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Un rescapé du monde d’avant le Parc jurassique…‎

Dans un article du 5 avril dernier, paru sur son site rfi, France 24 signale qu'une équipe de chercheurs français et sud-africains a entrepris ce jour-là une observation inédite du Cœlacanthe, ce poisson plus ancien que le dinosaure.

 

 


Latimeria chalumnae

L'équipe de l'expédition, qui durera jusqu'au 15 mai, est composée de six scientifiques français et de six Sud-Africains, issus respectivement du Muséum national d'histoire naturelle de Paris (qui détient 18 spécimens de Cœlacanthe) et de l'Institut sud-africain pour la diversité aquatique. 

Laurent Ballesta en est le responsable. « C'est comme si d'un seul coup, des spécialistes des dinosaures pouvaient entrer dans Jurassic Park », dit-il avec enthousiasme, quelques heures avant de prendre l'avion pour l'Afrique du Sud. Il est le premier Français à avoir nagé (en 2010) au milieu de ces survivants de la préhistoire.


2010 : Laurent Ballesta et son matériel,
indispensable pour photographier le cœlacanthe

à une telle profondeur. 
©Laurent Ballesta/Andromède Océanologie

C'est il y a 75 ans que l'on acquit une connaissance scientifique du mythique Cœlacanthe, lorsque des pêcheurs ramenèrent un de ces étranges poissons à Mme Courtenay-Latimer, Conservatrice du musée d'East London, sur les rives africaines de l'océan Indien, dans le sud-est de l'Afrique du Sud. La première description de l'animal fut l'œuvre de J.L.B. Smith, ichtyologiste sud-africain de renommée internationale, qui dut attendre jusqu'en 1952 pour pouvoir observer un deuxième spécimen. Sa longueur (1,40 mètre), son teint bleu ardoise, ses écailles rugueuses et épaisses, et ses nageoires portées par des lobes charnus attirèrent l'attention des chercheurs. Ce fut le choc : ce poisson était un Cœlacanthe, représentant d'une espèce apparue au Dévonien supérieur, il y a environ 370 millions d'années, et dont les restes fossiles laissaient supposer qu'ils s'était éteint au Crétacé, il y a 80 millions d'années.

Un Cœlacanthe en chair et en os, c'est une vague médiatique qui déferla sur la planète car certains pensaient alors qu'il pourrait être le chaînon manquant menant aux Tétrapodes. Latimeria chalumnae [1] devint une icône, et l'objet de recherches acharnées.


Le Cœlacanthe, une espèce animale à l'épreuve des médias
Barrère Florent, Edition de l'Harmattan, mars 2013.


Voici un timbre émis par les services philatéliques de l'Afrique du Sud à la suite de la découverte :


 

Les Cœlacanthes ([selakɑ̃t] ; sous-classe  Coelacanthimorpha ou ordre 
Coelacanthiformes) forment un groupe des poissons crossoptérygiens. Il en existe de nombreux fossiles et deux espèces vivantes connues du genre Latimeria. Ils n'ont que peu évolué morphologiquement depuis 350 millions d'années et ressemblent aux ancêtres aquatiques des vertébrés terrestres. Ils possèdent une poche de tissu adipeux à parois épaisses qui pourrait être le vestige d'un poumon que possédaient les crossoptérygiens fossiles. En fait, on pense que certains d'entre eux, les ictyostégidés,
sont les ancêtres des premiers vertébrés terrestres (les amphibiens stégocéphales), tandis que d'autres (les cœlacanthidés) n'ont pas évolué depuis le Dévonien.


Beaucoup de scientifiques pensent que les caractéristiques spécifiques du Cœlacanthe constituent une première étape de l'évolution des poissons vers les animaux terrestres à quatre pattes comme les amphibiens.

Les Cœlacanthes sont des poissons benthiques, difficiles à capturer. Vivant entre 200 et 1000 mètres de profondeur, ils peuvent mesurer plus de deux mètres et peser jusqu'à 90 kilos. Les scientifiques estiment leur longévité à 60 ans et peut-être plus.

