Actualités artistiques des deux côtés de l’Atlantique

 

1. Amedeo Modigliani et ses amis

« Peu d'hommes ont incarné, comme Modigliani, le mythe romantique de l'artiste génial et transgressif. « Modi », l'artiste réprouvé, à la vie dissolue, le beau dandy aux multiples aventures, le génie incompris qui se réfugiait dans le vin et l'absinthe, dont l'histoire est brève, mais intense, dramatique et mémorable. »

Ainsi débute l'exposition organisée
au "Palais bleu" de Pise,
jusqu'au 15/02 /2015. [1]

 

             Modigliani Palazo Blu

Palazzo Blu,
Lungarno Gambacorti 9, 56125 Pisa (Italie)
www.palazzoblu.com

 

 

Modigliani portarit

Photo d'Amedeo, au temps de sa splendeur. Il l'avait donnée à Jeanne Hébuterne qui s'initiait à la peinture sur porcelaine à l'École des arts décoratifs. Il la rencontra en 1917, l'épousa et de cette union naquit une fille, Jeanne. Atteint de méningite tuberculeuse, « Modi » mourut à l'hôpital de la Charité, le 24 janvier 1920, en murmurant ces mots : « Italia, cara Italia ».

Durant des décennies, Montparnasse et Montmartre sont le lieu de rencontre des artistes de toute l'Europe qui expriment des tendances nouvelles : Fauves, Cubistes, Abstraits, Dada, Surréalistes. C'est dans ce climat effervescent qu'Amedeo Modigliani, né à Livourne (Italie) en 1884, arrive à Paris en 1906. Il a 22 ans. Voici comment le décrit, à l'époque, le peintre Osvaldo Licini : « Je vis arriver un jeune homme pâle, vêtu de velours gris, sans chapeau et avec un foulard autour du cou, qui avait à la fois l'air d'un poète et d'un mauvais garçon, quelque chose de très tragique et fatal ».

Toulouse-Lautrec et Cézanne l'attirent particulièrement. Vers 1913, son expression artistique se fait plus personnelle, stylisée, synthétique, avec une touche d'élégant décadentisme : les cous allongés, les épaules arrondies et les visages ovales. Les figures sont toujours silencieuses, Modigliani dit qu'il cherche "l'inconscient". Ses sujets préférés restent les nus et les portraits.
L'exposition compte de nombreuses œuvres d'artistes qui étaient de ses amis, tant en Italie qu'en France : Oscar Ghiglia, Picasso, Léger, Chagall, Derain, Utrillo, Valadon, Soutine, Severini…
La centaine d'œuvres exposée provient en grande partie du Centre Pompidou, à Paris.

 

Modigliani nudo
Nudo
.
Modigliani peignit essentiellement des nus et des portraits.

 

Modigliani 5

Jeanne Modigliani, sous le portrait de sa mère,
à la galerie Charpentier, Paris, mai 1958.

Portrait de femme

Chaïm Soutine, l'ami qui ne riait jamais et dont l'atelier était proche de celui de Modigliani, rue Joseph Bara, à Montparnasse.

Portrait de Lolotte.
Tous les modèles avaient des sobriquets.
Jeanne Hébuterne était surnommée Noix de coco

Madeleine BOVA

D'après un article de Federico Napoli dans la revue Toscana Medica n° 10, Nov.-Déc ( 2014.)

 Armedeo Modigliani et ses amis – Jusqu'au 15 février, Pise accueille une exposition dédiée au célèbre artiste livournais

 

2. Chassé-croisé pictural entre Pasadena et Paris [1]

WhistlerEn mars prochain, le tableau emblématique de James Abbott McNeill Whistler (1834-1903), Arrangement en gris et noir N°1 (1871), mieux connu sous le nom de Portrait de la mère de l'artiste, sera exposé au Norton Simon Museum de Pasadena dans le cadre d'un échange avec le Musée d'Orsay de Paris. [2]

 

Norton Simon building    NortonSimon garden

                                                                                              les jardins du musée

Première collaboration entre ces deux musées, cet échange consistera à envoyer trois chefs-d'œuvre du XIXe siècle de Pasadena à Paris, tandis que trois tableaux du musée parisien prendront le chemin de Pasadena. Les six œuvres seront exposées en même temps, du 27 mars au 22 juin 2015.

