Vers un vaccin contre la Covid-19

Le texte qui suit a été rédigé par notre fidèle contributeur René Meertens. Il a été notre Linguiste du mois de janvier 2019.

René Meertens est également l'auteur du Guide anglais-français de la traduction, dont une nouvelle édition vient de paraître. 

Ses contributions précédentes sont accessibles ici.

Rene-Meertens RM

 

 

le mot juste en anglais

La vaccination contre le nouveau coronavirus est actuellement au centre de l’attention. Selon l’OMS, 42 candidats vaccins  font l’objet d’essais cliniques. 

vaccination ou imunization

candidate vaccines
clinical trials

Les infections confèrent le plus souvent une immunité aux personnes qui y survivent. C’est sur cette constatation que reposent la conception et l’utilisation des vaccins. La vaccination consiste à inoculer un agent infectieux inactivé , généralement une bactérie ou un virus.

immunity

 

inactivated
bacterium
virus

Une longue histoire

Les premières vaccinations eurent lieu en Chine il y a un millier d'années : on inoculait par scarification un virus ayant provoqué un cas bénin de la variole. Ces vaccinations étaient assez empiriques et souvent dangereuses.

 

 

smallpox

En 1796, Edward Jenner, scientifique et médecin anglais, se fondant sur des observations de paysans, eut l'idée d'inoculer à l'humain le virus de la vaccine, c'est-à-dire une forme assez bénigne de variole de la vache, transmissible à l'être humain. 

cow-pox
Jenner inocula à des humains le pus d'une pustule d'une paysanne atteinte de la vaccine. Quelque temps plus tard, il inocula la variole à une personne qu'il avait ainsi vaccinée. C'était évidemment très risqué, mais cette personne ne contracta pas la variole.  
Il s'agissait, avant la lettre, d'un essai de provocation chez l'humain. human challenge trial

En 1881, Louis Pasteur vaccina des moutons contre le charbon, En 1885, il vaccina contre la rage un garçon de 9 ans mordu par un chien enragé. Cette vaccination comporta diverses étapes et prit pas moins de dix jours.

 

anthrax

rabies

Comment le vaccin agit-il ?

Les agents infectieux comportent des antigènes, c'est-à-dire des substances qui provoquent une réaction immunitaire, qui prend la forme de l'apparition d'anticorps, c'est-à-dire des protéines produites par le système immunitaire. Celles-ci se fixent aux antigènes, avant de les neutraliser ou de les détruire de différentes façons. Le système immunitaire est trop complexe pour être décrit avec rigueur dans le présent article.

antigens
immune response

antibodies

 

 

immune system

Les vaccins contiennent des antigènes issus d'un agent infectieux. Ils provoquent de ce fait la réaction immunitaire susmentionnée. On distingue les vaccins atténués, constitués d'une bactérie ou d'un virus modifié de façon à les rendre inoffensifs, les vaccins tués, les vaccins polysaccharidiques, constitués d'un polysacppe de la bactérie qui cause la maladie considérée, les vaccins à ADN et RNA et les vaccins à vecteur, qui utilisent un adénovirus atténué.

 

attenuated vaccines

 

killed vaccines

polysaccharide vaccines

DNA and RNA vaccines
vector vaccines

Vaccins contre la Covid-19

Bien que la Covid-19 et la grippe soient causées par des virus de types différents, elles présentent des points communs. En particulier, elles sont toutes deux des infections respiratoires dont les symptômes initiaux sont proches. Elles se propagent via des postillons et des aérosols. Enfin, les virus qui les causent comportent des variantes. Selon des informations récentes, qui devront sans doute être révisées, on en compterait pas moins de neuf pour la Covid-19. Ces similitudes pourraient se retrouver au niveau de certains aspects de la vaccination.

 
Une quarantaine de vaccins seraient actuellement à l'étude. Une fois mis au point, un vaccin doit faire l'objet d'essais cliniques, qui portent sur sa sécurité et son efficacité. Les essais de phase I phase I trials rassemblent un petit nombre de volontaires et visent à s'assurer de l'innocuité du vaccin. Les essais de phase II ont pour objet d'évaluer la tolérance et l'efficacité, compte tenu de la dose administrée. Les essais de phase III sont des essais randomisés à double aveugle Les sujets sont répartis dans deux « bras » et reçoivent soit le vaccin, soit un placébo. Ils sont randomisés, c'est-à-dire que les sujets sont répartis aléatoirement entre les deux bras. Ni les sujets, ni les chercheurs ne savent qui reçoit un placébo et qui le vaccin testé. C'est pourquoi on parle d'essai à double aveugle. En fonction du nombre de sujets qui contractent la maladie considérée, il est possible d'évaluer l'intérêt du candidat vaccin.

safety

efficacy

safety

randomized double-blind trials
subjets

arms

placebo

 researchers

En janvier prochain, selon le Financial Times, une autre méthode sera utilisée au Royaume-Uni et financée par le gouvernement britannique. On injecterait le vaccin à des volontaires, avant de leur inoculer le virus de la Covid-19. Il s'agit donc d'un essai de provocation chez l'humain, qui n'a rien de neuf, puisque Jenner avait procédé de la même façon. Cette méthode permet de brûler les étapes mais est controversée sur les plans scientifique et éthique. En bonne logique, il faut comparer les résultats obtenus grâce au vaccin à ceux que l'on obtient sans le vaccin. En d'autres termes, il faut inoculer le virus à des témoins, c'est-à-dire à des sujets qui n'ont pas reçu le vaccin.

