interview avec Yves Girard, Montréal
LMJ : Entre Bourg-en-Bresse, votre lieu de naissance, et Montréal où vous
habitez maintenant et où vous êtes traducteur, vous avez parcouru le monde. Il
semble que le goût des voyages vous soit venu très tôt. Dites-nous ce que
furent les 17 premières années de votre vie.
Yves : Je suis né à Bourg-en-Bresse,
une petite ville située dans le département de l’Ain (pas très loin de Lyon).
Ma mère était native de Lille et mon père de Lyon. Un an après ma naissance,
mes parents ont décidé de s’installer à Lille. J’y suis resté 17 ans. Nous avons
ensuite déménagé à Lyon. À l’école secondaire, j’ai eu un professeur d’anglais
extraordinaire et je crois que c’est lui qui m’a vraiment donné le goût des
langues. Très jeune, j’ai eu la possibilité de voyager avec mes parents en Europe,
de là probablement mon goût pour les voyages et le dépaysement. Par la suite,
en travaillant en agence de voyages, j’ai pu aisément voyager sur tous les
continents et j’en ai bien profité. Comme seconde langue étrangère, j’ai appris
l’allemand quelques années. Mais, à la suite
de notre déménagement à Lyon, j’ai dû choisir une autre langue car
l'allemand n'était pas enseigné dans cette école. J’ai alors appris l’italien
et, ensuite, mon intérêt pour les langues grandissant, j’ai étudié l’espagnol
et le portugais plus tard, pendant mon séjour en Allemagne.
LMJ : Vous avez mis en pratique vos deux passions – les langues et les voyages –
en faisant carrière, d'abord, dans le tourisme, et ensuite dans la traduction.
Mais, avant de travailler dans le tourisme, vous avez commencé par obtenir un
diplôme à Lyon.
Yves : Après un baccalauréat en économie à Lyon, et
voulant être indépendant assez rapidement, j’ai décidé d'entreprendre un cycle
d'études universitaires de courte durée (deux ans) pour obtenir un BTS (brevet
de technicien supérieur) en tourisme à l’université de Nice (major au concours
d’entrée du lycée d’hôtellerie et de tourisme de l’université de Nice). Ce
diplôme m’a permis de travailler dans une agence de voyages à Lyon. À
l’université de Nice, j’ai également étudié le russe. Mais, pendant seulement
un an, car la professeure a ensuite disparu !
LMJ : Au bout de deux ans dans le tourisme en France, vous êtes parti en
Allemagne où vous avez continué dans ce métier, tout en préparant parallèlement
un premier diplôme de langues.
Yves : Après quelques années en agence de voyages,
j’ai voulu parfaire mes connaissances en langue allemande et me suis inscrit à
la Ludwig Maximilians Universität (LMU) de Munich pour obtenir un
diplôme de maîtrise de la langue (Mittlestufe II). Ce cours était
destiné aux étrangers qui désiraient étudier ou travailler en Allemagne. Ces
connaissances orales et écrites m’ont permis de trouver facilement un travail
dans une agence de voyages de Munich (5 ans dans une grande agence). Expérience
fantastique qui m’a beaucoup aidé à
m’intégrer en Allemagne.
LMJ : À un certain moment, vous avez décidé de concrétiser cet intérêt que vous
aviez toujours eu pour le Canada. Vous vous déracinez et vous vous installez à
Montréal.
En 1992, j'ai décidé de venir explorer le nouveau monde
qui m'avait toujours attiré lors de mes nombreux voyages, et de venir
m'installer à Montréal qui représente un bon compromis entre les « vieux
pays », comme les gens d'ici aiment le souligner, et l'Amérique. Je me
suis très vite attaché à cette ville cosmopolite (je peux vraiment m’y sentir à
l’aise et pratiquer toutes les langues que je parle) et très verte avec ses
nombreux parcs. La nature n’est jamais très loin de Montréal et les espaces
sont tellement vastes que l’on peut parfaitement s’isoler en pleine saison
touristique. Je m’y sens tellement bien que je me considère désormais
Montréalais, sans pour autant renier mes origines françaises. La ville attire
des gens du monde entier et possède une riche vie culturelle : en été
comme en hiver, il y a plein de festivals et d’activités gratuites. Bref, on ne
sait plus quoi choisir. En plus, étant très sportif, j’en profite tant en été :
vélo (plus de 500 km de pistes cyclables à Montréal), tennis, kayak, qu'en
hiver ski alpin et raquette.
