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Le suffixe -ing est « in » en français


Rene Meertens (CROPPED)Nous sommes heureux de retrouver notre contributeur fidèle, René Meertens, traducteur de  langue française. René a été  employé par l'ONU, l'Unesco, la Commission européenne et l'Organisation mondiale de la santé. Il est l'auteur, notamment, du « Guide anglais-français de la traduction » , dont une édition numérique et une nouvelle édition papier sont parues récemment. 
[1] René a bien voulu rédiger l'article suivant à notre intention. 

Les Français adorent l’anglais. Evidemment, ils ne comprennent pas tous les mots mais, quand l’un d’entre eux leur est connu, ils ne se privent pas de l’employer. Une sortie du Premier ministre Raffarin en a témoigné : « Win the yes needs the no to win against the no! » a-t-il déclaré. Si vous croyez que j’invente, regardez la courte vidéo qui suit :

https://www.youtube.com/watch?v=JulmkVVfyDA

Quand Sarkozy a accédé à la présidence, son amour des Rolex et autres breloques du même genre ont mis un mot à la mode : « bling-bling ». Tiens, un mot en -ing.

Ce dernier a chuté dans le palmarès du vocabulaire branché quand Sarkozy s’est « cassé », pour reprendre un mot qu’il affectionne. Mais la terminaison en -ing, si peu française pourtant, conserve la cote, comme le montre une observation attentive du quotidien Le Monde et des médias hexagonaux.

Ainsi, le journal précité titrait-il il y a quelques semaines « Plusieurs députés LRM critiquent le « lobbying » des ministres de droite sur les retraites ou la taxe carbone ». Quelques jours plus tard, il mentionnait le « cabinet de lobbying Fleishman-Hillard » Tout récemment, France Inter faisait état du « lobbying massif des GAFA » Ensuite, la presse s’est fait l’écho du « lobbying de Boeing auprès de la FAA » (Administration fédérale de l’aviation). Nous décernons donc le « ING d’Or » au mot « lobbying ».

En deuxième position, vient le casting : « The Dead don’t die a un casting prestigieux », selon Le Monde ». Le même quotidien affirme que Catch 22 a un « casting affriolant ». Remarquons que le journaliste a fait preuve ici d’imagination, car l’expression consacrée est « casting de rêve », que l’on entend à tout bout de champ.

Ce mot s’emploie aussi dans un sens figuré : si un ministre vous déplaît, dites que sa nomination est une « erreur de casting ».

Pour bien piloter une moto de course, il faut assurément du feeling. Mais ce mot a plusieurs sens. Ainsi, Fabio Quartararo, devenu en mai le plus jeune motocycliste à réussir une pole position dans l’histoire du MotoGP, a-t-il déclaré : « C’est vraiment un feeling incroyable de pouvoir être en première position. »

Si vous avez une profession moins emballante, essayez le coworking. Mais si vous proposez un espace de coworking réservée aux femmes, vous risquez de vous faire accuser de genderwashing (entendu sur France Culture), c’est-à-dire revendication abusive d’une image féministe.

Elle, le magazine, trouve que « douche », c’est ringard et énonce sur son site « 10 choses à savoir sur le showering », faisant ainsi « Le point sur le showering, ce geste basique qui devient un vrai rituel de « well being ». »

France Inter nous apprend que SOS Racisme a fait un testing. Résultat : 51 % des agences immobilières acceptent d’écarter des candidats locataires dont le nom révèle une origine étrangère. Si vous obtenez malgré tout l’appartement de standing que vous convoitez, il faudra peut-être procéder au relooking de la cuisine ou du dressing. Etablissez d’abord votre planning. Pour ce faire commencez par dresser un listing. Sinon, votre timing risque d’être mauvais. Faites comme le président de Fiat Chrysler, qui a « un certain sens du timing » selon Le Monde.

Et si en allant au pressing, vous devez vous garer sur le trottoir, n’oubliez pas d’actionner vos warnings.