 

 

 

 

 

 

 

 

controls

Questions multiples

Qui l'emportera dans la course au vaccin ?

 

Le vaccin russe appelé Spoutnik V, qui est un vaccin à adénovirus, va-t-il exploser en vol ? Il a été approuvé après avoir été testé sur 76 sujets seulement. On lit dans Le Monde que les cosmonautes russes l'ont refusé avant leur départ pour la Station spatiale internationale. Quant au vaccin vanté par Trump, sera-t-il validé par la Cour suprême par six voix contre trois ?

Sputnik V

adenovirus vaccine

Petit glossaire des maladies respiratoires virales
fourni par M. René Meertens

English

français

acute viral infection

infection virale aiguë

airborne virus 

virus transmis par voie aérienne

chills 

frissons

cough 

toux

flu 

grippe

headache

 céphalée

immunization 

vaccination

influenza 

grippe

influenza virus

virus de la grippe

muscle and joint pain

douleurs musculaires et articulaires

RNA virus 

virus à ARN

runny nose

écoulement nasal

sneezing 

éternuement

sore throat, throat soreness 

mal de gorge

spread of a virus 

prolifération d'un virus

virus strain 

souche virale


Lecture supplémentaire
:

Rescapé de la variole, Voltaire défend, parmi les premiers, l'inoculation
Le Monde, 30.7.2020

Nouveaux glossaires bilingues – le COVID-19 en dix-huit langues

Cluster, clapping, distance sociale…Ces mots de la crise qui font bondir Bernard Cerquiglini

Coronavirus, les mots pour le dire

 

Annonce de l'Académie française :

Le Covid-19 ou la Covid-19 ?

Le 7 mai 2020

Covid est l’acronyme de corona virus disease, et les sigles et acronymes ont le genre du nom qui constitue le noyau du syntagme dont ils sont une abréviation. On dit ainsi la S.N.C.F. (Société nationale des chemins de fer français) parce que le noyau de ce groupe, société, est un nom féminin, mais le C.I.O. (Comité international olympique), parce que le noyau, comité, est un nom masculin. Quand ce syntagme est composé de mots étrangers, le même principe s’applique. On distingue ainsi le FBI, Federal Bureau of Investigation, « Bureau fédéral d’enquête », de la CIA, Central Intelligence Agency, « Agence centrale de renseignement », puisque dans un cas on traduit le mot noyau par un nom masculin, bureau, et dans l’autre, par un nom féminin, agence. Corona virus disease – notons que l’on aurait pu préférer au nom anglais disease le nom latin morbus, de même sens et plus universel – signifie « maladie provoquée par le corona virus (“virus en forme de couronne”) ». On devrait donc dire la covid 19, puisque le noyau est un équivalent du nom français féminin maladie. Pourquoi alors l’emploi si fréquent du masculin le covid 19 ? Parce que, avant que cet acronyme ne se répande, on a surtout parlé du corona virus, groupe qui doit son genre, en raison des principes exposés plus haut, au nom masculin virus. Ensuite, par métonymie, on a donné à la maladie le genre de l’agent pathogène qui la provoque. Il n’en reste pas moins que l’emploi du féminin serait préférable et qu’il n’est peut-être pas trop tard pour redonner à cet acronyme le genre qui devrait être le sien.


Comments

4 responses to “Vers un vaccin contre la Covid-19”

  1. Merci pour cet article!
    Oui je dis aussi “la Covid” maintenant. Pendant des années, j’écrivais déjà aussi “le sida” alors que beaucoup de gens s’obstinaient à écrire ce mot en majuscules. L’avenir nous dira si “le Covid” ou “la covid” (avec ou sans majuscule?) s’imposera avec le temps.

  2. Merci pour cet article!
    Oui je dis aussi “la Covid” maintenant. Pendant des années, j’écrivais déjà aussi “le sida” alors que beaucoup de gens s’obstinaient à écrire ce mot en majuscules. L’avenir nous dira si “le Covid” ou “la covid” (avec ou sans majuscule?) s’imposera avec le temps.

  3. A very insightful and useful article. Also thank you very much for the links to the glossaries.

  4. A very insightful and useful article. Also thank you very much for the links to the glossaries.