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Commentaires de lecteurs sur l’article “Napoléon apprend l’anglais à Sainte-Hélène; il y décède: mort naturelle ou assassinat?”

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Le Professeur Robert M. Genta, l'un des scientifiques qui a dirigé la recherche pluridisciplinaire sur la mort de Napoléon, dont les conclusions ont été publiées en 2011 :

Des histoires fascinantes, comme les cours d'anglais que Napoléon prenait lorsqu'il était prisonnier des Britanniques. Cette langue lui aurait probablement épargné bien des ennuis s'il l'avait apprise plus tôt…”

Jean Leclercq, traducteur et féru d'histoire :

À propos du décès de Napoléon à Sainte-Hélène et de sa cause probable, je crois que l'avis médical le plus autorisé est effectivement celui qu'exprime le professeur Lugli, et qu'il tient tout entier dans sa dernière phrase: « En conclusion, nous estimons que Napoléon est mort d'un cancer avancé de l'estomac, compliqué d'un saignement des voies digestives supérieures que l'on peut considérer comme la cause du décès. »

Néanmoins, cet avis ne contredit pas la thèse de l'empoisonnement à l'arsenic, laquelle naquit dès l'exhumation de 1840, au vu de l'excellent état de conservation du corps, en dépit d'un embaumement sommaire et d'un climat peu propice. D'ailleurs, il semble que le premier médecin britannique de Napoléon, Barry Edward O'Meara, ait soupçonné très tôt l'intoxication arsenicale, avant que le gouverneur Hudson Lowe ne le congédie en 1819.

Il est avéré qu'une provision d'arsenic était conservée à Plantation House pour lutter contre les myriades de rats qui infestaient les lieux. On sait aussi que ce poison était tenu sous clef par Charles de Montholon, à la fois secrétaire, confident et grand officier de bouche de l'empereur déchu. À ce titre, il détenait également la réserve de vin et goûtait tous les plats servis à la table de Napoléon. Ce dernier n'avait jamais bu plus d'un verre de vin par jour et toujours le même: du Gevrey-Chambertin. Comme la Bourgogne était trop loin, on faisait venir de très faibles quantités d'un certain vin du Cap, appelé vin de Constance, qui avait sensiblement le même goût. Napoléon avait donc un vin spécialement réservé à sa consommation. Ce qui, selon certains auteurs1 aurait permis à Montholon d'intoxiquer Napoléon à petit feu, afin de l'affaiblir et de hâter ainsi son rapatriement en Europe. Mais, au début de mai 1821, les médecins anglais et français s'étant consultés, décidèrent d'administrer au malade un « remède de cheval », une purge de dix grains de calomel dissous dans du sirop d'orgeat. Toujours selon la même thèse, le calomel réagissant avec l'arsenic en présence d'acide prussique aurait suscité la formation de cyanure de mercure mortel. Cette cause immédiate ne dément nullement l'existence sous-jacente d'un cancer. Du reste, l'ingestion de calomel à aussi forte dose dans un estomac lésé par un cancer ne pouvait qu'être fatale, avec ou sans arsenic.

N'ayant guère à s'occuper, les exilés de Sainte-Hélène tenaient des journaux intimes qui permettent de reconstituer leur vie à Longwood dans ses moindres détails. On sait ainsi que l'un des serviteurs de Napoléon, Cipriani, mourut subitement et sa maîtresse quatre jours après. Or, ils auraient dérobé et bu ensemble une bouteille du vin de Constance. On sait aussi que le général Bertrand et son épouse furent tous deux gravement incommodés après avoir bu une bouteille de ce même vin que Napoléon leur avait offerte. Donc, Napoléon est mort d'un cancer de l'estomac, mais cette pathologie n'exclut pas pour autant une intoxication arsenicale.

 

1 René Maury & François de Candé-Montholon. L'énigme Napoléon résolue. Albin Michel, Paris, 2000.  

L’île de Sainte-Hélène (troisième partie)

Napoléon apprend l'anglais à Sainte-Hélène;
il y décède:  mort naturelle ou assassinat?

 

Voici le dernier d'une série de trois articles sur Napoléon Bonaparte. Le premier article traitait de sa défaite à Waterloo qui amena les vainqueurs britanniques à l'exiler dans l'île de Sainte-Hélène, perdue au milieu de l'Atlantique sud et, à l'époque, colonie britannique.

