Jonathan Goldberg pose des questions à Stéphanie Soudais, une traductrice professionnelle. Stéphanie habite Rezé dans la Loire-Atlantique. Ses passe-temps sont le théâtre et la course à pied.
Jonathan : Comment êtes-vous devenue traductrice ?
Stéphanie : Assez jeune, j’ai su que je travaillerai dans un métier lié à l’écriture. Je voulais d’abord devenir journaliste, mais la découverte de l’anglais m’a passionnée, surtout à partir du lycée, et il m’est rapidement devenu évident que la meilleure façon d’allier l’écriture à cette langue étrangère serait de devenir traductrice. Après une licence d’anglais, j’ai effectué des séjours de plusieurs mois en Angleterre et en Irlande, mais aussi en Allemagne, avant d’intégrer l’ESIT (École supérieure d’interprètes et de traducteurs), à Paris. J’ai obtenu mon diplôme de traducteur anglais-français et allemand-français en 2006.
Jonathan : Vous avez démarré votre carrière en 2005 en traduisant un livre intitulé « L’encyclopédie des arbres ». Aviez-vous déjà de l’expérience dans ce domaine ? Comment avez-vous abordé ce travail du point de vue terminologique ? Avez-vous eu besoin de consulter un spécialiste ?
Stéphanie : À l’époque, j’étais encore étudiante à l’ESIT, et l’un de mes amis m’a mise en relation avec une maison d’édition qui cherchait d’urgence un traducteur pour terminer la traduction d’une encyclopédie sur les arbres. Je ne possédais pas vraiment d’expertise dans ce domaine, mais le sujet m’intéressait beaucoup et j’ai donc sauté sur l’occasion. Le travail de traduction comporte souvent une très grande part de recherche, non seulement dans les dictionnaires, mais aussi sur Internet ou auprès de spécialistes. J’étais donc ravie de me documenter et d’en apprendre davantage sur ce domaine. En outre, l’ouvrage se composait de courtes descriptions au style et à la terminologie très similaires, ce qui m’a facilité la tâche, puisque d’une page à l’autre, je travaillais de plus en plus rapidement.
Jonathan : Vous avez ensuite traduit un livre sur les fleurs sauvages et un autre sur la réalisation de petits jardins. Les connaissances que vous aviez acquises sur les arbres vous ont-elles été utiles pour ces traductions, ou êtes-vous repartie de zéro ?
Stéphanie : Non, je ne suis pas repartie de zéro. Les connaissances et la terminologie propres aux arbres sont certes différentes de celles liées à la botanique et au jardinage, mais il s’agit de thèmes tout de même assez proches, qui s’entrecroisent même, parfois. Ce fut donc une occasion d’élargir mes connaissances dans un vaste domaine que l’on pourrait intituler « nature et environnement ».
Jonathan : Ces connaissances vous servent-elles encore aujourd’hui ?
Stéphanie : Oui. Aujourd’hui, je ne traduis plus de livres, mais on me confie souvent des textes d’actualité sur la déforestation, la gestion durable des forêts, le changement climatique, le développement durable, etc.
Jonathan : Vous ne traduisez plus de livres, est-ce un choix ?
Stéphanie : Oui, c’est volontaire. Parallèlement à la traduction de livres, à mes débuts, j’effectuais également des traductions plus « techniques » pour des agences de traduction. Petit à petit, je me suis rendu compte que je m’épanouissais davantage dans cette forme de traduction dite « technique » que dans la traduction d’édition, car j’étais plus libre de choisir mes textes et de varier d’une semaine à l’autre (contrairement à la traduction d’un livre, qui suppose souvent des semaines, voire des mois, de travail sur un même sujet). Ayant fait un stage de traduction dans une agence spécialisée dans la finance, c’est naturellement vers ce domaine que je me suis tournée, puis peu à peu spécialisée.
Jonathan : La finance et l’environnement sont donc vos deux domaines de prédilection ?
Stéphanie : Oui, et même si au premier abord on peut penser qu’il s’agit de sujets très différents, j’y retrouve souvent des liens. Les questions telles que le changement climatique et le développement durable sont en effet de plus en plus importantes dans l’économie, les politiques de gestion des entreprises et sur les marchés financiers. Ce sont des sujets d’actualité qui sont passionnants et qui m’apprennent beaucoup.
Jonathan : Vous arrive-t-il de refuser de traduire pour des questions de déontologie ?
Stéphanie : Cela m’est arrivé une seule fois. Il s’agissait d’un livre sur un sujet sensible dont les propos ne correspondaient pas du tout à mes convictions et dans lequel l’auteur s’exprimait d’une manière très virulente. J’ai essayé de traduire la première page et me suis sentie tellement mal à l’aise que j’ai immédiatement arrêté.
Jonathan : Utilisez-vous des logiciels d’aide à la traduction (TAO) ?
Stéphanie : Oui. Après de nombreuses réticences, j’ai rapidement compris le potentiel des mémoires de traduction, qui sont très utiles lorsque l’on travaille régulièrement sur des sujets similaires. Elles me permettent d’assurer une cohérence terminologique et de rapidement retrouver comment j’ai traduit telle ou telle expression il y a une semaine, ou il y a plusieurs années. Toutefois, certains domaines très rédactionnels tels que la littérature ou les textes marketing ne se prêtent pas du tout à leur utilisation. Comme leur nom l’indique, les mémoires de traduction mémorisent ce que je traduis, il ne s’agit pas du tout de traduction automatique.
Site Internet de Stéphanie : www.stephanie-soudais.fr
Courriel : stephanie@stephanie-soudais.fr