L’Américaine, Diana Nyad, 64 ans, qui vient de relier Cuba aux États-Unis à la nage, est la première personne à avoir traversé ces détroits, une distance de 180 kilomètres, sans employer une cage anti-requins. C’est son cinquième essai depuis 1978;
elle avait alors 28 ans. La tentative précédente avait été abrégée par des problèmes techniques avec le bateau suiveur, des tempêtes, des courants contraires et des méduses qui l’avaient piquée au visage.
Diana a plongé le 22 août 2013, le jour de ses 64 ans. Elle a nagé pendant 53 heures après avoir quitté La Havane. À l'arrivée de cet exploit couronnant 35 ans d'efforts, la grand-mère a dit trois choses à la foule qui l’a accueillie : Primo, il ne faut jamais abandonner; secundo, on n’est jamais trop âgé; tertio, la reussite était un effort d’équipe. (Diana était entourée de 35 personnes, dont un expert des cubozoaires, ces cuboméduses ou « guêpes de mer » , qui l’avaient précédemment forcée à abandonner. En outre, des plongeurs spécialisés ont chassé les requins.)
Le Président Obama a tweeté :
“Congratulations to Diana Nyad. Never give up on your dreams.”
Avant et après. La photo à droite montre le visage de Diana Nyad boursouflé par l'action urticante des méduses.
En plus de sa carrière de nageuse, Diana est auteure [1], journaliste, et championne de squash.
L’exploit de la nageuse rappelle celui d’une autre américaine, quand elle avait presque du même âge que Diana.
Annie Edson Taylor (1838–1921), une aventurière américaine, a été la première personne à survivre à la descente des chutes du Niagara, elle aussi le jour de son anniversaire, à 63 ans. Contrairement à Diane Nyad, elle ne s’est pas mouillée, grâce au tonneau de bois dans lequel elle avait pris place.
Après le mort de son mari, Annie avait décidé de faire fortune tout en donnant libre cours à penchant casse-cou. Le 24 octobre 1901, plusieurs milliers de personnes sont venues assister à l'exploit qui a fait d'elle la première personne et la première femme à dévaler les chutes du Niagara dans un tonneau. Son audace lui valut l'attention des médias, mais sans lui apporter la richesse escomptée. L'imprésario qu'elle a embauché pour promouvoir son exploit détourna tout l'argent qu'elle avait gagné pour la cascade, et Taylor vécut dans la pauvreté jusqu'à sa mort, survenue à New York, en 1921, à l'âge de 83 ans.
Note historique :
Diana partage quelque chose avec les méduses qui l’ont tellement gênée dans ses tentatives de traversée des détroits de Floride [1]. Le nom anglais Diana, comme son équivalent français, Diane, est une forme adjectivale issue d'un ancien divius, correspondant au latin 'divus', 'dius'. La racine indo-européenne d(e)y(e)w signifie le ciel lumineux ou ciel diurne, que l'on retrouve également dans le Latin deus (dieu, originellement dieu du ciel diurne), dies (jour), et dans le nom de Jupiter, contraction de Dius Pater. Diane serait donc à l'origine la « Divine »
, c'est-à-dire l'incarnation féminine de la lumière du jour, substantivation d'une forme adjective. Mais dans la mythologie romaine, elle est la déesse de la chasse et de la lune, après son assimilation à la déesse Artémis du panthéon grec lors du premier lectisterne [2] de 399 av. J.-C., organisé en l’honneur de Diane, d'Apollon (le frère de Diane), de Latone (sa mère), ainsi que d'Hercule, de Mercure et de Neptune.
Le mot « méduse », lui aussi, remonte à la mythologie grecque, où Méduse était une des trois Gorgones (avec ses sœurs Euryale et Sthéno), dont elle est la seule à être mortelle.
Le mythe de Méduse a été abondamment repris dans la littérature. « De Dante et Pétrarque à Shelley, en passant par Goethe, la figure de Méduse incarne pour les poètes de toutes les époques l’ambivalence du regard féminin, qui attire et ensorcelle, séduit et condamne. Pour Pétrarque, Méduse est sa muse Laura lorsqu’elle détourne le poète du sacré et l’incite à rendre hommage à la beauté charnelle. Pour Goethe, c’est le visage trompeur de l’amour, et l’illusion à laquelle ont recours les femmes pour piéger les hommes dans leurs filets.» [3]
Les poètes romantiques ont été fascinés par le mythe de Méduse, notamment par le thème de la beauté qui se dégage de l'horreur. [4]
Petit glossaire des exploits aquatiques :
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boat |
bateau |
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coast |
côte, |
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coral |
corail |
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current |
courant |
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dolphin |
dauphin |
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fish |
poisson |
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porpoise |
marsouin |
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reef |
récif |
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sailing |
voile |
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scuba diving |
plongée sous-marine |
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sea level |
niveau de la mer |
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seaside |
bord de mer |
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seawater |
eau de mer |
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shark |
requin |
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shore |
côte, littoral |
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squall |
bourrasque |
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straits |
détroits |
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swimming |
natation |
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tide |
marée |
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undercurrent |
courant sous-marin |
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wave |
vague |
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whale |
baleine |
Commentaire d'une lectrice :
[1]
[2] Le lectisterne était un rite de la religion romaine consistant à inviter des divinités à un banquet pour apaiser leur courroux.
[3] Source : Laurence Roussillon-Constanty, Méduse au miroir : esthétique romantique de Dante Gabriel Rossetti, Grenoble, Ellug, 2008, p. 31.
Il faut distinguer la méduse (medusa en espagnol, portugais et italien, mais jellyfish en anglais) de la Galère portugaise (encore appelée Physalie ou « vessie de mer »), une espèce de siphonophore marin, (physalia physalis en latin), bien que ce soit justement la Galère portugaise qui, par ses filaments, rappelle la tête de la Méduse mythologique, à chevelure de reptiles.
| Méduse, la Galère portugaise | mosaïque au Musée archéologique de Sousse |
Jonathan J. & Jean L.