Nelson Mandela – les longues années d’emprisonnement à Robben Island


"Not of an age, but for all time"

(Ben Jonson sur William Shakespeare)

Dans un précédent article, j'ai raconté mon séjour dans la lointaine île de Sainte-Hélène, au milieu de l'Atlantique, où Napoléon a été exilé, il y a près de 200 ans. 

Mandela jailEn rédigeant cet article, je me suis souvenu de ma visite, bien des années plus tard, dans une autre île (située dans le même océan) et qui est associée à une autre grande figure historique. Cet îlot, Robben Island, est situé à sept kilomètres au sud de la ville côtière du Cap (Afrique du Sud) et le personnage s'appelle Nelson Mandela, qui vient de disparaître. Le monde entier l'a reconnu pour avoir combattu la suprématie absolue des Blancs en Afrique du Sud, et être devenu le premier président noir de l'Afrique du sud, apres être emprisonné à Robben Island pendant 18 ans (et 9 ans ailleurs).  

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Le poème Invictus avait à tel point inspiré Mandela qu’il l’aida à surmonter ses longues années de captivité à Robben Island.

Le titre latin signifie « invaincu, dont on ne triomphe pas, invincible » et se fonde sur la propre expérience de l'auteur puisque ce poème fut écrit en 1875 sur son lit d'hôpital, suite à une amputation du pied. À l’origine, ce poème ne possédait pas de titre, mais celui-ci fut ajouté plus tard par le critique littéraire anglais, Sir Arthur Quiller-Couch.

William Henley disait lui-même que ce poème était une démonstration de la résistance à la douleur dont il avait fait preuve à la suite de son amputation.

 

Anglais]

 Traduction libre

Out of the night that covers me,
    Black as the pit from pole to pole,
I thank whatever gods may be
    For my unconquerable soul.

In the fell clutch of circumstance
    I have not winced nor cried aloud.
Under the bludgeonings of chance
    My head is bloody, but unbowed.

Beyond this place of wrath and tears
    Looms but the Horror of the shade,
And yet the menace of the years
    Finds and shall find me unafraid.

It matters not how strait the gate,
    How charged with punishments the scroll,
I am the master of my fate:
    I am the captain of my soul.

Depuis l'obscurité qui m'envahit,
 Noire comme le royaume de l'enfer,
 Je remercie les dieux quels qu'ils soient
 Pour mon âme indomptable.

 Dans l'étreinte féroce des circonstances,
 Je n'ai ni bronché ni pleuré
 Sous les coups de l'adversité.
 Mon esprit est ensanglanté mais inflexible.

 Au-delà de ce monde de colère et de larmes,
 Ne se profile que l'horreur de la nuit.
 Et pourtant face à la grande menace
 Je me trouve et je reste sans peur.

 

Peu importe combien le voyage sera dur,
 Et combien la liste des châtiments sera lourde,
 Je suis le maître de mon destin,
 Je suis le capitaine de mon âme.

 

 

  

Ces deux dernières lignes retentissantes ont fortement imprégné le langage littéraire anglais.

Voici des bons mots de Mandela lui-meme:
 
Mandela bons mots

En 2000, je suis retourné faire un tour en Afrique du Sud et j'ai pris le bac du Cap à Robben Island. Une visite guidée m'a permis de voir la cellule où Mandela a passé sa longue captivité, avant d'être libéré en 1990 et de gagner, en 1993, le Prix Nobel de la Paix [1]. Mandela est devenu Président de l'Afrique du Sud en 1994. 

MANela cellLa cellule de Mandela a Robben Island 1963-1981

Mandela lui-même a retourné à Robben Island pour accompagner des visiteurs distingués, dont les Présidents Clinton et Obama.

Mandela and clinton    Mandela obama

Pendant mon séjour, j'ai acheté un tapis de souris (dont je me sers en écrivant cet article) sur lequel figure une citation d'Ahmed Kathrada, un autre prisonnier de Robben Island qui devait devenir plus tard député de l'ANC au Parlement. La voici: 

 

Capture d’écran 2011-07-08 à 20.36.32 « Sans pour autant oublier la brutalité de l'apartheid, nous ne voulons pas que Robben Island devienne un monument à nos épreuves et à nos souffrances. Nous souhaiterions qu'elle soit un triomphe de l'esprit humain sur les forces du mal; un triomphe de la sagesse et de la largeur d'esprit sur la petitesse et la mesquinerie; un triomphe du courage et de la détermination sur la fragilité humaine et la faiblesse. » 

 

Si Mandela continue d'inspirer et d'être un symbole du remplacement du régime d'apartheid par celui de la « Nation Arc-en-ciel », de nombreux observateurs ont jugé son héritage décevant. Aujourd'hui, l'Afrique du Sud est ravagée par la violence, le SIDA et la corruption.   