LMJ : Une fois encore, vous choisissez de parfaire vos connaissances et
d'acquérir un diplôme universitaire, tout en travaillant dans la
traduction.
Mon éternel amour des langues m’a amené également à
suivre un cours de mandarin à l’université de Montréal, pendant deux ans. Par
la suite, j'ai suivi un cours de traduction français-anglais pendant cinq ans à
l’université McGill. Á la fin de ces longues études, j'ai reçu un
certificat en traduction ainsi que le Prix Georges Néray qui récompense
chaque année l’étudiant ayant obtenu les meilleurs résultats à l’option
anglais-français du certificat en traduction. J’ai également été nommé sur la liste d’honneur du Doyen de
l’Université. La combinaison d'un certificat de l'Université McGill et
d'un diplôme d'études supérieures en traduction m'a fait accéder au titre de «
traducteur agréé » (traducteur assermenté) délivré par l'Ordre des traducteurs,
terminologues et interprètes agréés du Québec, l'organisme de réglementation de
la profession au Québec.
LMJ : Depuis votre arrivée à Montréal,
vous travaillez chez Ad hoc. Dites-nous-en quelques mots.
Depuis mon arrivée à Montréal,
je travaille chez Ad hoc recherche, entreprise spécialisée dans les études de marché. J’ai commencé par être
intervieweur quelques mois, pour devenir rapidement superviseur et, ensuite,
traducteur officiel de l’entreprise. C’est à partir de ma nomination comme
traducteur officiel de l’entreprise que j’ai pris la décision de m’inscrire à
l’université McGill pour obtenir un diplôme. Je traduis principalement des
questionnaires (pour les sondages téléphoniques ou en ligne), des guides de
discussion et quelquefois des rapports établis à la fin d’une étude.
LMJ : Finissons par un couplet
linguistique. Donnez-nous quelques exemples de termes français qui vous ont
surpris lorsque vous êtes arrivé à Montréal et que vous n'aviez jamais entendus
pendant les longues années passées en France.
Yves : Il y a tellement d’expressions différentes et
colorées dans la langue québécoise, qu’il serait impossible d’en dresser la
liste. D'ailleurs, il y a de bons
ouvrages traitant de ce sujet. Voici un lien (parmi tant d’autres) qui pourrait
intéresser le lecteur :
http://bv.cdeacf.ca/bvdoc.php?no=24165&col=RA&format=htm&ver=old
Parmi les expressions
intéressantes que j’ai rapidement remarquées, citons en quelques-unes :
magasiner les fins de semaine (faire du shopping le weekend), aller au dépanneur
du coin (aller à l’épicerie arabe du quartier qui, comme le dépanneur est
ouverte quand les autres magasins sont fermés), attriqué comme la chienne à
Jacques (habillé ou fringué comme un deux de pique – à noter que les
expressions du vieux continent peuvent être également colorées !), ça n’a
pas d’allure (ce n’est pas correct), c’est pas si pire (ce n’est pas mal) et
une expression que j’aime beaucoup (et qui est en fait un calque de l’anglais to fall in love) : « tomber en amour » pour « tomber amoureux »
ou « être amoureux »! Sans parler du chanteur de pomme pour désigner
ce qu'on appellerait un « baratineur ». La parlure québécoise est
très influencée par la langue anglaise, ce qui donne beaucoup d’anglicismes que
les gens ne remarquent même plus et qui s’intègrent lentement dans la
langue ; l’inverse est aussi vrai, quoique moins marqué pour les
gallicismes en anglais.