Aspects linguistiques
Dans son edition du 3 juillet dernier, le quotidien canadien THE GLOBE AND MAIL pose la question : "Was Morsi's ouster a 'coup d'etat' or not"?
Pourquoi l'anglais n'a-t-il pas son propre terme pour « coup d'État » ?
En anglais, il n'y a pas d'équivalent de l'expression « coup d'État ». La seule innovation en anglais, à cet égard, est l'usage de la minuscule « e » (et sans accent), à savoir « coup d'etat ». Un usage moins fréquent est celui de « putsch », mot allemand inventé par les Suisses germanophones (initialement pour le Züriputsch de 1839) et repris à l'époque des coups d'État manqués que l'Allemagne a connus dans les années 1920. Notons que le français dispose aussi du mot « pronunciamiento », emprunté à l'espagnol et désignant toujours un coup de force issu d'une rébellion militaire. Pas de pronunciamiento sans bruit de bottes…
L'attachement viscéral des Britanniques au parlementarisme peut expliquer cette lacune de la langue anglaise. À
la différence des Français qui ont vécu le coup d'État de Bonaparte du 18 Brumaire An VIII (1799) et, plus tard, celui de son neveu, Louis-Napoléon Bonaparte, du 2 décembre 1851), une telle épreuve de force est étrangère à leur culture. Ils n'ont donc pas inventé de nom pour la qualifier. [1]
Orangerie du parc de Saint-Cloud, coup d'État des
18-19 brumaire an VIII.
Le général Bonaparte au Conseil des Cinq-Cents, à
Saint-Cloud.
10 novembre
1799 par François Bouchot, 1840, château de Versailles.
Mais, cette lacune découle aussi de l'usage en anglais (qui subsiste encore jusqu'à présent) d'autres termes français dans le vocabulaire des relations internationales :
acquis communautaire (l'ensemble de le législation de l'Union
européenne);
agrément (d'un ambassadeur);
alternat (droit en vertu duquel les États, pour maintenir entre eux l'égalité, prennent tour à tour le premier rang, notamment lors de la signature des traités);
aide-mémoire (dans le sens de proposition d'accord ou de texte de négociation, diffusé officieusement dans les délégations afin d'en débattre sans que son contenu engage le pays de la délégation dont il émane);
aide-de-camp (officier attache au service personnel d'un chef militaire);
doyen (d'un corps diplomatique; dans le contexte universitaire, on emploie le mot « dean »);
bout de papier
(Un moyen très informel de transmettre une information écrite; plus informel encore qu'un aide-mémoire ou une note.)
concordat (un accord auquel le Pape est signataire)
détente (dans les relations entre des états);
rapporteur (Celui qui, au sein d'un
comité ou d'un sous-comité, est chargé de rédiger un compte rendu des
délibérations et conclusions)
rapprochement (entre des nations)
Le Professeur Dietrich Kappeler, dans son livre Texts in Diplomacy, (Language and Diplomacy, Malta: DiploProjects, 2001) explique comme suit :
"In the 18th century French had become the generally accepted diplomatic language, so much so that even diplomatic notes addressed to the British Foreign Office by the Legation of the USA were written in that language."
D'autres domaines dans lesquels le français retient une influence dominante dans le monde international sont la cuisine, la mode la peinture et la danse.
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[1] Néanmoins, si l’on remonte au quatorzième siècle et si l'on en croit Shakespeare,
on assiste à la déposition du Roi d'Angleterre Richard II (1367-1400). Dans cette
tragédie historique, le roi, s'adressant à ses ennemis, exprime les
mêmes revendications de légitimité que celles des partisans du
président égyptien Morsi :
"Not all the water in the rough rude sea
Can wash the balm from an anointed king;
The breath of worldly men cannot depose
The deputy elected by the Lord."
(Richard the Second, acte III, scène 2)
Adaptées à la crise actuelle en Egypte, ces paroles peuvent être traduites ainsi:
«Toutes les eaux de la mer déchainée
N'ôteront d'un front présidentiel le baume qui l'a oint;
militaires mortels ne saurait déposer
Le mandataire choisi par le peuple souverain.»
Sources : Glossary of Diplomatic Terms
Lecture supplémentaire :
The Two Coming American Revolutions
Silver Shield, 24 March, 2011
Petit lexique des termes révolutionares :
|
asile |
asylum |
|
assignation |
house arrest |
|
autocoup |
self-coup |
|
complot |
conspiracy |
|
couvre-feu |
curfew |
|
dictateur, |
dictator |
|
évincer |
(to) depose, (to ) oust, |
|
exil |
exile, expulsion |
|
junte |
junta |
|
loi |
martial law |
|
manifestation |
demonstration |
|
régime |
puppet regime |
|
renversement |
overthrow |
|
measures de repression |
repressive measures |
|
soulèvement, |
uprising |
|
traduire |
(to) court-martial |
Aspects humoristiques :