Félicitons Le Monde d’avoir trouvé que le flygskam, terme suédois qui désigne la honte de prendre l’avion (polluant), n’était pas très français et d’avoir trouvé la parade : « flight shaming ». Du reste, le quotidien rapporte dans le même article que la Fédération nationale de l’aviation marchande veut espérer que « le bashing antiaérien est plutôt conjoncturel ».

Ci-après un petit glossaire franglais-français

bashing

dénigrement

casting

distribution des rôles

dressing  (1)

pièce de rangement des vêtements

flight shaming 

haro sur les voyages aériens

lobbying

activités des groupes de pression

pressing (3)

nettoyage à sec

showering (5)

douche

testing (7)

sondage

warnings (8)

feux de détresse

bling-bling

objet de luxe hors de prix

coworking

cotravail

feeling

sensation

listing

liste

planning (2)

emploi du temps

relooking (4)

rénovation

standing (6)

luxe

timing

choix du bon moment

well-being

bien-être

Notes :

(1) En anglais, ce mot a d’autres sens.

(2) En anglais, ce mot a un autre sens.

(3) Ce substantif n’existe pas en anglais.

(4) Ce substantif n’existe pas en anglais.

(5) Ce substantif n’existe pas en anglais.

(6) En anglais, ce mot a d’autres sens.

(7) En anglais, ce sens est peu courant.

(8) En anglais, ce mot a un autre sens.

 

[1] Version papier : https://amzn.to/2U8PqXU et version numérique :  https://amzn.to/2CFG4fb.

Lecture supplémentaire ;

Dans un salon consacré au livre, et à la littérature française, n’est-il plus possible de parler français ? 

Le Monde, 26 janvier 2019

Contributions précédentes de René Meertens : 

 

Rene Lost in Translation

Anglais de pacotille

14/10/2018

Rene Gamesmanship

Manship, suffixe anglais
à tout faire

22/07/2017

Rene Visuwords

Veni, vidi, vici :
les dictionnaires visuels

18/05/2017

Rene Pierre Larousse

Le 23 octobre – le 200ème anniversaire de Pierre Larousse

21/10/2017

Rene Meertens (CROPPED)

Créancier de l’anglais, le français s’est payé en nature

9/10/2016

Rene Tresor

La grande aventure du mot « peradventure » racontée par lui-même

14/04/2016

Rene - dictionnaire

Cent un ans de gestation
pour un dictionnaire

01/09/2014

Rene Short

Critique de livre lexicographique

19/12/2011

Le 23 octobre – le 200ème anniversaire de Pierre Larousse

Rene Meertens (1)Nous sommes heureux de retrouver notre contributeur fidèle, René Meertens, traducteur de  langue française. René a été  employé par l'ONU, l'Unesco, la Commission européenne et l'Organisation mondiale de la santé. Il est l'auteur, notamment, du "Guide anglais-français de la traduction", dont une édition numérique et une nouvelle édition papier sont parues récemment. [1] René a bien voulu rédiger l'article suivant à notre intention. 

 

Cent quarante-deux ans après sa mort,
on le consulte encore : Larousse

Larousse 1

Dans le monde francophone, les dictionnaires sont souvent connus sous le nom de leur auteur initial : le Littré, le Quillet, le Robert et… le Larousse.

C'est que nombre de dictionnaires français ont été créés à l'initiative d'une personne et non d'un éditeur. En revanche, le dictionnaire anglais le plus renommé, l'Oxford English Dictionary, publié par Oxford University Press, fut l'aboutissement d'un projet conçu vers le milieu du XIXe siècle et mis en œuvre par plusieurs rédacteurs en chef successifs, assistés par divers collaborateurs.

Autre célèbre dictionnaire anglais explicatif, A Dictionary of the English Language (1755) est l'œuvre de Samuel Johnson, son unique rédacteur, même s'il se fit aider de six copistes. Certaines éditions de cette œuvre majeure ont cependant été publiées sous le titre Johnson's Dictionary. Cet ouvrage n'est plus publié de nos jours.