Le deuxième article donnait une description générale de l'île où les Anglais devaient déporter plus tard le roi des zoulous, Dinuzulu kaCetshwayo. J'y parle aussi de ma visite à Sainte-Hélène, à l'occasion d'un voyage en bateau au départ de l'Afrique du Sud, et d'une îlienne célèbre, la tortue Jonathan, âgée de 179 ans, et toujours vivante.     

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Ce troisième et dernier article traitera de la vie de Napoléon dans l'île et des circonstances de sa mort, ainsi que de la thèse de l'empoisonnement à l'arsenic.

 À son arrivée à Sainte-Hélène, en octobre 1815, Napoléon passa d'abord deux mois dans la famille Balcome, puis fut ensuite logé à Plantation House, à Longwood.  

Craignant que Napoléon puisse être délivré par des militaires français et réédite l'épisode de l'île d'Elbe, la Grande-Bretagne dota Sainte-Hélène d'une garnison de 2.500 soldats et marins (et en positionna d'autres dans l'île inhabitée d'Ascension). Napoléon disposait lui-même d'une suite constituée de collaborateurs et de domestiques.

La fille des Balcome, Élisabeth (surnommée Betsy), âgée alors de 14 ans, passa de nombreuses heures à bavarder avec Napoléon. Elle consigna les pensées et les états d'humeur de l'exilé, ainsi que les attitudes de ceux qui le gardaient. Trois ans après l'arrivée de Napoléon, Betsy et sa famille quittèrent Sainte-Hélène pour l'Australie. Lorsqu'elle mourut, on rassembla les souvenirs qu'elle avait laissés des moments  passés avec Bonaparte et ceux-ci furent plus tard publiés sous la forme d'un livre intitulé: « To Befriend an Emperor » (Ravenhall Books, 17 mars 2005).          

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L'une des choses les plus étonnantes que fit l'Empereur pendant son exil fut son apprentissage de l'anglais. Son professeur, le comte de Las Cases, faisait partie de l'entourage; il avait vécu en Angleterre pendant la Révolution française.    

Selon l'Agence-France Presse (5 juin 2011):

"Qu’es qui étoit arrivé?  What was it arrived ?", s'interroge l'empereur défait à Waterloo en juin 1815, dans un anglais douteux. "Combien étoint-ils ? How many were they ? ‘".

"To run. Courir", poursuit l'élève débutant.

C'est sur le vaisseau anglais qui l'emmenait à Sainte-Hélène, entre août et octobre 1815, que Napoléon avait manifesté le désir d'apprendre la langue de ses ennemis.

En janvier 1816, Napoléon souhaita reprendre les leçons sérieusement. "Il est venu à remarquer qu’il était honteux qu’il ne sût pas encore lire l’anglais", écrit le comte de Las Cases, dans son Mémorial de Sainte-Hélène, publié en 1823.

L’acquisition de l’anglais devint pour lui une véritable conquête. Napoléon travailla régulièrement jusqu’en avril 1816, au point de pouvoir lire l'anglais et de l'écrire plus ou moins bien. Parler était une autre affaire.

Au début du mois juin 2011, les manuscrits des leçons d'anglais de Napoléon ont été vendus pour plus de 90.000 €, lors d'une vente aux enchères organisée à Paris.

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Photo datée du 3 juin 2011 d'un fragment de cours d'anglais
écrit de la main de Napoléon (AFP, Fred Dufour)

 

Napoléon mourut le 7 mai 1821, à l'âge de 51 ans, entouré de médecins français et anglais. Il fut enterré dans la propriété de Longwood. Mais, par la suite, ses restes furent exhumés et déposés à Paris, sous le dôme des Invalides. Agissant au nom du gouvernement français, Napoléon III acheta à la Reine Victoria tout le domaine de Longwood, ainsi que la tombe de Napoléon. L'ensemble est placé à perpétuité sous souveraineté française. Aujourd'hui encore, le drapeau tricolore flotte sur le domaine, enclavé en territoire britannique.    

