La volière d’Audubon :
Première partie de la volée

Exposition
à New York, du 8 mars au 19 mai 2013

New-York Historical Society


170 Central Park West, at Richard Gilder Way
(77th Street), New
York, NY 10024

 

Nous souhaitons la bienvenue à notre nouvelle collaboratrice, Renée Elizabeth Kimble. Renée, 24 ans, est née à Lafayette (dans l'État de Louisiane), ce qui a peut-être présagé de son grand intérêt pour la langue française. Pendant ses études à l'Université de Tulane, elle s'est fiancée, après avoir accepté une demande en mariage au Parc Audubon, à la Nouvelle-Orléans. Son futur poussa la délicatesse jusqu'à lui déclarer sa flamme près de l'Arbre de Vie, jadis planté comme cadeau fait à la mariée, lors des noces d'un riche planteur, selon la legénde. Renée fait ses études de doctorat ès littérature française. Sa maîtrise de la langue française, son amour de la Nature et celui de l'homme qui sut si bien choisir l'endroit propice se conjuguent pour donner l'excellente analyse qui suit.


Arbre de vie

Renee final

Renée et son fiancé      L'arbre de vie, Parc Audubon,
                                          New Orleans

        
                

Les épithètes abondent : « Il était passionné, c'était un sacré personnage […], il était perfectionniste […], c'était génie du marketing […il], tentait de donner à ses abonnés ce facteur de surprise. » Mais de qui parle donc Roberta Olson, conservatrice à la New York  Historical Society ? Il s'agit de Jean-Jacques
(John James) Audubon (1785-1851), un être cosmopolite, ayant voyagé de sa terre natale de Saint-Domingue (aujourd'hui Haïti) jusqu'en France, en Angleterre et aux États-Unis.  C'était un artiste et ses aquarelles sont sans pareilles.  De plus, c'était aussi un naturaliste méticuleux et un innovateur.  Finalement, avec ses observations d'animaux malheureusement disparus depuis, c'était aussi l'un des premiers écologistes. 

 

J. J. Audubon

 

Chacun trouve donc quelque chose à admirer chez cet homme à qui est dédiée l'exposition qui se tient à New York.

S'il ne vous est pas possible de la visiter, il vous reste encore du temps, puisqu'elle n' est que le premier tiers. Chaque année, à partir de 2013, on aura l'occasion de voir de près un tiers des 474 aquarelles réunies dans son œuvre la plus célèbre, The Birds of America. [1] L'exposition s'achèvera donc en 2015.

 

Birds of America: The Complete Collection of 435 Illustrations from the Most Famous Bird Book in the World
John James Audubon

Édition Laurel Glen
Première édition octobre 1997

 

Audubon’s
Aviary: The
Original Watercolors for
the Birds of America


par Roberta Olson,


The
New-York Historical
Society & Marjorie Shelley

Éditions Skira Rizzoli,

16 octobre 2012

 

La première partie de cette exposition-ci devrait intéresser particulièrement les Français. En plus des 35 fascicules (groupes de 5 gravures) se trouvent les « premiers oiseaux » d'Audubon, dont une grande quantité provient du Muséum d'histoire naturelle de La Rochelle (France), les autres venant de Harvard. Audubon a fait ses premières esquisses de faune sauvage à La Rochelle quand il n'avait que dix-sept ans. Ces œuvres rendent compte de la progression artistique d'Audubon – il a commencé avec les pastels seuls, et ensuite il s'est mis à intégrer d'autres techniques artistiques, y compris le graphite et les aquarelles. Même ses sujets semblent vouloir s'animer au fur et à mesure ! Bien qu'on observe le lent processus d'acquisition de son art, on a peine à croire que l'artiste n'ait reçu aucune véritable formation artistique. Tout seul, par lui-même, il a adopté un style rare et spécial – il s'est servi de tous les moyens dont il avait besoin pour réaliser ses images, même s'il s'agissait d'en incorporer une dizaine.

Cela s'observe très facilement. Le musée fournit des loupes pour mieux examiner les détails, mais elles ne sont pas nécessaires pour apprécier les chefs d'œuvres qu'il a produits. On peut distinguer chacune des plumes de chaque oiseau, et la vue d'une aile déployée (une pose familière chez Audubon qui adorait mettre en valeur l'anatomie de chaque espèce, sans pour autant donner à son art un air scientifique) est vraiment étonnante.

En fait, à n'importe quel expert à qui l'on en parle, le terme de cinématographie apparaît pour désigner cette collection d'images. Et ce n'est pas seulement un synonyme de « spectaculaire ». Ces images, surtout celles que fera plus tard Audubon pendant sa carrière de naturaliste, semblent être des photos de quelque bestiaire antique. On trouve des batailles, des conquêtes, des festins, des intrigues amoureuses. Il y a notamment une image qui semble montrer un seul oiseau en train de bouger partout dans son cadre. Roberta Olson voit dans cet effet l'annonce des dessins animés à venir. C'est une autre raison pour laquelle elle le croit « incroyablement visionnaire ».

Au début, il semble qu'il n'existe aucun ordre dans le regroupement de ces oiseaux. Mais, c'est un chaos planifié. Un élément unique de l'exposition, c'est qu'elle permet aux visiteurs d'éprouver à leur manière l'expérience des nombreux abonnés des débuts de la première moitié du XIXème siècle. Chaque fascicule se compose d'une grande image, d'une image de taille moyenne, et de trois petites. Elles ne sont pas organisées selon le milieu naturel où elles se situent ou selon le groupement d'espèces biologiques, mais toutes en vrac, pour simuler l'expérience d'un flâneur dans la forêt. Selon la conservatrice de l'exposition, Roberta Olson, il voulait « enfoncer le spectateur dans la nature », que le spectateur s'imagine caché dans l'herbe … assis sur la branche d'un arbre … surpris par un vol inattendu. La Société historique de New York contribue à cette récréation mentale en offrant au visiteur des enregistrements numériques de chants d'oiseaux. Au milieu d'une foule assez dense, on entend les chants qu'écoutent les autres et on peut se croire dehors, peut-être même dans le parc qui se trouve en face du musée.

Si son descendant est venu de Nantes voir ce qu'on ne peut qualifier que de « spectacle », il n'y a aucune raison valable de ne pas en faire autant. Après tout, cet homme, comme l'a dit Olson, « ruffled a lot of feathers. » [Cela veut dire en français idiomatique : « En décontenançait plus d'un ». Et traduit littéralement : ébouriffait beaucoup de plumages.]

Renée Elizabeth Kimble

 

[1] Une édition française brochée, Le livre des Oiseaux Audubon, rédigé par Roux et Dorst, est offerte sur le site Amazon à 24 €. Une autre, Les Oiseaux d'Audubon, est disponible en format Kindle à 3,60 €.

Voir aussi : Les oiseaux disparus d'Amérique dans l'œuvre
de Jean-Jacques Audubon
, d'Henri Gourdin aux éditions de La Martinière.

Lecture supplémentaire :

Audubon

Jean-Jacques Audubon


Lexique des oiseux

aile

wing

aire de parade

lek

bec

beak

coquille

shell

couvrir de plumes

to fledge

disparu, éteint

extinct

élevage

breeding

espèce

species

existant

extant

fiente

droppings

incuber, faire éclore

to incubate

mandibule

mandible

oiseau aquatique

water birds

oiseau du
littoral,
oiseau de rivage

shorebird

ornithologue 

birder, bird watcher

plumes, plumage

feathers, plumage

pondre

to lay

ponte

clutch, laying

serres

claws

vol

flight

volaille 

poultry

volée

flock

volière

aviary


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