pays en hommage à l'œuvre d'Alan Turing.

 

Glossaire du blog des termes du renseignement et cryptanalyse :

 

algorithme

algorithm  

calculabilité

computability 

chiffre 

figure

chiffrement, cryptage* 

encryption 

cryptogramme 

cipher 

cryptographie 

cryptography 

cryptosystème 

cryptosystem 

décryptage 

decryption 

informatique 

computer science, informatics 

intelligence artificielle 

artificial intelligence 

ordinateur 

computer

téléscripteur    

teleprinter GB, teletypewriter US, tape machine

Selon Wikipedia :

À cause de l'utilisation d'anglicismes puis de la création des chaînes de télévision dites « cryptées », une grande confusion règne concernant les différents termes de la cryptographie :

  • chiffrement : transformation à l'aide d'une clé d'un message en clair (dit texte clair) en un message incompréhensible (dit texte chiffré) pour celui qui ne dispose pas de la clé de déchiffrement (en anglais encryption) ;
  • chiffre : utilisation de la substitution au niveau des lettres pour coder1 ;
  • code : utilisation de la substitution au niveau des mots ou des phrases pour coder ;
  • coder : action réalisée sur un texte lorsqu'on remplace un mot ou une phrase par un autre mot, un nombre ou un symbole ;
  • cryptogramme : message chiffré ;
  • cryptosystème : algorithme de chiffrement;
  • décrypter : retrouver le message clair correspondant à un message chiffré sans posséder la clé de déchiffrement (terme que ne possèdent pas les anglophones, qui eux « cassent » des codes secrets) ;
  • cryptographie : étymologiquement « écriture secrète », devenue par extension l'étude de cet art (donc aujourd'hui la science visant à créer des cryptogrammes, c'est-à-dire à chiffrer) ;
  • cryptanalyse : science analysant les cryptogrammes en vue de les décrypter ;
  • cryptologie : science regroupant la cryptographie et la cryptanalyse.
  • cryptolecte : jargon réservé à un groupe restreint de personnes désirant dissimuler leur communication.

Le terme « encryptage » et ses dérivés sont des anglicismes, tirés de l'anglais encryption. Le mot « chiffrement » est un terme utilisé depuis le XVIIe siècle dans le sens de chiffrer un message.

L'Académie francaise précise que le mot « cryptage » est à bannir et il ne figure pas dans son dictionnaire même si on peut le trouver dans des dictionnaires usuels. Toutefois, en France, « crypter » est souvent employé, surtout au passif, dans le cadre de la  télévision à péage (on « crypte » des chaînes).

D'autre part, le Grand dictionnaire terminologique de l' Office quebecois de la langue fran ç aise  permet le mot « cryptage » comme synonyme à « chiffrement » : « La tendance actuelle favorise les termes construits avec crypt-. Plusieurs ouvrages terminologiques récents privilégient cryptage au lieu de chiffrement, terme utilisé depuis longtemps pour désigner cette notion ».

Pour ajouter à la confusion, le terme « chiffrage » est reconnu par l'Académie française mais n'est pas un terme retenu par l'OQLF.

 

J.G. & J.L.

—————————————

[1] Un précédent prétendant se nomme Charles Babbage (1791-1871), mathématicien, philosophe, inventeur et ingénieur mécanicien anglais qui, de l'avis de certains, a eu le premier l'idée d'une calculatrice programmable. Tim Berners Lee (né en 1955) est un autre Anglais qui a beaucoup apporté à l'informatique en inventant le Web mondial (WWW).

[2] Aujourd'hui, Bletchley Park accueille le Centre national des Codes et le Musée national du Calcul.

[3] Note linguistique : En anglais, le verbe to cackle décrit le bruit que font les poules et les oies, notamment après avoir pondu des œufs (et s'applique par extension aux gloussements de la voix humaine). L'allusion de Churchill aux poules qui n'ont jamais caqueté s'entend aussi de celles qui ont pondu des œufs d'or, elle-même inspirée de la fable d'Ésope. Ainsi a-t-il voulu complimenter doublement l'équipe de Turing, en ce sens qu'ils ont aidé les Alliés à remporter une victoire et qu'ils ne s'en sont pas vantés.

