Athena Matilsky est diplômée en traduction et interprétation en espagnol de Rutgers University. Au terme de stages, cours spécialisés et grâce à son investissement de travail, elle devient interprète certifiée en soins de santé, passe l'examen d'interprétation au niveau de mastère et obtient la certification d'interprète judiciaire fédérale. Elle est à l'heure actuelle employée comme interprète à plein temps auprès des tribunaux de Trenton, dans le New Jersey. Elle forme également des clients privés aux techniques de l'interprétation. Athéna n'emploie pas le français dans son activité professionnelle, mais elle est une élève enthousiaste et une amoureuse de la langue française.
L'article qui suit a été publié en anglais dans le blog de la National Association of Judiciary Interpreters and Translators (NAJIT), aux États-
Unis. Il est republié ici avec la permission de l'auteur.
Nous remercions également notre contributice
fidèle, Magdalena Chruschiel, elle-même traductrice jurée et interprète, pour sa traduction précieuse.
Dire que nous autres interprètes sommes parfois exposés à des situations traumatiques est un doux euphémisme. Le pire peut-être est que cela peut nous arriver à tout moment. La journée peut se dérouler comme si de rien n'était, à traduire des propos lénifiants d'avocats pleins de jargon sur les dates et les motions, rester assis pendant deux heures au tribunal pour interpréter cinq minutes à peine un cas de violation de mise à l'épreuve, retournant au bureau pour gérer la paperasse, pour être convoqué pour un cas de restriction temporaire avec le témoignage le plus poignant qu'il vous soit arrivé d'entendre.
En effet, j'interviens comme interprète dans des affaires de violence domestique, de maltraitance d'enfants, d'homicide et de viols.
Nous sommes les voix des personnes qui supplient qu'on ne leur enlève pas leurs maisons, et nous assistons à leurs pleurs, colères et frustrations. Bien plus que de simples témoins, nous absorbons leurs propos, et les remettons dans le contexte pour les traduire. Après les avoir écoutés, nous les transformons pour les énoncer. Par conséquent, nous sommes exposés trois fois plus que n'importe qui dans la salle d'audience.
Je dirais que je ne suis qu'une interprète profane, sans connaissances spécifiques des traumas (pour des études plus poussées à ce sujet, je vous renvoie aux articles listés ci-après). Mais j'en ressens personnellement l'impact. Cela m'amène à me poser la question suivante : comment se préparer à interpréter, utiliser les techniques d'interprétations éprouvées tout en protégeant son bien-être émotionnel ?
Je suis désolée de constater que je n'ai pas encore trouvé de réponse, cependant j'y travaille. Une de solutions que j'ai trouvées est de l'ordre de ce qui est important dans la vie, à savoir l'équilibre. D'une part, nous ne pouvons pas participer à une audience à l'aveugle. Le contexte est extrêmement important afin d'avoir une base sur laquelle construire, un arsenal lexical bien en main, enfin une idée de ce qui peut en sortir. D'autre part, appréhender tout cas d'abus de violence comme unique peut être contre-productif. Nous devons préparer nos esprits, sans pour autant les bombarder au point de rendre notre fonctionnement déficient.
Outre le contexte, nous autres interprètes sommes aussi formés pour utiliser des techniques de visualisation afin d'interpréter avec plus de précision. De plus, on nous apprend souvent à visualiser des choses qui nous sont familières ; si la demanderesse parle de son salon, il est recommandé de visualiser notre propre salon ! Je me suis efforcée à mettre cette règle en œuvre, et cela s'est avéré extrêmement utile dans mon travail. Sauf si la demanderesse se met à raconter comment son petit ami s'approcha d'elle dans le salon, et l'enjoignit à se déshabiller en lui tenant un couteau à la gorge, pour la force à une relation sexuelle. A ce moment-là peut-être, il vaudrait mieux que je ne pense pas à mon salon, mes vêtements ou mon ami à moi.
Enfin, l'utilisation d'équipements peut nous aider à nous distancer par rapport aux échanges émotionnels, nous permettant de nous concentrer uniquement sur l'écoute des mots, sans trop absorber de ce que langage corporel ou expressions faciales pourraient nous communiquer. Cela peut s'avérer utile pour créer une certaine distance physique et émotionnelle par rapport, nous permettant d'exercer notre travail avec précision et professionnalisme.
Cela est plus facile à dire qu'à faire, et je rédige ces mots dans le but d'entamer un dialogue … de comparer des notes, de partager des conseils, reconnaître nos difficultés et nous féliciter pour nos succès. Je serais heureuse de vous inviter ainsi à partager ici votre propre vécu. Face à la question : « Distance ou excès d'engagement », comment trouvez-vous votre équilibre ?
Pour plus de renseignements, se référer à :
http://www.najit.org/publications/proteus_articles/2009WinterWhoseTrauma.pdf
http://voice-of-love.org/resources/
http://voice-of-love.org/vicarious-trauma-in-interpreters-serving-survivors/
http://www.nabs.org.au/vicarious-trauma.html