Larousse Nouveau_dictionnaireAlors, modestie anglaise contre vanité française ? En fait, Pierre Larousse, né il y a exactement deux siècles et mort en 1875, publia le dictionnaire qui fit sa réputation sous le titre Nouveau dictionnaire de la langue française. Il n'en était d'ailleurs pas l'auteur unique, puisqu'il s'était attaché la collaboration de François Pillon. Contrairement à ce qu'indiquent plusieurs sources, l'ouvrage ne fut pas publié initialement en 1856, qui est seulement l'année de la parution de la troisième édition, disponible sur Gallica. 

Il s'agissait d'un ouvrage assez modeste par comparaison avec ce qu'il est devenu de nos jours : publié en format in-dix-huit (15 x 8,5 cm), il ne comptait que 714 pages. Il présentait des exemples, mais ceux-ci ne comprenaient généralement que deux ou trois mots, et les phrases complètes étaient beaucoup moins nombreuses que chez Johnson, qui reproduisit environ 114 000 citations tirées d'ouvrages littéraires.

Ce dictionnaire connut de nombreuses éditions, et le Petit Larousse illustré, dont une édition nouvelle est publiée chaque année, lui succéda en 1905.

Larousse 4

On peut pourtant considérer que l'œuvre majeure de Pierre Larousse fut le Grand dictionnaire universel du XIXe siècle en 17 volumes (1866-1877). Ce dictionnaire encyclopédique connut plusieurs éditions au XXe siècle et l'on ne peut que regretter qu'après l'édition en dix volumes qui parut au cours de la première moitié de la décennie 1980 sous le titre Grand dictionnaire encyclopédique Larousse, l'éditeur ait renoncé à publier une nouvelle édition. Il est vrai que les années 1990 ont marqué l'avènement d'encyclopédies sur supports numériques.

Deux autres excellents dictionnaires Larousse n'ont pas survécu au-delà du XXe siècle : le Grand Larousse de la langue française, en 7 volumes, et le Lexis, ouvrages de plus haute tenue que le Petit Larousse illustré. Les librairies en ligne indiquent certes qu'une nouvelle édition du second a été publiée en 2014, mais il est à craindre que ce dictionnaire n'ait guère changé depuis l'édition de 1989, bien que le nombre de pages soit différent.

 

 ————

Rencontre avec Bernard Cerquiglini
pour la sortie du Petit Larousse 2018 (3:38 minutes)

 

 

 

Note historique: quand Pierre Larousse prenait les eaux

À en juger par son Grand dictionnaire universel, Pierre Larousse semblait considérer la médecine de son époque avec un certain scepticisme, puisqu'on y lit que « la guérison ne peut être due qu'à la nature ». [2]

Vers la fin de sa vie, le célèbre lexicographe fut atteint d'un accident vasculaire cérébral, ou d'une « congestion cérébrale » comme on disait de son temps. Peut-être estimait-il qu'une cure thermale était un remède naturel, puisqu'il prit les eaux à Nice, Plombières-les-Bains et Divonne. Comme Jean Leclercq, l'un des deux animateurs de ce blog, réside à Divonne, il a pu obtenir des détails sur cette dernière cure.

1er institut hydrothérapique  La cour d'honneur (2)

L'Institut hydrothérapique de Divonne
tel que l'a connu Pierre Larousse.

(Photo obligeamment fournie
par Annie Grenard)
.

Était-elle adaptée à son état ? Auguste Arène, correspondant du docteur Paul Vidart, directeur de l'Institut hydrothérapique de Divonne, écrit dans une lettre adressée à ce dernier au sujet des eaux de Divonne : « elles sont bien oxygénées, dépourvues de tuf et tenant en dissolution quelques sels de chaux, mais en très petite quantité et sous la forme de bicarbonates ; plus une faible portion d'acide carbonique et une quantité peu appréciable de matières adventives » [3].