Capture d’écran 2011-07-08 à 20.41.28
En outre, le gouvernement sud-africain est resté en étroites relations avec les régimes répressifs de Mugabe, au Zimbabwe, de Castro, à Cuba, et de Kadhafi (renversé en 2011), en Libye. 

 

Dinuzulu kaCetshwayo
(1868 –1913)
exilé à Sainte-Hélène 

Mandela dans sa cellule, 
à Robben Island

En conclusion, je souhaite relever une analogie historique entre Robben Island et Sainte-Hélène: 70 ans avant que le régime des Blancs d'Afrique du Sud emprisonne ses opposants noirs à Robben Island, le régime colonial britannique qui gouvernait la province du Natal (désormais le KwaZulu-Natal) déporta à Sainte-Hélène un autre rebelle noir, Dinuzulu kaCetshwayo, Roi des zoulous.  
Pour terminer sur une note linguistique, on peut opposer la démarche intellectuelle de Mandela à Robben Island à celle de Napoléon à Sainte-Hélène. Bonaparte fit de gros efforts pour apprendre l'anglais, la langue de son ennemi, mais avec apparemment peu de succès. Mandela, quant à lui, maîtrisait parfaitement l'anglais et l'afrikaans (les deux langues officielles de l'Afrique du Sud de l'apartheid, et donc les langues de ses oppresseurs). Pendant sa détention à Robben Island, Mandela étudia le droit par correspondance à l'Université d'Afrique du Sud (UNISA), un établissement de téléenseignement d'avant l'ère électronique. Ses épreuves et examens étaient expédiés sur la terre ferme par le bac puis jusqu'à l'université par le service postal, et les diplômes revenaient par l'itinéraire inverse. Il obtint un diplôme de droit de l'UNISA et, par la suite, un doctorat honoraire.  

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Pauvre Napoléon – Les Anglais ne lui offrirent pas les mêmes possibilités de s'instruire. 

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[1] Dans ma jeunesse, le chef de file de la lutte contre l'apartheid n'était pas Mandela, mais le Chef Albert Luthuli. À cette époque, j'ai assisté à une conférence donnée à Durban* par Luthuli qui dirigeait alors le « Congrès du Peuple », le précurseur de l'ANC.

Le Congrès avait adopté la « Charte de la Liberté » que Luthuli voulut bien me dédicacer à l'issue de sa conférence. La Charte déclare:

 

« Nous, peuple d'Afrique du Sud, faisons savoir à tout le pays et au monde: que l'Afrique du Sud appartient à tous ceux qui y vivent, noirs et blancs, et qu'à moins d'être fondé sur la volonté du peuple, aucun gouvernement ne peut légitimement prétendre la régir… » 

 

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Mon exemplaire de la Charte de la liberté,
signé par le Chef Albert Luthuli

 

Luthuli devait recevoir le Prix Nobel de la Paix en 1960, tout comme Mandela, 33 ans plus tard.

 

 Jonathan G.    Traduction : Jean L.

Sources:

Robben Island: Nelson Mandela's Prison Home
TIME, December 5, 2013

Nelson Mandela et sa vie de combattant de la liberté 

Nelson Mandela, une ligne morale
Le Monde, 06.12.2013

NELSON MANDELA CENTRE OF MEMORY

Robben Island – Wikipedia (en anglais) 

Robben Island – Wikipedia (en francais) 

Liste des prix et distinctions conférés à Nelson Mandela – Wikipedia

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* Durban est un port de l'Océan Indien où je suis né et qui est devenu une ville lorsque des colons britanniques s'y installèrent en 1824; ils lui donnèrent par la suite ce nom en souvenir de Sir Benjamin d'Urban, un patronyme anglais d'origine française (Urban ou Urbain, en Languedoc).


Comments

One response to “Nelson Mandela – les longues années d’emprisonnement à Robben Island”

  1. Merci à Mr Goldberg qui nous a rappelé les vicissitudes que l’Afrique du Sud a traversées et l’opiniâtreté de Mr Mandela. À ce propos j’invite modestement qui ne l’a pas encore fait à lire Nadine Gordimer.
    Merci ã Mr LECLERCQ qui ajoute sa note sur le genre des noms dans différents langages : trois en allemand,trois en latin, quel casse-tête!
    Même en italien, langue néo-latine assez proche du français la souris (f) devient il topo (m) et le renard (m) devient la volpe (f) ainsi la musaraigne devient “il toporagno”…Changent-ils de sexe en passant la frontière? Un peu comme le mérou à un certain âge?
    Trêve de plaisanterie,
    À tous les rédacteurs, traducteurs et lecteurs du blog :
    Mi place augurare tante situazioni di letizia nei giorni delle feste che si avvicinano. (Senectus ipsa morbus est).
    Cordialmente,.
    Madeleine Bova. SIENA, Italie.