Évidemment, l'intégralité de la population n'est pas connue, mais les recherches menées dans les Comores indiquent qu'il en reste un millier. Ils sont considérés comme une espèce menacée.

Espérons que nos lectrices et lecteurs n'auront pas besoin d'attendre encore 75 ans pour qu'on mette au jour un spécimen de cet animal si vieux, mais si beau. Espérons aussi que leur curiosité intellectuelle qui est si vive, n'aboutira pas à faire d'elles et d'eux des espèces menacées !

Note historique :

La collaboration actuelle de Français et de Sud-Africains à ce projet scientifique doit nous rappeler que des colons français ont été parmi les premiers Européens à s'installer en Afrique du Sud. C'étaient des huguenots [2] qui s'étaient d'abord réfugiés aux Pays-Bas et qui migrèrent ensuite en Afrique australe, écrivant ainsi un chapitre peu connu de l'histoire du protestantisme.

Une toute petite minorité, moins d'un millième des 200 000 protestants qui quittèrent la France, après la révocation de l'édit de Nantes, ont participé à cette émigration. De 1688  à 1691, 178 familles firent le voyage sur quatre bateaux et 19 passagers moururent en cours de route.

Ces  protestants étaient pour la plupart d'entre eux originaires de zones, l'une s'étendant en arc de cercle de la Flandre à la Saintonge, et l'autre allant du Dauphiné  au Languedoc, en passant par la Provence. Le Lubéron, où la plupart des protestants étaient déjà des réfugiés de l'Église vaudoise, venus des Alpes et victimes du massacre des Vaudois du Lubéron en 1545,  a fourni à lui seul, près d'un quart de l'effectif.

Progressivement, les relations entre les gouverneurs du Cap et les huguenots se détériorèrent. La Compagnie des Indes souhaitait que les huguenots s'assimilent. Elle voulait en faire de « bons paysans hollandais ». Mais, les Français tenaient à conserver leur langue et leurs traditions.



Edition Balzac, 2002

Actuellement, 20% des Afrikaners  portent des noms français : Du Plessis, de Villiers, du Toit, Theron, Le Clos, Joubert, Terreblanche, Roux, Leroux, Olivier ou Marais.  Certains de ces patronymes se sont mués en De Klerk  pour Leclerc, Pienaar pour Pinard, Viljoen pour Villon, Retief pour Rétif, etc. Frederik De Klerk, chef d'État sud-africain de 1989 à 1994, a reçu le  prix Nobel de la paix conjointement avec Nelson Mandela, pour avoir remplacé le régime d'Apartheid par un système qui accorde la citoyenneté et le droit de vote à tous.  


Musée des huguenots à  Franschhoek
(littéralement « le coin des Français » en afrikaans ), Le Cap.

Lexique du Mot Juste en anglais

français

English

baie

bay

branchies

gills

chaine manquante

missing chain

chercheur

researcher

écailles

scales

espèce

species

mer

sea

nageoire

fin, flipper

océan

ocean

plongeur

diver

poisson

fish

profondeur

depth(s)

recherche

research

scientifique

scientist

[1] Latimeria chalumnae, d'après le patronyme Courtenay-Latimer et le toponyme du premier lieu de capture, l'embouchure du fleuve Chalumna.

[2] Huguenot : altération de l'allemand Eidgenossen (confédérés). Nom initialement donné aux Genevois partisans d'un alliance avec la Confédération helvétique contre le duc de Savoie; ensuite étendu péjorativement aux protestants français.

Lectures et vidéos complémentaires :

Forey, P.L., 1989. Le CœlacantheLa Recherche, 20 (215): 1318-1326. Paris.

Coelacanth: The Fish That Time Forgot
Channel 4, HD 720p (48 minutes)

 




Coelacanth : audiodiffussion
National Public Radio

New Quest to study 'liviing fossil" coelacanth
Phys.org, March 29, 2013

'Living Fossil' gnome unlocked
Nature (UK), 17 April, 2013

Jonathan G. & Jean L.