(Gabrielle Durana)
Une note destinée aux lecteurs de ce blog par l’auteur de l’article suivant, Gabrielle Durana, qui suit dans son blog les chroniques du tsunami financier aux Etats-Unis :
« L’article republié ci-dessous, dont je suis l’auteur, est paru dans le Nouvel Observateur, et sur mon blog le 10 octobre. Il illustre certaines de mes réflexions cette semaine-là. Néanmoins je veux rendre hommage à Jonathan Goldberg et à son blog www.Le-mot-juste-en-anglais.com que je lis régulièrement. Jonathan m’avait contactée la même semaine pour me proposer d’écrire sur le même sujet, l’occupation de Wall Street, dans une perspective linguistique. Et il m’a fait quelques remarques auxquelles seule une personne dont c’est la culture aurait pu être sensible.
Je suis ravie que cet article soit republié dans le Mot Juste. J’espère que les lecteurs seront intéressés par mes explications sur le mouvement et le message des manifestants. »
Gabrielle Durana est née de parents parlant espagnol et italien, et vint vivre en France dans son enfance. Elle parle anglais, français, espagnol, allemand, italien, sanskrit et latin. Gabrielle est diplômée de l’Ecole Normale Supérieure, et a une formation impressionnante en sciences économiques. Elle vit actuellement à San Francisco, ou elle est écrivain. Elle est aussi bénévole pour aider les enfants français, francophones et francophiles à conserver et acquérir la culture et la langue française. Gabrielle est déterminée à promouvoir le bilinguisme et le multilinguisme chez les enfants. A cet effet, elle a lancé le programme Education Française Bay Area (EFBA), dont elle est présidente, actif dans 16 écoles publiques.
Elle est membre du conseil du the Centre de la Francophonie des Amériques, une organisation internationale basée au Québec. Elle a également été présentée comme une des 50 personnes françaises qui comptent le plus aux Etats-Unis par la revue France-Amérique en 2010.
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http://tsunamifinancier.blogspot.com/
Chroniques du tsunami financier:
les voleurs de rêve au pilori
Ces images ont été choisies par le blog et sont sa seule responsabilité.
Un. Voilà un mois que le mouvement « Occupy Wall Street » a démarré, à quelques pâtés de maison de l’ancienne barricade érigée par Peter Stuyvesant, le gouverneur général de la Compagnie des Indes Orientales, en 1653, dans le bas de Manhattan, pour protéger les colons hollandais contre les incursions autochtones. Sur une place rebaptisée « Liberty square », des jeunes et d’anciens soixante-huitards campent jour et nuit sur le modèle du mouvement des Indignés espagnol. Avec pancartes et journal (l’« Occupied Wall Street Journal »), ils dénoncent la rapacité des banques et réclament qu’elles leur rendent une part de rêve américain.
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FREDERIC J. BROWN/AFP/ Getty Images
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FojoT-shirts |
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Démocratie, pas Corporatocratie |
Wall Street est renflouée, et tout ce que je peux me permettre, c’est un T-shirt |
Au début le mouvement était présenté par les médias comme une bande d’enfants mal peignés et énervés dont il fallait laisser se répandre le trop plein d’énergie. En particulier l’expression récurrente était celle d’une « Romper Room Revolution », une allitération en R, et une allusion à la série télévisée des années 70, « Romper Room », qui visait à occuper les enfants de cinq ans, en leur faisant faire de l’activité physique devant le petit écran, pour laisser leur mère souffler une demi-heure.
Maintenant que le mouvement s’est étendu à 25 autres villes, et qu’il dure toujours, les nouvelles de 22h00 et le vrai Wall Street Journal en parlent.
Deux. Comme le démontre l’admirable livre "The Art of Moral Protest – Culture, Biography and Creativity in Social Movements" de James M. Jasper, les périodes de révolte sociale donnent lieu à un maelstrom où se perd l’individualisme et nait une génération. Les slogans souvent emprunts d’humour sont alors de l’or en mot pour les sociologues qui essaient de saisir le moment.