Si les AVC se soignaient au bicarbonate de soude, cela se saurait. Il est plus probable que ce fut pour se reposer que Larousse séjourna à Divonne du 10 novembre 1872 au 12 mars 1873. Cependant, comme il prit probablement le train, il arriva sans doute épuisé à Genève après un trajet qui dura environ 15 heures. Il dut ensuite emprunter un bateau jusqu'à Coppet, avant de monter dans la malle-poste qui le conduisit à Divonne.

Le traitement lui-même n'était pas de tout repos, comme l'écrit une personne de sa suite : « tous les jours à dix heures du matin il prend deux bains : l'un d'eau chaude et l'autre d'eau glacée. On le sort de l'un et on le plonge dans l'autre. J'en ai mal à son pauvre corps de le voir souffrir ainsi. » (lettre du 15 décembre 1872).

En mars 1873, hélas, il fit une rechute qui le priva temporairement de la parole. Cruelle ironie pour un lexicographe, pendant quelques heures les mots lui manquèrent. Craignant que son état n'empire au point qu'il ne puisse plus voyager, il décida de rentrer à Paris. Il y survécut 22 mois.

L'auteur de cette note remercie Mesdames Micheline Guilpain-Giraud et Annie Grenard des précieuses informations qu'elles lui ont fournies.

————

[1]  Une recension de la quatrième édition de l'ouvrage, parue dans la Revue française de traduction, 2008. Voir aussi Entretien avec René Meertens, réviseur à l'ONU
Medical


[2] Notre contributeur, René Meertens, est également l'auteur du Dictionnaire anglais-français de la santé et du médical (2016),
publié chez Chiron.

[3] Lettres historiques sur Divonne et le pays de Gex, adressées au Dr. Paul Vidart, directeur de l'institut hydrothérapique de Divonne.

 

Des articles précédents rédigés par René Meertens pour ce blog:

Veni, vidi, vici : les dictionnaires visuels

La grande aventure du mot « peradventure » racontée par lui-même

Manship, suffixe anglais à tout faire

Créancier de l’anglais, le français s’est payé en nature

Cent un ans de gestation pour un dictionnaire

Critique de livre lexicographique


À
 la une dans le monde des dictionnaires
 :

Coïncidence ou confluence, la Bibliothèque de Genève organisera, du 3 novembre au 10 décembre 2017, une exposition sur le thème « L'expérience du langage ». Genève, celle qui fut une véritable république des dictionnaires depuis le XVIe siècle, est au cœur de la lexicographie. L'exposition montrera comment travaillait Voltaire (qui composa plusieurs dictionnaires dans sa vie), mais aussi comment procède aujourd'hui l'artiste Fabienne Verdier qui a imaginé, avec le lexicographe Alain Rey, un parcours de création dans le corps du dictionnaire Le Petit Robert dont on fête, cette année, les 50 ans.  Jean Leclercq

 

GenevaBIBLIOTÈQUE DE GENÈVE

La République des dictionnaires
(de Voltaire à Alain Rey)

Exposition du 3 novembre 2017
au 10 décembre 2017 

Vernissage le 2 novembre à 18h

 

 

 

 

Exposition VoltaireP. S. Suite au succès rencontré par l'exposition Fabienne Verdier, l'expérience du langage. La République des dictionnaires (de Voltaire à Alain Rey), une semaine supplémentaire est ajoutée afin que le plus grand nombre puisse en profiter jusqu'au 17 décembre 2017.

 

 

Manship, suffixe anglais à tout faire

 

Rene Meertens (1)Nous sommes heureux de retrouver notre contributeur fidèle, René Meertens, traducteur de  langue française. René a été  employé par l'ONU, l'Unesco, la Commission européenne et l'Organisation mondiale de la santé. Il est l'auteur, entre autres livres, du "Guide anglais-français de la traduction" et du "Dictionnaire anglais-français de la santé et du médical"René a bien voulu rédiger l'article suivant à notre intention. 