Alan Turing – celebrating the life of a genius (8:14 minutes)

 

 

Alan Turing – le hacker (3:23 minutes)

 

 

 

Lecture supplémentaire :

Glossaire des termes de sécurité de l'internet

The father of computer science and war hero who was prosecuted for being gay

Morals and the Machine
The Economist, June 2, 2012

Alan Turing, cet informaticien de génie, briseur de codes
atlantico, 22 juin 2012

My first boss, the tortured genius who saved England
Camden New Journal, 5th July, 2012

Royaume-Uni : grâce posthume pour Alan Turing, condamne pour homosexualité
Le Monde, 24.12.2013

Un ordinateur passe le test de Turing: pourquoi c'est important
Le Nouvel Observateur. 10-06-2014

Un manuscrit d'Alan Turing vendu un million de dollars aux enchères
Le Monde, 14.04.2015

New U.K. Currency Honors Alan Turing
NPR – 25th March 2021

L’influence coloniale sur les différents acteurs d’un procès californien, ou

  le point de vue personnel d'un interprète françaisanglais.

L'article qui suit a paru (sans images) en anglais dans la livraison de mai dernier de TRANSLORIAL, la revue de l'Association des traducteurs de Californie du Nord. Sa rédactrice nous a obligeamment autorisés à le traduire et à le publier dans notre blog. Traduction  Nathalie Nédélec-Courtès.

 

La Californie, et Los Angeles en particulier, accueille des populations d'origines ethniques très diverses. Cela se reflète, par exemple, dans le patronyme de l'ancien Gouverneur de Californie,  Arnold Schwarzenegger (né en Autriche), de la Présidente de la Cour Suprême, Tani Cantil-Sakauye (d'origine philippine) et du maire de la ville, Antonio Villaraigosa (d'origine latino-américaine).

  Ethnic 1  
  La Californie – un carrefour mondial
(photo Yann Arthus-Bertrand)
 

Mon histoire personnelle n'est qu'un minuscule grain de sable sur la carte des immigrants qui ont fait de Los Angeles leur foyer ; mais mon parcours généalogique emprunte peut-être des chemins plus tortueux que celui de beaucoup d'autres qui se sont installés dans cette ville. Du côté maternel, mes grands-parents sont nés en Russie et ont fui les persécutions, comme des millions de juifs de leur génération. Ils se sont installés sur une toute petite île au nord du Pays de Galles, là où ma mère a vu le jour. Du côté paternel, mon grand-père est né en Biélorussie, puis a immigré en Inde où il s'est marié, avant de s'installer définitivement en Afrique du Sud, avec ma grand-mère et mon père. Par la suite, mon père a étudié en Écosse, où il a rencontré ma mère galloise. Et il l'a emmenée en Afrique du Sud où je suis né.

InterpreterUn procès où j'ai servi d'interprète à Los Angeles pour Cherif, un plaignant sénégalais et Sylvie, une témoin camerounaise, m'a amené à réfléchir à leurs origines, ainsi qu'à celles d'autres personnes présentes au tribunal ce jour-là. (J'ai d'ailleurs appris que le jury comptait des personnes nées en Iran, Chine et Russie, mais leur histoire n'a aucun rapport avec le thème colonial abordé ici.) Tout d'abord le juge, du nom de Fruin (un vieux patronyme anglais), qui descend probablement de protestants ayant quitté l'Angleterre pour les colonies américaines. Ensuite la greffière, Mrs Brown, qui porte un nom largement répandu chez les afro-américains dont les ancêtres esclaves se sont vu attribuer des noms anglais courants à leur arrivée sur le sol américain.

En tant qu'interprète du plaignant et du témoin, j'ai traduit d'anglais en français les propos des avocats, et du français en anglais les réponses de leurs clients.

Le fait que le plaignant et le témoin, tous deux nés en Afrique Occidentale, aient demandé un interprète de français (à la cour de justice de Los Angeles, on engage des interprètes pour toutes les langues imaginables, ainsi que pour de nombreux dialectes), atteste de l'influence actuelle de la langue française en Afrique, cinquante ans après que la France a renoncé à sa dernière colonie. Le fait que cet interprète de français dans un procès californien soit né en Afrique du Sud, et que sa langue maternelle soit l'anglais, illustre à merveille l'histoire coloniale britannique. Durban, la ville de l'Océan Indien où je suis né, était déjà un petit port en activité du nom de Port-Natal, quand des colons britanniques s'y sont installés en 1824. En 1835, ils l'ont rebaptisé D'Urban en l'honneur de Sir Benjamin d'Urban, alors gouverneur de la colonie du Cap, un nom d'origine française, dérivant d'un lieu situé en région Languedoc  : Urban ou Urbin.