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Plantation  House,
Sainte-Hélène   
Tombeau de Napoléon,
église Saint-Louis des Invalides, Paris

La cause officielle de la mort de Napoléon fut un cancer (squirre) de l'estomac, affection dont auraient péri son père et l'une de ses sœurs. Mais une théorie du complot soutient qu'il a été empoisonné par de l'arsenic mélangé à son vin ou à sa nourriture pour l'empêcher de s'échapper et de regagner la France. À partir de 1955, cette thèse s'est trouvée confortée par la découverte de concentrations élevées d'arsenic dans des échantillons de cheveux, lors d'analyses menées par le stomatologiste suédois Sten Forshufvud. D'autres ont fait valoir qu'au XIXe siècle, les lotions capillaires pour hommes contenaient normalement de l'arsenic.     

Au cours des recherches faites pour cet article, j'ai lu les rapports de différentes analyses effectuées depuis 2007 et dont certaines montrent que les cheveux de Napoléon, de même que ceux d'autres membres de sa famille, recélaient des quantités inhabituelles d'arsenic, datant semble-t-il de son enfance en Corse. Certaines de ces analyses ont été faites à l'aide d'un réacteur nucléaire de l'Université de Milan, à Pavie (Italie). 

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  Le réacteur de Pavie,
vue extérieure.
Crédit : INFN
 

 J'ai aussi lu les résultats d'analyses publiés en 2007 dans Nature Clinical Practice Gastroenterology & Hepatology et d'autres publiés en 2011 dans Advanced Anatomical Pathology par plusieurs équipes de scientifiques. Ces travaux constituaient la première  recherche pluridisciplinaire sur la mort de Napoléon. 

Pour tenter de résoudre le problème, l'équipe internationale qui mena l'étude de 2007 appliqua les techniques médicales actuelles à l'analyse des écrits des médecins de Napoléon, des dossiers médicaux de sa famille et des témoignages de son entourage dont certains n'ont été mis au jour que récemment.

Dans les données historiques, les chercheurs n'ont trouvé aucun signe d'intoxication arsenicale, telle qu'une hémorragie intracardiaque.

En revanche, ils ont trouvé des signes très probants de cancer de l'estomac: perte rapide de poids, présence d'une substance brunâtre (dite marc de café) dans l'estomac, révélatrice d'un saignement gastro-intestinal. 

Les médecins du XIXe siècle avaient décrit une grande lésion dans l'estomac de Napoléon.    

En recoupant les descriptions anciennes et les images modernes de 50 ulcères non cancéreux et de 50 cancers de l'estomac, les chercheurs ont abouti à une conclusion.  

« Il y avait une énorme masse, de l'entrée à la sortie de l'estomac » déclare Robert Genta, professeur de pathologie et de médecine interne à l'Université du Texas. «  Elle mesurait au moins dix centimètres de long. La taille à elle seule incite à penser que la lésion était un cancer », dit le professeur. 

 

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Pour avoir une vue d'ensemble des différents travaux menés au cours de ces dernières années, et déterminer si leurs conclusions vont dans le même sens ou se contredisent, j'ai d'abord écrit, de la part du blog, au Dr Genta qui a été associé à ces travaux, tant en 2007 qu'en 2011. Il m'a adressé à un autre membre de l'équipe scientifique, le professeur Alessandro Lugli, actuellement attaché à l'Institut de pathologie de l'Université de Berne (Suisse). Le Dr Genta considère le professeur Lugli comme « le véritable spécialiste des pathologies de Napoléon ».  

Répondant très rapidement et obligeamment, le professeur Lugli m'a donné l'explication suivante:

En 2004, il y avait trois hypothèses quant à la cause de la mort: intoxication arsenicale, arythmie cardiaque et cancer de l'estomac. L'un des principaux arguments contre le cancer était le surpoids de Napoléon. 

En 2005, nous avons donc publié dans la revue Human Pathology un article montrant que la surcharge pondérale de Napoléon ne contredisait pas le diagnostic de cancer et qu'il avait même perdu plus de 10 kg au cours des derniers mois de sa vie, constatation qui évoque un cancer de l'estomac. (Selon la littérature médicale, la perte de poids n'est pas à 100% spécifique du cancer de l'estomac, mais elle lui est très fréquemment associée).

En 2007, dans l'article que nous avons publié dans Nature Reviews, Gastrenterology & Hepatology, nous avons déterminé le stade de la tumeur gastrique dont souffrait Napoléon, soulignant qu'il était avancé.  

