Voici la troisième partie de cet article, écrit spécialement pour ce blog par l’historienne Danielle Bertrand. Cliquez sur les liens pour voir la première et deuxième parties.
Il est temps d’aborder la guerre proprement dite, et cette chronique est consacrée à la première phase du conflit, de 1337 à 1380, caractérisée par le redressement de la France après une série de « désastres ».
La France se sentait forte économiquement, son armée était nombreuse et son prestige considérable. Elle avait quelque peu négligé l’aspect diplomatique et ne pouvait compter que sur la Castille.
Mais Edouard III avait une armée plus moderne, s’inspirant des méthodes de combat des Gallois et des Ecossais contre lesquels il avait dû lutter. Surtout il avait su s’assurer des alliés et l’Empereur Louis de Bavière, excommunié par la Pape d’Avignon, avait reconnu ses droits à la couronne de France. Certes le soutien militaire des Princes d’Empire fut quasiment nul, mais Edouard pouvait compter sur le soutien des marchands de Flandre menés par un des leurs, Jean Artevelde et il était venu se faire reconnaître Roi de France à Gand. Avec la Bretagne, où un corps anglais débarqua en 1342 à l’occasion d’un conflit de succession, il disposait de trois têtes de pont en territoire français.
La flotte anglaise avait acquis en 1340 la maîtrise de la Manche en détruisant la flotte française appuyée d’unités castillanes (Bataille de l’Écluse). De nombreux combats entrecoupés de trêves épuisaient les deux pays sans grand résultat.
En 1346 la bataille de Crécy fut un désastre pour la France: les chevaliers français, fatigués, lourdement harnachés, indisciplinés et méprisant la « piétaille », furent « défaits » par une armée anglaise reposée, appliquant une bonne stratégie, et dont les archers semèrent la panique. Philippe VI réussit de justesse à s’enfuir, tandis qu’Edouard mettait le siège devant Calais, dont les bourgeois, venus « en chemise la corde au cou » remettre les clefs de la ville, ne furent sauvés que par les supplications de « la noble Reine d’Angleterre ». Après la trêve de Calais, Edouard III regagna son royaume atteint en 1348 par une épidémie de peste noire qui avait déjà ravagé la France et dont Philippe VI mourut en 1350.
Le successeur de ce dernier, Jean Le Bon, s’engagea de façon imprudente dans un conflit avec le Roi de Navarre, par ailleurs prince français, surnommé de Charles le Mauvais, qui revendiquait la couronne. Ce conflit coûta cher et contraignit le Roi à des expédients ; un « remuement » fit perdre à la monnaie 70% de sa valeur. Pendant ce temps, l’armée Anglaise pillait la Bretagne, et des combats avaient lieu en Guyenne…..…La trêve n’était donc que relative. Le fils d’Edouard III, le Prince de Galles, plus connu sous le nom de Prince Noir, infligea à Poitiers en 1350 un second Crécy aux Français qui ne semblaient pas avoir tiré la leçon du premier.
Jean Le Bon se rendit et fut emmené en captivité à Londres. Son fils aîné Charles qui assurait « l’intérim » fut confronté aux ambitions de Charles le Mauvais, au désastre financier, à la révolte des Parisiens (février 1358), menés par le Prévôt des marchands Etienne Marcel, et aux désordres provoqués dans les campagnes par les « Jacques ». Il parvint tout de même à récupérer sa capitale après l’assassinat d’Etienne Marcel qui s’était allié à Charles le Mauvais et avait ouvert Paris aux Anglais, provoquant ainsi un sursaut de patriotisme !
Jean Le Bon entretemps avait préparé une paix qui ne fut signée qu’après moult péripéties, le Traité de Brétigny (mai, 1360). La France s’engageait à payer une forte rançon et cédait de vastes territoires pour constituer une « grande Aquitaine anglaise », s’étendant du Sud de la Loire aux Pyrénées et à l’est aux confins du Massif Central. Il était convenu que par acte séparé le Roi de France renoncerait à sa suzeraineté sur l’Aquitaine en échange de la renonciation par le Roi d’Angleterre à ses droits à la couronne de France.
Ce traité devint vite caduc, la France étant dans l’incapacité de payer la rançon…. Jean Le Bon qui avait le sens de l’honneur, reprit le chemin de Londres où il mourut en août 1364.
Avec le règne de Charles V, dit Charles le sage, qui avait déjà une solide expérience du pouvoir commença le redressement de la France.Ce souverain sut s’entourer de bons conseillers, encouragea les intellectuels, prit de bonnes décisions dans le domaine financier, et avec l’aide de Bertrand Du Guesclin remit de l’ordre dans le Royaume.
Il parvint à mettre au pas Charles Le Mauvais, obtint que les garnisons anglaises soient chassées de Bretagne, et Du Guesclin « réembaucha »les mercenaires, au chômage technique depuis Brétigny, et qui organisés en « Grandes Compagnies », semaient la terreur dans les campagnes, dans une guerre de succession en Espagne qui assura à nouveau l’alliance de la Castille.
Il travailla aussi à redonner des ressources à l’état en inventant la gabelle, impôt sur le sel dont il fallait obligatoirement acheter une certaine quantité. Ses efforts pour rétablir une monnaie stable furent cependant annulés par les effets de la « loi » bien connue selon laquelle « la mauvaise monnaie chasse la bonne ».
Il se prépara aussi à la reprise de la guerre : remise en état des forteresses, nouvelles armes (arcs et artillerie) troupes permanentes dont la solde était payée régulièrement, ce qui limitait le pillage, recherche d’alliances avec l’Ecosse, la Castille et la Flandre qui avait par le passé soutenu l’Angleterre.
Il ne lui manquait que le prétexte pour reprendre la lutte. À l’occasion en 1368 du refus du Comte d’Armagnac de payer un impôt à son suzerain, le Prince de Galles, et après que le Comte se soit adressé au Roi de France comme « à son Seigneur souverain de tout le duché de Guyenne », Charles V confisqua le fief, et la guerre recommença…….
J’épargne au lecteur le détail des combats qui se déroulèrent dans le Sud ouest et le Nord de la France pour n’en retenir que le résultat.
En 1380 la présence anglaise sur le territoire français s’est réduite comme une peau de chagrin : un petit territoire au sud de Bordeaux, une « poche » autour de Dax et Bayonne, les ports de Calais, Brest et Cherbourg.
En 1380, la France semble tirée d’affaire, mais l’avenir est incertain. Les protagonistes de cette phase du conflit sont morts : Le Prince Noir et Edouard III en 1377, Du Guesclin et Charles V en 1380.
Les deux pays sont épuisés financièrement par la guerre et affaiblis par des crises économiques et des troubles sociaux. Dans les deux pays la présence de souverains mineurs (Charles VI a douze ans et Richard II en a dix !) ouvre la voie aux rivalités de leur entourage.