 

                               Rene book cover 1       Rene book cover 2

————————————————

Le suffixe « manship », désigne en général l'habileté d'une personne dans le domaine indiqué par la première partie du mot, le résultat de l'exercice de cette habileté ou la situation d'une personne. Les plus fréquents sont sans doute workmanship et craftsmanship, qui désignent soit l'habileté d'une personne qui accomplit un travail, soit la qualité de ce travail, laquelle peut être excellente, satisfaisante ou mauvaise. (On peut faire le rapprochement avec le mot néerlandais vakmanschap, qui a à peu près le même sens.) Pour sa part, le churchmanship est l'aptitude à faire un bon ecclésiastique.

En principe, tout mot se terminant par « man » peut produire un dérivé en « manship » : freshmanship désigne la qualité d'étudiant de première année (le bizuth, dans l'argot estudiantin). Les mots de ce type peuvent aussi servir à désigner une profession, celle de bourreau, par exemple (hangmanship), une fonction (chairmanship) ou un trait de caractère (gentlemanship). Chacun des mots en « manship » se traduit en français par plusieurs mots, dont le premier est souvent art, aptitude, habileté, adresse, talent, profession, statut, qualité.

Les mots en « manship » ont dans l'ensemble un sens positif : l'artiste de variété doit faire preuve de showmanship (talent), et l'apanage du calligraphe est le penmanship (une belle écriture). Le swordsmanship a perdu son utilité de nos jours, sauf lors des compétitions d'escrime, puisqu'il s'agit de l'habileté à manier l'épée. Le sportif se doit de faire preuve de sportsmanship mais s'il manque de fair-play, on lui reproche son bad sportsmanship. Cependant, ajoutée à des substantifs désignant des hommes peu recommandables, la terminaison « manship » produit forcément des termes péjoratifs : conman (escroc) donne conmanship.

Le suffixe « manship » a aussi été utilisé pour former des mots qui n'étaient pas dérivés de mots qui se terminent en « man ». C'est le cas en particulier de brinkmanship, auquel un billet du Mot juste en anglais a été consacré il y a quelques semaines. Le mot brinkman n'existe pas et ces mots ne sont pas issus du génie collectif de la langue, mais ont été créés par une personne bien précise.

Renbe GamesmanshipIls sont souvent péjoratifs. Le gamesmanship, est l'art de battre un adversaire en recourant à des procédés qui le déstabilisent. [1] Dans les années 1960, l'écrivain français Pierre Daninos a publié un recueil de nouvelles humoristiques traduites de diverses langues, intitulé Tout l'humour du monde. L'une d'entre elles, traduite de l'anglais, s'intitulait Comment gagner un match de tennis sans tricher vraiment et illustrait le gamesmanship avec beaucoup de drôlerie. Il y a fort à parier qu'il s'agissait d'une traduction d'un chapitre de The Theory & Practice of Gamesmanship: or The Art of Winning Games Without Actually Cheating, de l'humoriste britannique Stephen Potter, qui serait l'inventeur du mot.

On a parlé de gamesmanship lorsque le champion de tennis Michael Chang servit un jour « à la cuiller », gagnant ainsi le point contre un Lendl médusé. La vidéo suivante illustre ce fait peu glorieux :

 

 


1989 Chang Lendl – Service à la cuillère by rolandgarros


Au tennis toujours, on peut essayer d'impressionner l'adversaire en poussant des grognements de bûcheron.

Celui qui se livre au one-upmanship s'emploie à faire mieux que les autres et passe pour un prétentieux.

Sur le modèle de craftsmanship, le mot crapmanship, assez peu attesté, désigne la qualité exécrable d'un travail ou d'un produit. Exemple : I bought this ballpen yesterday and it's already leaking. What a piece of crapmanship!

Si brinkmanship est l'art de frôler la catastrophe dans l'espoir de faire reculer l'adversaire, le mot blinkmanship, dont je serais l'inventeur, est l'aptitude à fixer son adversaire droit dans les yeux sans cligner et, par extension, le sang-froid ou l'imperturbabilité dans la confrontation.

Comme seule l'imagination limite le nombre de mots terminés par ce suffixe, nos lecteurs se prendront peut-être au jeu et pourront ainsi tester leur « wordmanship » !