En 2008, de leur côté, des physiciens italiens ont analysé des cheveux de Napoléon, montrant que celui-ci n'avait pas été empoisonné et confortant indirectement le diagnostic de cancer de l'estomac.

En 2010, plusieurs groupes d'étude soutenant le diagnostic de cancer de l'estomac ont rédigé un article pluridisciplinaire dressant un bilan des travaux sur la cause du décès de Napoléon. En conclusion, nous estimons que Napoléon est mort d'un cancer avancé de l'estomac, compliqué d'un saignement des voies digestives supérieures que l'on peut considérer comme la cause du décès.   

Je suis certain que dans 50 ou 500 ans, lorsque des historiens traiteront de la cause du décès de Napoléon, ils citeront l'article intitulé: The medical mystery of Napoleon Bonaparte: an interdisciplinary exposé, 2011 (référencé ci-après), et que les conclusions tirées par le professeur Lugli, le Dr Genta et leurs collaborateurs seront considérées comme définitives. La rédaction du blog remercie ces sommités scientifiques des réponses rapides et des clarifications obligeantes qu'elles lui ont fournies.    

Nous les considérons comme les mots justes à ce sujet. 

Initials JJG Jonathan Goldberg

Sources:

The medical mystery of Napoleon Bonaparte: an interdisciplinary exposé.
Advanced  Anatomical  Pathology. 2011 March ; 18(2):152-8.
Lugli A, Genta RM et coll., Institut de pathologie, Hôpital universitaire de Bâle (Suisse).

Napoleon’s Mysterious Death Unmasked, Science News, January 16, 2007

Napoléon empoisonné ? Probablement pas…

Napoleon used years on St Helena to learn English, Reuters, June 5, 2011

 

Annonce aux lecteurs : Tout le monde veut apprendre l’anglais, même Napoléon

La semaine passée, nous avons appris que les notes faites par Napoléon Bonaparte dans le cadre des leçons d’anglais qu’il a prises à l’île de Sainte-Hélène viennent d’être vendues pour 90 000 euros (lien).
Comme on le sait, Napoléon avait été exilé sur l’île en 1815 par le gouvernement de Sa Majesté, et il y restera jusqu'à sa mort en mai 1821.

Pendant ma jeunesse, je suis passé par Sainte-Hélène, située au milieu de l’océan Atlantique, entre l’Afrique et l’Amérique, lors d’une halte du bateau qui m’emmenait de l’Afrique du Sud à l’Angleterre.

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Quelques décennies après ma visite, j’ai écrit une série de trois articles sur Napoléon.

Le premier traite de la bataille de Waterloo, où l’armée de Napoléon a été vaincue.  Elle a eu lieu cette-date ci, le 16 juin. (Je me dois de préciser que je n’ai pas assisté à la bataille.) C’est à la suite de cette défaite que Napoléon a été exilé à Sainte-Hélène.

Le deuxième billet se concentre donc sur l’île de Sainte-Hélène à l’époque du séjour de Napoléon (en particulier de ses efforts pour apprendre l’anglais). J’évoquerai aussi bien l’île du temps de ma visite que d’aujourd’hui.
Deuxième précision : les insulaires s’appellent entre eux « des saints ». Pour moi, le titre de « saint » s’est révélé périmé de mon départ de l’île. J’ai bien essayé de convaincre mon épouse que je le mérite toujours, pour des raisons qui n’ont rien à voir avec l’île de Sainte-Hélène, mais rien n’y fait… à moins que je ne rende une seconde visite à l’île pour une (de préférence très longue) période.

Le troisième article de la série traitera des circonstances dans lesquelles Napoléon est mort. Certains historiens ont émis l’hypothèse que Napoléon a été empoisonné.

Troisième précision personnelle : je n’ai pas détaillé la date de mon voyage sur l’île de Sainte-Hélène pour ne pas dévoiler mon âge. Si cela peut vous rassurer, même dans le cas où j’obéirais à ma femme et retournerais demain sur l’île, je n’y serais l’être le plus âgé…
En effet, une tortue âgée (qui s’appelle aussi Jonathan !) de 179 ans vit à Sainte-Hélène.

 

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Napoléon Bonaparte
né en 1769 

 

Jonathan, la tortue 
né en 1832  
  (toujours vivante)

             
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Jonathan, le bloggeur,
le plus jeune des trois
(visiteur de Sainte-Hélè
ne)