Mr. Hagège pense que “les grandes écoles”  imposent la langue anglaise.  En ce qui me concerne, j’attends encore le
jour où l’un des produits d’une de ces “grandes écoles” sera capable de parler
l’anglais correctement et d’articuler, de verbaliser ses pensées dans la langue
de Shakespeare. Parmi les nombreuses raisons qui font que les universités
françaises n’apparaissent pas dans les 100 premières universités mondiales de
la liste de Shanghai,  c’est parce que la
plupart des diplômés Français (en possession d’un Master ou même d’un Doctorat)
sont tellement incapables d’utiliser l’anglais que leurs écrits ne sont pas publiés
dans les journaux académiques internationaux. De même ces étudiants parlent
l’anglais si peu ou si mal qu’ils ne sont que rarement admis à MIT ou Stanford
dans le cadre des programmes de Doctorat et de post-doc, contrairement aux
étudiants originaires d’Asie ou d’autres pays Européens.

 

 Le Français, comme
l’anglais d’ailleurs, est parlé sur les 5 continents même si le nombre des
locuteurs de français est bien moindre que celui des locuteurs d’espagnol ou de
portugais. Cependant, contrairement à ces deux dernières langues, le français
demeure bien positionné comme la deuxième langue du commerce et des affaires.
Le mythe de l’espagnol comme langue absolument nécessaire pour l’avenir n’est
que cela : un mythe. Par ailleurs, introduire une autre langue romane dans les
écoles françaises dès le niveau élémentaire rendra l’apprentissage de l’anglais
encore plus difficile. Si une nouvelle langue doit être à tout prix promue, il
vaudrait mieux que ce fût l’arabe, ou le chinois, ou encore le russe.  En effet, l’apprentissage d’une langue dont
l’alphabet est différent de l’alphabet latin a fait ses preuves comme facteur
correcteur de la dyslexie (sans oublier pour autant que le facteur « langue
rare » ajoute à la valeur marchande sur le marché de l’emploi, de l’individu
qui en a fait l’étude).

 

Finalement, l’excellent article paru dans le New York
Times intitulé «
Pardon My French »
(April 21, 2010) sur l’influence de la langue française à l’heure de la
globalisation a mis le doigt sur le snobisme dont font preuve les Français de
France vis-à-vis du Français « d’ailleurs ». Il y a seulement 65 millions de
Français dans le monde, mais il y a plus de 200 millions de francophones. C’est
ce français « d’ailleurs » que les Français devraient prendre en compte, et non
celui des « grandes écoles » ou de l’élite parisienne. Si la langue française a
survécu jusqu’à maintenant, c’est avant tout grâce aux nations francophones, et
plus particulièrement grâce à celles qui ont souffert sous la colonisation,
mais qui sont demeurées accrochées à la langue du colonisateur parce qu’elle
s’est révélée utile et un élément unificateur. Les auteurs de la francophonie
enrichissent la langue française d’une manière que  les auteurs « français de France » ou « franco-français
» ne le peuvent plus, comme le prouvent les œuvres d’Andrei Makine, Yasmina
Khadra, René Depestre, Dany Laferrière, Tahar Ben Jelloun, Fatou Diomé, Ananda
Devi, Mariamna Ba, Yanick Lahens, Maryse Condé, Patrick Chamoiseau, Rafaël
Confiant, Edouard Glissant et bien sûr les pères de la francophonie : Aimé
Césaire and Léopold Sedar Senghor.

 

Une fois que les Français réaliseront qu’identité
nationale n’est pas synonyme de couleur de peau, de religion ou de l’origine
d’un nom de famille ou d’un prénom, peut-être alors embrasseront-ils ces mots
célèbres d’Albert Camus : « Ma patrie, c’est la langue française ». C’est
seulement en dépassant leurs craintes vis-à-vis de leur langue et en ne la
limitant pas aux seuls côtés de l’hexagone qu’ils conquerront leur chauvinisme
pour créer ce « pont vers l’avenir », qui inclura tous les individus parlant
Français, qu’ils soient nés dans la langue, en France ou dans un pays
francophone ou qu’ils aient volontairement, consciemment, fait le choix de la
langue française, fait le choix de lire/parler/écrire/rêver et penser en
Français.