Ce billet a bénéficié de l'apport de Jean Lerclercq et de Jean-Paul Deshayes.

 

[1] The art of winning games by using various ploys and tactics to gain a psychological advantage. (OxfordDictionaries.com)

Les nouvelles traductions en anglais des œuvres de l’écrivain belge, Georges Simenon

Nous sommes heureux de retrouver notre contributeur fidèle, René Meertens, traducteur de Meertens langue française. René a été employé par l'ONU, l'Unesco, la Commission européenne et l'Organisation mondiale de la santé. Il est l'auteur, entre autres livres, du "Guide anglais-français de la traduction" et du "Dictionnaire anglais-francais de la santé et du médical"

 

SIMENON

 

 

 

 

Georges Simenon (1903-1989) est né à Liège (Belgique), Il a exercé plusieurs métiers (notamment celui de journaliste à la Gazette de Liège) qui lui ont permis de voyager et d'observer la société. Fort de cette riche expérience, il produisit, à partir de 1924, de nombreux romans qui sont bien plus que des « policiers ».  À l'occasion de la publication (à raison d'un volume par mois) des nouvelles traductions en anglais de 75 de ses œuvres dont le personnage central est le commissaire Maigret, personnage aussi perspicace que sympathiqueLMJ a demandé à René Meertens, compatriote de Simenon, de bien vouloir commenter cette initiative et de mettre au point le lien de Simenon avec les États-Unis. Nous le remercions chaleureusement de nous avoir adressé le texte qui suit.


Simenon en Amérique

 

Depuis quelques années, Penguin Books  assure  l’établissement de traductions nouvelles des « Maigret » de Georges Simenon. Le Mot juste en anglais saisit cette occasion pour relater — en se fondant sur les mémoires de l’écrivain (1) — ses pérégrinations en Amérique du Nord, où son œuvre était déjà bien connue avant la Seconde guerre mondiale, puisqu’une bonne vingtaine de ses livres avaient été traduits en anglais.

 

C’est au lendemain du conflit mondial que le romancier, âgé alors de 42 ans, décida de s’expatrier de l’autre côté de l’Atlantique. Les visas n’étaient alors délivrés qu’au compte-gouttes, mais l’ambassadeur du Canada établit au nom de Simenon un « ordre de mission » des plus vagues qui donnait à l’auteur la qualité de « government official », et grâce auquel il obtint ce précieux tampon dans son passeport et put embarquer à Southampton, accompagné de sa femme et de son fils de cinq ans, sur un cargo suédois à destination de New York.

 

Simenon SainteSimenon séjourna dans un premier temps au Canada pour y apprendre l’anglais. Il s’installa à Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson, village situé à environ 40 kilomètres au nord de Montréal. Dès le début, il fit régulièrement la navette entre Sainte-Marguerite et New York, notamment pour négocier avec des éditeurs américains, mais aussi pour recruter une secrétaire. Il engagea une Canadienne francophone mais parfaitement bilingue et ne tarda pas à en faire sa maîtresse, sans que son épouse légitime y trouve à redire, habituée qu’elle était aux multiples infidélités de son mari.

C’est une constante dans le séjour de Simenon en Amérique du Nord qu’il ne tenait pas en place. Il sillonna ainsi le continent dans tous les sens, que ce soit pour rencontrer des réalisateurs à Hollywood ou pour voir du pays.

Simenon 3 chambresParallèlement, il poursuivait l’élaboration de son œuvre littéraire. Durant ses années américaines, il écrivit en moyenne cinq romans par an. Sans se forcer, puisque l’écriture de deux livres en un mois ne lui posait aucun problème. Bien souvent, la rédaction d’un « Maigret » ne lui prenait qu’une dizaine de jours. C’est à Sainte-Marguerite qu’il écrivit Trois chambres à Manhattan, dont le personnage principal était la ville de New York..