Trois ans après le tsunami financier, que porte le mouvement Occupy Wall Street ?
Il y a autant de formules que de cerveaux en ébullition. « Wall Street is the Problem” est la réponse de la bergère au berger Reagan, qui avait lancé en 1980 : « Governement is not the solution, government is the problem » (= l’Etat n’est pas la solution, l’Etat est le problème).
La thématique des banquiers voleurs (« banksters ») revient très souvent même si « End corporate greed » (= arrêtez l’avarice des entreprises) relève plutôt de l’angélisme. On trouve des appels à la régulation (« Chairman Bernanke–Regulate Your Damn Banks! » ou ‘Gouverneur, régulez vos satanées banques !’), autour de l’équité (« End Welfare for the Rich! » ou ‘Assez d’assistanat fait aux riches’) On lit aussi des revendications concernant la politique souhaitable de sortie de crise : « Paychecks not credit card bills » (= des salaires, pas des factures de carte bleue), ou “Stimulus not corporate welfare” (= la relance, pas l’assistanat d’entreprises), ou encore « Procyclical monetary and fiscal policies in a Depression are stupid! » (= les politiques monétaires et budgétaires pro-cycliques dans une crise sont une stupidité !) pour les keynésiens assermentés. « End the Fed » (= fermez la banque centrale) rappelle des cris de ralliement du Tea Party.
Le slogan le plus connu est devenu : « We are the 99% », « nous représentons 99% des gens » ; et une variation autour de ce dernier : « Banks for the 99%! »
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Nous représentons 99% des gens, qui ne tolèrent plus la cupidité et la corruption des 1% |
EMPRISONNEZ les banquiers, PAS les manifestants |
Trois. Le mouvement Occupy Wall Street est une réponse tardive, une alternative de gauche au Tea Party. Il constitue une prise de conscience de l’oppression d’une classe d’ « über-riches », qui paie moins d’impôts qu’une secrétaire et vit comme des nababs, sur une classe moyenne appauvrie et dépouillée de sa dignité car incapable de subvenir aux besoins de sa famille ou d’en fonder une, grâce au fruit de son travail.
Nancy Pelosi, élue de San Francisco et dirigeante de la minorité démocrate au Congrès voit dans le mouvement « la quintessence des valeurs américaines de justice [procédurale] (« fairness »).
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Liberté POUR le peuple, PAS les entreprises |
Aucun n'est plus désespérément esclave que celui qui croit à tort qu'il est libre |
Naomi Klein et Michael Moore se pincent pour y croire car jamais depuis Karl Marx il n’y a eu de mouvement ouvrier aux Etats-Unis.
Les rangs des « occupants » sont clairsemés mais leurs slogans délient les langues de 99% des passants. De la capacité des révoltés à influencer les 98% qui n’envient pas les riches, pour qu’ils exigent de leurs représentants une loi qui revienne au taux d’imposition de l’ère clintonienne, dépend la mesure du succès d’un mouvement qui se veut sans Dieu ni maitre. Il est vrai que 1% de la population détient aujourd’hui 40% de la richesse états-unienne, une concentration inédite depuis Gatsby le Magnifique.
www.news.cn
Gabrielle Durana
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Références supplémentaires:
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Wealth, poverty and compassion, The rich are different from you and me, 29 juillet 2011 Income inequality in America, The 99 percent, The Economist, 26 octobre 2011 What should Wall Street do? The finance industry needs a better response to the protest movement attacking it, The Economist, 29 octobre 2011 |
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Wall Street protests: A long American tradition, 13 octobre 2011 The Occupy Wall Street movement is rooted in uprisings against policies that favor the financial elite over ordinary people. |
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Occupy Wall Street and Tea Party, I Have One Name for You: Steve Jobs |
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The Fight for ‘Real Democracy’ at the Heart of Occupy Wall Street, 11 octobre 2011 |
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Top 10 American Protest Movements As Occupy Wall Street enters its fourth week, TIME takes a look at other sociopolitical movements in U.S. history |
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http://www.occupytogether.org/ |
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Occupy Wall Street s’attaque à la dette |
Le Ben |
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