Ethnic 3 Ethnic 4
Durban, Afrique du Sud          Los Angeles, Californie

Si la France et la Grande-Bretagne n'avaient jamais colonisé l'Afrique, je vivrais peut-être actuellement en Biélorussie ou en Russie, sans connaître un traître mot d'anglais. Dans ce cas, le plaignant et le témoin de notre affaire, même s'ils avaient émigré en Californie et s'étaient retrouvés impliqués dans ce procès, auraient probablement demandé des interprètes dans l'une des centaines de langues parlées au Cameroun ou l'une des dizaines de langues parlées au Sénégal.

Si les esclaves n'avaient pas été amenés aux États Unis, une personne blanche aurait peut-être consigné le témoignage, en lieu et place de Mrs Brown, la greffière noire. Et si le Mexique n'avait pas cédé la Californie aux États-Unis par le Traité de Guadalupe Hidalgo, les débats au tribunal de Los Angeles se dérouleraient vraisemblablement en espagnol. 

Mais l'émigration de masse des juifs d'Europe Orientale a bel et bien eu lieu, tout comme la colonisation, l'esclavage et la guerre américano-mexicaine. On peut également penser que d'autres facteurs, tels le soleil californien, ont joué un rôle dans l'immigration massive à Los Angeles de personnes venant des quatre coins du monde. En ce qui me concerne, la raison est d'ordre personnel et sentimental.

  Ethnic 5  

Me voici, donc, vestige linguistique du colonialisme britannique, communiquant dans un anglais bien à moi avec les Américains de Los Angeles, supprimant les barrières linguistiques entre ces Américains-là et les Américains récemment immigrés auxquels les puissances coloniales britannique et française ont légué deux des langues les plus parlées au monde.

Le plaignant a-t-il gagné son procès ? Je ne le saurai jamais. Les interprètes sont relevés de leur fonction dès que les témoins du procès ont terminé leur déposition en langue étrangère. Pour conclure ma mission d'interprétation, le juge n'a pas manqué de me remercier chaleureusement, avec la courtoisie propre à son ascendance britannique. Il me semble que ces remerciements comprenent toujours un message implicite du juge à l'interprète : « Monsieur, vous avez maintenant terminé votre tâche dans mon tribunal. Merci de nous laisser poursuivre les débats dans une langue compréhensible par tous. »

Jonathan G. 

Lectures supplémentaires :

En Californie, la demande de services d'interprétation explose littéralement…

African viewpoint : 'Thank goodness for colonialism'
Times of News 

 

 

Le 18 juin marque aussi le bicentenaire de la guerre de 1812

Il y a deux ans, nous avons publié un article intitulé: « Il y a 70 ans – le 18 juin 1940 : l'appel à la résistance du général de Gaulle ». Cette année, le 18 juin prend un autre sens, celui du bicentenaire de la déclaration de guerre des États-Unis à la Grande-Bretagne, en 1812.


 

    

Une guerre limitée mais âpre qui a forgé le destin d'un continent…


Le 18 juin 1812, les États-Unis déclaraient la guerre au Royaume-Uni et au Canada britannique. La Chambre des Représentants l'avait décidée 79 voix pour contre 49. Au Sénat, la décision avait été prise par 19 voix contre 13. Les Fédéralistes (39 en tout) avaient tous voté non. On l'appela « la guerre du Président Madison ».

Le Président James Madison

 

« Je ne crois pas au génie, seulement au dur travail… »

Michel Petrucciani

  Petrucciani

 

 

 

 

Comme je l'ai écrit ici l'an passé, depuis que ma femme et moi-même sommes établis à Los Angeles, nous n'avons jamais manqué d'assister au Festival annuel du film français, appelé COL-COA (City of Lights – City of Angels).  

Ce festival a lieu dans le superbe bâtiment de la Los Angeles Directors Guild, situé Sunset Boulevard, au cœur d'Hollywood, non loin du Walk of Fame et à cinq minutes de chez nous. Les films sont projetés dans deux grandes salles, respectivement baptisées pour l'occasion Théâtre Renoir et Théâtre Truffaut.

 

  

Walk of Fame
, à Hollywood,                            L'immeuble de la Directors Guild,
 Sunset Boulevard                                              à Los Angeles

Tous les films sont sous-titrés en anglais et certains d'entre eux sont projetés pour la première fois à l'occasion de ce festival. (En 2008, j'ai vu Bienvenue chez les Ch'tis en première mondiale au Festival, avant qu'il devienne un grand succès en France.) Parmi les personnalités qui ont assisté au Festival de l'an dernier, on peut citer Danny Boon et Nathalie Baye.