 

En 1946, ayant décidé de prendre racine aux États-Unis, il parcourut tout à loisir la côte Est vers le sud en voiture, accompagné de son fils Marc, afin de trouver un lieu de résidence qui lui plaise. Il finit par s’établir, en 1947, dans la petite ville d’Ana-Maria, en Floride. Sa femme et sa maîtresse le rejoignirent peu après.

Il y écrivit, notamment, Lettre à mon juge, qui est probablement l’un de ses meilleurs romans.

Simenon lettre-a-mon-juge-de-simenon

Cependant, un agent de l’immigration vit d’un mauvais œil son prétendu « ordre de mission » et lui conseilla de se rendre à Cuba pour y solliciter le statut de résident permanent aux États-Unis, qu’il finit par obtenir, non sans difficultés.

Simenon mit ensuite le cap vers l’ouest, pour s’établir en Arizona, à Tucson. Il y écrivit La Jument-Perdue, dont l’action se déroule dans cet État. La méthode d’écriture de l’écrivain n’était pas immuable. Lors de la rédaction de ce roman, il se promenait pendant une demi-heure après le dîner pour préparer un nouveau chapitre. Il jetait sur le papier les premières phrases de ce chapitre le lendemain, et en dactylographiait la suite plus tard. Les premières phrases de ce roman vous donneront peut-être l’envie de le lire :

« Il ne s’était pas réveillé de mauvaise humeur. Pas d’humeur enjouée, évidemment, ni particulièrement de bonne humeur. Il savait que c’était mardi, puisque c’était le jour d’aller à Tucson. Il y verrait Mrs Clum, qu’il appelait Peggy, et c’était déjà une satisfaction, dussent-ils passer leur temps à se chamailler tous les deux. » (2)

Simenon neigeA partir de La Neige était sale, soit trois romans plus tard, il changea de méthode : après sa promenade vespérale, il écrivait le chapitre presque entier à la main, avant de le dactylographier le lendemain matin en y apportant de nombreux changements. Il devait conserver cette méthode pendant des années. Pour ce qui est des Maigret, cependant, il les tapait toujours directement.

  Les premières lignes de La Neige était sale montrent qu’une circonstance inattendue peut être lourde de conséquences :

« Sans un événement fortuit, le geste de Frank Friedmaier, cette nuit-là, n’aurait eu qu’une importance relative. Frank, évidemment n’avait pas prévu que son voisin Gerhardt Holst passerait dans la rue. Or le fait que Holst était passé et l’avait reconnu changeait tout. » (3)

La famille de Simenon s’agrandit, grâce à la naissance d’un second fils, John, que lui donna sa concubine, et à l’apparition d’une deuxième concubine.

La présence d’un enfant en bas âge amena Simenon à changer temporairement de méthode, car il avait besoin de calme pour écrire. Par conséquent, pour rédiger ses trois romans suivants, il travailla de six heures à neuf heures du matin, soit en utilisant un appartement que le propriétaire de sa maison mettait à sa disposition pour ses activités littéraires, soit en cloîtrant le nourrisson et sa mère dans la chambre.

Après un passage à Carmel (Californie) en 1949, il s’établit plus durablement à Lakeville (Connecticut) en 1950 et crut même qu’il y resterait pour de bon. Voici comment il décrit le paysage qui s’offrait à lui :

« J’aime nos ruisseaux sous leur croûte de glace, nos bois si sauvages que je n’en découvrirai qu’une partie, la neige et le froid de l’hiver, comme je vais aimer la lourde chaleur de l’été et le feuillage or, rouge et roux de l’automne. » (1)

C’est pendant cette période que naquit sa fille, Marie-Jo, que lui donna la première concubine, qu’il avait entre-temps épousée, le lendemain de son divorce d’avec sa première épouse.

Un jour de 1955, alors que Simenon s’entretient avec son éditeur anglais, ce dernier lui demande quelles raisons l’incitent à rester en Amérique. L’auteur en trouve une vingtaine, qui ne convainquent pas son interlocuteur.

Quelques heures plus tard, sa décision est prise : il rentre en Europe.

