Des notices multilingues pour les médicaments?


MargoliusLe Sénat de Californie étudie un projet de loi qui obligerait les pharmacies à délivrer des médicaments accompagnés de notices rédigées autrement qu'en anglais.


L'article suivant, rédigé par Dr. David Margolius, parut dans le journal
Los Angeles Times le 3 juin 2013. Jean Leclercq a traduit l'article et nous le publions en français sur ce blog  avec l'aimable autorisation de l'auteur.

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                                    Dr. David Margolis

Comme le dit un proverbe chinois : « Plus grand est le pouvoir, plus grande la responsabilité ». Cela vaut pour les médecins lorsqu'ils prescrivent, mais aussi pour les pharmacies lorsqu'elles délivrent des médicaments.

En décembre dernier, après sept ans de cours, de clinique et d'examens, j'ai reçu mon autorisation d'exercer. J'avais enfin le droit de prescrire des médicaments sans le contreseing de ma supérieure. « Prenez garde » me conseilla-t-elle, « rappelez-vous de l'anecdote d'once ».

L'anecdote d'once est un récit édifiant qui – si j'en crois Google – tire son origine d'un feuilleton mélo espagnol. Selon l'une des versions, un médecin prescrit à un patient un traitement médicamenteux de 30 jours. Trois jours après, le malade revient pour renouveler l'ordonnance. « Comment se fait-il ? » demande le médecin. Le patient hispanophone répond : « J'ai pris les pilules exactement cela était indiqué sur le flacon : 11 par jour. » Le médecin examina le flacon de pilules : « Take once a day (À prendre une fois par jour) ». Mais, once, lu et prononcé « ohn-sé » veut dire 11 en espagnol. Le patient avait pris 11 pilules par jour, comme il l'avait lu sur l'étiquette du flacon – en interprétation espagnole !

Dans cette version, le patient en réchappe mais, dans d'autres, il est hospitalisé ou même, il meurt. Peu après avoir reçu mon autorisation d'exercer, j'en ai eu ma propre version.

Diabétique et âgé de 65 ans, M. P. est originaire du Mexique. Il parle suffisamment bien l'anglais pour une conversation courante, mais serait considéré comme MLA, c'est-à-dire ayant une maîtrise limitée de l'anglais. Cela signifie qu'il parle anglais moins que « très bien », et il n'est pas le seul : 40% des Californiens parlent à la maison une langue autre que l'anglais et six millions sont MLA.

Il souffre de diabète, d'hypercholestérolémie, d'hypertension et de cardiopathie coronarienne; il prend quotidiennement dix médicaments. Il a tout pour faire partie des 150.000 Californiens qui tombent malades ou meurent chaque année par suite d'erreurs de médication.

J'avais pensé pouvoir l'aider. Il prenait deux fois par jour un médicament pour la tension. Je lui changeais pour une formulation d'une prise par jour. J'écrivis : « Tome una pastilla en la noche » sur une étiquette que je collais sur le flacon pour éviter toute méprise du genre once. J'estimais que cela m'incombait en tant que prescripteur de médicaments. Trois mois plus tard, M. P. était hospitalisé. Une semaine auparavant, ll avait commencé à éprouver des étourdissements, puis il était tombé. Aux urgences, son pouls était dangereusement faible. Après une évaluation très complète de son état suivie d'une visite d'une infirmière à son domicile, nous découvrîmes qu'il avait recommencé à prendre son médicament deux fois par jour, bien qu'il s'agisse de la formulation à une seule prise quotidienne. En fait, il avait doublé la dose que j'avais prescrite.

Les indications que j'avais écrites avaient probablement fait leur effet, mais l'ordonnance était renouvelable et il reçut un nouveau flacon de pilules. Si de nombreuses pharmacies de Californie (dont certaines grandes chaînes, mais pas toutes) impriment des instructions dans des langues autres que l'anglais, la sienne ne le faisait pas.

Le législatif examine un projet de loi – SB 204 – qui contribuerait à résoudre ce problème. L'Assemblée s'en saisira après qu'il soit passé par le Sénat. Si ce texte devient une loi, les pharmacies auront l'obligation d'imprimer sur les flacons de pilules des directives d'usage courantes, traduites dans des langues autres que l'anglais. De telles directives sont déjà disponibles en chinois, coréen, espagnol, russe et vietnamien sur le site Web du Conseil des Pharmacies. La loi obligerait à les imprimer aussi sur les flacons. (L'État de New York dispose d'un texte de ce genre).

Dr. David Margolius