Le deuxième jour du festival 2012, j'ai pu visionner le film intitulé « Michel Petruchianni », un documentaire réalisé par Michael Radford, présenté l'année dernière à Cannes, sur la vie de cet étonnant musicien de jazz français qui, malgré sa taille d'environ un mètre et son poids de quelque 32 kilos, est devenu un super-pianiste aux États-Unis.

 

 

Monde en transition, métiers en perdition… (2ème partie)

 

Dans un article publié récemment, intitulé « Monde en transition, métiers en perdition… », nous avons donné plusieurs exemples de professions que l'évolution des techniques rend surannées ou superflues.

Dans un autre article, intitulé « Qui a peur de la traduction  automatique? », notre collaborateur Robert Killingsworth,  déclarait : « Ma profession – traducteur indépendant (« freelance » ou « pigiste », selon les pays et n’exerçant pas dans le domaine littéraire) – est menacée, du moins si l’on en croit les rumeurs et les borborygmes de la blogosphère traduction ». (L'article se terminait toutefois sur un ton plus optimiste.)

La bonne nouvelle est que certains métiers et certaines affaires de famille ont résisté à l'épreuve du temps. Le plus remarquable exemple en est cette boucherie britannique R.J. Balson, demeurée dans la même famille depuis 476 ans. Des spécialistes sont remontés de 25 générations jusqu'aux origines de ce commerce, fondé en 1535, lorsque John Balson, ouvrit un étal au marché de South Street, à Bridport, Angleterre.


Communiqué de la Reine d’Angleterre aux citoyens des États-Unis, à travers Le mot juste en anglais

Jubilee


To the citizens of the United States of America from Elizabeth II,  Her Sovereign Majesty, Queen of the United Kingdom, Canada, Australia, New Zealand, Jamaica, Barbados, the Bahamas, Grenada, Papua New Guinea, the Solomon Islands, Tuvalu, Saint Lucia, Saint Vincent and the Grenadines, Belize, Antigua and Barbuda, and Saint Kitts and Nevis:

JUbilee 2

In light of your present failure to  manage yourselves financially and also in recent years your tendency to elect incompetent Presidents  and therefore not to be able to govern yourselves, we hereby give notice of the revocation of your independence, effective immediately. (You should look up 'revocation' in the Oxford English Dictionary.)
 
Her Sovereign Majesty Queen Elizabeth II will resume monarchical duties over all states, commonwealths, and territories (except Kansas, which she does not fancy).
 
Your new Prime Minister, David Cameron, will appoint a Governor for America without the need for further elections.
 
Congress and the Senate will be disbanded.  A questionnaire may be circulated sometime next year to determine whether any of you noticed.

 

Pierre Charles L’Enfant, soldat de fortune et urbaniste inspiré

 

Dans le sillage d'Albert Gallatin, nous voudrions maintenant présenter à nos lecteurs un autre francophone qui partit en Amérique à la même époque et marqua durablement la jeune république en traçant le plan directeur de sa capitale.


Une adolescence dans l'entourage des muses

                            brianleister.com

Pierre Charles L'Enfant naquit le 2 août 1754. Il était le deuxième fils de Pierre Lenfant (ainsi l'écrivait-on initialement), lui-même issu d'une longue lignée d'artistes attachés à la Manufacture des Gobelins. Peintre officiel de la Cour de France, spécialiste des scènes de guerre, il avait notamment représenté la bataille de Fontenoy (1745) dans un tableau que conserve aujourd'hui le musée de Versailles. C'est d'ailleurs Pierre qui se chargea lui-même de la formation artistique du jeune Pierre Charles, et le fit entrer à l'Académie royale de peinture et de sculpture. Très tôt, il l'associa à son œuvre et l'emmena souvent au château de Versailles.