Dans ses mémoires, Simenon se demande encore pourquoi il est revenu sur le Vieux Continent. Le motif qui lui paraît le plus vraisemblable est qu’il tenait à réaliser le rêve de sa secrétaire et épouse, qui était de vivre en France.

Simenon memoires1.Georges Simenon, Mémoires intimes, Presses de la cité
2.
Georges Simenon, Œuvres complètes, La Jument-Perdue, Editions Rencontre
3. Georges Simenon, Œuvres complètes, La Neige était sale, Editions Rencontre

 

 

 

Lecture supplémentaire :

Penguin to publish 75 Maigret novels
September 9, 2013

The Case of Georges Simenon
The New York Times, February 20, 2015.

Be Convincing! Talk Like a Detective
Commonly Used Mystery Vocabulary

Petit lexique selon Le mot juste en anglais
(préparé avec les conseils précieux de René Meertens)

breakthrough

percée, avancée

caught in the act

pris en flagrant délit

cloak-and-dagger

digne d’un roman policier/d’espionnage

clue

indice

DNA

ADN

fingerprints

empreintes digitales

forensic evidence

preuve(s) résultant  d’examens de laboratoire

hunch

Intuition, pressentiment

inside job

coup monté de l’intérieur

monitoring, surveillance

surveillance

motive

mobile (jur.)

private eye, private investigator

détective privé

skiptracing

localisation de personnes

sleuth, detective

policier, policière, enquêteur de droit privé

stash (noun), hideout

cachette

to decipher

déchiffrer

whodunit

roman policier

 

 

Cent un ans de gestation pour un dictionnaire


Billet redigé par René Meertens

René Meertens est un traducteur de langue française qui travaille principalement à partir de l’anglais. Il a été employé par l’ONU, l’Unesco, la Commission européenne et l’Organisation mondiale de la santé. 

 

 

Rene-Meertens   RM

René est l'auteur, entre autres livres, du "Guide anglais-francais de la traduction." En outre, il a son propre blog, « Traduction anglais-français », http://vieduguide.blogspot.com
René a rédigé ce billet à la demande de «
Le Mot juste en anglais».

 ———————————————————–

   Un dictionnaire bilingue vient d'être achevé après pas moins de 101 ans de patient travail. Il sera publié dans quelques semaines, mais il ne faut pas s'attendre à le trouver en tête des ventes de dictionnaires car, si la langue d'arrivée est l'anglais, celle de départ n'est autre que le latin médiéval.

Dict excerpt

  

 

 


  
   Le Dictionary of Medieval Latin from British Sources présente un grand intérêt pour les historiens, étant donné que divers documents étaient rédigés en latin au Moyen Âge, notamment des textes juridiques, religieux, scientifiques et philosophiques.

 

Dict equipe

l'équipe de  redaction actuelle du dictionnaire

 

   

 

 

 

 

 

  L'établissement de cet ouvrage a reposé dès le départ sur ce que l'on pourrait appeler la lexicographie participative (une forme de « crowdsourcing » avant la lettre), puisque le premier rédacteur en chef du dictionnaire a eu recours non seulement à des universitaires, mais aussi à des volontaires, recrutés grâce à une lettre publiée en 1913 dans le Times londonien.

 

   Les lexicographes ont répertorié plus de 100 000 sens et retenu pas moins de 400 000 citations. Pour mener à bien ce travail énorme, ils ont d'abord utilisé un système de fiches, qui a ultérieurement été informatisé.

   Le dictionnaire papier comptera près de 4 000 pages et sera vendu au  prix de 660 livres. Il est également prévu d'en établir une version électronique.

 

Dictionary 1

une fiche écrite à la main

 

 

 

 

 

 

 

Lecture supplémentaire :

Dictionary Reaches Final Definition After Century
BBC News, 30 August 2014

Dictionaries: A Very Short Introduction,
Lynda Mugglestone (Oxford University Press, 2011)

Blogus : Le latin reprend vie grace au Vatican!