Jonathan Goldberg, votre bloggeur (lui-même traducteur professionnel), pose des questions à Freeda Wilson, professeur de français à l’Okanagan College, Kelowna, Colombie Britannique. En plus d’évaluer les besoins de logiciels pour l’apprentissage d’une deuxième langue (Français), ses recherches se concentrent sur une approche interdisciplinaire de théorie de traduction. Elle recherche en ce moment son modèle en termes de logiciel de traduction et sur l’expansion de son modèle de traduction (des métaphores dans les proverbes) afin d’y incorporer des langues additionnelles. Elle est également intéressée par l’aspect linguistique versus culturel des caractères de Shakespeare et elle est co-développeur d’un programme pour corriger les essais anglais, EssayPro. Son travail bénévole couvre plusieurs secteurs dans sa communauté, du soutien des Enfants avec Besoins Spéciaux, au support de l’information sur la maladie de Lyme, au festival de film local. Ses passe-temps préférés comprennent l’équitation, le scuba et le snowboard.
Une version abrégée de son modèle de traduction est disponible en Anglais et Français (http://accurapid.com/journal/54proverbs_en.htm & http://accurapid.com/journal/54proverbs_fr.htm). La version anglaise originale de cet article est disponible au http://www.lacus.org/volumes (LACUS Forum 36), et la thèse sur laquelle elle est basée peut être retrouvée à l’Université de Colombie Britannique (http://hdl.handle.net/2429/12923).
La professeur Wilson peut être jointe à: freedawilson@telus.net ou à freedawilson@hotmail.com sur Facebook.
Jonathan : Votre travail récent sur un modèle de traduction est-il populaire ? Pourriez-vous nous donner un bref aperçu de ce modèle ?
La professeur Wilson : En bref, mon modèle décrit le processus qui englobe l’ensemble des actes de traduction et présente un aperçu visuel de la traduction. La traduction est complexe et consiste en plusieurs angles : comment est-ce qu’un traducteur s’apprête à traduire, qu’est-ce qui ce développe dans la transition du texte à partir d’une langue à une autre, est-ce que la traduction peut être envisagée comme un ensemble de composants qui mappent entre les langues? Dans mon recherche, j’ai essayé de répondre à ces questions en restant compréhensive et compréhensible. En ce moment, mon modèle attire un certain intérêt globalement. Mon article en ligne et ma thèse en particulier jouissent de beaucoup d’observations et de téléchargements. En fait, ma thèse originale à l’Université de Colombie Britannique est la thèse la plus observée et téléchargée en ce moment.
Jonathan : A quoi attribuez-vous la popularité dont jouit votre travail actuellement?
La professeur Wilson : Je dirais qu’il y a trois raisons principales. Premièrement et essentiellement ce serait l’absence de théories contemporaines de traduction, en particulier pour modeler un processus aussi complexe que le cerveau. La plus grande partie des recherches qui existent semblent avoir un aspect de travail réplicatif. Les nouvelles innovations sont ce qui stimule la plupart des disciplines et la traduction a des lacunes de ce point de vue. De plus, dans mes recherches de métaphores, de proverbes, de traduction et de mon modèle [ma thèse initiale sur la traduction de proverbes de métaphores, (https://circle.ubc.ca/handle/2429/12923), j’explore le sujet de la traduction sous autant d’angles que possible. Je ne crois pas qu’un modèle de traduction pourrait être complété sans que toutes les dimensions potentielles de traduction soient identifiées et prises en compte. En conséquence, j’espère démontrer que la traduction doit être envisagée sous différents angles simultanément. Pour moi, c’est important que mes articles soient clairs et cohésifs pour autant de lecteurs que possible.
Jonathan : Êtes-vous surprise par cette popularité?