« Il y a eu beaucoup d'hésitations quant aux tableaux que nous voulions présenter », déclare Carol Togneri, conservatrice du Norton Simon, au sujet des discussions entre Walter W. Timoshuk, le président du Norton Simon, et Guy Cogeval, président des musées d'Orsay et de l'Orangerie. « L'un et l'autre ont décidé qu'il était important de donner au public une bonne idée de ce que chaque musée possédait dans son fonds du XIXe siècle. »

 

                             
    Walter W. Timoshuk                                             Guy Cogeval
le président du Norton Simon                   président des musées d'Orsay 
                                                                                             et de l'Orangerie

Les deux autres toiles du musée d'Orsay qui accompagneront le Whistler à Pasadena sont le Portrait d'Émile Zola par Édouard Manet (1868) et Les joueurs de cartes de Paul Cézanne (vers 1892-1896).

Norton Simon - Manet,_Edouard_-_Portrait_of_Emile_Zola

 

 

Norton Simon  Les joueurs de cartes de Paul Cézanne

 

Le Norton Simon enverra à Paris Le Pont des Arts de Pierre-Auguste Renoir (1867-1868), le Portrait d'un paysan (Patience Escalier) de Vincent Van Gogh (1888) [3] et les Premiers Fruits d'Édouard Vuillard (1889) [4].

 

Norton Simon Le Pont des Arts

 

« Le tableau de Whistler revêt une importance particulière pour les Américains. C'est une œuvre qui, étonnamment, n'a jamais séjourné aux États-Unis » ajoute Madame Togneri. « Elle a été peinte en Angleterre et s'est ensuite trouvée en France, au Louvre d'abord, puis à Orsay, à partir de 1986. Mais elle procède fondamentalement d'une conception américaine de la peinture, dans une sorte de veine puritaine – une œuvre qui se distingue des autres par sa simplicité ».

À Pasadena, le tableau de Whistler occupera à lui seul tout un mur d'une des salles de l'aile XIXe siècle, flanqué du Manet et du Cézanne, ces deux-là accompagnés de deux tableaux de la collection Norton Simon.

« Je crois que le cœur des Parisiens battra lorsqu'ils découvriront à quel point Renoir a su magnifiquement représenter le Pont des Arts que beaucoup d'entre eux empruntent chaque jour et que le tableau leur fera probablement monter les larmes aux yeux. »

Il faut se féliciter d'une telle collaboration intermuséale. Les œuvres d'art doivent voyager et être offertes à l'admiration du plus grand nombre. Cette fois, le choix des toiles échangées est particulièrement heureux et devrait réjouir les amateurs de peinture des deux côtés de l'Atlantique.

Dès janvier 2015, des billets à créneau horaire seront mis en vente, permettant aux visiteurs d'admirer ces chefs-d'œuvre dans les meilleures conditions.

Jean L.

 

[1] Le présent article est une adaptation française d'un article de Jessica Gelt, paru dans le Los Angeles Times du 19/11/2014 sous le titre : Pasadena to get 'Whistler's mother' in Norton Simon – Musée d'Orsay swap.

Norton Simon Gustave_Courbet[2] Peintre et graveur américain, James Whistler naquit à Lowell (Massachusets) en 1834 et mourut à Londres en 1903. Arrivé dans la capitale en 1855, à l'âge de vingt ans, il se lie d'amitié avec des peintres français comme Gustave Courbet avec qui il correspond, et Édouard Manet qu'il admire beaucoup et dont une œuvre, Portrait d'Émile Zola escortera la sienne à Pasadena.

[3] On connaît au moins trois portraits de ce paysan au patronyme si pittoresque. Le Norton Simon possède ce qui semble être la première version du portrait, brossé à Arles, le 9 août 1888. Une deuxième version, peinte une vingtaine de jours plus tard, est beaucoup plus connue. Elle appartient à la Collection Stavros S. Niarchos. Enfin, il existe un dessin à l'encre noire, plume et calame que Vincent Van Gogh réalisa pendant l'intermède arlésien, période d'intense activité au cours de laquelle il rencontra notamment le peintre américain Dodge Macknight qui vivait à Fonvieille.

Norton Simon Vuillard[4] Édouard Vuillard, peintre et marchand d'art français, né à Cuiseaux (Saône et Loire) en 1868, et mort à La Baule en 1940. Il eut une vie à peu près aussi tranquille que celle de James Whistler fut mouvementée. Pourtant, l'un et l'autre font « cavalier seul » dans l'univers de la peinture. Leur art se distingue par son grand dépouillement. À cet égard, c'est une sorte de clin d'œil que Pasadena fait à Paris en échangeant une toile du « franciscain » Vuillard contre un tableau du « puritain » Whistler ! Les deux peintres ont été amis de Stéphane Mallarmé et l'un et l'autre ont fait le portrait de leur mère : Whistler en 1871 et Vuillard vers 1914.

 

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