À la une : L’édition 2012 du championnat d’orthographe des États-Unis* a été remportée par une Américaine d’origine indienne pour la cinquième année consécutive

Washington D.C., le 31 mai 2012

Certaines langues, comme l'espagnol, s'écrivent comme elles se prononcent. Ce n'est pas le cas de l'anglais ou du français. Si l'on présentait à une personne ne connaissant pas vraiment l'espagnol un texte rédigé dans cette langue et qu'on lui demandait de le lire à haute voix, les sons produits seraient dans l'ensemble compréhensibles pour un locuteur espagnol (sauf que l'accent tonique risque de ne pas être au bon endroit sur certains mots). Il n'en serait pas de même pour le français qui comporte un grand nombre de mots dont la dernière lettre ne se prononce pas (toit, aux, quand, janvier, etc.) ou dont la dernière syllabe est muette (assurent, veille, fesses, etc.). En anglais, l'écart entre la prononciation des mots et leur orthographe est encore plus important.

Le dramaturge irlandais George Bernard Shaw aurait dit, par boutade, que le mot « fish » pourrait s'écrire « ghoti » si l'on utilisait les lettres « gh » telles qu'elle sont prononcée dans le mot « enough », la lettre « o » telle qu'elle est prononcée dans le mot « women » et les lettres « ti » telles qu'elles sont prononcées dans le mot « action ». En fait, ce raisonnement facétieux ne serait pas dû à Shaw et aurait en outre été réfuté. Dans la Language Column du New York Times, le linguiste Ben Zimmer examine cette question et bien qu'il avoue que « The spelling of English is a bizarre mishmash »il conclut comme suit : « La plupart des gens qui verraient le mot ghoti le prononceraient simplement goaty… On ne peut pas tout se permettre en anglais ».

Les nombreuses irrégularités orthographiques de l'anglais et la richesse de son vocabulaire (même si bien des mots sont trop rarement utilisés) sont à l'origine d'une tradition américaine : le championnat d'orthographe (spelling bee, en anglais). Le Collins English Dictionary, Complete and Unabridged, définit spelling bee comme suit : a contest in which players are required to spell words according to orthographic conventions (une compétition au cours de laquelle les joueurs doivent épeler des mots conformément aux conventions orthographiques). Pour connaître l'origine de ce terme, cliquez ici. Noah Webster (1758-1843) écrivit le premier dictionnaire d'orthographe en 1783.

Noah webster

                                  Noah Webster

Le titre initial en était The First Part of the Grammatical Institute of the English Language. Du vivant de Webster, pas moins de 385 éditions furent publiées et le titre de l'ouvrage devint, en 1786, The American Spelling Book et, en 1829, The Elementary Spelling Book. C'est le livre américain qui a eu le plus de succès à son époque ; en 1837, 15 millions d'exemplaires avaient été vendus et ce chiffre a atteint environ 60 millions en 1890, si bien que la majorité des élèves et des étudiants consultèrent ce livre pendant le premier siècle d'existence de la nation américaine. Pour mieux connaître le rôle de Webster dans l'évolution de l'anglais aux États-Unis, vous pouvez vous reporter à l'article de Wikipedia consacré à Noah Webster.

 

Commentaire de son Excellence l’Ambassadeur de France aux États-Unis d’Amérique

 

Francois Delattre

Son Excellence Monsieur François Delattre

L’Ambassadeur de France aux États-Unis d'Amérique, Son Excellence Monsieur François Delattre, a eu l'amabilité de nous adresser la lettre suivante, au  sujet de Pierre Charles L’Enfant. Dans les prochains jours, nous nous proposons de publier un article dans lequel notre collaborateur Jean Leclercq présentera à nos lecteurs ce Français d'exception qui marqua durablement la jeune république américaine en traçant le plan directeur de sa capitale.

 

Ambassade de France aux Etats-Unis

L’Ambassadeur                                                                                               Washington, D.C., May 27, 2012

 

Dear Mr. Goldberg,

On behalf of France, I am delighted by your tribute to Pierre Charles L’Enfant, who even today stands as a vibrant symbol of the special relationship between France and the United States. A genuine character who is part of our shared history, L’Enfant led a particularly colorful life and embodied with great flair the creative energy and ardor of a seminal generation of “transatlantic builders.”

Born in Eure-et-Loir and resting in Arlington Cemetery, Pierre Charles L’Enfant was a heroic soldier as well as a man of art and culture. But for those of us who live and work in Washington, he was above all the architect of a dream. Even though his plans for a Federal City were not carried out during his lifetime, the U.S. capital bears the indelible imprint of the man whose vision first inspired it, and for that we have reason to be grateful.

It is therefore with great pleasure that I welcome your article on your blog le-mot-juste-en-anglais.com

 

Sincerely yours,

[signed]

Francois Delattre

 

Mr. Jonathan Goldberg
2213 Sunset Crest Drive
Los Angeles, CA 900046