La professeur Wilson : Pas du tout. La traduction est une activité complexe; par conséquent, en règle générale, l’enseignement, l’apprentissage et la rédaction de la traduction peuvent être bien souvent difficiles. Dans tous les aspects de la vie, les supports qui peuvent faciliter des situations ou des tâches difficiles sont toujours les bienvenues. Le secteur de la traduction n’est pas une exception.
Jonathan : Pourquoi pensez-vous que la traduction ait un rôle aussi important, non seulement pour vous mais pour nous tous ?
La professeur Wilson : Le langage est un component important de la culture et un aspect unique des êtres humains. C’est aussi une fonction de pensée et de conceptualisation. Par conséquent, la traduction est un outil appréciable de conciliation pour les groupes langagiers et également pour l’interprétation de la pensée et de la conceptualisation de ces différents groupes. Sans cet intermédiaire, les groupes langagiers pourraient vite devenir isolés sur le plan global ou ils pourraient fusionner avec ou être remplacés par une langue de plus grande ampleur. Pour tout groupe, la communication est aujourd’hui l'un des plus importants aspects de la civilisation. Les modes de transport et de communication ont contribué à des besoins plus élevés de fonctionnements multiculturels et multilingues dans les mégalopoles. D’un autre coté, la langue est un aspect important de l’identité. La traduction est la corrélation entre le maintien de sa langue et le maintien de sa communication sur le plan global.
Jonathan : Selon vous, la traduction est-elle appréciée à sa juste valeur ou sous-estimée ?
La professeur Wilson : Je crois fermement que le langage est sévèrement sous-estimé, ce qui est très regrettable, car c’est probablement la raison pour laquelle on ne s'attarde pas plus sur la recherche dans ce domaine. Les malentendus créent très souvent des idées fausses, de la confusion, des aversions, des conflits… La traduction a le potentiel de réduire ceux-ci. Pourquoi est-ce que la traduction est sous-estimée? D’une part, le problème est que la complexité de cette activité cognitive particulière n’est pas appréciée à sa juste valeur. Savoir parler ou lire dans deux langues ne veux pas nécessairement dire qu’une personne peut traduire correctement d’une langue à l’autre, un mythe qui persiste à insinuer à la masse que la traduction ne suscite pas une discipline académique.
Jonathan : Croyez-vous que la traduction soit réellement importante en termes de communication ? Pourquoi ?
La professeur Wilson : Absolument – la valeur que la littérature et la culture ont toujours accordé à la traduction en est l'évidence. Mais, en considérant les technologies de nos jours, et la globalisation qui en résulte, la communication entre les groupes, qu’ils soient religieux, langagiers, culturels ou géographiques, requiert une approche plus attentive pour faciliter l’interactivité, et la valeur de cette interactivité a besoin d’être dévoilée et promulguée. En fait, il devient de plus en plus essentiel que les groupes puissent communiquer entre eux tout en préservant leurs propres langues.
Jonathan : Avez-vous en cours d'autres projets concernant votre modèle de traduction ?
La professeur Wilson : Je viens juste de terminer un article d’expansion du modèle qui inclut l’Allemand, l’Italien et l’Espagnol et je travaille en ce moment sur une base d’informations qui va comprendre et analyser les bases en fonction de ce modèle.
Jonathan : Par quels aspects de la traduction êtes-vous personnellement intéressée ?
La professeur Wilson : Je suis particulièrement intéressée par ce que la traduction révèle sur les différences et les similarités dans le concept de pensée de différents groupes de langues. La pensée conceptuelle se développe sous les aspects de la culture propre à chacun, à travers l’environnent physique et les entraves imposées par les ressources naturelles du corps humain.
Jonathan : Croyez-vous que votre article pourrait changer les points de vue envers la traduction ?
La professeur Wilson : Des nouvelles façons d'appréhender la traduction sont requises et j’espère que mon travail encouragera une inspection plus approfondie des complexités de la traduction. Je crois que l'envie est là; le problème est que la traduction est vraiment interdisciplinaire, engendrant des recherches difficiles et exhaustives.